{"id":2103,"date":"2011-07-08T16:58:42","date_gmt":"2011-07-08T16:58:42","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=2103"},"modified":"2011-07-08T16:58:43","modified_gmt":"2011-07-08T16:58:43","slug":"plus-est-athee-plus-est-moraliste","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/plus-est-athee-plus-est-moraliste\/","title":{"rendered":"Plus on est ath\u00e9e, plus on est moraliste"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div class=\"teaser\" sizcache=\"0\" sizset=\"26\">\n<p>\n\t\tMarcela Iacub : &quot;Plus on est ath&eacute;e, plus on est moraliste&quot;<\/p>\n<p><!-- Start of metadata -->\t<\/p>\n<p class=\"metadata\">\n\t\t<span class=\"author\">propos recueillis par Jennifer Schwarz<\/span><\/p>\n<p><!-- End of metadata --><!-- Start of summary -->\t<\/p>\n<p class=\"summary\">\n\t\tAuteure des <em>Confessions d&#39;une mangeuse de viande<\/em> (Fayard), la juriste et essayiste Marcela Iacub r&eacute;pond &agrave; nos questions sur la religion, la morale, l&#39;homme et les animaux&#8230;<\/p>\n<p class=\"summary\">\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p><!-- End of caption --><\/div>\n<p><!-- End of teaser --><\/p>\n<p class=\"firstChild\">\n\t<strong>Vous avez &eacute;t&eacute; touch&eacute;e par la vuln&eacute;rabilit&eacute; des animaux, notamment en adoptant un chien, et &ecirc;tes m&ecirc;me devenue v&eacute;g&eacute;tarienne. L&rsquo;&ecirc;tre humain est-il un animal comme un autre&thinsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\tL&rsquo;homme est peut-&ecirc;tre un animal comme un autre, mais non pas l&rsquo;humanit&eacute;, non pas ce que les hommes, ou un groupe d&rsquo;entre eux, ont cr&eacute;&eacute;. L&rsquo;humanit&eacute; est un projet, un ensemble des r&egrave;gles morales et juridiques, d&rsquo;inventions techniques et scientifiques, un projet de conqu&ecirc;te de la nature, un monde relativement ind&eacute;pendant des &ecirc;tres humains concrets qui le composent. Je crois que cette humanit&eacute; responsable de tant d&rsquo;horreurs et de bonheurs, de tant de crimes et de merveilles est un enjeu politique, et il ne faut pas penser qu&rsquo;elle a un seul avenir possible. Le projet d&rsquo;inclusion des animaux domestiques dans cette humanit&eacute; est une cause pour laquelle il faut se battre. Non seulement parce qu&rsquo;il correspond &agrave; une certaine id&eacute;e de justice que beaucoup d&rsquo;entre nous partagent, mais aussi par l&rsquo;ensemble d&rsquo;exp&eacute;riences et des bienfaits qu&rsquo;il pourrait nous apporter. Par inclusion dans l&rsquo;humanit&eacute;, j&rsquo;entends non seulement le respect de leur sensibilit&eacute; mais aussi de leur droit &agrave; la vie. Les animaux domestiques sont &agrave; m&ecirc;me de bouleverser les soci&eacute;t&eacute;s dans lesquelles nous vivons. Je pense &agrave; deux choses, mais je crois qu&rsquo;il y en a beaucoup d&rsquo;autres. La premi&egrave;re est le bonheur, la joie de l&rsquo;existence. Dans les soci&eacute;t&eacute;s d&eacute;velopp&eacute;es, nous avons tout et nous nous sentons coupables et malheureux. C&rsquo;est cette capacit&eacute; &agrave; vivre dans la joie, &agrave; profiter du soleil, de la mer, d&rsquo;&ecirc;tre en bonne sant&eacute; que les animaux nous donnent &agrave; voir. Comme exp&eacute;rience &eacute;thique, c&rsquo;est, &agrave; mes yeux, comparable au fait d&rsquo;&eacute;chapper &agrave; la mort, &agrave; ce savoir sur la vie qu&rsquo;ont les personnes qui ont pu &eacute;chapper &agrave; un accident ou &agrave; une maladie mortelle. La deuxi&egrave;me, c&rsquo;est l&rsquo;apprentissage de l&rsquo;amour. Nous n&rsquo;aimons jamais d&rsquo;autres &ecirc;tres humains parce que nous les connaissons. Nous aimons toujours dans une sorte d&rsquo;obscurit&eacute; et c&rsquo;est un miracle de pouvoir tracer des ponts vers l&rsquo;inconnu. L&rsquo;amour de l&rsquo;animal est un apprentissage de cette alt&eacute;rit&eacute; fondamentale, comme si c&rsquo;&eacute;tait l&rsquo;amour &agrave; l&rsquo;&eacute;tat pur.