{"id":2272,"date":"2026-07-26T17:22:05","date_gmt":"2026-07-26T17:22:05","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=2272"},"modified":"2026-06-14T20:17:50","modified_gmt":"2026-06-14T20:17:50","slug":"les-traditions-juives-tunes-populaires-liees-au-jeune-du-9-av-ou-agein-par-le-dr-victor","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-traditions-juives-tunes-populaires-liees-au-jeune-du-9-av-ou-agein-par-le-dr-victor\/","title":{"rendered":"Les Traditions Juives Tunes populaires li\u00e9es au je\u00fbne du 9 Av ou Agein, par le Dr. Victor Hayoun"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p align=\"center\" dir=\"LTR\">\n\t<strong>Les Traditions Juives Tunes populaires li&eacute;es au je&ucirc;ne du 9 Av ou &quot;Agein&quot;<\/strong> (Dr. Victor Hayoun) &nbsp; Nous appelions commun&eacute;ment cette p&eacute;riode, en jud&eacute;o-arabe tunisien, &quot;<em>Agein<\/em>&quot;<a href=\"\/\/\/C:\/Users\/jaco\/AppData\/Local\/Microsoft\/Windows\/Temporary%20Internet%20Files\/Content.IE5\/J1MIW623\/9%20Av%20-%20Traditions%20Tunes%20-%20version%20a%20publier%2003%2029.07.2011.doc#_ftn1\" name=\"_ftnref1\" title=\"\">[1]<\/a> ou &quot;<em>Ayamet-El-Tkal<\/em>&quot; [litt&eacute;ralement : &quot;les journ&eacute;es lourdes&quot;], c&#39;&eacute;tait les expressions utilis&eacute;es par nos parents pour en parler. Ces journ&eacute;es &eacute;taient lourdes de crainte et d&#39;interdits. Nous savions que c&#39;&eacute;tait en souvenir d&#39;un &eacute;v&eacute;nement grave, voire d&#39;un deuil, puisque nous ne mangions pas de viande. Ce sont des journ&eacute;es aust&egrave;res, &nbsp;pleines de retenue, sans festivit&eacute;s, sans exc&egrave;s d&#39;all&eacute;gresse, sans se couper les cheveux, sans acheter de nouveaux habits ou tout autre chose neuve, sans entreprendre de nouveaux projets ou signer de nouveaux contrats, sans commencer de nouvelles d&eacute;marches. En fait, on s&#39;arr&ecirc;tait de progresser, on faisait du &quot;sur place&quot;. C&#39;&eacute;tait notre fa&ccedil;on de marquer le deuil de la destruction des deux Temples de J&eacute;rusalem. Ce n&#39;&eacute;tait pas tout, il y avait aussi les restrictions alimentaires. On ne mangeait pas de viande, ni de poulet, sauf pour Chabbat. Nous avions droit au poisson sous toutes ses formes : frais, en conserve : Thon\/sardines\/anchois, poisson s&eacute;ch&eacute; (<em>Bou-Zmeimar<\/em>) et boutargue (pour les gens ais&eacute;s qui pouvaient payer le prix). Il &eacute;tait frit en complet poisson, cuit en sauce piquante : <em>H&#39;raiim&eacute;<\/em>, ou cuit dans un bouillon de l&eacute;gumes : couscous au poisson accompagn&eacute; de boulettes de poisson, frites et cuites. Nous avions un grand choix. Toute une s&eacute;rie de possibilit&eacute;s de consommation de poisson pour &quot;combler&quot; l&#39;absence de viande et de poulet. Mais le juif tunisien est tout de m&ecirc;me un &quot;<em>kifeur<\/em>&quot;. Il fait tout pour prendre du plaisir dans toute circonstance et aussi et surtout &agrave; table. Aucun interdit ne lui r&eacute;siste. Si il a trouv&eacute; le moyen de consommer du riz &agrave;&nbsp; <em>Pessah&#39;<\/em>, ce n&#39;est vraiment rien pour lui de consommer de la viande, ou