{"id":21816,"date":"2026-09-29T16:22:51","date_gmt":"2026-09-29T16:22:51","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=21816"},"modified":"2026-09-30T01:49:12","modified_gmt":"2026-09-30T01:49:12","slug":"paul-sebag-par-mohamed-kerrou","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/paul-sebag-par-mohamed-kerrou\/","title":{"rendered":"Paul SEBAG, par Mohamed Kerrou"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<\/div><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<p> <b>26 septembre 1919 &#8211; 5 septembre 2004<\/p>\n<p> D\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 85 ans \u00e0 Paris o\u00f9 il a pass\u00e9 une seconde moiti\u00e9 de vie tr\u00e8s f\u00e9conde sur le plan de la production scientifique (1), Paul Sebag laisse une \u0153uvre riche et vari\u00e9e : une vingtaine de livres et une trentaine d\u2019articles acad\u00e9miques. <br \/> C\u2019est dans la revue Ibla qu\u2019il publie, en 2004, son dernier article consacr\u00e9 aux origines de l\u2019Orient romanesque, de m\u00eame qu\u2019il a abord\u00e9 auparavant, au sein du m\u00eame p\u00e9riodique, d\u2019autres sujets relatifs \u00e0 l\u2019histoire de la R\u00e9gence de Tunis (voir infra, la liste d\u00e9taill\u00e9e de ses publications). <br \/> Originaire de Tunis o\u00f9 il est n\u00e9 deux ans apr\u00e8s la fin de la premi\u00e8re guerre mondiale, P. Sebag qui a commenc\u00e9 sa carri\u00e8re professionnelle en tant que professeur de philosophie au Lyc\u00e9e Carnot publie, en 1951, son essai de monographie de la Tunisie (2). Ce livre est vite devenu une r\u00e9f\u00e9rence en raison de sa pr\u00e9cision analytique et de son approche globale, embrassant aussi bien les conditions naturelles que les grands \u00e9v\u00e8nements historiques, l\u2019assise \u00e9conomique, l\u2019enseignement, la culture ainsi que la structure politique. <br \/> Ce qui frappe le plus dans cet ouvrage de synth\u00e8se, c\u2019est l\u2019abondance de la documentation, la rigueur de l\u2019argumentation mat\u00e9rialiste ainsi que la distanciation qui n\u2019exclut point l\u2019engagement &#8211; exprim\u00e9 dans le dernier paragraphe du livre &#8211; pour la lutte de lib\u00e9ration du peuple tunisien. <br \/> Cette position n\u2019est point \u00e9trange au jeune Sebag qui adh\u00e8re, malgr\u00e9 ses origines bourgeoises (3), au parti communiste tunisien (PCT), d\u00e8s 1936. Lors de l\u2019occupation allemande de la Tunisie, il est arr\u00eat\u00e9, tortur\u00e9 et condamn\u00e9 (4) aux travaux forc\u00e9s \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9 avant d\u2019\u00eatre lib\u00e9r\u00e9. Il consigne alors ses souvenirs mais ne les publie, documents \u00e0 l\u2019appui, que soixante ans plus tard, dans un opuscule consacr\u00e9 \u00e0 cette tranche militante de sa vie de jeunesse. <br \/> L\u2019int\u00e9r\u00eat d\u2019un tel \u00e9crit consiste \u00e9videmment dans le t\u00e9moignage de l\u2019acteur et dans la critique des historiens du parti communiste tunisien qui ne pouvaient cerner cette p\u00e9riode, vu le manque d\u2019archives, de journaux et d\u2019entretiens avec les t\u00e9moins de l\u2019\u00e9poque. M\u00eame s\u2019il s\u2019agit d\u2019un r\u00e9cit \u00e0 la premi\u00e8re personne, l\u2019auteur r\u00e9ussit le pari de rapporter les faits d\u2019une mani\u00e8re objective. Ce n\u2019est donc pas un ouvrage de partisan mais plut\u00f4t, selon les dires de l\u2019auteur, un \u00ab devoir de m\u00e9moire \u00bb entrepris avec le recul du temps. <br \/> Ayant cess\u00e9 d\u2019\u00eatre membre du PCT et ayant pris ses distances avec le mouvement communiste international sans toutefois se renier (\u00ab ne pas rougir d\u2019avoir alors partag\u00e9 cette illusion \u00bb \u00e9crit-il), il consacre sa vie ult\u00e9rieure \u00e0 la recherche et au savoir et s\u2019impose, dans le champ acad\u00e9mique, par son esprit de m\u00e9thode et par sa vaste \u00e9rudition. <br \/> Ses premiers pas de chercheur, il les accomplit en tant que charg\u00e9 de recherches \u00e0 l\u2019Institut des Hautes Etudes, dans le Centre d\u2019Etudes de Sciences Humaines dirig\u00e9 par G. Granai ; puis \u00e0 l\u2019Universit\u00e9 de Tunis, au sein de la Facult\u00e9 des Lettres et des Sciences Humaines. C\u2019est dans cette \u00ab Facult\u00e9 du 9 avril \u00bb qu\u2019il enseigne pendant de longues ann\u00e9es et forme des \u00ab g\u00e9n\u00e9rations \u00bb de sociologues tunisiens. Il y fonde et dirige, en tant que r\u00e9dacteur en chef, Les Cahiers de Tunisie, o\u00f9 il contribue par de nombreux articles et notes de lectures. <br \/> En 1977, il quitte \u00ab \u00e0 contre-c\u0153ur \u00bb, semble t-il, la Tunisie pour aller enseigner, en tant que ma\u00eetre-assistant, \u00e0 l\u2019universit\u00e9 de Lille. Son pays natal restera toutefois son objet d\u2019\u00e9tude, le ferment de sa production intellectuelle \u00e0 venir et, depuis sa jeunesse militante, son port d\u2019attache affectif (5). <br \/> Par la suite, le long de sa \u00ab retraite \u00bb qui commence autour de 1990 et o\u00f9 il est nomm\u00e9 \u00ab ma\u00eetre assistant honoraire \u00bb &#8211; c\u2019est sous ce titre qu\u2019il publie son article dans l\u2019ouvrage portant sur les itin\u00e9raires de France en Tunisie, \u00e9dit\u00e9 par la Biblioth\u00e8que municipale de Marseille -, il se consacre enti\u00e8rement \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement de textes et \u00e0 la publication de livres, pour la quasi-totalit\u00e9, \u00e9dit\u00e9s chez L\u2019Harmattan, dans la collection \u00ab Histoire et Perspectives M\u00e9diterran\u00e9ennes \u00bb dirig\u00e9e par J-P. Chagnollaud. <\/p>\n<p> Unit\u00e9 et diversit\u00e9 de l\u2019oeuvre<\/p>\n<p> La question qui m\u00e9rite r\u00e9flexion aujourd\u2019hui, apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s de Paul Sebag, ce pionnier de la sociologie tunisienne (6) qui a beaucoup enrichi le champ des \u00e9tudes historiques, est la suivante : comment lire l\u2019\u0153uvre du \u00ab ma\u00eetre \u00bb et d\u00e9couvrir la probl\u00e9matique qui l\u2019a fond\u00e9e durant toute une vie d\u2019homme d\u00e9di\u00e9e \u00e0 la recherche ?