{"id":2356,"date":"2011-08-09T19:43:42","date_gmt":"2011-08-09T19:43:42","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=2356"},"modified":"2011-08-09T19:44:44","modified_gmt":"2011-08-09T19:44:44","slug":"tunisie-sidi-bouzid-de-la-revolte-a-la-desillusion","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/tunisie-sidi-bouzid-de-la-revolte-a-la-desillusion\/","title":{"rendered":"Tunisie. Sidi Bouzid de la r\u00e9volte \u00e0 la d\u00e9sillusion"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<h2 class=\"contentheading\">\n\tTunisie. Sidi Bouzid de la r&eacute;volte &agrave; la d&eacute;sillusion<\/h2>\n<p class=\"articleinfo\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<span>Article paru dans la version imprim&eacute;e du &lsquo;&lsquo;New York Times&rsquo;&rsquo;, du 6 ao&ucirc;t, en page Une de l&rsquo;&eacute;dition de New York, sous le titre: &lsquo;&lsquo;La ville tunisienne du martyr du printemps arabe sombre dans la d&eacute;sillusion&rsquo;&rsquo;.<\/span> Par <strong>Kareem Fahim <\/strong><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<hr width=\"160\" \/>\n<p>\n\tSidi Bouzid, Tunisie &ndash; Il est difficile de dire avec certitude qui a fait descendre le portrait du martyr le plus c&eacute;l&egrave;bre de la r&eacute;volution, Mohamed Bouazizi, de son socle en or dans la rue m&ecirc;me o&ugrave; il s&rsquo;&eacute;tait immol&eacute; par le feu, d&eacute;clenchant le vent de r&eacute;volte dans le monde arabe. Ce sont des contre-r&eacute;volutionnaires qui l&rsquo;ont fait, a dit un homme, sans nommer l&rsquo;identit&eacute; de ces derniers. Selon un autre, la statue a &eacute;t&eacute; endommag&eacute;e par la pluie.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>Les voix du d&eacute;sespoir <\/strong><br \/>\n\tDes voisins de Bouazizi disent qu&rsquo;ils ont &eacute;t&eacute; pris par le d&eacute;go&ucirc;t, il y a plusieurs semaines, apr&egrave;s que la m&egrave;re, oncle, fr&egrave;res et s&oelig;urs du martyr aient quitt&eacute; Sidi Bouzid, un acte qu&rsquo;ils ont per&ccedil;u comme une trahison. Leur col&egrave;re s&rsquo;explique par des rumeurs selon lesquelles la famille avait accept&eacute; de grosses sommes d&rsquo;argent pour aller habiter dans une coquette villa &agrave; Tunis. Ils disent &eacute;galement qu&rsquo;ils sont furieux d&rsquo;avoir &eacute;t&eacute; abandonn&eacute;s, dans un endroit o&ugrave; il n&rsquo;y a ni emplois, ni argent, ni espoir, et sans les fameux Bouazizi pour donner une voix &agrave; leur d&eacute;sespoir.<br \/>\n\t&laquo;Ils nous ont abandonn&eacute;s, et rien ici n&rsquo;a chang&eacute;&raquo;, a d&eacute;clar&eacute; Seif Amri, 18 ans, un voisin, en parlant de la m&egrave;re de Mohamed, Mannoubia Bouazizi. Ce qui d&eacute;note la profonde frustration des habitants de Sidi Bouzid, qui a pouss&eacute; quelques personnes &agrave; fustiger l&rsquo;enfant aim&eacute; de la ville. La plupart des habitants disent que cette col&egrave;re est mal plac&eacute;e, accusant le gouvernement de transition d&rsquo;&ecirc;tre responsable du manque de progr&egrave;s, un gouvernement qui avance lentement dans le traitement de l&rsquo;une des causes principales de la r&eacute;volution &ndash; le ch&ocirc;mage des jeunes &ndash;,surtout ici, dans les villes du centre de la Tunisie, o&ugrave; le soul&egrave;vement a commenc&eacute;.