{"id":211,"date":"2016-09-02T01:23:27","date_gmt":"2016-09-02T01:23:27","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=211"},"modified":"2016-09-01T23:06:52","modified_gmt":"2016-09-01T23:06:52","slug":"la-fin-de-la-guerre-en-tunisie-ou-les-tunisiens-face-a-une-liberation-utopique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-fin-de-la-guerre-en-tunisie-ou-les-tunisiens-face-a-une-liberation-utopique\/","title":{"rendered":"La fin de la guerre en TUNISIE, ou les Tunisiens face \u00e0 une lib\u00e9ration utopique"},"content":{"rendered":"<p>\n\t<font size=\"4\"><font color=\"#990000\"><strong>La fin de la guerre en TUNISIE, ou les Tunisiens face &agrave; une lib&eacute;ration utopique<\/strong><br \/>\n\t&nbsp;<\/font><\/font><\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\t<font size=\"4\"><font color=\"#990000\"><strong>La fin de la guerre en TUNISIE, ou les Tunisiens face &agrave; une lib&eacute;ration utopique<\/strong><br \/>\n\t&nbsp;<\/font><\/font><\/p>\n<p>\n\t<br \/>\n\t<font class=\"text1\">L&rsquo;&eacute;pilogue de la guerre du d&eacute;sert a commenc&eacute; sur la fronti&egrave;re &eacute;gyptienne en 1941 et s&rsquo;est termin&eacute;e &agrave; Tunis le 13 mai 1943. C&rsquo;est un grand &eacute;v&egrave;nement de la Deuxi&egrave;me Guerre mondiale, quand on sait que l&rsquo;un des principaux acteurs, W. S. Churchill, le compara, dans ses m&eacute;moires, &agrave; la victoire de Stalingrad, en ajoutant que ce fut la premi&egrave;re fois depuis le d&eacute;but du conflit qu&rsquo;en Grande-Bretagne on &eacute;prouva un v&eacute;ritable sentiment de soulagement. Par ailleurs et sur le plan int&eacute;rieur, nous essayerons d&rsquo;expliquer les raisons de l&rsquo;indiff&eacute;rence, remarqu&eacute;e par certains observateurs, de la population tunisienne &agrave; cet &eacute;v&egrave;nement.<\/p>\n<p>\tApr&egrave;s la d&eacute;b&acirc;cle du 18 juin 1940 par la signature de l&rsquo;armistice, l&rsquo;Afrique du Nord et la Tunisie en particulier semblaient &ecirc;tre &eacute;pargn&eacute;es des affres de la guerre, mais cela ne fut que de courte dur&eacute;e; en effet, les strat&egrave;ges alli&eacute;s, Churchill en t&ecirc;te, voyaient cette r&eacute;gion comme la base id&eacute;ale pour attaquer le ventre mou de la forteresse Europe (6).<\/p>\n<p>\tMoncef Bey montait sur le tr&ocirc;ne le 19 juin 1942, devenant ainsi le 18&egrave;me Bey de la dynastie Husseinite. D&egrave;s le d&eacute;but de son r&egrave;gne, il a cherch&eacute; &agrave; changer certaines habitudes s&eacute;culaires de la cour en supprimant le baise-main et en se proclamant comme Bey diff&eacute;rent de ses pr&eacute;d&eacute;cesseurs(1).<\/p>\n<p>\tEn effet, cette attitude du Bey irritait de plus en plus le r&eacute;sident g&eacute;n&eacute;ral Esteva et la rupture arrive le 12 octobre 1942 lors de la pr&eacute;sentation au Bey des v&oelig;ux de l&rsquo;&laquo;A&iuml;d&raquo; par le r&eacute;sidant g&eacute;n&eacute;ral et les autorit&eacute;s du protectorat. Moncef Bey annon&ccedil;a la couleur en demandant l&rsquo;&eacute;mancipation des Tunisiens dans les rouages de l&rsquo;Etat (et cela ne sera pas le seul coup d&rsquo;&eacute;clat du souverain(1).