<br \/> Il me semble personnellement que l\u2019\u0153uvre de Paul Sebag est travers\u00e9e par trois moments de connaissance correspondant \u00e0 trois champs de recherche qui sont tour \u00e0 tour : l\u2019urbain, les relations de voyage et l\u2019histoire des juifs tunisiens. Ces trois moments sont \u00e0 la fois successifs et simultan\u00e9s dans l\u2019itin\u00e9raire du sociologue et historien de la Tunisie. <br \/> Quant \u00e0 la probl\u00e9matique, sous-jacente et jamais exprim\u00e9e par l\u2019auteur en raison de sa modestie et de sa m\u00e9fiance envers toute th\u00e9orisation, elle r\u00e9side dans le souci d\u2019\u00e9tudier, par le menu d\u00e9tail ethnographique et par le biais d\u2019un regard sociologique et historique, comment un \u00ab indig\u00e8ne \u00bb &#8211; qu\u2019il soit musulman ou isra\u00e9lite comme lui &#8211; rencontre et vit le choc de la modernit\u00e9 induit par la colonisation au XIXe si\u00e8cle et annonc\u00e9 par les Temps nouveaux \u00e0 partir du XVIe si\u00e8cle. <br \/> C\u2019est donc l\u2019id\u00e9e du choc entre \u00ab le pot de fer \u00bb et \u00ab le pot de terre \u00bb qui structure les principaux \u00e9crits de Paul Sebag. Plus concr\u00e8tement, le ma\u00eetre-sociologue \u00e9tait habit\u00e9, dans le sens plein du terme, par le ph\u00e9nom\u00e8ne socio-historique de la sortie du juif du quartier de la Hara et de la sortie du musulman de la Houma avec toutes les cons\u00e9quences de cette transplantation spatiale et sociale qui se traduit par des mutations dans les m\u0153urs, les comportements individuels et collectifs, les apparences et les m\u00e9diations symboliques (v\u00eatements, langues, dialectes et autres mani\u00e8res d\u2019\u00eatre et de faire). <br \/> Rien ne traduit mieux cette probl\u00e9matique inscrite dans le v\u00e9cu des acteurs de l\u2019\u00e9poque que la pr\u00e9face qu\u2019il r\u00e9dige pour le livre illustr\u00e9 de l\u2019artiste-peintre Zoubeir Turki, dans laquelle Sebag inaugure le propos en notant que : <br \/> \u00ab Tunis change. On abat ses murs d\u2019enceinte, h\u00e9rit\u00e9s de si\u00e8cles lointains, on rase ses quartiers de masures insalubres, on transforme en jardins publics ses vieux cimeti\u00e8res, peupl\u00e9s de morts qu\u2019on ne pleurait plus. Mais la fi\u00e8vre moderniste, qui bouleverse le corps de la cit\u00e9, en affecte l\u2019\u00e2me, aussi profond\u00e9ment. Irr\u00e9v\u00e9rencieusement, on passe au crible les us et coutumes des anc\u00eatres pour faire le d\u00e9part entre le respectable et le p\u00e9rim\u00e9 et, sous les coups de la nouvelle g\u00e9n\u00e9ration, s\u2019\u00e9croulent chaque jour de larges pans de tradition. Que restera-t-il dans quelques ann\u00e9es de cette mani\u00e8re de vivre \u00e0 laquelle les Tunisois \u00e9taient rest\u00e9s jusqu\u2019ici fid\u00e8les ? Comment le dire ? On sait seulement qu\u2019une accumulation de mutations in\u00e9vitables finira par donner \u00e0 la vie quotidienne un autre visage. \u00bb<br \/> Le d\u00e9chiffrement de cet \u00ab autre visage \u00bb ou de cet \u00ab autre monde \u00bb est men\u00e9 dans une perspective de la \u00ab longue dur\u00e9e \u00bb, pour reprendre une notion ch\u00e8re \u00e0 F. Braudel, l\u2019auteur du c\u00e9l\u00e8bre ouvrage portant sur La M\u00e9diterran\u00e9e et le monde m\u00e9diterran\u00e9en \u00e0 l\u2019\u00e9poque de Philippe II, auquel Sebag r\u00e9f\u00e8re (\u00ab Une lecture d\u2019Othello \u00bb, p. 42, note 13), tout en gardant une veine historique classique. La raison est certes li\u00e9e au fait qu\u2019il se pensait \u00ab sociologue de discipline et historien par go\u00fbt \u00bb (Ibid., p. 33) mais aussi parce qu\u2019il \u00e9tait, selon la pertinente formule orale du g\u00e9ographe Habib Attia, un v\u00e9ritable \u00ab chartiste \u00bb anim\u00e9 d\u2019un esprit de pr\u00e9cision et de connaissance savante. <br \/> L\u2019\u0153uvre de Sebag est bas\u00e9e \u00e0 la fois sur une documentation fouill\u00e9e et un sens critique de l\u2019investigation scientifique de l\u2019\u00e9crit. Le recueil des articles de l\u2019historien Pierre Grandchamp et l\u2019\u00e9tablissement des textes des voyageurs comme ceux de Bartholomeo Ruffino (7) ou de Nicolas B\u00e9ranger t\u00e9moignent d\u2019un esprit de rigueur souvent associ\u00e9 \u00e0 une m\u00e9thode historique bas\u00e9e sur la contre-enqu\u00eate. En effet, dans ses travaux, Sebag commence presque toujours par citer et critiquer les th\u00e8ses des auteurs qui l\u2019ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s et qui se sont content\u00e9s de reprendre des interpr\u00e9tations ant\u00e9rieures voire des id\u00e9es re\u00e7ues et dont les contributions ont \u00e9t\u00e9 parfois accueillies dans des ouvrages de r\u00e9f\u00e9rence comme les dictionnaires. Tel a \u00e9t\u00e9 le cas de \u00ab Mille et Un jours \u00bb attribu\u00e9 \u00e0 A. R. Lesage alors qu\u2019il est, comme s\u2019est appliqu\u00e9 \u00e0 le montrer Sebag, l\u2019\u0153uvre de l\u2019orientaliste et \u00e9crivain P\u00e9tis de La Croix. A propos de ce dernier, Sebag r\u00e9dige, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 1970, une note de mise au point pour dissiper la confusion due \u00e0 une homonymie, entre le dit orientaliste et un autre du nom du Sieur de la Croix. <br \/> Pour les m\u00eames raisons, Sebag s\u2019int\u00e9ressait aux manuscrits et aux ouvrages inconnus qu\u2019il recherchait chez les bouquinistes et \u00e0 la biblioth\u00e8que nationale de Paris. C\u2019est ainsi qu\u2019il d\u00e9couvrit la chronique inachev\u00e9e et posthume de l\u2019ambassadeur fran\u00e7ais aupr\u00e8s de la Sublime Porte, G. De Guilleragues, portant sur les beys mouradites, d\u2019autant plus qu\u2019elle ne figurait pas dans les bibliographies historiques de la Tunisie propos\u00e9es par Charles-Andr\u00e9 Julien dans son \u00ab Histoire de l\u2019Afrique du Nord \u00bb ou par Jean Pignon dans sa contribution au livre collectif intitul\u00e9 \u00ab Initiation \u00e0 la Tunisie \u00bb. Vu la raret\u00e9 de l\u2019ouvrage de Garrigues, Sebag s\u2019est d\u00e9cid\u00e9 \u00e0 le transcrire int\u00e9gralement de sa plume, en s\u2019effor\u00e7ant d\u2019identifier les noms des lieux et des personnes et \u00e0 dater exactement les \u00e9v\u00e9nements de cette pr\u00e9cieuse chronique ayant \u00e0 la fois une valeur documentaire et litt\u00e9raire. <br \/> Sebag avait une veine d\u2019\u00e9crivain qu\u2019exprime \u00e0 merveille son article succulent sur Othello ainsi que l\u2019ensemble de ses pr\u00e9sentations et notes de commentaire consacr\u00e9es aux r\u00e9cits des voyageurs. Il avait \u00e9galement une vocation de collectionneur comme en t\u00e9moignent les cartes, estampes et autres pr\u00e9cieuses illustrations de ses livres (Cf. en particulier, Tunis. Histoire d\u2019une ville ; Histoire des Juifs de Tunisie ; Tunis au XVIIe si\u00e8cle&#8230;). Cette qu\u00eate d\u2019une documentation visuelle t\u00e9moigne d\u2019un souci de p\u00e9dagogue qui montre et illustre pour mieux expliquer son propos ainsi que d\u2019une empathie avec l\u2019objet et les acteurs de l\u2019histoire des deux c\u00f4t\u00e9s de la