{"id":2185,"date":"2011-07-19T17:29:12","date_gmt":"2011-07-19T17:29:12","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=2185"},"modified":"2011-07-19T17:29:12","modified_gmt":"2011-07-19T17:29:12","slug":"le-bateau-tunisie-va-t-il-couler-au-port","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-bateau-tunisie-va-t-il-couler-au-port\/","title":{"rendered":"Le bateau Tunisie va-t-il couler au port?"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<h2 class=\"contentheading\">\n\tLe bateau Tunisie va-t-il couler au port?<\/h2>\n<p class=\"articleinfo\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva;\">D&eacute;rive de l&rsquo;information, publicit&eacute; partisane et argent suspect, achat des all&eacute;geances, des libert&eacute;s pour alimenter les discordes, l&rsquo;aristocratie cach&eacute;e et son agenda actif&hellip; Les mesures de traitement et de pr&eacute;vention. <\/span>Par<strong> Moncef Marzouki <\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<hr style=\"width: 160px;\" width=\"160\" \/>\n<p>\n\tUn adage populaire dit: &laquo;D&egrave;s le port, nous commen&ccedil;ons &agrave; ramer&raquo; pour le p&eacute;riple du danger. S&rsquo;agissant de l&rsquo;exp&eacute;rience d&eacute;mocratique tunisienne, peut-&ecirc;tre devrions-nous nous demander si nous n&rsquo;allions pas sombrer dans le port m&ecirc;me?<br \/>\n\tLa d&eacute;mocratie est &agrave; ses premiers pas, mais combien de feux rouges clignotent d&eacute;j&agrave;. Voici quelques t&eacute;moignages que les Tunisiens et les Arabes doivent m&eacute;diter tr&egrave;s s&eacute;rieusement et qui r&eacute;sument les maladies les plus graves mena&ccedil;ant la r&eacute;volution nouvellement n&eacute;e, alors que les douleurs de l&rsquo;enfantement ne sont pas encore calm&eacute;es.<\/p>\n<p>\n\t<strong>1 &#8211; D&eacute;rive de l&rsquo;information<\/strong><br \/>\n\tL&rsquo;employ&eacute; d&rsquo;une cha&icirc;ne de t&eacute;l&eacute;vision priv&eacute;e m&rsquo;a appel&eacute; pour me dire que son patron, Monsieur Untel, voudrait me voir. J&rsquo;ai r&eacute;pondu que j&rsquo;&eacute;tais dispos&eacute; &agrave; le recevoir dans mon bureau tel jour. Il a dit: &laquo;Notre directeur veut que vous passiez le saluer dans ses bureaux.&raquo; J&rsquo;ai essay&eacute; de lui expliquer que les r&egrave;gles de la biens&eacute;ance exigent que celui qui demande l&rsquo;entrevue passe chez celui qu&rsquo;il d&eacute;sire rencontrer et non le convoquer, mais le fonctionnaire a insist&eacute; et m&rsquo;a expliqu&eacute; que tous les grands politiciens en Tunisie ont accept&eacute; l&rsquo;invitation.<br \/>\n\tJe me suis excus&eacute;, mais quand j&rsquo;ai raccroch&eacute;, j&rsquo;avais d&eacute;j&agrave; pris la d&eacute;cision de ne plus mettre les pieds dans cette t&eacute;l&eacute;vision.<br \/>\n\tLe plus grave dans cette affaire, ce n&rsquo;est pas la grossi&egrave;ret&eacute; de l&rsquo;homme, mais la faiblesse de ceux qui se sont succ&eacute;d&eacute; dans son bureau afin de garantir leur passage sur sa cha&icirc;ne. En contrepartie, ils ont d&ucirc;, au sortir de l&rsquo;entrevue, faire une d&eacute;claration, diffus&eacute;e avec d&eacute;lectation par la cha&icirc;ne, pour dire combien ils &eacute;taient heureux d&rsquo;avoir rencontr&eacute; cet homme important et qu&rsquo;ils ont &eacute;chang&eacute; avec lui une analyse de la situation actuelle, comme s&rsquo;il &eacute;tait d&eacute;j&agrave; le chef, aujourd&rsquo;hui ou demain. Cela dit, tout ce beau monde sait que l&rsquo;homme les instrumentalise pour polir son image et qu&rsquo;il utilise sa cha&icirc;ne pour r&eacute;aliser des ambitions politiques, notamment dans la perspective de la prochaine pr&eacute;sidentielle. On observe le m&ecirc;me ph&eacute;nom&egrave;ne chez le patron d&rsquo;une autre cha&icirc;ne de t&eacute;l&eacute;vision diffusant &agrave; partir de Londres, qui utilise son m&eacute;dia pour faire son autopromotion en tant que candidat pour cette m&ecirc;me &eacute;lection.