<\/p>\n<p>\t<b>Tunis sous la botte allemande <\/b><\/p>\n<p>\tPartis d&rsquo;El Alamein en novembre 1942, les &eacute;l&eacute;ments de la 8&egrave;me arm&eacute;e poursuivaient inlassablement les forces germano-italiennes qui finirent par se retrancher derri&egrave;re la ligne de Mareth en Tunisie le 14 f&eacute;vrier 1943.<\/p>\n<p>\tLe 8 novembre 1942 se d&eacute;clenchait l&rsquo;op&eacute;ration &laquo; Torch &raquo; qui consistait au d&eacute;barquement de 107.000 Anglo-am&eacute;ricains sur les c&ocirc;tes du Maroc et de l&rsquo;Alg&eacute;rie(7). Hitler d&eacute;cida, apr&egrave;s avoir occup&eacute; toute la France, d&rsquo;envoyer les premiers contingents de la future 5&egrave;me arm&eacute;e &agrave; Tunis, et le pays entrait malgr&eacute; lui en guerre. La Tunisie fut ainsi occup&eacute;e, sans que l&rsquo;arm&eacute;e fran&ccedil;aise ne riposte &agrave; cause de l&rsquo;ambigu&iuml;t&eacute; de la politique du gouvernement de Vichy et du comportement de son repr&eacute;sentant &agrave; Tunis, le r&eacute;sident g&eacute;n&eacute;ral Esteva, partag&eacute; entre la mystique et la soumission sans discernement au mar&eacute;chal P&eacute;tain.<\/p>\n<p>\tIl faut noter que l&rsquo;arriv&eacute;e des forces de l&rsquo;Axe s&rsquo;&eacute;tait faite dans le calme, et accompagn&eacute;e d&rsquo;un &laquo; d&eacute;l&eacute;gu&eacute; politique &raquo; du nom de Rahn.<\/p>\n<p>\tLes points n&eacute;vralgiques de la Capitale furent occup&eacute;s ; on cite les gares, les PTT, le port et l&rsquo;a&eacute;roport. Rahn s&rsquo;installa &agrave; Dar Hussein en pleine Medina. L&rsquo;h&ocirc;tel &laquo; Majestic &raquo; h&eacute;bergeait les officiers allemands, l&rsquo;h&ocirc;tel &laquo;Maison dor&eacute;e &raquo; les officiers italiens. Un certain nombre de villas d&rsquo;El Omrane, ex-Franceville, furent r&eacute;quisitionn&eacute;es pour h&eacute;berger les officiers de haut rang.<\/p>\n<p>\tPendant cette p&eacute;riode, les forces de l&rsquo;Axe vivaient aux frais de la communaut&eacute; juive qui devait garantir des pr&ecirc;ts bancaires &agrave; court terme(3). L&rsquo;intendance allemande puisa aussi, sans m&eacute;nagement dans les maigres stocks locaux du cheptel, des c&eacute;r&eacute;ales, de l&rsquo;huile etc, rench&eacute;rissant le co&ucirc;t de la vie au point de provoquer la famine dans certaines r&eacute;gions du pays.<\/p>\n<p>\tMalgr&eacute; l&rsquo;affichage de neutralit&eacute; du Bey Moncef, tout le pays est transform&eacute; en un vaste champ de bataille.<\/p>\n<p>\tDans cette atmosph&egrave;re d&rsquo;intrigues et de contradictions, il &eacute;tait difficile pour les Tunisiens de faire le discernement entre la France coloniale omnipr&eacute;sente et la France combattante dont la voix &eacute;tait &agrave; peine audible, m&ecirc;me une majorit&eacute; de Fran&ccedil;ais s&rsquo;y &eacute;tait tromp&eacute;e.<\/p>\n<p>\t<b>Bombardement de Tunis <\/b><\/p>\n<p>\tTunis fut bombard&eacute;e &agrave; plusieurs reprises par l&rsquo;aviation alli&eacute;e. Certains bombardements qui visaient au d&eacute;part des objectifs militaires, tels que: port de Tunis, tunnel de chemin de fer de Mont Fleury, rat&egrave;rent leurs cibles et touch&egrave;rent des civils ; on cite l&rsquo;exemple du Hammam de Sidi El Bechir o&ugrave; plusieurs femmes et enfants trouv&egrave;rent la mort(1).