M\u00e9diterran\u00e9e. <\/p>\n<p> La ville et l\u2019urbain<\/p>\n<p> Dans l\u2019itin\u00e9raire de recherche de Sebag, on d\u00e9c\u00e8lera un premier moment qui d\u00e9marre avec une s\u00e9rie d\u2019enqu\u00eates sur la ville et l\u2019urbain, initi\u00e9s au lendemain de l\u2019ind\u00e9pendance de la Tunisie (1956). D\u00e9j\u00e0, \u00e0 la veille de cette date historique, l\u2019int\u00e9r\u00eat du sociologue s\u2019oriente vers l\u2019\u00e9tude de la condition des salari\u00e9s de la r\u00e9gion de Tunis (1955), sur la base d\u2019un sondage empirique par questionnaire destin\u00e9 \u00e0 \u00e9valuer les ressources, la structure des budgets, les d\u00e9penses consacr\u00e9es \u00e0 l\u2019habitat, \u00e0 l\u2019alimentation, \u00e0 l\u2019habillement, \u00e0 la sant\u00e9, \u00e0 la culture et aux loisirs. La synth\u00e8se des r\u00e9sultats est illustr\u00e9e par un \u00e9ventail de conditions \u00e9conomiques et sociales allant, chez les Tunisiens musulmans, de l\u2019aisance relative (9,3%) \u00e0 la d\u00e9tresse (24,6%), en passant par la g\u00eane (16,9%), la pr\u00e9carit\u00e9 (20%) et la mis\u00e8re (29,2%). <br \/> L\u2019\u00e9tude de la condition ouvri\u00e8re est relay\u00e9e, quelques ann\u00e9es plus tard, par l\u2019enqu\u00eate sur les milieux sociaux et les \u00ab attitudes \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la vie \u00bb &#8211; terme qui recouvre ce qu\u2019on d\u00e9signera, peu de temps apr\u00e8s, par le \u00ab planning familial \u00bb &#8211; qui permet justement de sonder les attitudes natalistes et de d\u00e9couvrir que les trois quarts des familles qui ont 3 enfants auraient \u00e9t\u00e9 r\u00e9ceptives \u00e0 la contraception. C\u2019est l\u00e0 une d\u00e9couverte de taille dans la mesure o\u00f9 le programme de la planification familiale allait \u00eatre lanc\u00e9 et conna\u00eetre une destin\u00e9e qui transformera, comme on le sait aujourd\u2019hui, la pyramide des \u00e2ges et le mod\u00e8le de la famille ainsi que le statut de la femme tunisienne. <br \/> En relation avec ces premi\u00e8res \u00e9tudes sociologiques de type empirique, c\u2019est la consommation des m\u00e9nages, l\u2019industrialisation du Grand Tunis et surtout l\u2019extension des faubourgs de Borgel (1958), Sidi Fathallah (1960) et Sa\u00efda Manoubia (1960) qui sont l\u2019objet d\u2019investigations minutieuses. \u00ab Sa\u00efda \u00bb \u00e9tant l\u2019un des plus \u00e9tendus des nouveaux faubourgs tunisois &#8211; le troisi\u00e8me en ordre de grandeur apr\u00e8s Jebel Lahmar et Mellassine -, Sebag lui consacre un livre en entier qui r\u00e9sulte d\u2019une enqu\u00eate sociale approfondie doubl\u00e9e d\u2019une enqu\u00eate nutritionnelle et m\u00e9dicale entreprise par les Dr Ben Salem, Dr Claudian et Melle Ta\u00efeb. <br \/> L\u2019enqu\u00eate sociale se donne pour finalit\u00e9 la ma\u00eetrise des facteurs de la croissance et de la pauvret\u00e9 urbaines par les pouvoirs publics. Elle permet \u00e9galement d\u2019analyser les origines et les structures de la population du faubourg. Aussi, met-elle en valeur l\u2019importance de la famille conjugale \u00e0 laquelle s\u2019ajoute souvent un membre tr\u00e8s proche (p\u00e8re, m\u00e8re, fr\u00e8re ou s\u0153ur de l\u2019\u00e9poux ou de l\u2019\u00e9pouse), sans que la famille indivise disparaisse. De m\u00eame, elle attire l\u2019attention sur le d\u00e9but de la pr\u00e9valence du mariage exogame (53,4%), en d\u00e9pit de la persistance du mariage dans la tribu ou dans la famille (26,6%). <br \/> Les enqu\u00eates men\u00e9es par Sebag dans les nouveaux faubourgs mettent en lumi\u00e8re les facteurs et les modalit\u00e9s de la croissance urbaine. \u00c0 cette \u00e9poque, la ville de Tunis conna\u00eet une augmentation consid\u00e9rable de sa population qui a presque doubl\u00e9 en vingt ans puisqu\u2019elle est pass\u00e9e de 220 000 en 1936 \u00e0 410 000 en 1956. Cette croissance vertigineuse n\u2019\u00e9tait pas due seulement au facteur d\u00e9mographique mais r\u00e9sultait de l\u2019afflux vers Tunis de masses rurales chass\u00e9es des campagnes par la mis\u00e8re. Ces nouveaux venus ont surpeupl\u00e9 non seulement la M\u00e9dina et ses anciens faubourgs (Bab Souika et Bab J\u00e9did) mais \u00e9galement les nouveaux quartiers qui se sont constitu\u00e9s autour de la ville. Ces quartiers pauvres formaient la ceinture \u00ab rouge \u00bb de Tunis et abritaient des logements rudimentaires appel\u00e9s \u00ab gourbis \u00bb qui coexistaient avec quelques maisons en dur fort humbles. C\u2019est l\u00e0, dans les nouveaux faubourgs, que se jouaient effectivement les transformations de la condition ouvri\u00e8re et de la morphologie urbaine. <br \/> Adoptant une m\u00e9thodologie serr\u00e9e, combinant plusieurs techniques d\u2019enqu\u00eate, le sociologue Sebag &#8211; form\u00e9 sur le terrain &#8211; \u00e9tudie avec une grande pr\u00e9cision, les formes de l\u2019habitat, les origines et les structures de la population, les niveaux de vie en relation avec le travail et l\u2019emploi, la vie familiale et la diff\u00e9renciation sociale ainsi que l\u2019int\u00e9gration \u00e0 la vie citadine de ces masses d\u2019origine rurale. Tout est pass\u00e9 au peigne fin et tous les types de documents analytiques (tableaux statistiques, cartes, plans, vues a\u00e9riennes, archives de la police, questionnaires, interviews, observations) sont savamment utilis\u00e9s. <br \/> Par l\u00e0, Sebag fonde la sociologie tunisienne de la ville et de l\u2019espace urbain qu\u2019il ne cessera de d\u00e9velopper le long de sa carri\u00e8re de recherche, notamment avec sa magistrale monographie de La Hara (1959), sa remarquable investigation de La Grande mosqu\u00e9e de Kairouan (1963) et sa monumentale Histoire de la ville de Tunis (1998). Ce dernier ouvrage, compos\u00e9 de pr\u00e8s de 700 pages \u00e9tait, \u00e0 l\u2019\u00e9tat de manuscrit, destin\u00e9 d\u00e8s le d\u00e9but des ann\u00e9es 1970 \u00e0 \u00eatre une th\u00e8se de doctorat d\u2019Etat en g\u00e9ographie qu\u2019il n\u2019a jamais, en chercheur tr\u00e8s exigeant, voulue soutenir mais qu\u2019il a enfin publi\u00e9e, en la transformant en une histoire urbaine avec une structure diff\u00e9rente. Il s\u2019agit d\u2019un travail colossal qui a n\u00e9cessit\u00e9 pas moins d\u2019un demi-si\u00e8cle de collecte de documents, de mise \u00e0 jour \u00e0 la lumi\u00e8re des travaux les plus r\u00e9cents, de r\u00e9flexion et de r\u00e9daction. Il a \u00e9t\u00e9 enfin \u00e9dit\u00e9 \u00e0 la satisfaction de nombreux chercheurs, enseignants, praticiens, d\u00e9cideurs et habitants de Tunis qui attendaient de le lire et de mieux se