un d&eacute;riv&eacute;, pendant les jours qui pr&eacute;c&egrave;dent le je&ucirc;ne du 9 Av. C&#39;est ainsi qu&#39;il devient un grand consommateur de Merguez pendant ces 8 premiers jours du mois de Av (sans le Chabbat bien s&ucirc;r). Dans notre enfance, notre m&egrave;re, paix &agrave; son &acirc;me, nous pr&eacute;parait des <em>Merguez<\/em> avant le mois de Av, elle les faisait s&eacute;cher sur une corde &agrave;&nbsp; linge et ensuite elle nous pr&eacute;parait de la <em>Chakchouka<\/em> au <em>Merguez<\/em>, de la <em>Mloukhia<\/em> au <em>Merguez<\/em>, des haricots &quot;<em>Bsal-ou-Loubia<\/em>&quot; au <em>Merguez<\/em> et bien d&#39;autre plats cuisin&eacute;s avec du <em>Merguez<\/em>. A ces mets de poisson et de viande s&eacute;ch&eacute;e, viennent bien sur s&#39;ajouter les plats &quot;<em>Falsou<\/em>&quot;, de &quot;<em>Falso<\/em>&quot; en italien qui veut dire &quot;faux&quot;. Ce sont en fait les &quot;faux&quot; plats que nous appelions ainsi parce que les &quot;vrais&quot; &eacute;taient avec de la viande, du poulet ou du poisson. En fait, ces plats qui n&#39;en contenaient pas, &eacute;tait des mets tout aussi d&eacute;licieux comme les pates, les l&eacute;gumes cuitent, le couscous ou plus rarement le riz. &nbsp; &nbsp;&quot;<em>Agein<\/em>&quot; tombe toujours en &eacute;t&eacute;, en juillet ou en aout. Pendant cette p&eacute;riode, quand nous vivions en Tunisie, nous &eacute;tions toujours &agrave; La Goulette. Il faisait chaud et nous dormions souvent par terre pour profiter de la fraicheur du sol. Notre couche &eacute;tait tr&egrave;s souvent faite d&#39;une couverture recouverte d&#39;un drap ou d&#39;une peau de mouton renvers&eacute;e qui procurait une certaine fraicheur mais qui avait la particularit&eacute; de manquer de longueur, ainsi nous avions toujours les pieds par terre, donc au frais. Le soir du 8 Av, la veille du 9 Av, le je&ucirc;ne avait d&eacute;j&agrave; commenc&eacute; et nous &eacute;tions couch&eacute;s par terre. C&#39;est alors que notre m&egrave;re venait nous badigeonner la plante des pieds avec de l&#39;ail. Elle nous disait que c&#39;&eacute;tait pour faire &eacute;loigner les scorpions qui venaient piquer le soir de &quot;<em>Agein<\/em>&quot;. Il est vrai que nous n&#39;avions jamais vu de scorpions, mais c&#39;&eacute;tait une mani&egrave;re de faire &eacute;loigner le mal, car beaucoup de malheurs et de catastrophes se passaient pendant cette p&eacute;riode aust&egrave;re. Par exemple nous n&#39;allions pas &agrave; la plage, pour ne pas prendre de plaisir mais aussi par crainte de noyade. Il y avait deux mets sp&eacute;cifiques au 9 Av, un avant et un apr&egrave;s le je&ucirc;ne. Avant de commencer &agrave; jeuner le 8 Av au soir, nous mangions un couscous &quot;<em>Falsou<\/em>&quot;, donc sans viande ni poulet ni poisson, avec un bouillon de l&eacute;gumes &agrave; la couleur orange pr&eacute;dominante que lui donnaient la courge et les carottes. Ce soir l&agrave;, Maman mettait un &oelig;uf poch&eacute; dans le bouillon ainsi que des pois chiches. D&#39;autres ont la coutume de manger un &oelig;uf dur par personne. C&#39;&eacute;tait l&agrave; aussi un signe de deuil, parce que les gens endeuill&eacute;s commencent