<\/p>\n<p>\tLes forces de l&rsquo;Axe profit&egrave;rent de ces bombardements pour solliciter jusqu&rsquo;au harc&egrave;lement le Bey Moncef afin de condamner ces actes mais la r&eacute;ponse du monarque fut toujours le refus.<\/p>\n<p>\t<b>Attitude du Bey envers les bellig&eacute;rants <\/b><\/p>\n<p>\tRahn continuait &agrave; marchander avec Moncef Bey en voulant le prendre sous son influence. Le souverain, gr&acirc;ce &agrave; l&rsquo;habilit&eacute; de ses conseillers et principalement Mohamed Chenik, se d&eacute;robait avec tact(1).<\/p>\n<p>\tAlors que les prisonniers du N&eacute;o-Destour intern&eacute;s en Tunisie furent lib&eacute;r&eacute;s avant l&rsquo;arriv&eacute;e des Allemands, ceux du haut fort Saint-Nicolas le furent le 16 d&eacute;cembre 1942 mais n&rsquo;arriv&egrave;rent en Tunisie que le 26 f&eacute;vrier 1943 &agrave; l&rsquo;exception du leader Habib Bourguiba qui n&rsquo;arriva que le 8 avril 1943(4).<\/p>\n<p>\tLe deuxi&egrave;me coup d&rsquo;&eacute;clat du souverain Moncef Bey fut la formation du gouvernement Chenik, sans se r&eacute;f&eacute;rer pr&eacute;alablement &agrave; l&rsquo;accord du r&eacute;sident g&eacute;n&eacute;ral Esteva, le 1er janvier 1943(1).<\/p>\n<p>\tAlors que le nouveau gouvernement continuait dans la voie de la neutralit&eacute;, quelques groupuscules de Tunisiens, n&rsquo;ayant pas pu r&eacute;sister aux chants des sir&egrave;nes de l&rsquo;Axe, prenaient parti pour ses derniers, et ignorant les directives du N&eacute;o-Destour qui insistaient pour un rapprochement avec les Alli&eacute;s(4).<\/p>\n<p>\tEn Alg&eacute;rie, apr&egrave;s l&rsquo;assassinat de Darlan le 25 d&eacute;cembre 1942, le g&eacute;n&eacute;ral Giraud prenait les r&ecirc;nes du gouvernement d&rsquo;Alger en se faisant aider par M.Peyrouton, rappel&eacute; auparavant d&rsquo;Argentine, colonialiste notoire et ancien r&eacute;sident g&eacute;n&eacute;ral en Tunisie avant le d&eacute;clenchement de la guerre.<\/p>\n<p>\tAu fur et &agrave; mesure que le rouleau compresseur alli&eacute; repoussait les forces de l&rsquo;Axe vers le r&eacute;duit autour de Tunis, M.Peyrouton pr&eacute;parait insidieusement sa vengeance contre le peuple tunisien et son Bey.<\/p>\n<p>\tLe r&eacute;sident g&eacute;n&eacute;ral Esteva, voyant le vent tourmer en faveur des Alli&eacute;s, et voulant pr&eacute;server l&rsquo;avenir avec le gouvernement d&rsquo;Alger, chercha &agrave; rendre service &agrave; celui-ci. Il accabla le Bey en le pi&eacute;geant dans les filets de la collaboration, et en le poussant avec lettre &agrave; l&rsquo;appui, &agrave; d&eacute;corer les officiers de l&rsquo;Axe, alors que les forces alli&eacute;es &eacute;taient devant Enfida &agrave; environ 100 km de Tunis. Il r&eacute;ussit le 12 avril 1943 son forfait, en convainquant le Bey Moncef de commettre cette erreur politique (2).<\/p>\n<p>\t<b>La prise de Tunis<\/b><\/p>\n<p>\tAu fil du temps, les forces alli&eacute;es poussaient leur ennemi vers un r&eacute;duit situ&eacute; au Nord-Est de la Tunisie comprenant Bizerte, Tunis et le Cap-Bon.