conna\u00eetre. Depuis sa parution, c\u2019est une r\u00e9f\u00e9rence incontournable pour tous ceux qui s\u2019int\u00e9ressent \u00e0 la ville de Tunis et aux cit\u00e9s de la M\u00e9diterran\u00e9e. Le lecteur est guid\u00e9 pas \u00e0 pas gr\u00e2ce \u00e0 une grille de lecture simple o\u00f9, pour chaque p\u00e9riode historique, depuis la fondation de Tunis dans le Haut Moyen Age jusqu\u2019au milieu des ann\u00e9es 1970, l\u2019auteur \u00e9tablit une radioscopie bas\u00e9e sur la trilogie de la population, de la morphologie et des activit\u00e9s urbaines. <br \/> En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019int\u00e9r\u00eat pour l\u2019urbain d\u00e9coule d\u2019une vocation de g\u00e9ographe \u2013 son v\u00e9ritable m\u00e9tier, s\u2019il fallait en avoir un et un seul &#8211; toujours attentif aux conditions naturelles et climatiques ainsi qu\u2019aux facteurs humains, tout en ayant une curiosit\u00e9 et une capacit\u00e9 de lecture des plans, cartes, estampes et autres photographies de l\u2019agglom\u00e9ration urbaine \u00e9tudi\u00e9e. C\u2019est l\u00e0 une d\u00e9marche originale qui lie l\u2019histoire sociale \u00e0 l\u2019\u00e9tude de l\u2019espace urbain, investi et reconstruit. <\/p>\n<p> R\u00e9cits de voyage<\/p>\n<p> Parall\u00e8lement \u00e0 la ville et \u00e0 l\u2019urbain, P. Sebag accorde une attention particuli\u00e8re aux r\u00e9cits des voyageurs ayant visit\u00e9 Tunis, du XVIIe au XIXe si\u00e8cle. C\u2019est l\u00e0 le second moment et champ de recherche r\u00e9v\u00e9lant en lui l\u2019historien qui fr\u00e9quente, \u00ab par go\u00fbt \u00bb plus que \u00ab par m\u00e9tier \u00bb, les textes et les manuscrits. Cette vocation et passion pour les textes anciens commence avec la d\u00e9couverte inopin\u00e9e, dans la bo\u00eete d\u2019un bouquiniste, sur les quais de la Seine, de l\u2019opuscule de Davis Nathan consacr\u00e9 \u00e0 Tunis. Chapelain anglican dont Flaubert fut, lors de son voyage, l\u2019h\u00f4te dans sa maison de la Marsa, Davis publia en 1841 une br\u00e8ve esquisse de l\u2019\u00e9tat du Royaume au temps d\u2019Ahmed Bey (1837-1855). Jugeant les pages consacr\u00e9es \u00e0 la ville de Tunis essentielles et d\u2019autant plus int\u00e9ressantes qu\u2019elles \u00e9taient introuvables dans la Biblioth\u00e8que du Souk el-Attarine, Sebag les traduit et les publie en 1958, en les accompagnant de notes pour \u00e9clairer des pans entiers de l\u2019histoire et de la vie quotidienne de ses habitants. <br \/> \u00c0 la description des rues, des immeubles et des mosqu\u00e9es s\u2019ajoute une ethnographie vivante des m\u0153urs, des croyances et des pratiques superstitieuses des diff\u00e9rentes communaut\u00e9s (musulmane, isra\u00e9lite et chr\u00e9tienne \u2013 catholique, orthodoxe et protestante). <br \/> Une ann\u00e9e plus tard, en 1959, Sebag renoue avec ce genre litt\u00e9raire, en pr\u00e9sentant un tableau descriptif des Juifs de Tunisie, d\u2019apr\u00e8s le voyageur juif roumain Benjamin II. C\u2019est, encore une fois, de la langue anglaise qu\u2019il traduit un chapitre de ce livre qui lui a \u00e9t\u00e9 signal\u00e9 par son ami Robert Attal et qui porte sur Tunis. Publi\u00e9 en 1859, le r\u00e9cit de Benjamin II \u00e9tait rest\u00e9 inconnu de tous ceux qui avaient \u00e9tudi\u00e9 la Tunisie du XIXe si\u00e8cle. La valeur de ce r\u00e9cit de voyage provient aussi, comme le signale d\u2019embl\u00e9e Sebag, de la capacit\u00e9 du voyageur-\u00e9crivain \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans les communaut\u00e9s juives de Tunis, en alliant sympathie et objectivit\u00e9 pour l\u2019objet \u00e9tudi\u00e9. Une telle comp\u00e9tence lui permet de brosser un tableau moral de cette minorit\u00e9 religieuse et de fournir de pr\u00e9cieuses informations sur la place des juifs dans les activit\u00e9s \u00e9conomiques, y compris l\u2019agriculture puisque des fellahs juifs exer\u00e7aient \u00e0 Jerba, \u00e0 Gab\u00e8s, dans le J\u00e9rid et \u00e0 Nabeul. Ces chefs-lieux sont d\u00e9crits minutieusement de m\u00eame que des villes comme Tunis, Sousse, El-Jem, Bizerte, sont \u00e9galement l\u2019objet de notes qui s\u2019attardent sur les Juifs ainsi que sur les comportements et les croyances magiques des femmes. <br \/> Plus tard, au cours des ann\u00e9es 1980, Sebag continue de rendre compte d\u2019autres r\u00e9cits de voyageurs ayant visit\u00e9 la r\u00e9gence de Tunis au XVIIe s\u00e8cle, \u00e0 l\u2019instar de l\u2019escale faite par Jean Th\u00e9venot, de la n\u00e9gociation de Laurent d\u2019Arvieux et de la mission du P\u00e8re de la Motte. Nous savons que le XVIIe si\u00e8cle constitue une p\u00e9riode \u00e0 la fois cruciale et inconnue de l\u2019histoire de la Tunisie. C\u2019est pour cette raison que Sebag s\u2019y int\u00e9resse et lui consacre un de ses meilleurs ouvrages, publi\u00e9 en 1989, o\u00f9 il met en \u0153uvre les sources les plus vari\u00e9es pour offrir un tableau des plus complets de Tunis, cette \u00ab cit\u00e9 barbaresque au temps de la course \u00bb. Tout y est d\u00e9crit : le pouvoir dynastique et ses puissances, les quartiers et la population, la course, l\u2019esclavage, les activit\u00e9s \u00e9conomiques, les commodit\u00e9s civiles de la maison et de la cit\u00e9, la religion, les lettres et les arts. Gr\u00e2ce \u00e0 ce livre d\u2019histoire urbaine (8), le lecteur se prom\u00e8ne dans le Tunis du XVIIe si\u00e8cle comme s\u2019il y vivait. Paul Sebag se r\u00e9v\u00e8le ainsi un v\u00e9ritable cin\u00e9aste de l\u2019\u00e9criture historique. Tout en \u00e9tant didactique et tr\u00e8s simple, celle-ci demeure \u00e9rudite et passionnante. Nous touchons l\u00e0 au style m\u00eame de notre sociologue et historien marqu\u00e9 par un mariage heureux, au niveau de la m\u00e9thode, entre connaissance approfondie, synth\u00e8se et vulgarisation. <br \/> Il importe d\u2019ajouter, au niveau de ce second champ de recherche, que la passion pour les relations de voyage s\u2019est accompagn\u00e9e d\u2019un int\u00e9r\u00eat pour les chroniques comme celle, inachev\u00e9e et posthume, de Guilleragues ainsi que celle de B\u00e9ranger qui ont, toutes les deux, constitu\u00e9 des sources d\u2019information fort utiles pour les chercheurs et historiens de la Tunisie. <\/p>\n<p> Histoire des Juifs<br \/> Enfin, le troisi\u00e8me champ de recherche qui recoupe en chevauchant les deux champs de recherches pr\u00e9c\u00e9dents est celui relatif \u00e0 l\u2019histoire des Juifs de Tunisie. Ce moment de la connaissance, d\u2019inspiration identitaire inavou\u00e9e, est de facture documentaire ind\u00e9niable. Il a \u00e9t\u00e9, pour Sebag, l\u2019occasion de s\u2019imposer