<br \/>\n\tSi l&rsquo;on ajoute &agrave; cela une 3e cha&icirc;ne priv&eacute;e appartenant &agrave; un homme d&rsquo;affaires qui, lui, roule en toute la clart&eacute; pour une tendance politique particuli&egrave;re en excluant toutes les autres de mani&egrave;re grossi&egrave;re, on se fait une id&eacute;e assez compl&egrave;te de la sc&egrave;ne t&eacute;l&eacute;visuelle en Tunisie et comment elle a d&eacute;riv&eacute;, avec ses deux piliers, public et priv&eacute;, du professionnalisme m&eacute;diatique vers une volont&eacute; d&rsquo;influencer l&rsquo;opinion au profit de personnes et de groupes qui poss&egrave;dent les plus dangereux moyens d&rsquo;influence sur l&rsquo;opinion publique et sa manipulation.<br \/>\n\tTout cela pose deux questions tr&egrave;s graves. La premi&egrave;re concerne la subordination croissante des politiques aux propri&eacute;taires des cha&icirc;nes de t&eacute;l&eacute;vision et la capacit&eacute; de ceux-ci &agrave; les faire marcher, &eacute;tant entendu que l&rsquo;homme politique boycott&eacute; par les m&eacute;dias est vou&eacute;e &agrave; mourir politiquement. C&rsquo;est, en tout cas, ce qu&rsquo;ils pensent.<\/p>\n<p>\n\t<br \/>\n\tLa seconde question concerne les limites &eacute;videntes de la libert&eacute; d&rsquo;opinion: vous &ecirc;tes libre de crier dans un porte-voix dans une manifestation, mais moi, je suis libre de communiquer ma voix &agrave; des millions. Ce qui fait la diff&eacute;rence entre nous, ce ne sont pas les valeurs et les id&eacute;es, mais les dinars et les obligations.<br \/>\n\tSi le premier principe de la d&eacute;mocratie est la s&eacute;paration des pouvoirs, et si l&rsquo;on consid&egrave;re que l&rsquo;information est aujourd&rsquo;hui un quatri&egrave;me pouvoir, et peut-&ecirc;tre m&ecirc;me le premier, et qu&rsquo;il est dans la nature de tout pouvoir d&rsquo;abuser, alors on doit consid&eacute;rer que l&rsquo;information est un pouvoir qui peut corrompre et abuser; il convient donc de le restreindre par les valeurs et les lois.<\/p>\n<p>\n\t<strong>2 &#8211; Publicit&eacute; partisane et argent suspect <\/strong><br \/>\n\tLes Tunisiens ont &eacute;t&eacute; surpris, au d&eacute;but du mois de juin, par l&rsquo;apparition d&rsquo;immenses affiches sur les panneaux allou&eacute;s &agrave; la publicit&eacute; des machines &agrave; laver, des t&eacute;l&eacute;phones et des rafra&icirc;chissements, mais la publicit&eacute;, cette fois, vantait un parti politique &agrave; travers l&rsquo;image travaill&eacute;e de deux de ses dirigeants souriant de leur plus beau sourire, image qui a sans doute subi plusieurs tests et r&eacute;p&eacute;titions.<br \/>\n\tPour justifier cette nouvelle pratique, ses initiateurs n&rsquo;ont pas h&eacute;sit&eacute; &agrave; mentir, affirmant que la publicit&eacute; des partis est courante dans les pays d&eacute;mocratiques, alors qu&rsquo;elle est interdite dans les pays scandinaves et inexistante dans tous les pays occidentaux, en dehors de la p&eacute;riode des campagnes &eacute;lectorales, durant laquelle on lui consacre des espaces &eacute;quitablement distribu&eacute;s entre tous les partis. On a m&ecirc;me pouss&eacute; l&rsquo;insolence jusqu&rsquo;&agrave; exiger des autres partis qu&rsquo;ils fassent la m&ecirc;me chose s&rsquo;ils en &eacute;taient capables. Le probl&egrave;me est qu&rsquo;il est impossible pour la plupart des partis de financer une telle op&eacute;ration, qui exige des centaines de milliers de dinars. L&rsquo;unique source de cet argent ce sont les hommes d&rsquo;affaires qui ont commenc&eacute; &agrave; investir dans certains partis, comme si ces derniers &eacute;taient des entreprises politiques qui vont leur garantir un jour un retour sur investissement et des dividendes.