<\/p>\n<p>\tQuand le IX&egrave;me corps d&rsquo;arm&eacute;e britannique rompit le front &agrave; Medjaz&ndash;El-Bab, tout s&rsquo;&eacute;croula du c&ocirc;t&eacute; allemand, laissant la voie libre aux divisions blind&eacute;es britanniques, les 6&egrave;me et 7&egrave;me, de rentrer, le vendredi 7 mai 1943, les premi&egrave;res &agrave; Tunis par le Bardo &agrave; 15h40.<\/p>\n<p>\tElles se r&eacute;partirent entre les portes de BabAlouj, BabSaadoun et BabEl Khadra, traversant la ville arabe avant d&rsquo;aboutir &agrave; la ville europ&eacute;enne.<\/p>\n<p>\tCertains t&eacute;moins oculaires nous ont rapport&eacute; des t&eacute;moignages vivants de cette journ&eacute;e m&eacute;morable. Nous reproduisons ci-apr&egrave;s celles d&rsquo;Alan Moorehead, correspondant en Egypte du Daily Express de Londres :<\/p>\n<p>\t&laquo; Regardant autour de moi, je m&rsquo;aper&ccedil;us que je me trouvais parmi les Rats du D&eacute;sert; sur les garde-boue caboss&eacute;s de leurs v&eacute;hicules se d&eacute;tachait dans un cercle rouge la c&eacute;l&egrave;bre gerboise(&hellip;) Pour les hommes qui combattaient en Afrique depuis le d&eacute;but de la guerre, il y avait, au-del&agrave; de l&rsquo;excitation et du premier sentiment de triomphe, quelque chose d&rsquo;incommunicable(&hellip;). La plus grande confusion r&eacute;gnait &agrave; Tunis, o&ugrave; les Anglais entr&egrave;rent &agrave; 16 heures. Malgr&eacute; la pluie, des centaines d&rsquo;Allemands se promenaient dans la rue ou prenaient un verre avec leurs petites amies &agrave; la terrasse des caf&eacute;s. Dans un salon de coiffure, des soldats allemands saut&egrave;rent de leur fauteuil, la serviette autour du cou, le menton couvert de savon, pour contempler, muets de saisissement, les v&eacute;hicules blind&eacute;s britanniques descendant la rue(&hellip;). La population de Tunis en liesse, que doublaient les r&eacute;fugi&eacute;s et les soldats victorieux, tout joyeux d&rsquo;&ecirc;tre enfin sortis des &acirc;pres d&eacute;serts et des montagnes, ne pensait plus qu&rsquo;&agrave; la f&ecirc;te, aux chants et &agrave; la danse. Aux balcons, de vieilles dames criaient &laquo;Vivat!&raquo;, tandis que les jeunes couvraient de baisers les soldats alli&eacute;s qui d&eacute;filaient, et jetaient sur leurs chars et leurs camions des brass&eacute;es de fleurs roses, lilas et pavots. L&rsquo;h&ocirc;tel Majestic, r&eacute;sidence des officiers de l&rsquo;Axe deux jours plus t&ocirc;t, accueillait maintenant les officiers alli&eacute;s, en s&rsquo;excusant du manque d&rsquo;eau chaude et d&rsquo;&eacute;lectricit&eacute;, et offrant, &agrave; d&eacute;faut de vivres, de r&eacute;chauffer les rations dans la cuisine de l&rsquo;h&ocirc;tel. (&hellip;) Nous vivions l&agrave; un moment de pl&eacute;nitude et d&rsquo;&eacute;motion intenses et c&rsquo;&eacute;tait avec une profonde fiert&eacute; que l&rsquo;on voyait les hommes des collines et ceux du d&eacute;sert arriver ensemble &agrave; Tunis &raquo;, et d&rsquo;Andr&eacute; Gide, penseur et &eacute;crivain fran&ccedil;ais :<\/p>\n<p>\t<i>&laquo; Ce matin, r&eacute;veill&eacute; d&egrave;s l&rsquo;aube par un bruit sourd, indistinct, constant ; on eut dit la rumeur d&rsquo;un fleuve. Je m&rsquo;habille en h&acirc;te