comme une \u00ab autorit\u00e9 incontest\u00e9e de l\u2019histoire du juda\u00efsme tunisien \u00bb. <br \/> En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019int\u00e9r\u00eat pour l\u2019histoire des Juifs tunisiens n\u2019a pas du tout \u00e9t\u00e9 tardif puisqu\u2019il remonte \u00e0 l\u2019enqu\u00eate sur la Hara de Tunis effectu\u00e9e entre juillet 1956 et mars 1957. En choisissant d\u2019analyser l\u2019\u00e9volution de ce quartier juif situ\u00e9 au c\u0153ur du \u00ab vieux Tunis \u00bb, Sebag s\u2019est attel\u00e9 \u00e0 en retracer l\u2019historique et \u00e0 d\u00e9crire sa population ainsi que les niveaux de vie et la configuration de la religion et des croyances de la communaut\u00e9 qui y r\u00e9side. <br \/> Parmi les apports de Sebag dans cette \u00e9tude \u00e9labor\u00e9e au moment o\u00f9 s\u2019est pos\u00e9e, avec la construction du nouvel Etat tunisien, la question de l\u2019identit\u00e9 nationale (exclusive), il y a d\u2019abord l\u2019aspect de la composition de la population de ce quartier pauvre qui s\u2019est av\u00e9r\u00e9e ne pas \u00eatre exclusivement juive puisque les isra\u00e9lites tunisiens ne constituaient que 70,52% alors que les musulmans tunisiens \u00e9taient de l\u2019ordre de 7,78% ; le reste \u00e9tant form\u00e9 de fran\u00e7ais (12,41%), d\u2019\u00e9trangers europ\u00e9ens (7,78%) et autres. <br \/> En plus, la distribution dans l\u2019espace permet de montrer, carte \u00e0 l\u2019appui, que la pr\u00e9sence des isra\u00e9lites varie entre 0% et 75% au sein de telle ou telle partie de la Hara. Enfin, si les Juifs jouaient dans l\u2019entre-deux-guerres un r\u00f4le politique, l\u2019ind\u00e9pendance nationale les avait contraint \u00e0 jouer uniquement un r\u00f4le religieux et social. \u00c0 ce titre, Sebag ne manqua pas d\u2019attirer l\u2019attention sur l\u2019isolement de la population juive qui se trouvait brusquement s\u00e9par\u00e9e du reste de la Nation et c\u2019est pour cela qu\u2019il recommanda la cr\u00e9ation d\u2019un Consistoire juif \u2013 formule la\u00efque, doit-on pr\u00e9ciser &#8211; destin\u00e9 \u00e0 repr\u00e9senter et \u00e0 int\u00e9grer la communaut\u00e9. <br \/> Lors d\u2019un colloque organis\u00e9, en 1967, par le Centre d\u2019Etudes Economiques et Sociales (CERES), sur les mutations de la famille tunisienne, le directeur et sociologue Abdelwahab Bouhdiba demanda \u00e0 Paul Sebag de brosser un tableau de la famille isra\u00e9lite au XXe si\u00e8cle. Il en est ressorti un article fort int\u00e9ressant sur les traits de la famille juive traditionnelle et sur ses transformations structurelles. <br \/> Qualifi\u00e9e par Jacques Berque d\u2019 \u00ab \u00e9tude d\u2019ethnologie historique \u00bb, la contribution de Sebag permit de mettre en relief les similitudes et les diff\u00e9rences existant entre la famille isra\u00e9lite et la famille musulmane en Tunisie. La famille juive s\u2019est profond\u00e9ment transform\u00e9e avec le passage de la famille traditionnelle \u00e0 la famille conjugale et il s\u2019est effectu\u00e9 un nouveau partage des r\u00f4les des sexes dans l\u2019organisation domestique gr\u00e2ce, note Sebag, \u00e0 la scolarisation dans les \u00e9coles fran\u00e7aises et \u00e0 l\u2019acceptation de l\u2019\u00ab acculturation \u00bb par la majorit\u00e9. Cette \u00ab acculturation \u00bb consistait en l\u2019introduction d\u2019une \u00ab langue de culture \u00bb avec toute les valeurs qu\u2019elle v\u00e9hiculait. Du coup, \u00ab la mutation culturelle a facilit\u00e9 la promotion \u00e9conomique et sociale de la minorit\u00e9 juive. D\u00e8s qu\u2019elle a eu les moyens, elle a quitt\u00e9 les ghettos o\u00f9 elle avait jusque-l\u00e0 v\u00e9cu group\u00e9e pour s\u2019installer dans les villes neuves et se m\u00ealer aux colonies europ\u00e9ennes. De celles-ci, elle a subi d\u2019autant plus l\u2019influence qu\u2019elle parlait le fran\u00e7ais et avait acc\u00e9d\u00e9 \u00e0 une culture moderne, f\u00fbt-elle \u00e9l\u00e9mentaire \u00bb. <br \/> Il est \u00e0 signaler qu\u2019il n\u2019en a pas \u00e9t\u00e9 de m\u00eame pour les tunisiens de confession musulmane qui ont \u00e9t\u00e9 scolaris\u00e9s notamment dans les \u00e9coles franco-arabes, avec une tr\u00e8s grande majorit\u00e9 masculine, tout en se r\u00e9fugiant pour la plupart dans les traditions pour pouvoir r\u00e9sister \u00e0 la colonisation. C\u2019est l\u00e0 un des \u00e9l\u00e9ments cruciaux de la diff\u00e9rence entre une minorit\u00e9 et une majorit\u00e9 de population dans une situation de domination \u00e9conomique, politique et culturelle. <br \/> Etudiant en sociologue les transformations des deux communaut\u00e9s, Sebag les compare alors \u00e0 une sorte de bombe qui, pour la famille isra\u00e9lite, a explos\u00e9 d\u00e8s les premiers jours &#8211; le XIXe si\u00e8cle, pour \u00eatre pr\u00e9cis &#8211; alors que, pour la famille musulmane, elle a \u00e9t\u00e9 \u00ab une bombe \u00e0 retardement \u00bb. <br \/> Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, Sebag r\u00e9unit l\u2019essentiel de ses connaissances historiques et ethnographiques sur les Juifs de Tunisie et les publie dans un livre riche et document\u00e9 qui brosse un tableau complet de la communaut\u00e9, des origines \u00e0 nos jours. Les aspects d\u00e9mographiques, \u00e9conomiques, sociaux, culturels et politiques sont trait\u00e9s dans une double approche historique et sociologique. L\u2019on y apprend beaucoup sur la formation et l\u2019\u00e9volution de cette minorit\u00e9 \u00e0 travers les si\u00e8cles. Sa structuration en deux communaut\u00e9s imbriqu\u00e9es et s\u00e9par\u00e9es \u2013 la mauresque (tw\u00e2nsa) et la livournaise (gr\u00e2na) \u2013 au lendemain de la conqu\u00eate ottomane est analys\u00e9e de l\u2019int\u00e9rieur mais avec distanciation, de m\u00eame que sont pr\u00e9cis\u00e9s les tournants historiques, les institutions ainsi que les langues et les \u00e9critures, les m\u0153urs et les coutumes, les v\u00eatements et les parures. <br \/> Au del\u00e0 de l\u2019analyse, \u00e0 la fois globale et pr\u00e9cise, ce livre de r\u00e9f\u00e9rence apporte \u00e9galement des \u00e9clairages importants sur deux ph\u00e9nom\u00e8nes qui ont boulevers\u00e9 la structure de l\u2019antique communaut\u00e9 juive de Tunisie lors de la p\u00e9riode contemporaine : l\u2019occidentalisation durant le protectorat fran\u00e7ais et le d\u00e9part massif vers la France et Isra\u00ebl au lendemain de l\u2019ind\u00e9pendance nationale. <br \/> Au soir de sa vie, en 2002, Sebag ajoute \u00e0 ce tableau historique une \u00e9tude sur les noms des Juifs de Tunis o\u00f9 il \u00e9tudie leurs origines et