{"id":23527,"date":"2026-09-29T17:17:13","date_gmt":"2026-09-29T17:17:13","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=23527"},"modified":"2026-09-30T01:52:23","modified_gmt":"2026-09-30T01:52:23","slug":"une-coutume-du-judaisme-tunisien-la-seudat-yitro-ou-fete-des-garcons-par-claude-nataf","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/une-coutume-du-judaisme-tunisien-la-seudat-yitro-ou-fete-des-garcons-par-claude-nataf\/","title":{"rendered":"UNE COUTUME DU JUDAISME TUNISIEN : LA \u00ab SE\u2019UDAT YITRO \u00bb OU \u00ab F\u00caTE DES GARCONS \u00bb, par Claude Nataf"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<p> <b>A c\u00f4t\u00e9 des f\u00eates \u00e9dict\u00e9es par la <i>Halakha<\/i>, les Juifs de Tunisie ont coutume de c\u00e9l\u00e9brer chaque ann\u00e9e deux f\u00eates particuli\u00e8res, <i>Rosh Hodesh el Bnat <\/i>\u00ab\u00a0la f\u00eate des filles\u00a0\u00bb (le 8<sup>\u00e8me<\/sup> jour de <i>\u2018Hanouka<\/i>) \u00a0et <i> Se\u2019udat Ytro<\/i> \u00ab\u00a0la f\u00eate des gar\u00e7ons\u00a0\u00bb.<\/b><\/p>\n<p><b> L\u2019origine de cette derni\u00e8re c\u00e9l\u00e9br\u00e9e le jeudi de la semaine de la sidra de Yitro (Exode, XVIII), n\u2019est pas connue avec certitude. Trois hypoth\u00e8ses sont g\u00e9n\u00e9ralement retenues et s\u2019appuient toutes les trois uniquement sur des sources orales, qui ne sauraient valoir preuves en histoire. On s\u2019accorde g\u00e9n\u00e9ralement pour consid\u00e9rer qu\u2019elle fut institu\u00e9e au XVIII\u00e8me si\u00e8cle, mais l\u00e0 encore, faute de documents, il est difficile de distinguer la l\u00e9gende de la r\u00e9alit\u00e9. C\u2019est donc avec prudence et humilit\u00e9 que nous livrons cet article, laissant au lecteur le soin de choisir.<\/b><\/p>\n<p><b> &#8211; <u>La premi\u00e8re hypoth\u00e8se <\/u>se veut historique. Une \u00e9pid\u00e9mie de peste aurait s\u00e9vi \u00e0 Tunis au d\u00e9but du XVIII\u00e8me si\u00e8cle et aurait frapp\u00e9 particuli\u00e8rement la communaut\u00e9 juive et plus pr\u00e9cis\u00e9ment les jeunes gar\u00e7ons. Le jeudi de la Paracha de Yitro, un pigeon blanc aurait aval\u00e9 un excr\u00e9ment pestilentiel et se serait envol\u00e9. L\u2019\u00e9pid\u00e9mie aurait imm\u00e9diatement disparu. Le souvenir de ce miracle expliquerait la f\u00eate destin\u00e9e aux jeunes gar\u00e7ons et symbolis\u00e9 par le plat principal\u00a0: le pigeon, offert \u00e0 chaque enfant m\u00e2le jusqu\u2019\u00e0 son mariage. Cette hypoth\u00e8se s\u00e9duisante est cependant mise \u00e0 mal par les historiens, car les chroniques de l\u2019\u00e9poque ne mentionnent nullement une \u00e9pid\u00e9mie qui aurait frapp\u00e9 la seule communaut\u00e9 juive en \u00e9pargnant ses voisins musulmans, et vaincue par l\u2019arriv\u00e9e providentielle d\u2019un pigeon. Un tel \u00e9v\u00e9nement par son caract\u00e8re singulier n\u2019aurait pas manqu\u00e9 d\u2019attirer l\u2019attention des contemporains et de laisser des traces dans les chroniques.<\/b><\/p>\n<p><b> &#8211; <u>La seconde hypoth\u00e8se<\/u> puise ses r\u00e9f\u00e9rences dans la Bible\u00a0: le chapitre XVIII de l\u2019Exode nous d\u00e9crit l\u2019arriv\u00e9e de Yitro beau-p\u00e8re de Mo\u00efse accompagn\u00e9 de la femme et des deux fils de ce dernier. Mo\u00efse offre un repas en l\u2019honneur de son beau-p\u00e8re qui avait reconnu le D. d\u2019Isra\u00ebl et qui conseille \u00e0 son gendre de choisir des hommes int\u00e8gres et craignant D. pour constituer \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s les Chefs d\u2019Isra\u00ebl. Les communaut\u00e9s juives auraient longtemps comm\u00e9mor\u00e9 cette institution des premiers responsables communautaires. Cette f\u00eate des Chefs \u00ab\u00a0<i>Haguigat-Nesiiim\u00a0<\/i>\u00bb serait tomb\u00e9e en d\u00e9su\u00e9tude et n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9e