et bient&ocirc;t je vois approcher les premiers chars alli&eacute;s que les gens descendus des maisons voisines acclament. On comprend encore &agrave; peine que ce que l&rsquo;on attendait depuis si longtemps a eu lieu; qu&rsquo;ils sont l&agrave;&hellip; Tous les traqu&eacute;s d&rsquo;hier, aujourd&rsquo;hui ressortent de l&rsquo;ombre. On s&rsquo;embrasse, on rit et l&rsquo;on pleure de joie. Ce quartier pr&egrave;s de la p&eacute;pini&egrave;re, que l&rsquo;on disait peupl&eacute; presque uniquement d&rsquo;Italiens, arbore des drapeaux fran&ccedil;ais &agrave; presque toutes les fen&ecirc;tres. Curieux : cette ville ou l&rsquo;on parlait toutes les langues, aujourd&rsquo;hui l&rsquo;on y entend plus que le fran&ccedil;ais. Les Italiens se taisent, se cachent, et l&rsquo;on ne rencontre que quelques tr&egrave;s rares Arabes. Dans la proclamation du G&eacute;n&eacute;ral Giraud qu&rsquo;on affiche sur tous les murs, une phrase comminatoire et impr&eacute;cise les emplit de crainte : &laquo; Quant &agrave; ceux qui ont donn&eacute; leur appui &agrave; l&rsquo;ennemi dans son &oelig;uvre de mis&egrave;re et de souffrance, ils seront impitoyablement et promptement ch&acirc;ti&eacute;s. Je vous en fais la promesse formelle. Il n&rsquo;y a pas de place parmi nous pour les tra&icirc;tres &raquo;.<\/i><\/p>\n<p>\t<b>La bavure de la 6 &egrave;me D.B.Anglaise<\/b><\/p>\n<p>\tApr&egrave;s Tunis, les deux divisions se s&eacute;par&egrave;rent en se dirigeant vers Hammam-Lif pour la 6 &egrave;me DB et Bizerte pour la 7 &egrave;me D.B.<\/p>\n<p>\tAux termes de deux jours de combats acharn&eacute;s, la 6 &egrave;me DB entra &agrave; Hammam Lif le dimanche 9 mai 1943. Un groupe de soldats, encadr&eacute; par quelques officiers, se pr&eacute;senta devant le palais de Hammam-Lif &agrave; 18 heures, deux officiers parlant fran&ccedil;ais demand&egrave;rent &agrave; parler au souverain. Apr&egrave;s diff&eacute;rentes tractations, ils somm&egrave;rent le Bey, en pr&eacute;sence de sa cour, de les accompagner &agrave; Tunis pour voir un g&eacute;n&eacute;ral anglais.<\/p>\n<p>\tLe Bey s&rsquo;ex&eacute;cuta humblement, en prenant place dans sa voiture qui partit imm&eacute;diatement, suivie par le v&eacute;hicule militaire anglais. Les deux v&eacute;hicules s&rsquo;arr&ecirc;t&egrave;rent devant le garage de la r&eacute;sidence g&eacute;n&eacute;rale, &agrave; la rue Sadikia, o&ugrave; pendant 30 minutes le cort&egrave;ge fut soumis aux moqueries et propos d&eacute;sobligeants d&rsquo;une foule europ&eacute;enne enrag&eacute;e et sous le regard d&rsquo;une police qui n&rsquo;a pr&ecirc;t&eacute; aucune attention au sort du souverain qui en fut tr&egrave;s affect&eacute;.<\/p>\n<p>\tCe n&rsquo;est que vingt minutes plus tard que M.Binoche, ex-secr&eacute;taire g&eacute;n&eacute;ral du gouvernement, arriva en s&rsquo;inclinant respectueusement devant le souverain et surpris par cette pr&eacute;sence il fit appeler un vice-consul d&rsquo;Am&eacute;rique qui pr&eacute;senta ses excuses au souverain, pr&eacute;textant que les forces anglaises avaient agi par erreur. Le cort&egrave;ge fut ramen&eacute; &agrave; Hammam-Lif.