<br \/>\n\tLe plus grave derri&egrave;re ce choix de la publicit&eacute; politique &ndash; dans lequel s&rsquo;est engag&eacute; un deuxi&egrave;me parti, mais en &eacute;vitant la personnalisation &ndash; c&rsquo;est qu&rsquo;il trahit le manque de conscience, chez certains hommes politiques, de leur r&ocirc;le cl&eacute; dans l&rsquo;&eacute;tape actuelle, qui consiste &agrave; restaurer le respect de la politique et des politiciens.<br \/>\n\tL&rsquo;attitude qui pr&eacute;vaut dans l&rsquo;opinion publique, et qui d&eacute;coule de l&rsquo;exp&eacute;rience d&rsquo;un demi-si&egrave;cle, est que la politique est mensonge, hypocrisie et imposture, et que les hommes politiques sont des opportunistes qui se pr&eacute;valent de phrases grandiloquentes, alors que leur unique souci restent l&rsquo;autorit&eacute;, le pouvoir et l&rsquo;argent au d&eacute;triment du peuple domin&eacute;.<br \/>\n\tLes affiches n&rsquo;ont fait que donner davantage de cr&eacute;dit &agrave; cette image et confirmer que le nouvel homme n&rsquo;est qu&rsquo;un commer&ccedil;ant qui vend son image comme on vend des savonnettes. Car, comme on pouvait s&rsquo;y attendre, la campagne a &eacute;t&eacute; accueillie par un rejet populaire, car les gens n&rsquo;acceptent pas qu&rsquo;un parti d&eacute;pense des montants exorbitants dans sa propre promotion publicitaire, alors que la crise &eacute;conomique prend la majorit&eacute; &agrave; la gorge.<strong> <\/strong><\/p>\n<p>\n\t<strong>3 &#8211; L&rsquo;achat des all&eacute;geances <\/strong><br \/>\n\tLe ph&eacute;nom&egrave;ne prend progressivement des formes parfois risibles si elles ne suscitent pas le d&eacute;go&ucirc;t. Un tel parti mobilise des centaines de gar&ccedil;ons et de filles, en leur fournissant transport et l&rsquo;argent, pour donner l&rsquo;illusion qu&rsquo;il est en train de mobiliser les milliers pour ses meetings populaires. Un autre parti pr&eacute;tend fournir des services aux citoyens pour convoiter leur voix et non d&eacute;fendre leurs int&eacute;r&ecirc;ts. Un troisi&egrave;me, fort de son influence au sein de l&rsquo;administration, exige l&rsquo;appartenance &agrave; ses rangs comme une condition n&eacute;cessaire pour l&rsquo;obtention d&rsquo;un travail, &agrave; un moment o&ugrave; le ch&ocirc;mage est une v&eacute;ritable trag&eacute;die.<br \/>\n\tCe sont l&agrave; autant de signes qui d&eacute;montrent que le pire est encore &agrave; venir et que les voix [lors de l&rsquo;&eacute;lection de l&rsquo;Assembl&eacute;e constituante, le 23 octobre, Ndlr] vont &ecirc;tre achet&eacute;es et vendues en secret, et peut-&ecirc;tre m&ecirc;me sur la voie publique.<br \/>\n\tLa victime est encore une fois l&rsquo;image de la politique et le coupable ce sont les politiciens qui ne comprennent pas que leur r&ocirc;le r&eacute;side dans la repr&eacute;sentation des valeurs et l&rsquo;&eacute;laboration des r&egrave;gles et des lois permettant de r&eacute;soudre les probl&egrave;mes collectifs de fa&ccedil;on &eacute;quitable et par des moyens transparents, et non par la ru&eacute;e vers les voix, m&ecirc;me au prix de la manipulation pour grossir sa base populaire et l&rsquo;instrumentalisation des pauvres, qui deviennent une partie prenante de la corruption g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e, en d&eacute;veloppant chez eux la mentalit&eacute; de la consommation politique, leur choix n&rsquo;&eacute;tant plus dict&eacute; par ce que les partis vont donner au pays demain mais ce que ces partis peuvent leur donner aujourd&rsquo;hui.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\tTraduit de l&rsquo;arabe par <strong>Imed Bahri&nbsp;<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Le bateau Tunisie va-t-il couler au port? &nbsp; D&eacute;rive de l&rsquo;information, publicit&eacute; partisane et argent suspect, achat des all&eacute;geances, des libert&eacute;s pour alimenter les discordes, l&rsquo;aristocratie cach&eacute;e et son agenda actif&hellip; Les mesures de traitement et de pr&eacute;vention. 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