<\/p>\n<p>\t<strong>On retrouve la notion de &laquo; loi &raquo; dans de nombreuses pens&eacute;es ou sagesses. La loi juive en est un exemple, le principe de castration en psychanalyse en est un autre. Pensez-vous que la loi qui structure le manque soit un &eacute;l&eacute;ment fondamental du d&eacute;sir&thinsp;? Quelle est donc votre &laquo; loi &raquo;, votre religion&thinsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\tJe suis l&rsquo;&ecirc;tre humain le plus moraliste de la terre. Je n&rsquo;ai que des r&egrave;gles dans ma t&ecirc;te et je trouve cela affreux. C&rsquo;est une charge atroce que je porte et je serais beaucoup plus heureuse si j&rsquo;&eacute;tais moins moraliste car la morale, telle que je la vis, est tr&egrave;s mortif&egrave;re. C&rsquo;est presque de la n&eacute;vrose. &Ecirc;tre taraud&eacute;e en permanence par le bien et le mal est invivable, une vraie torture. Je pense qu&rsquo;&agrave; partir du moment o&ugrave; l&rsquo;on prend au s&eacute;rieux la morale, on rentre dans un ab&icirc;me. Dans Malaise dans la civilisation, Freud parle de cette spirale sans fin. Moi, je suis n&eacute;e dans cet ab&icirc;me. Les normes l&eacute;gales nous sauvent de la morale, elles sont ext&eacute;rieures et faciles &agrave; respecter. Elles se contentent de donner des cadres g&eacute;n&eacute;raux pour la vie commune et laissent la possibilit&eacute; qu&rsquo;il existe diff&eacute;rentes morales et diff&eacute;rentes mani&egrave;res de s&rsquo;en rapporter.<\/p>\n<p>\t<strong>Avez-vous &eacute;t&eacute; &eacute;lev&eacute;e dans une forme de religion&thinsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\tOui, dans l&rsquo;ath&eacute;isme le plus total. La premi&egrave;re chose que l&rsquo;on m&rsquo;a enseign&eacute;e fut&thinsp;: &laquo; Dieu n&rsquo;existe pas. &raquo; Plus on est ath&eacute;e, &agrave; mon sens, et plus on est moraliste. Ma famille est juive, de Bi&eacute;lorussie et d&rsquo;Ukraine, ils sont venus en Argentine dans les ann&eacute;es 1930, mais je n&rsquo;ai jamais re&ccedil;u d&rsquo;&eacute;ducation religieuse. Mon arri&egrave;re arri&egrave;re grand-p&egrave;re en revanche &eacute;tait un rabbin tr&egrave;s c&eacute;l&egrave;bre. Il a pass&eacute; sa vie &agrave; trancher des conflits entre les gens. Dans l&rsquo;ath&eacute;isme, il faut &eacute;laborer soi-m&ecirc;me une morale, c&rsquo;est une responsabilit&eacute; plus grande. M&ecirc;me si je suis d&rsquo;un ath&eacute;isme radical, je me sens n&eacute;anmoins juive, et m&ecirc;me plus juive qu&rsquo;argentine. Sans doute &agrave; cause de la pers&eacute;cution qu&rsquo;a subie ma famille pendant tant de g&eacute;n&eacute;rations. &Ecirc;tre juif, pour moi, c&rsquo;est &ecirc;tre toujours du c&ocirc;t&eacute; des pers&eacute;cut&eacute;s. Moi, je me sens tr&egrave;s proche des cochons parce que je suis juive, parce que le cochon est la cr&eacute;ature la plus pers&eacute;cut&eacute;e, la plus maltrait&eacute;e, la plus injuri&eacute;e et exploit&eacute;e de notre culture. C&rsquo;est pourquoi je ne comprends pas comment il y a des Juifs aujourd&rsquo;hui en France qui adoptent des positions publiques contre les minorit&eacute;s religieuses ou ethniques. Pour moi, ceci rel&egrave;ve de la trahison &agrave; cette &eacute;thique du pers&eacute;cut&eacute; qui me semble la marque des Juifs europ&eacute;ens.