que par la communaut\u00e9 tunisienne, dont le rituel supprime les \u00ab\u00a0<i>Tahanounim\u00a0<\/i>\u00bb (rogations) \u00e0 la pri\u00e8re du jeudi matin comme pour les jours de f\u00eates traditionnelles. Mais, on peut se demander pourquoi la communaut\u00e9 tunisienne comm\u00e9morerait cette institution des Chefs de la communaut\u00e9 sous la forme d\u2019un repas de f\u00eate destin\u00e9 aux gar\u00e7ons\u00a0? Les tenants de cette th\u00e8se se r\u00e9f\u00e8rent encore au texte biblique et au repas offert par Mo\u00efse \u00e0 son beau-p\u00e8re. Ils font valoir que Mo\u00efse particuli\u00e8rement heureux de retrouver ses fils circoncis par leur m\u00e8re Tsipora en ses lieux et place, aurait r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 leur intention une partie du festin sous forme de plats \u00e0 leur mesure, ce qui expliquerait la tradition tunisienne des plats miniaturis\u00e9s.<\/b><\/p>\n<p><b> &#8211; <u>La troisi\u00e8me hypoth\u00e8se <\/u>qui a ma pr\u00e9f\u00e9rence, peut \u00eatre qualifi\u00e9e de \u00ab\u00a0p\u00e9dagogique\u00a0\u00bb et trouve sa source dans les \u00ab\u00a0<i>Pirk\u00e9 Avot\u00a0<\/i>\u00bb et se r\u00e9f\u00e8re \u00e9galement \u00e0 la Paracha, en ce qu\u2019elle contient les Dix Commandements. Nos Anciens Rabbins, voulant caract\u00e9riser les diff\u00e9rentes \u00e9poques de la vie des individus avaient d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019il convenait d\u2019enseigner la Loi Ecrite \u00e0 partir de l\u2019\u00e2ge de cinq ans, de c\u00e9l\u00e9brer la Bar-Mitsva \u00e0 l\u2019\u00e2ge de treize ans, et de commencer l\u2019\u00e9tude de la Michna \u00e0 l\u2019\u00e2ge de quinze ans. Il en r\u00e9sultait donc que le tout jeune enfant de cinq ans \u00e9tait appel\u00e9 \u00e0 lire au \u00ab\u00a0<i>koutab\u00a0<\/i>\u00bb ou Talmud-Torah, les Dix Commandements pour la premi\u00e8re fois, <\/b><\/p>\n<p><b> le jeudi de la sidra de Yitro. Soucieux de marquer un fait aussi capital et de frapper l\u2019imagination de l\u2019enfant pour faciliter l\u2019appr\u00e9hension par lui des Dix Commandements, les rabbins tunisiens institu\u00e8rent une grande f\u00eate en l\u2019honneur de cet \u00e9v\u00e9nement. C\u00e9r\u00e9monie strictement priv\u00e9e \u00e0 l\u2019origine, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e au sein du Talmud-Torah, et d\u00e9nomm\u00e9e \u00ab\u00a0<i>Hinoukh N\u00e9harim\u00a0<\/i>\u00bb ou Initiation des jeunes, elle \u00e9tait exclusivement consacr\u00e9e aux enfants qui se trouvaient dans la situation que nous venons de d\u00e9finir. Des familles prirent l\u2019habitude de f\u00eater le soir \u00e0 la maison ceux de leurs enfants qui avaient lu le matin pour la premi\u00e8re fois les Dix Commandements.<\/b><\/p>\n<p><b> Le Grand Rabbin Abraham Ta\u00efeb dit \u00ab\u00a0Baba Sidi\u00a0\u00bb (d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1741) conseilla aux parents de faire profiter de cette f\u00eate tous les gar\u00e7ons qui liraient ce jour l\u00e0 les Dix Commandements qu\u2019il s\u2019agisse de leur premi\u00e8re lecture ou d\u2019une r\u00e9p\u00e9tition de la lecture des ann\u00e9es pr\u00e9c\u00e9dentes. Autrement dit, ce Sage voulut que la f\u00eate soit une occasion pour les gar\u00e7ons de r\u00e9p\u00e9ter les Dix Commandements pour s\u2019en impr\u00e9gner davantage. D\u2019ailleurs \u00e0 l\u2019instar de la \u00ab\u00a0feuille miel\u00a0\u00bb \u00e9dit\u00e9e en Tunisie pour Roch Hachana, on publiait la feuille d\u2019Yitro (Ouarkat Ytro) destin\u00e9e aux enfants, reproduisant le Shema Isra\u00ebl et les Dix Commandements, que dans certaines familles, l\u2019enfant lisait \u00e0 haute voix en langue vulgaire avant le repas.