leurs significations. Comme \u00e0 l\u2019accoutum\u00e9e, il signale les \u00e9tudes pr\u00e9c\u00e9dentes qui ont trait\u00e9 du m\u00eame objet, telle que celle de M. Eisenbeth (1936), en relevant les lacunes et les limites de cette contribution (9). <br \/> En conclusion de cette note d\u2019hommage au disparu, nous retiendrons que l\u2019\u0153uvre de Paul Sebag s\u2019organise autour de trois grands champs de recherche \u00e0 partir du croisement de deux approches compl\u00e9mentaires, la sociologique et l\u2019historique, dans un pays pr\u00e9cis, la Tunisie, dont il a su d\u00e9montrer la complexit\u00e9 humaine et la dynamique sociale. <br \/> Sociologue et historien, Paul Sebag a \u00e9galement d\u00e9velopp\u00e9 une curiosit\u00e9 pour d\u2019autres th\u00e8mes auxiliaires tels que les exp\u00e9ditions maritimes arabes, l\u2019h\u00f4pital des Trinitaires espagnols, les monnaies, la course \u00ab barbaresque \u00bb, voire les contes arabes et persans. C\u2019est dire la diversit\u00e9 et la grande vari\u00e9t\u00e9 de sa carri\u00e8re de chercheur reconnu, bien qu\u2019isol\u00e9. Aussi, les nombreux travaux de Sebag pourraient-ils donner l\u2019impression d\u2019\u00eatre des lambeaux d\u2019un savoir \u00e9clat\u00e9 alors qu\u2019ils sont en r\u00e9alit\u00e9 unis par une probl\u00e9matique commune \u00e9labor\u00e9e autour de l\u2019id\u00e9e du choc de la modernit\u00e9 mais \u00e9galement de la singularit\u00e9 historique de la Tunisie. Dans un livre illustr\u00e9 sur la Tunisie (1961), Sebag \u00e9crit \u00e0 ce titre : \u00ab Nous sommes sensibles \u00e0 ce que chaque nation poss\u00e8de en propre; nous croyons reconna\u00eetre dans la personnalit\u00e9 tunisienne l\u2019\u0153uvre d\u2019une destin\u00e9e singuli\u00e8re, de Carthage \u00e0 demain. \u00bb. <br \/> Cette m\u00eame singularit\u00e9 a \u00e9t\u00e9 analys\u00e9e et mise en valeur par l\u2019Ecole historique fran\u00e7aise de Tunisie \u2013 une v\u00e9ritable communaut\u00e9 scientifique locale &#8211; dont les illustres repr\u00e9sentants \u00e9taient Charles Monchicourt, Pierre Grandchamp, Jean Pignon, Marcel Gandolphe, Jean Ganiage, Charles Saumagne, Andr\u00e9 Martel et l\u2019ottomaniste R. Mantran\u2026que Sebag a eu la fortune d\u2019avoir pour \u00ab \u00e9claireurs \u00bb et \u00ab compagnons de route \u00bb. <br \/> Il est \u00e0 ajouter, enfin, que si les trois champs de recherche de Sebag (la ville, les r\u00e9cits de voyage et les Juifs de Tunisie) se sont succ\u00e9d\u00e9s et parfois chevauch\u00e9s le long de sa carri\u00e8re, ce sont ses travaux sur la ville de Tunis qui ont \u00e9t\u00e9 au c\u0153ur de ses investigations et de sa production scientifique. <br \/> Deux r\u00e9f\u00e9rences, br\u00e8ves mais consistantes, pourraient servir \u00e0 illustrer cette orientation urbanistique \u00e9minemment f\u00e9conde : un ancien article sur la ville europ\u00e9enne \u00e0 Tunis au XVIe si\u00e8cle et une r\u00e9cente notice de synth\u00e8se sur l\u2019histoire urbaine de Tunis. <br \/> Dans l\u2019article sur la ville europ\u00e9enne, Sebag apporte du nouveau sur la topographie de Tunis au XVIe si\u00e8cle en reprenant, sur la base de documents in\u00e9dits auxquels n\u2019avait pas eu acc\u00e8s Ch. Monchicourt, la question de la localisation de la nova arx. Situ\u00e9e entre les murs de la ville et le lac, cette nouvelle citadelle dont la construction commen\u00e7a en 1573 semble s\u2019\u00eatre d\u00e9ploy\u00e9e sur l\u2019emplacement de la ville moderne de Tunis. Cette ville \u00e9ph\u00e9m\u00e8re qui fut une premi\u00e8re \u00ab ville europ\u00e9enne \u00bb dans le Tunis au XVIe si\u00e8cle se serait situ\u00e9e, selon l\u2019\u00e9valuation de Sebag, entre l\u2019actuelle avenue Mohamed V et la cath\u00e9drale de Tunis ; laquelle recouvrait le cimeti\u00e8re Saint-Antoine o\u00f9 se trouvait le lieu dit Bastion (bastioun). <br \/> Dans l\u2019entr\u00e9e \u00ab Tunis \u00bb r\u00e9dig\u00e9e pour l\u2019Encyclop\u00e9die de l\u2019Islam (Nouvelle \u00e9dition, tome X, 2002, pp. 676-688), Sebag prolonge et enrichit l\u2019apport du grand ma\u00eetre des \u00e9tudes kairouanaises et tunisiennes qu\u2019\u00e9tait Ch. Monchicourt, r\u00e9dacteur de la premi\u00e8re notice sur Tunis (Encyclop\u00e9die de l\u2019Islam, 1934, Tome IV-I, pp. 881-888). Il approfondit les connaissances historiques en les r\u00e9actualisant, \u00e9tend l\u2019analyse \u00e0 la p\u00e9riode de l\u2019entre-deux-guerres et aux lendemains de l\u2019ind\u00e9pendance nationale jusqu\u2019aux tous r\u00e9cents d\u00e9veloppements et transformations de l\u2019espace urbain. C\u2019est tout un mouvement d\u2019extension urbaine o\u00f9 \u00ab le centre-ville ne cesse de s\u2019annexer les zones voisines et s\u2019\u00e9tend maintenant sur des terrains conquis sur le lac dont on a entrepris de reculer les rives \u00bb. <br \/> En fait, Paul Sebag reprend ici la note finale du livre monumental qu\u2019il avait consacr\u00e9 \u00e0 sa ville natale (10) et qu\u2019il a eu l\u2019\u00e9l\u00e9gance et la modestie de conclure par cette invitation : <br \/> \u00ab La nouvelle Tunis appelle d\u00e9j\u00e0 un autre livre, mais il reviendra \u00e0 d\u2019autres de l\u2019\u00e9crire. Nous ne tenterons pas de conduire plus loin cette histoire d\u2019une ville. \u00bb <\/p>\n<p> Mohamed KERROU<\/p>\n<p> Notes<\/p>\n<p> (1) Je suis reconnaissant \u00e0 Anne-Marie Planel, directeur adjoint de l\u2019Institut de recherche sur le Maghreb contemporain (IRMC), qui a lu une premi\u00e8re version de la pr\u00e9sente note et a \u00e9mis des observations critiques qui ont \u00e9t\u00e9, pour la plupart, int\u00e9gr\u00e9es. Mes remerciements vont \u00e9galement \u00e0 Ma\u00eetre Lionel L\u00e9vy, ancien ami du disparu, qui a eu l\u2019amabilit\u00e9 de r\u00e9pondre, par \u00e9crit, aux questions que je lui ai adress\u00e9es \u00e0 propos de la vie et de l\u2019itin\u00e9raire de Paul Sebag. <\/p>\n<p> (2) \u00ab Ce travail n\u2019\u00e9tait pas destin\u00e9 par lui \u00e0 la publication, mais l\u2019ayant occasionnellement montr\u00e9 \u00e0 un universitaire fran\u00e7ais, celui-ci lui fit observer qu\u2019il serait regrettable qu\u2019une \u00e9tude de cette qualit\u00e9 soit perdue pour le public et pour les chercheurs \u00bb (T\u00e9moignage de M\u00b0 L. L\u00e9vy). <br \/> Mme Lilia Ben Salem a eu la courtoisie de me signaler que les Editions sociales (Paris) avaient lanc\u00e9, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, une s\u00e9rie d\u2019ouvrages sur le Maghreb et c\u2019est ainsi que la monographie de la Tunisie de P. Sebag a \u00e9t\u00e9 suivie d\u2019un livre sur le Maroc (Ayache Germain, Le Maroc. Bilan