<br \/>\n\tCette amertume contraste fortement avec l&rsquo;optimisme prudent affich&eacute; en Tunisie quant aux progr&egrave;s de la r&eacute;volution, et elle menace d&rsquo;en saper les acquis: plusieurs fois, au cours des derniers mois, des diff&eacute;rends concernant l&rsquo;emploi ont conduit &agrave; des &eacute;pisodes de violence meurtri&egrave;re.<br \/>\n\tLes analystes disent que la r&eacute;ponse du gouvernement a &eacute;t&eacute; inad&eacute;quate, consistant principalement dans des aides financi&egrave;res ponctuelles. Ils disent aussi que certains ministres ont h&eacute;sit&eacute; &agrave; lancer des projets gouvernementaux de grande envergure qui cr&eacute;eraient des emplois &agrave; court terme, en attendant que le march&eacute; corrige enfin les probl&egrave;mes.<\/p>\n<p>\n\t<strong>Est-ce la faute au gouvernement ou au march&eacute;? <\/strong><br \/>\n\t&laquo;On n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; assez donn&eacute; ni assez offert&raquo;, a d&eacute;clar&eacute; Mongi Boughzala, professeur d&rsquo;&eacute;conomie &agrave; l&rsquo;Universit&eacute; de Tunis. &laquo;Les quelques programmes impl&eacute;ment&eacute;s &eacute;taient en retard ou insuffisants. Les jeunes s&rsquo;attendent &agrave; des solutions imm&eacute;diates. Ils s&rsquo;attendent &agrave; ce qu&rsquo;apr&egrave;s ce mouvement r&eacute;volutionnaire, il y aurait un certain retour, en termes d&rsquo;emplois, mais aussi de reconnaissance&raquo;. &laquo;Une jeune personne qui dit : &lsquo;&lsquo;Je veux un emploi, j&rsquo;en ai assez d&rsquo;&ecirc;tre marginalis&eacute;, et ce n&rsquo;est pas une situation que je peux supporter davantage&rsquo;&rsquo;, ne se soucie pas se savoir si c&rsquo;est la faute du gouvernement ou du march&eacute;&raquo;, a ajout&eacute; l&rsquo;universitaire.<br \/>\n\tEn Tunisie, comme en Egypte, la vague d&rsquo;optimisme d&eacute;clench&eacute;e par le soul&egrave;vement populaire a finalement but&eacute; sur la froide r&eacute;alit&eacute; que la vie ne s&rsquo;est pas rapidement am&eacute;lior&eacute;e, et que, dans de nombreux cas, elle est m&ecirc;me devenue plus difficile, alors que les dirigeants du gouvernement int&eacute;rimaires peinent &agrave; mettre en place un nouveau syst&egrave;me &eacute;conomique.<br \/>\n\tLe ch&ocirc;mage des jeunes &eacute;tait assez &eacute;lev&eacute; en Tunisie, m&ecirc;me avant la r&eacute;volution &ndash; il atteint 30%, et m&ecirc;me plus de 40% dans des villes comme Sidi Bouzid &ndash;, disent les &eacute;conomistes. Mais l&rsquo;&eacute;conomie tunisienne a &eacute;t&eacute; durement touch&eacute;e dans les mois suivant le soul&egrave;vement et l&rsquo;on s&rsquo;attend &agrave; une croissance l&eacute;g&egrave;rement positive cette ann&eacute;e. Une industrie du tourisme tr&egrave;s affect&eacute;e et le fardeau des r&eacute;fugi&eacute;s de la guerre dans la Libye voisine ont aggrav&eacute; la situation financi&egrave;re du pays et ses probl&egrave;mes d&rsquo;emploi.<br \/>\n\tCes derni&egrave;res semaines, le Premier ministre par int&eacute;rim, Beji Ca&iuml;d Essebsi, a &eacute;voqu&eacute;, &agrave; plusieurs reprises, le chiffre de 700.000 ch&ocirc;meurs dans le pays, plus de 15% de la population active, dont 170.000 dipl&ocirc;m&eacute;s de l&rsquo;universit&eacute;. M. Ca&iuml;d Essebsi a d&eacute;clar&eacute; que de nouveaux programmes gouvernementaux peuvent offrir des postes pour 60.000 personnes, mais il a aussi reconnu qu&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de solution rapide, appelant les hommes d&rsquo;affaires et les investisseurs &agrave; se r&eacute;orienter vers les r&eacute;gions int&eacute;rieures, encore arri&eacute;r&eacute;es.