<\/p>\n<p>\t<strong>Comment est n&eacute;e votre obsession juridique&thinsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\tMon p&egrave;re &eacute;tait avocat et nous menions une vie tr&egrave;s juridique. Naturellement, j&rsquo;ai fait des &eacute;tudes de droit, elles m&rsquo;ont paru d&eacute;cevantes au d&eacute;but, jusqu&rsquo;au jour o&ugrave; j&rsquo;ai d&eacute;couvert, en France, l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t de cette discipline, gr&acirc;ce &agrave; Yan Thomas, un grand historien du droit, sp&eacute;cialiste de droit romain. J&rsquo;ai alors compris que j&rsquo;avais eu raison de faire du droit, que c&rsquo;&eacute;tait un savoir &eacute;tonnant, merveilleux. On croit souvent que le droit est en dehors de nous, qu&rsquo;il s&rsquo;impose &agrave; nous de l&rsquo;ext&eacute;rieur. C&rsquo;est pourquoi il nous semble chose facile de le changer, car on le con&ccedil;oit comme un pur instrument &agrave; notre service. Or, ces assertions sont fausses. Nous vivons dans le droit, les cat&eacute;gories anthropologiques les plus &eacute;l&eacute;mentaires avec lesquelles nous pensons sont juridiques&thinsp;: la filiation, la sexualit&eacute;, la famille, l&rsquo;&eacute;tat, les contrats, les accords. Nous sommes des cr&eacute;atures du droit autant que ses cr&eacute;ateurs&thinsp;! C&rsquo;est pourquoi l&rsquo;&eacute;tude du droit peut &ecirc;tre tr&egrave;s pr&eacute;cieuse pour conna&icirc;tre nos modes de pens&eacute;e ainsi que l&rsquo;organisation du monde dans lequel nous vivons. Mais pour se servir du droit de cette mani&egrave;re, comme un outil anthropologique, il faut le traiter non pas comme un discours mais comme un dispositif autonome ayant une grammaire, une rationalit&eacute; et une forme d&rsquo;action propres. Et changer cette chose qui est le droit ne peut pas &ecirc;tre un acte volontaire et instrumental banal. Marx disait que les hommes font l&rsquo;histoire, mais ils ne savent pas ce qu&rsquo;ils font. Et l&rsquo;on peut dire la m&ecirc;me chose du droit. Il s&rsquo;organise comme un syst&egrave;me, il a des contraintes qui lui sont propres. C&rsquo;est pourquoi il faut faire des &laquo; diagnostics &raquo; ad&eacute;quats, pour employer le mot de Foucault, savoir quel est le contexte juridique sur lequel nous intervenons pour pouvoir changer la r&eacute;alit&eacute;.<\/p>\n<p>\t<strong>Vous d&eacute;fendez l&rsquo;id&eacute;e que notre droit de la famille devrait &eacute;voluer pour cesser de donner une place trop importante &agrave; la chair, &agrave; la performance des corps et privil&eacute;gier l&rsquo;esprit et la volont&eacute; dans le fait de donner la vie. Comment qualifiez-vous votre conception de la parentalit&eacute;&thinsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\tEn effet, je crois que nous sommes en plein retour au droit tr&egrave;s chr&eacute;tien de l&rsquo;Ancien R&eacute;gime en mati&egrave;re de parentalit&eacute;. La p&eacute;riode qui inaugure la R&eacute;volution fran&ccedil;aise et la codification napol&eacute;onienne avait cherch&eacute; &agrave; &eacute;carter le sang, le sperme, les puissances du corps du droit de la famille. On avait dit que la nature &eacute;tait trop capricieuse pour lui laisser r&eacute;gler l&rsquo;ordre social. Ce syst&egrave;me napol&eacute;onien &eacute;tait certes injuste et in&eacute;galitaire, mais