d\u2019une colonisation. Pr\u00e9face de Jean Dresh, 1956) et d\u2019un livre sur l\u2019Alg\u00e9rie (Lacoste Yves, Nouschi Andr\u00e9 &amp; Prenant Andr\u00e9, L&rsquo;Alg\u00e9rie. Pass\u00e9 et pr\u00e9sent, 1960). <br \/> Ces trois livres ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s au sein de la collection \u00ab La Culture et les Hommes \u00bb. <\/p>\n<p> (3) \u00ab Le p\u00e8re de Paul, Victor Sebag qui \u00e9tait un avocat estim\u00e9, appartenait \u00e0 une famille de la bourgeoisie juive tunisienne. Sa m\u00e8re n\u00e9e Attal, \u00e9galement. Ils vivaient bien entendu dans la ville europ\u00e9enne, comme la bourgeoisie ais\u00e9e. \u00bb (T\u00e9moignage de M\u00b0 L. L\u00e9vy). <\/p>\n<p> (4) \u00ab Une anecdote pour marquer le courage du jeune Paul Sebag devant le Tribunal militaire de Vichy. Son p\u00e8re ayant choisi comme avocat pour le d\u00e9fendre Me Tixier-Vignancourt, personnalit\u00e9 p\u00e9tainiste alors en faveur \u00e0 Tunis, ce dernier voulut mettre les faits reproch\u00e9s sur le compte de la jeunesse et de la mauvaise influence subie. Paul Sebag d\u00e9clara au Tribunal qu&rsquo;il renon\u00e7ait \u00e0 se faire d\u00e9fendre par Me Tixier-Vignancourt et assumerait sa d\u00e9fense lui-m\u00eame \u00bb (T\u00e9moignage de M\u00b0 L. L\u00e9vy). <\/p>\n<p> (5) \u00ab Paul Sebag aimait passionn\u00e9ment la Tunisie \u00e0 laquelle il s\u2019identifiait malgr\u00e9 sa culture franco-italienne. Ce sentiment \u00e9tait renforc\u00e9, je pense, par son sens de la justice qui lui faisait condamner le r\u00e9gime colonial, et sa sympathie pour le petit peuple, qu\u2019il s\u2019agisse de celui de la M\u00e9dina, de la Hara ou de la petite Sicile. \u00bb (T\u00e9moignage de M\u00b0 L. L\u00e9vy). <\/p>\n<p> (6) Cf. notre article \u00ab Hommage \u00e0 Paul Sebag, le pionnier de la sociologie en Tunisie \u00bb, R\u00e9alit\u00e9s, n\u00b0 979, du 30\/9 au 6\/10\/2004, pp. 40-41. <\/p>\n<p> (7) \u00ab Paul s\u2019est mari\u00e9 avec Diana Gallico, appartenant \u00e0 la communaut\u00e9 des \u00ab Grana \u00bb, fille d\u2019un avocat de Tunis (\u2026). Paul \u00e9tait italophone d\u00e8s l\u2019enfance (\u2026). Il m\u2019a expliqu\u00e9 comment, par la suite, le fran\u00e7ais a substitu\u00e9 l\u2019italien sans qu\u2019il oublie cette deuxi\u00e8me langue. J\u2019ai observ\u00e9 qu\u2019il avait n\u00e9anmoins des notions d\u2019arabe et m\u00eame davantage \u00bb (T\u00e9moignage de M\u00b0 L. L\u00e9vy). <br \/> A ces trois langues, il convient d\u2019ajouter la langue de Shakespeare que P. Sebag ma\u00eetrisait parfaitement, comme l\u2019atteste sa traduction de certains passages d\u2019Othello et des r\u00e9cits de voyage de N. Davis et Benjamin II. <\/p>\n<p> (8) Pour le compte rendu de ce livre, Cf. Boubakeur Sadok \u00ab Tunis au XVIIe si\u00e8cle. Une cit\u00e9 barbaresque au temps de la course de Paul Sebag \u00bb, Ibla, n\u00b0 167, 1991\/1, pp. 117-123. <\/p>\n<p> (9) Il est \u00e0 signaler que le livre de Sebag sur les noms des Juifs tunisiens a \u00e9t\u00e9 soumis \u00e0 une recension critique d\u2019une vingtaine de pages, de la part de M\u00b0 Lionel L\u00e9vy qui, tout en exprimant son respect et admiration pour la probit\u00e9 intellectuelle de Sebag, a contest\u00e9 les origines portugaises, italiennes et maghr\u00e9bines de certains noms (Cf. www. harissa. com). <\/p>\n<p> (10) Apr\u00e8s la sortie de son livre sur Tunis. Histoire d\u2019une ville (1998), Paul Sebag a \u00e9t\u00e9 invit\u00e9 pour pr\u00e9senter, dans une librairie de la Marsa, son livre devant un public compos\u00e9 pour l\u2019essentiel de ses anciens amis, \u00e9l\u00e8ves, \u00e9tudiants et \u00e9galement nombre de jeunes qui sont venus l\u2019\u00e9couter raconter l\u2019histoire de leur ville. <\/p>\n<p> Liste des publications de Paul Sebag<br \/> Livres<\/p>\n<p> &#8211; La Tunisie. Essai de monographie, Paris, Editions Sociales, 1951.<br \/> &#8211; Enqu\u00eate sur les salari\u00e9s de la r\u00e9gion de Tunis (en collaboration avec T. Benzina-Bencheikh, M. Lahmi, B. Lazar, J. L\u00e9vigne\u2026), Paris, PUF (Publications de l\u2019Institut des Hautes Etudes de Tunis, M\u00e9moires du Centre des Sciences Humaines, Vol. III, fasc. 3), 1956. <br \/> &#8211; Le gourbiville de Sa\u00efda Manoubia. Etude pr\u00e9liminaire, Tunis, Centre d\u2019Etudes Economiques, 1958. <br \/> &#8211; L\u2019\u00e9volution d\u2019un ghetto nord-africain. La Hara de Tunis (en collaboration avec R. Attal), Paris, PUF (Publications de l\u2019Institut des Hautes Etudes de Tunis, M\u00e9moires du Centre d\u2019Etudes des Sciences Humaines, Vol. V), 1959.<br \/> &#8211; Un faubourg de Tunis : Sa\u00efda Manoubia. Enqu\u00eate sociale par P. Sebag. Enqu\u00eate nutritionnelle et m\u00e9dicale par Dr M. Ben Salem, Dr J. Claudin et Mme H. Ta\u00efeb, Paris, PUF (Publications de l\u2019Universit\u00e9 de Tunis, M\u00e9moires du Centre des Sciences Humaines, Vol. VI), 1960. <br \/> &#8211; Tunisie. De Carthage \u00e0 demain (en collaboration avec Cl. Roy). Photographies d\u2019I. Morath, A. Martin &amp; M. Riboud, Paris, Delpire, 1961.<br \/> &#8211; La Grande mosqu\u00e9e de Kairouan. Texte de P. Sebag. Photographies d\u2019A. Martin, Paris, Delpire, 1963.<br \/> &#8211; (Textes recueillis et collationn\u00e9s par P. Sebag &amp; A. Martel) Pierre Grandchamp, Etudes d\u2019histoire tunisienne XVIIe-XXe si\u00e8cle, Paris, PUF (Publications de l\u2019Universit\u00e9 de Tunis, Facult\u00e9 des Lettres et des Sciences Humaines), 1966. <br \/> &#8211; Pr\u00e9face \u00e0 Zoubeir Turki, Tunis nagu\u00e8re et aujourd\u2019hui. Adaptation fran\u00e7aise de Cl. Roy, Tunis, Publications du secr\u00e9tariat d\u2019Etat \u00e0 l\u2019information et au tourisme, 1967. <br \/> &#8211; Les pr\u00e9conditions sociales de l\u2019industrialisation dans la r\u00e9gion de Tunis (en collaboration avec A. Bouhdiba &amp; C. Camilleri), Tunis, Cahiers du CERES, S\u00e9rie Sociologique n\u00b01, 1968. <br \/> &#8211; Toute la Tunisie. Photographies d\u2019A. Martin, Tunis, C\u00e9r\u00e8s Productions, 1968 (Tr. anglaise par R. Maguire : Tunisia. Time past ans Time present, Tunis, C\u00e9r\u00e8s Productions, 1968).<br \/> &#8211; Une relation in\u00e9dite sur la prise de Tunis par les Turcs en 1574. Sopra la desolatione della Goletta e forte di Tunisie di Bartholomeo Ruffino. Introduction, texte et traduction annot\u00e9e de P. Sebag, Tunis, Publications de l\u2019Universit\u00e9 de Tunis, Facult\u00e9 des Lettres et des Sciences Humaines, 1971.<br \/> &#8211; P\u00e9tis de la Croix : Les Mille et Un jours. Contes persans, Paris, Christian Bourgois, 1980. <br \/> &#8211; Tunis au XVIIe si\u00e8cle. Une cit\u00e9 barbaresque au temps de la course, Paris, L\u2019Harmattan, 1989.