<\/p>\n<p>\n\t<strong>&laquo;Le gouvernement n&rsquo;a rien fait&raquo;, disent les jeunes.<\/strong><br \/>\n\tLes jeunes de la r&eacute;gion affirment que le gouvernement a r&eacute;agi avec de vagues promesses d&rsquo;aide et des oreilles de sourds. Nabil Hajbi, propri&eacute;taire d&rsquo;une entreprise locale et dirigeant d&rsquo;une association de jeunes appel&eacute;s Karama, a d&eacute;clar&eacute; que huit ministres ont visit&eacute; Sidi Bouzid en pr&egrave;s de deux mois, mais ils ont ignor&eacute; un plan pr&eacute;sent&eacute; par les dirigeants locaux qui apporte des solutions possibles au probl&egrave;me du ch&ocirc;mage et des id&eacute;es pour le d&eacute;veloppement de l&rsquo;infrastructure de la r&eacute;gion et la cr&eacute;ation de nouvelles usines.<br \/>\n\t&laquo;Ils ont beaucoup promis&raquo;, a dit M. Hajbi. &laquo;Les gens ont perdu espoir. Car le gouvernement n&rsquo;a rien fait. Il veut que les gens se calment d&rsquo;abord.&raquo; Il ajoute: &laquo;Les gens veulent que le gouvernement agisse le premier, ou qu&rsquo;il ait au moins un plan.&raquo;<br \/>\n\tDans d&rsquo;autres endroits, les promesses ont suscit&eacute; des attentes sp&eacute;cifiques, qui n&rsquo;ont pas tard&eacute; &agrave; d&eacute;g&eacute;n&eacute;rer en des protestations &ndash; ou &agrave; la d&eacute;sob&eacute;issance civile. A moins de 60 miles de l&agrave; [96 km, Ndlr], &agrave; Kasserine, des enseignants au ch&ocirc;mage ont fait un sit-in pendant presque deux mois, exigeant que le minist&egrave;re de l&rsquo;Education donne suite &agrave; une promesse faite en avril d&rsquo;embaucher 3.000 enseignants dans les prochaines semaines. &Agrave; ce jour, seuls 190 d&rsquo;entre eux ont &eacute;t&eacute; embauch&eacute;s, affirment les enseignants.<\/p>\n<p>\n\t<br \/>\n\tIls ont occup&eacute; le rez-de-chauss&eacute;e d&rsquo;un b&acirc;timent syndical &ndash; ils auraient voulu occuper le bureau d&rsquo;emploi local, mais il avait &eacute;t&eacute; br&ucirc;l&eacute; pendant le soul&egrave;vement. Les plaintes des enseignants ne sont pas nouvelles: dans un coin de leur chambre, Zouhair Rhimi, 38 ans, &eacute;tait au quatri&egrave;me jour d&rsquo;une gr&egrave;ve de la faim. Tr&egrave;s affaibli par la chaleur, ses coll&egrave;gues ont dit qu&rsquo;il est au ch&ocirc;mage depuis qu&rsquo;il a obtenu son dipl&ocirc;me de l&rsquo;universit&eacute; en 2003.<\/p>\n<p>\n\t<strong>&laquo;Les l&acirc;ches ne font pas l&rsquo;histoire&raquo;<\/strong><br \/>\n\tA Kasserine et dans la ville voisine de Thala, qui subi de lourdes pertes lors de l&rsquo;insurrection de janvier, ayant perdu 20 de ses enfants, tous tu&eacute;s, le plus gros employeur est une usine de papier, et la population, comme dans toute la r&eacute;gion, trouve un travail saisonnier dans l&rsquo;agriculture, qui leur rapporte environ 5 dollars par jour. Sur des graffitis sur la route de Kasserine, on lit: &laquo;Les l&acirc;ches ne font pas l&rsquo;histoire.&raquo;<br \/>\n\tSamir Rhimi est assis sur la voie ferr&eacute;e, &agrave; la p&eacute;riph&eacute;rie de la ville, en regardant deux hommes en train de chercher de la nourriture pour leurs animaux dans un foss&eacute; sale. &laquo;S&rsquo;il n&rsquo;y a pas de d&eacute;veloppement dans cette r&eacute;gion, il n&rsquo;y aura pas de stabilit&eacute; dans le pays&raquo;, dit-il.