on aurait pu le transformer pendant la r&eacute;volution des m&oelig;urs vers un autre dans lequel la volont&eacute;, la libert&eacute;, les engagements positivement assum&eacute;s et non pas la chair seraient les &eacute;l&eacute;ments les plus importants. Or, c&rsquo;est tout autre chose qui s&rsquo;est pass&eacute;e. Certes, les femmes ont le droit d&rsquo;avorter et d&rsquo;accoucher sous X (mais pas pour longtemps, malheureusement), tandis que les hommes sont contraints &agrave; devenir p&egrave;res &agrave; la suite d&rsquo;une relation sexuelle, m&ecirc;me si la conception a eu lieu &agrave; la suite d&rsquo;un accident de contraception. Dans tous les pays d&eacute;mocratiques, cette mani&egrave;re d&rsquo;appr&eacute;hender la paternit&eacute;, comme une pure cons&eacute;quence du sperme vers&eacute;, existe. C&rsquo;est une mani&egrave;re de donner &agrave; la chair une importance trop grande et de d&eacute;grader la paternit&eacute; aussi, &agrave; mon sens. La r&eacute;volution sexuelle a aussi rat&eacute; une chose fondamentale&thinsp;: une socialisation plus importante des enfants. La collectivit&eacute; devrait, &agrave; mon sens, s&rsquo;occuper davantage d&rsquo;eux.<\/p>\n<p>\t<strong>Pensez-vous que le mal radical existe&thinsp;? Si oui, quel est-il&thinsp;?<\/strong><\/p>\n<p>\tIl existe &agrave; travers les crimes d&rsquo;&Eacute;tat. Face &agrave; un voleur, un assassin, on peut se prot&eacute;ger, faire appel &agrave; la police et &agrave; la justice. Mais face &agrave; la violence de l&rsquo;&Eacute;tat, les &ecirc;tres sont sans recours, ni secours. Les abus du pouvoir d&rsquo;&Eacute;tat face &agrave; des citoyens sont donc beaucoup plus graves que les crimes de droit commun. Ayant v&eacute;cu sous une dictature militaire, je sais ce que c&rsquo;est. L&rsquo;&Eacute;tat est une machine tr&egrave;s puissante qui peut facilement abuser de son pouvoir. C&rsquo;est pourquoi je tiens tant aux libert&eacute;s publiques. &agrave; l&rsquo;heure actuelle, vivant dans ce climat s&eacute;curitaire, nous oublions le danger de la violence de l&rsquo;&eacute;tat et nous croyons qu&rsquo;il n&rsquo;y a rien de plus dangereux que le d&eacute;linquant de droit commun. Je crois que les intellectuels sont en partie responsables de cet &eacute;tat de choses. La plupart d&rsquo;entre eux, en France, sont devenus tr&egrave;s r&eacute;actionnaires.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Marcela Iacub : &quot;Plus on est ath&eacute;e, plus on est moraliste&quot; propos recueillis par Jennifer Schwarz Auteure des Confessions d&#39;une mangeuse de viande (Fayard), la juriste et essayiste Marcela Iacub r&eacute;pond &agrave; nos questions sur la religion, la morale, l&#39;homme et les animaux&#8230; &nbsp; Vous avez &eacute;t&eacute; touch&eacute;e par la vuln&eacute;rabilit&eacute; des animaux, notamment&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15972,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[105,10,23,1],"tags":[],"class_list":["post-2103","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-alberta","category-france","category-litterature","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2103","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2103"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2103\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15972"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2103"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2103"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2103"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}