<br \/> &#8211; Histoire des Juifs de Tunisie. Des origines \u00e0 nos jours, Paris, L\u2019Harmattan, 1991. <br \/> &#8211; (Ed) Nicolas B\u00e9ranger, La R\u00e9gence de Tunis \u00e0 la fin du XVIIe si\u00e8cle. M\u00e9moire pour servir \u00e0 l\u2019histoire de Tunis depuis 1684. Introduction et notes de P. Sebag, Paris, L\u2019Harmattan, 1993.<br \/> &#8211; Les Juifs de Tunisie. Images et textes (sous la coordination de J-P. Allali, A. Goldmann, P. Sebag). Pr\u00e9face d\u2019A. Memmi, Paris, Biblieurope, 1997. <br \/> &#8211; Tunis : Histoire d\u2019une ville, Paris, L\u2019Harmattan, 1998. <br \/> &#8211; Fran\u00e7ois P\u00e9tis de la Croix. Histoire du prince Calaf et de la princesse de la Chine, Paris, L\u2019Harmattan, 2000. <br \/> &#8211; La course tunisienne au XVIIIe si\u00e8cle, Tunis, Publications de l\u2019Ibla, 2001. <br \/> &#8211; Communistes de Tunisie 1939-1943. Souvenirs et documents, Paris, L\u2019Harmattan, 2001. <br \/> &#8211; Les noms des Juifs de Tunisie. Origines et significations, Paris, L\u2019Harmattan, 2002. <br \/> &#8211; Une histoire des r\u00e9volutions du Royaume de Tunis au XVIIe si\u00e8cle. Une \u0153uvre de Guilleragues ? Paris, L\u2019Harmattan, 2004. <\/p>\n<p> Articles<\/p>\n<p> &#8211; \u00ab Les niveaux de vie et la consommation dans la d\u00e9l\u00e9gation de la Marsa \u00bb, Bulletin de Statistique et d\u2019Etudes Economiques, n\u00b0 2, nouvelle s\u00e9rie, avril-juin 1958, pp. 65-76. <br \/> &#8211; \u00ab Une description de Tunis au XIXe si\u00e8cle [Nathan Davis] \u00bb, Cahiers de Tunisie, n\u00b0 21-22, 1\u00e8 et 2\u00e8 trim. 1958, pp.161-181.<br \/> &#8211; \u00ab Le bidonville de Borgel \u00bb, Cahiers de Tunisie, n\u00b0 23-24, 3\u00e8 et 4\u00e8 trim. 1958, pp. 267-309. <br \/> &#8211; \u00ab L\u2019industrialisation de la Tunisie: une exp\u00e9rience pilote dans l\u2019industrie de la chaussure \u00bb, Cahiers de Tunisie, n\u00b0 25, 1\u00e8 trim. 1959, pp. 147-173. <br \/> &#8211; \u00ab Les Juifs de Tunisie au XIXe si\u00e8cle d\u2019apr\u00e8s J-J. Benjamin II \u00bb, Cahiers de Tunisie, n\u00b0 28, 4\u00e8 trim. 1959, pp. 489-510.<br \/> &#8211; \u00ab Le faubourg de Sidi Fathallah \u00bb, Cahiers de Tunisie, n\u00b0 29-30, 1er et 2\u00e8 trim.1960, pp. 75-136.<br \/> &#8211; \u00ab Les exp\u00e9ditions maritimes arabes du VIIIe si\u00e8cle \u00bb, Cahiers de Tunisie, n\u00b0 31, 3\u00e8 trim. 1960, pp. 73-82. <br \/> &#8211; \u00ab Une ville europ\u00e9enne \u00e0 Tunis au XVIe si\u00e8cle \u00bb, Cahiers de Tunisie, n\u00b0 33-34-35, 1\u00e8 et 3\u00e8 trim. 1961, pp. 97-107. <br \/> &#8211; \u00ab Milieux sociaux et attitudes \u00e0 l\u2019\u00e9gard de la vie \u00bb, Tunisie M\u00e9dicale, n\u00b0 2, 1961, pp. 1-8. <br \/> &#8211; \u00ab Remarques sur l\u2019histoire de la Grande mosqu\u00e9e de Kairouan \u00bb (en collaboration avec A. L\u00e9zine), Ibla, n\u00b0 99, 1962\/3, pp. 244-256. <br \/> &#8211; \u00ab Cartes, plans et vues de Tunis et de la Goulette au XVIIe et au XVIIIe si\u00e8cle \u00bb in Etudes Maghr\u00e9bines. M\u00e9langes Ch-A. Julien, Paris, PUF, 1964, pp. 89-101. <br \/> &#8211; \u00ab La peste dans la R\u00e9gence de Tunis au XVIIe et XVIIIe si\u00e8cle \u00bb, Ibla, n\u00b0 109, 1965\/1, pp. 35-48. <br \/> &#8211; \u00ab La famille isra\u00e9lite en Tunisie au XXe si\u00e8cle \u00bb, Revue Tunisienne des Sciences Sociales, n\u00b0 11, octobre 1967, pp. 109-122. <br \/> &#8211; \u00ab La Goulette et sa forteresse de la fin du XVIe si\u00e8cle \u00e0 nos jours \u00bb, Ibla, n\u00b0 117, 1967\/1, pp. 13-34. <br \/> &#8211; \u00ab Les travaux maritimes de Hassan b. Nu\u2019m\u00e2n \u00bb, Ibla, n\u00b0 125, 1970\/1, pp. 41-56. <br \/> &#8211; \u00ab Une nouvelle de Bandello (XVIe si\u00e8cle) : Moulay Hassan et Moulay Hamida \u00bb, Ibla, n\u00b0 127, 1971\/1, pp. 35-62. <br \/> &#8211; \u00ab Une lecture d\u2019Othello. Le More de Venise et \u00ab la haine pour rien \u00bb \u00bb, Ibla, n\u00b0 129, 1972\/1, pp. 33-58. <br \/> &#8211; \u00ab Sur une chronique des beys mouradites. Une \u0153uvre posthume de Guilleragues? \u00bb, Ibla, n\u00b0 131, 1973\/1, pp. 53-78. <br \/> &#8211; \u00ab Grands travaux \u00e0 Tunis \u00e0 la fin du XVIIIe si\u00e8cle \u00bb, Revue de l\u2019Occident Musulman et de la M\u00e9diterran\u00e9e, n\u00b0 15-16, 1973, pp. 313-321. <br \/> &#8211; \u00ab Sur une chronique des beys mouradites. II : Guilleragues et De la Croix \u00bb, Ibla, n\u00b0 139, 1977\/1, pp. 3-51.<br \/> &#8211; \u00ab Voyages en Tunisie au XVIIe si\u00e8cle. L\u2019escale de Jean Th\u00e9venot (9-30 mars 1659) \u00bb, Ibla, n\u00b0 145, 1980\/1, pp. 47-78. <br \/> &#8211; \u00ab Sur deux orientalistes fran\u00e7ais du XVIIe si\u00e8cle. F. P\u00e9tis de la Croix et le Sieur de la Croix \u00bb, Revue de l\u2019Occident Musulman et de la M\u00e9diterran\u00e9e, n\u00b0 25, 1978, pp. 89-118. <br \/> &#8211; \u00ab La n\u00e9gociation de Laurent d\u2019Arvieux (12 juin 1666 \u2013 15 ao\u00fbt 1666). Voyages en Tunisie au XVII\u00e8 si\u00e8cle \u00bb, Ibla, n\u00b0 147, 1981\/1, pp. 71-94 et n\u00b0 148, 1981\/2, pp. 253-286. <br \/> &#8211; \u00ab Voyage en Tunisie au XVIIe si\u00e8cle. La mission du P\u00e8re de la Motte (2 juin-26 juin 1700) \u00bb, Ibla, n\u00b0165, 1990\/1, pp. 3-37 et n\u00b0 166, 1990\/2, pp. 219-236. <br \/> &#8211; \u00ab Les monnaies tunisiennes au XVIIe si\u00e8cle \u00bb, Revue du Monde Musulman et de la M\u00e9diterran\u00e9e, n\u00b055-56, 1990, pp. 203-218. <br \/> &#8211; \u00ab L\u2019h\u00f4pital des Trinitaires espagnols \u00e0 Tunis (1720-1818) \u00bb, Ibla, n\u00b0 174, 1994\/2, pp. 203-218. <br \/> &#8211; \u00ab La R\u00e9gence de Tunis et la France au XVIIe si\u00e8cle \u00bb in Itin\u00e9raires de France en Tunisie du XVIe au XIXe si\u00e8cle, Marseille, Biblioth\u00e8que Municipale, 1995, pp. 23-29. <br \/> &#8211; \u00ab Tunis \u00bb, Encyclop\u00e9die de l\u2019Islam, Nouvelle Edition, 2002, pp. 676-688 (Edition anglaise, pp. 629-639).<br \/> &#8211; \u00ab Aux origines de l\u2019Orient romanesque. Quel est l\u2019auteur des Mille et Un jours? \u00bb, Ibla, n\u00b0 193, 2004\/1, pp. 31-60. <\/b> <\/p>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>26 septembre 1919 &#8211; 5 septembre 2004 D\u00e9c\u00e9d\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 85 ans \u00e0 Paris o\u00f9 il a pass\u00e9 une seconde moiti\u00e9 de vie tr\u00e8s f\u00e9conde sur le plan de la production scientifique (1), Paul Sebag laisse une \u0153uvre riche et vari\u00e9e : une vingtaine de livres et une trentaine d\u2019articles acad\u00e9miques. 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