<\/b><\/p>\n<p><b> Cette f\u00eate \u00e9tait impatiemment attendue par les gar\u00e7ons qui \u00e9taient les rois de la journ\u00e9e. Apr\u00e8s l\u2019\u00e9cole et le repas de midi vite aval\u00e9, les parents donnaient g\u00e9n\u00e9ralement quartier libre \u00e0 leurs enfants qui s\u2019\u00e9battaient dans la ville, allaient au cin\u00e9ma, lan\u00e7aient des p\u00e9tards, regardaient avec envie les vitrines des magasins souvent d\u00e9cor\u00e9es avec la mention \u00ab\u00a0f\u00eate des gar\u00e7ons\u00a0\u00bb, tandis que les p\u00e2tisseries exhibaient pi\u00e8ces mont\u00e9es et petits g\u00e2teaux traditionnels.<\/b><\/p>\n<p><b> Dans les maisons juives, les m\u00e8res s\u2019affairaient pour pr\u00e9parer le repas de f\u00eate. Le soir, la table \u00e9tait d\u00e9cor\u00e9e et illumin\u00e9e par des petites bougies de diff\u00e9rentes couleurs. Apr\u00e8s les b\u00e9n\u00e9dictions d\u2019usage et la lecture \u00e9ventuelles des Dix Commandements, le repas \u00e9tait servi dans une vaisselle miniature. Chaque famille disposait d\u2019un service sp\u00e9cial consacr\u00e9 \u00e0 la f\u00eate comprenant des casseroles, des assiettes, des verres, des couverts, des bouteilles en verre ou en argile, le tout en miniature. Le plat d\u2019honneur \u00e9tait le pigeon qui rempla\u00e7ait le poulet des soirs de f\u00eate\u00a0; les g\u00e2teaux (yoyo, manicotti, brick au miel, makhoud) \u00e9taient tous petits, de m\u00eame que les p\u00e2tes d\u2019amande en forme de fruits de couleur diff\u00e9rentes.<\/b><\/p>\n<p><b> Devant l\u2019exaltation, les rabbins ne manquaient pas de rappeler que cette f\u00eate n\u2019\u00e9tait pas une f\u00eate religieuse et ne reposait que sur une coutume locale. Ils soulignaient qu\u2019elle ne devait pas faire oublier que le devoir essentiel \u00e9tait la ts\u00e9daka pr\u00e9f\u00e9rable \u00e0 toutes les ripailles.<\/b><\/p>\n<p><b> Mais cette f\u00eate \u00e9tait ch\u00e8re aux familles. Elle secr\u00e9tait une ambiance particuli\u00e8re qui d\u00e9passait le cadre de la communaut\u00e9 et bien des p\u00e8res de famille chr\u00e9tiens et musulmans ne manquaient pas d\u2019acheter eux aussi chez les p\u00e2tissiers juifs les douceurs sp\u00e9ciales de la f\u00eate pour leurs enfants.<\/b><\/p>\n<p><b> La communaut\u00e9 juive de Tunisie qui comprenait cent mille membres \u00e0 la veille de l\u2019ind\u00e9pendance de ce pays ne compte plus qu\u2019un millier de membres aujourd\u2019hui. Mais ceux qui en sont issus et qui sont dispers\u00e9s en France et en Isra\u00ebl continuent de c\u00e9l\u00e9brer pour leurs gar\u00e7ons tant qu\u2019ils demeurent c\u00e9libataires, avec autant de ferveur cette coutume de leur communaut\u00e9 d\u2019origine.<\/b><\/p>\n<p> <b>Claude Nataf<\/b><\/p>\n<p> <b>Pr\u00e9sident de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019histoire des Juifs de Tunisie<\/b><\/p>\n<p> <b><i><u>Ouarkat Ytro<\/u><\/i><\/b><\/p>\n<p> <b><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" height=\"846\" src=\"https:\/\/harissa.com\/coutumes\/unecoutumetuneseoudatytroclaudenataf_files\/image002.jpg\" width=\"771\"\/><\/b><\/p>\n<p> <b>Cette r\u00e9\u00e9dition de la feuille de Yitro (\u00ab\u00a0<i>Ouarkat Ytro<\/i>\u00a0\u00bb) a \u00e9t\u00e9 faite en Isra\u00ebl par le Makhon Aberman de Lod avec l\u2019aide du Gaon Rabbi M\u00e9ir Mazouz. Elle est disponible \u00e0 Paris aupr\u00e8s de l\u2019association Kiss\u00e9 Rahamim, 39 avenue du Ch\u00e2teau \u00e0 95200 Sarcelles.<\/b><\/p>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A c\u00f4t\u00e9 des f\u00eates \u00e9dict\u00e9es par la Halakha, les Juifs de Tunisie ont coutume de c\u00e9l\u00e9brer chaque ann\u00e9e deux f\u00eates particuli\u00e8res, Rosh Hodesh el Bnat \u00ab\u00a0la f\u00eate des filles\u00a0\u00bb (le 8\u00e8me jour de \u2018Hanouka) \u00a0et Se\u2019udat Ytro \u00ab\u00a0la f\u00eate des gar\u00e7ons\u00a0\u00bb. 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