<br \/>\n\tIl y a un peu plus de deux semaines, les autorit&eacute;s ont impos&eacute; un couvre-feu &agrave; Sidi Bouzid, apr&egrave;s de violents affrontements entre l&rsquo;arm&eacute;e et les manifestants, qui se sont sold&eacute;s par la mort d&rsquo;un gar&ccedil;on de 14 ans. Les protestations n&rsquo;&eacute;taient pas directement li&eacute;es au ch&ocirc;mage. Des personnes se sont rassembl&eacute;es en guise de solidarit&eacute; avec les manifestants avant de se heurter &agrave; la police venue de Tunis quelques jours auparavant. Dans le climat actuel de Sidi Bouzid, la protestation n&rsquo;a cess&eacute; de prendre de l&rsquo;ampleur, jusqu&rsquo;&agrave; ce que des jeunes aient jet&eacute; des cocktails Molotov sur les soldats, qui ont utilis&eacute; leurs armes.<br \/>\n\tEnsuite, il y a les plaintes habituelles pour cause de n&eacute;gligence. &laquo;Personne n&rsquo;est venu pour expliquer ce qui s&rsquo;&eacute;tait pass&eacute;&raquo;, a d&eacute;clar&eacute; Belgacem Hajlaoui, dont le fils, Thabet, a &eacute;t&eacute; tu&eacute;. &laquo;Le gouverneur m&rsquo;a dit : &lsquo;&lsquo;Je suis d&eacute;sol&eacute; pour la perte de votre fils&rsquo;&rsquo;.&raquo;<br \/>\n\tLa famille Bouazizi n&rsquo;a pas d&eacute;m&eacute;nag&eacute; dans une coquette villa, m&ecirc;me si leur maison, nich&eacute;e dans une ruelle de La Marsa, dans la banlieue de Tunis, est plus grande que celle, plus exigu&euml;, qu&rsquo;elle avait &agrave; Sidi Bouzid. Elle poss&egrave;de un petit jardin plant&eacute; de citrouilles et d&rsquo;un citronnier. Les six enfants partagent quelques chambres. La famille paie 200 dollars par mois de loyer au propri&eacute;taire, qui habite &agrave; l&rsquo;&eacute;tage.<br \/>\n\tLeur exode, d&rsquo;une ville pauvre de l&rsquo;int&eacute;rieur vers la c&ocirc;te plus prosp&egrave;re, est effectu&eacute; par des milliers de personnes chaque ann&eacute;e. &laquo;C&rsquo;est beaucoup mieux que Sidi Bouzid&raquo;, a d&eacute;clar&eacute; Samia Bouazizi, 20 ans, s&oelig;ur de Mohamed. &laquo;Nous &eacute;tions &agrave; bout&raquo;, dit-elle.<br \/>\n\tElle a ajout&eacute; que les all&eacute;gations selon lesquelles sa famille avait re&ccedil;u de l&rsquo;argent sont des &laquo;mensonges&raquo;. Quid alors de l&rsquo;affirmation selon laquelle les Bouazizi ont oubli&eacute; leurs racines. &laquo;Nous parlons de la ville &agrave; chaque fois que nous en avons l&rsquo;occasion&raquo;, r&eacute;pond-t-elle. Elle n&rsquo;a pas d&rsquo;explication pour les folles rumeurs concernant sa famille, sauf une : &laquo;L&rsquo;envie&raquo;, dit-elle.<\/p>\n<p>\n\t<em>Traduit de l&rsquo;anglais am&eacute;ricain par<\/em> <strong>Imed Bahri<\/strong><\/p>\n<p>\n\tSite du <a href=\"http:\/\/www.nytimes.com\/2011\/08\/06\/world\/africa\/06tunisia.html?_r=2&amp;ref=global-home\" target=\"_blank\">&lsquo;&lsquo;New York Times&rsquo;&rsquo;<\/a>.<\/p>\n<p>\t<em>* Les titre et intertitres sont de Kapitalis.<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Tunisie. Sidi Bouzid de la r&eacute;volte &agrave; la d&eacute;sillusion &nbsp; Article paru dans la version imprim&eacute;e du &lsquo;&lsquo;New York Times&rsquo;&rsquo;, du 6 ao&ucirc;t, en page Une de l&rsquo;&eacute;dition de New York, sous le titre: &lsquo;&lsquo;La ville tunisienne du martyr du printemps arabe sombre dans la d&eacute;sillusion&rsquo;&rsquo;. 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