<\/p>\n<p>\tIl est d&eacute;montr&eacute; que cette bavure a &eacute;t&eacute; commandit&eacute;e par le gouvernement d&rsquo;Alger et ex&eacute;cut&eacute; sur ordre du Q.G. du g&eacute;n&eacute;ral Anderson, chef de la 1&egrave;re Arm&eacute;e britannique. Cette humiliation, inflig&eacute;e au souverain n&rsquo;&eacute;tait que le d&eacute;but d&rsquo;une action minutieusement pr&eacute;par&eacute;e pour le destituer(1).<\/p>\n<p>\t<b>La destitution de Moncef Bey<\/b><\/p>\n<p>\tAlors que les Alli&eacute;s commen&ccedil;aient &agrave; savourer leur victoire, le pouvoir du protectorat se remettait en place en Tunisie. Arriv&eacute; dans le pays le 8 mai 1943, le G&eacute;n&eacute;ral Juin avait &eacute;t&eacute; d&eacute;sign&eacute; par Giraud pour assurer l&rsquo;int&eacute;rim du nouveau r&eacute;sident g&eacute;n&eacute;ral Mast, hospitalis&eacute; suite &agrave; un accident d&rsquo;avion.<\/p>\n<p>\tLa premi&egrave;re mission de Juin &eacute;tait d&rsquo;obliger Moncef Bey &agrave; abdiquer au profit du Bey du camp Lamine Bey.<\/p>\n<p>\tDevant le refus du souverain d&rsquo;abdiquer volontairement car ne voyant aucune raison pour le faire, Juin d&eacute;cida de l&rsquo;exiler manu militari, le vendredi 14 mai 1943, en le transportant, dans un avion bimoteur Viking, de Tunis &agrave; Laghouat en Alg&eacute;rie.<\/p>\n<p>\tLa nouvelle de la d&eacute;position de Moncef Bey se r&eacute;pandit d&egrave;s la fin de la matin&eacute;e, frappant de stupeur la population tunisienne qui fut traumatis&eacute;e par un tel affront.<\/p>\n<p>\tLe militant po&egrave;te tunisien M&rsquo;hemed Ben Gtennech (*) immortalisa cet affront dans le vers en arabe dialectal suivant :&hellip;..<\/p>\n<p>\tTraduction :<\/p>\n<p>\t&ldquo;La Tunisie est triste, d&eacute;sempar&eacute;e et sa pens&eacute;e mutil&eacute;e<\/p>\n<p>\tQuand son Bey, pris &agrave; bord d&rsquo;un avion, fut exil&eacute;&rdquo;.<\/p>\n<p>\tAinsi, Moncef Bey, accus&eacute; &agrave; tort de collaboration, payait ch&egrave;rement son soutien au nationalisme tunisien. Bien que les G&eacute;n&eacute;raux Giraud et Juin aient regrett&eacute; leur geste lors de l&rsquo;&eacute;criture de leurs m&eacute;moires, et que l&rsquo;on trouv&acirc;t dans les archives allemandes de Friedrichshafen, une correspondance de Rahn envoy&eacute;e &agrave; Ribbentrop, alors Ministre des Affaires &eacute;trang&egrave;res du III&egrave;me Reich, et traitant le souverain d&rsquo;adversaire irr&eacute;ductible, cela n&rsquo;a pas emp&ecirc;ch&eacute; que Moncef Bey soit rest&eacute; en exil jusqu&rsquo;&agrave; sa mort &agrave; Pau le 1er septembre 1948.<\/p>\n<p>\t<b>La traque des N&eacute;o-destouriens<\/b><\/p>\n<p>\tLe G&eacute;n&eacute;ral Giraud annon&ccedil;a la couleur en faisant afficher sur les murs de Tunis sa sinistre d&eacute;claration. Celle ci fut suivie d&rsquo;une vague de r&eacute;pression sans pr&eacute;c&eacute;dent sur le pays. Le G&eacute;n&eacute;ral Mourot &eacute;tait le principal t&eacute;nor de cette r&eacute;pression au cours de laquelle plus de 10.000 Tunisiens avaient &eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute;s, et pas moins de 150 personnes furent condamn&eacute;es &agrave; mort et ex&eacute;cut&eacute;es.