la p&eacute;riode de leur deuil en mangeant un &oelig;uf dur et des olives noirs. Quant au repas de fin de je&ucirc;ne, il &eacute;tait particulier, c&#39;&eacute;tait un plat de H&#39;lalem. C&#39;&eacute;tait des petites languettes de p&acirc;tes aussi grandes que 2 ou 3 fois la longueur d&#39;un grain de riz, que notre m&egrave;re pr&eacute;parait &agrave; la maison quelques semaines avant et qu&#39;elle faisait s&eacute;cher. Ce plat &eacute;tait pr&eacute;par&eacute; dans l&#39;apr&egrave;s midi du 9 Av, parce que dans la matin&eacute;e il &eacute;tait interdit de faire le m&eacute;nage &agrave;&nbsp; la maison ni de cuisiner. Et ce n&#39;&eacute;tait qu&#39;a 13:00 heure que &quot;le couteau &eacute;tait ouvert&quot;, en jud&eacute;o-arabe &quot;<em>Th&#39;alet El-chakima<\/em>&quot;. Cela voulait dire que l&#39;on pouvait reprendre les activit&eacute;s m&eacute;nag&egrave;res et la cuisine. Car il est &eacute;crit dans le <em>Choulh&#39;an-A&#39;roukh<\/em> : &quot;on a l&#39;habitude&nbsp; de ne pas faire de <em>Cheh&#39;ita<\/em> et de ne pas pr&eacute;parer le repas avant midi &hellip;&quot;. Les H&#39;lalem &eacute;taient accompagn&eacute;s de deux sauces. La premi&egrave;re &eacute;tait une sauce aux lentilles et aux f&eacute;vettes que nous appelions commun&eacute;ment &quot;la sauce <em>Bel Knakech<\/em>&quot; [sauce aux lentilles] mais aussi &quot;la sauce marron&quot; &agrave; cause de la couleur que lui donnaient les lentilles. La seconde sauce &eacute;tait pos&eacute;e sur les <em>H&#39;lalem<\/em> une fois le plat servi, c&#39;&eacute;tait une sauce de poivrons et tomates du genre &quot;<em>Makbouba<\/em>&quot; qui ajoutait du gout et des couleurs &agrave; ce plat d&eacute;licieux que l&#39;on ne pr&eacute;pare, quasiment, que pour la fin du je&ucirc;ne du 9 Av. &nbsp; J&#39;avais &eacute;crit l&#39;essentiel de ces quelques lignes l&#39;ann&eacute;e derni&egrave;re, En souvenir et &agrave; la m&eacute;moire de notre m&egrave;re, Germaine Hayoun (n&eacute;e Haddad) <em>za&quot;l<\/em>, alors que nous allions passer le premier &quot;<em>Agein<\/em>&quot; sans elle. Aujourd&#39;hui, un an plus tard, ce texte est publi&eacute; &agrave; sa m&eacute;moire. &nbsp; <a href=\"\/\/\/C:\/Users\/jaco\/AppData\/Local\/Microsoft\/Windows\/Temporary%20Internet%20Files\/Content.IE5\/J1MIW623\/9%20Av%20-%20Traditions%20Tunes%20-%20version%20a%20publier%2003%2029.07.2011.doc#_ftnref1\" name=\"_ftn1\" title=\"\"> [1]<\/a>L&#39;explication de ce terme a &eacute;t&eacute; donn&eacute;e par R&#39; David Scetbon dans &quot;<em>A&#39;lei Hadass<\/em>&quot;, son recueil des traditions juives tunisiennes et leurs r&eacute;f&eacute;rences dans les Ecritures Saintes, pages 387-404.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Les Traditions Juives Tunes populaires li&eacute;es au je&ucirc;ne du 9 Av ou &quot;Agein&quot; (Dr. Victor Hayoun) &nbsp; Nous appelions commun&eacute;ment cette p&eacute;riode, en jud&eacute;o-arabe tunisien, &quot;Agein&quot;[1] ou &quot;Ayamet-El-Tkal&quot; [litt&eacute;ralement : &quot;les journ&eacute;es lourdes&quot;], c&#39;&eacute;tait les expressions utilis&eacute;es par nos parents pour en parler. 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