<\/p>\n<p>\tLes dirigeants du N&eacute;o-Destour furent oblig&eacute;s de se terrer, leur parti &eacute;tant d&eacute;clar&eacute; interdit par l&rsquo;autorit&eacute; du protectorat depuis les &eacute;v&egrave;nements du 9 avril 1938.Il est &agrave; remarquer que m&ecirc;me le leader Habib Bourguiba, qui incitait les Tunisiens &agrave; arborer la cause alli&eacute;e, ne put circuler librement dans le pays, sans l&rsquo;intervention directe du consul am&eacute;ricain aupr&egrave;s de Juin(3, 4).<\/p>\n<p>\tLes Alli&eacute;s, dans leur grande majorit&eacute;, laissaient faire cette r&eacute;pression ; d&rsquo;une part, ils consid&eacute;raient qu&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;affaires int&eacute;rieures fran&ccedil;aises et, d&rsquo;autre part, leur esprit &eacute;tait mobilis&eacute; pour la poursuite de la guerre et la lib&eacute;ration de l&rsquo;Europe.<\/p>\n<p>\t<b>Tunis lib&eacute;r&eacute;e<\/b><\/p>\n<p>\tPlusieurs jours furent n&eacute;cessaires pour parvenir &agrave; bout des points de r&eacute;sistance localis&eacute;s au Cap Bon et dans certains endroits de la plaine de Zaghouan.<\/p>\n<p>\tLe G&eacute;n&eacute;ral Alexander, chef supr&ecirc;me des forces alli&eacute;es en Tunisie, envoya &agrave; Churchill, le 13 mai 1943 &agrave; 14 heures 15, le t&eacute;l&eacute;gramme suivant :<\/p>\n<p>\t&laquo; Sir,<\/p>\n<p>\tJ&rsquo;ai le devoir de vous annoncer que la campagne de TUNISIE est termin&eacute;e. L&rsquo;ennemi a cess&eacute; toutes r&eacute;sistances. Nous sommes ma&icirc;tres des c&ocirc;tes d&rsquo;Afrique du Nord. &raquo;(6).<\/p>\n<p>\tLes r&eacute;jouissances dur&egrave;rent deux semaines, jusqu&rsquo;au 20 mai 1943, jour du d&eacute;fil&eacute; officiel de la victoire. Des Am&eacute;ricains, qui avaient pris Bizerte le jour m&ecirc;me de l&rsquo;entr&eacute;e &agrave; Tunis des Anglais et des Fran&ccedil;ais, particip&egrave;rent &agrave; la revue. Pendant deux heures, les troupes am&eacute;ricaines, fran&ccedil;aises et anglaises d&eacute;fil&egrave;rent dans les rues noires de monde, dans le grandiose final de la campagne d&rsquo;Afrique du Nord.<\/p>\n<p>\tDans cette atmosph&egrave;re de f&ecirc;te, la population tunisienne ne fut pas de la partie. En effet, apr&egrave;s la destitution de son souverain patriote et la vague de r&eacute;pressions, sans pr&eacute;c&eacute;dent, qui s&rsquo;est abattue sur ses membres, celle-ci s&rsquo;est retranch&eacute;e dans l&rsquo;isolement et la torpeur. Il est invraisemblable que des personnages comme le G&eacute;n&eacute;ral Catroux, homme affable et ayant refus&eacute; l&rsquo;occupation allemande, puissent se poser la question de l&rsquo;absence d&rsquo;adh&eacute;sion du peuple tunisien &agrave; cette lib&eacute;ration alors que les faucons d&rsquo;Alger avaient d&eacute;cid&eacute; de l&rsquo;en exclure. En r&eacute;alit&eacute;, la Tunisie avait &eacute;t&eacute; lib&eacute;r&eacute;e pour les colons et non pas pour le triomphe de la libert&eacute;.<\/p>\n<p>\tBien qu&rsquo;elle fut un tournant pour les Alli&eacute;s, l&rsquo;ann&eacute;e 1943 a &eacute;t&eacute; fort sombre pour la Tunisie. En effet, c&rsquo;est au cours de cette p&eacute;riode que le peuple tunisien a subi la pire des r&eacute;pressions de la part du pays protecteur, la France, et oblig&eacute;, injustement, le Bey r&eacute;gnant &agrave; abdiquer.<\/p>\n<p>\tAinsi les forces coloniales, avides d&rsquo;avantages &eacute;conomiques, avaient pouss&eacute; leurs gouvernants &agrave; commettre l&rsquo;irr&eacute;parable en opprimant davantage les peuples colonis&eacute;s et en ignorant la Charte de l&rsquo;Atlantique.<\/p>\n<p>\tLa fin de la guerre en Europe sonnera le glas des colonies, et les colons, voulant tout avoir et refusant toute &eacute;mancipation des peuples colonis&eacute;s, perdront tout dans les vingt ans &agrave; venir. Il est aussi grand temps que nos historiens se penchent sur cette p&eacute;riode de notre histoire pour l&rsquo;expliciter davantage et nous enlever cette &eacute;tiquette de la collaboration que le sionisme international a exploit&eacute;e contre le Monde arabe jusqu&rsquo;&agrave; pr&eacute;sent.<\/p>\n<p>\t<b>Notes :<\/b><\/p>\n<p>\t(*) M&rsquo;hemed ben Gtennech est un militant de la premi&egrave;re heure et compagnon d&rsquo;infortune de Salem Dhouib, p&egrave;re de l&rsquo;auteur de ces lignes, dans la sinistre prison &laquo; Hsine &raquo; de Sfax, arr&ecirc;t&eacute;s par les autorit&eacute;s coloniales en octobre 1943 pour le futile acte d&rsquo;accusation : &laquo; intelligence avec l&rsquo;ennemi&raquo;.<\/p>\n<p>\t<b>Bibliographie:<\/b><\/p>\n<p>\t1) MONCEF BEY tome I : Le r&egrave;gne, SAID MESTIRI Arcs editions1988<\/p>\n<p>\t2) MONCEF BEY tome II : Chroniques des ann&eacute;es d&rsquo;exil, SAID MESTIRI Arcs editions1990<\/p>\n<p>\t3) ACTES DU 4&egrave;me SEMINAIRE SUR L&rsquo;HISTOIRE DU MOUVEMENT NATIONAL (4, 5 et 6 juin1987)<\/p>\n<p>\t4) LE NEO-DESTOUR FACE A LA DEUXIEME EPREUVE 1938-1943.Centre de Documentation Nationale<\/p>\n<p>\t5) MILITARIA Magazine N&deg; 28 HS 1er trim1998<\/p>\n<p>\t6) Le tournant du destin, Librairie Plon 1951- (MEMOIRES SUR LA DEUXIEME GUERRE MONDIALE, WINSTON S.CHURCHILL TOME IV)<\/p>\n<p>\t7) LA BATAILLE DU DESERT, RICHARD COLLIER, Edition Time Life 1980<\/p>\n<p>\t8)LES BEYS DE TUNIS (1705-1957), EL-MOKHTAR BEY Editions SERVICED 2002.&nbsp;<\/font><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La fin de la guerre en TUNISIE, ou les Tunisiens face &agrave; une lib&eacute;ration utopique &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15105,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[39,77,71,19,10,74,69,18,28,164,13,9,1,87],"tags":[],"class_list":["post-211","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-afrique-du-nord","category-alger","category-bretagne","category-europe","category-france","category-grande-bretagne","category-habib-bourguiba","category-histoire","category-maroc","category-mont","category-tunis","category-tunisie","category-uncategorized","category-vichy"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/211","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=211"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/211\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15105"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=211"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=211"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=211"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}