{"id":2366,"date":"2011-08-11T00:37:55","date_gmt":"2011-08-11T00:37:55","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=2366"},"modified":"2011-08-11T00:37:55","modified_gmt":"2011-08-11T00:37:55","slug":"tunisie-ce-quil-sest-vraiment-passe-le-14-janvier-a-tunis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/tunisie-ce-quil-sest-vraiment-passe-le-14-janvier-a-tunis\/","title":{"rendered":"Tunisie : Ce qu\u2019il s\u2019est vraiment pass\u00e9 le 14 janvier \u00e0 Tunis"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tTunisie : Ce qu&rsquo;il s&rsquo;est vraiment pass&eacute; le 14 janvier &agrave; Tunis [M&eacute;diatpart]<\/p>\n<div class=\"postdate\">\n\tNawaat.org<\/div>\n<div class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_9485\" style=\"width: 650px;\">\n\t&nbsp;<\/div>\n<div class=\"wp-caption aligncenter\" style=\"width: 650px;\">\n\t&nbsp;<\/div>\n<div class=\"wp-caption aligncenter\" style=\"width: 650px;\">\n\t&nbsp;<\/div>\n<p>\n\tSix mois ont pass&eacute; depuis ce jour m&eacute;morable o&ugrave; Zine El Abidine Ben Ali, pr&eacute;sident de la Tunisie depuis cinq mandats, quittait le pays, &agrave; la grande joie des Tunisiens d&rsquo;abord incr&eacute;dules. Deux versions officielles, tr&egrave;s incompl&egrave;tes et donc insatisfaisantes, ont &eacute;t&eacute; rendues publiques, et documentaient jusqu&rsquo;&agrave; aujourd&rsquo;hui les circonstances de la fuite du dictateur honnis.<\/p>\n<p>\n\tLa premi&egrave;re, par Ben Ali lui-m&ecirc;me: dans un communiqu&eacute;, l&rsquo;ancien pr&eacute;sident expliquait au printemps qu&rsquo;il &eacute;tait mont&eacute; dans l&rsquo;avion ce jour-l&agrave; avec sa femme et ses enfants, car le chef de la s&eacute;curit&eacute; pr&eacute;sidentielle et de sa famille, Ali Seriati, lui avait promis qu&rsquo;il pourrait revenir. La seconde nous viens d&rsquo;Ali Seriati en personne, lors de l&rsquo;ouverture de son proc&egrave;s, le 26 juillet &agrave; Tunis.<\/p>\n<p>\n\t&laquo;<em>Le 12 janvier, affirme-t-il, j&rsquo;ai r&eacute;alis&eacute; que Ben Ali allait tomber et qu&rsquo;il allait en r&eacute;sulter un vide institutionnel.<\/em>&raquo; Selon lui, le 14 janvier, il y aurait eu parachutage de forces de la police et de la garde nationale sur l&rsquo;a&eacute;roport de Tunis-Carthage. &laquo;<em>Vers 15 heures, Ben Ali m&rsquo;a appel&eacute; dans son bureau et m&rsquo;a demand&eacute; de faire pr&eacute;parer l&rsquo;avion pr&eacute;sidentiel pour un d&eacute;collage &agrave; 18 heures en vue de transporter sa famille en Arabie saoudite o&ugrave; elle (serait rest&eacute;e) le temps que la situation se calme, et m&rsquo;a ordonn&eacute; de les accompagner dans ce voyage. <\/em><\/p>\n<p>\n\t<em>Mais, &agrave; l&rsquo;a&eacute;roport, Ben Ali change d&rsquo;avis et d&eacute;cide de les accompagner lui- m&ecirc;me, puis de retourner &agrave; Tunis le lendemain.<\/em><\/p>\n<p>\n\t&raquo; Arr&ecirc;t&eacute; le 14 janvier apr&egrave;s la fuite de Ben Ali, Ali Seriati est jug&eacute; &agrave; Tunis aux c&ocirc;t&eacute;s de 22 proches du couple Ben Ali appr&eacute;hend&eacute;s &agrave; l&rsquo;a&eacute;roport, dans un proc&egrave;s dont les audiences doivent reprendre mercredi. Accus&eacute; entre autres de complot contre la s&ucirc;ret&eacute; int&eacute;rieure de l&rsquo;&Eacute;tat, il est poursuivi pour complicit&eacute; de tentative de sortie ill&eacute;gale de devises.Lors d&rsquo;une conf&eacute;rence presse donn&eacute;e ce lundi 8 ao&ucirc;t 2011 &agrave; Tunis, le colonel Samir Tarhouni, chef de la Brigade anti-terrorisme de la police nationale (BAT, &eacute;quivalant de notre RAID), a livr&eacute; sa version de la prise d&rsquo;otage qui a conduit, le 14 janvier, au d&eacute;part de Ben Ali. Elle contredit totalement celle d&rsquo;Ali Seriati.<\/p>\n<p>\n\tSelon les informations recueillies par Mediapart, ce n&rsquo;est qu&rsquo;apr&egrave;s avoir appris que Belhassen Trabelsi, en fuite au Canada, aurait d&eacute;cid&eacute; de le faire assassiner, lui et sa famille, que le colonel a pris la d&eacute;cision d&rsquo;organiser cette conf&eacute;rence de presse.<\/p>\n<p>\n\tMediapart publie aujourd&rsquo;hui tous les d&eacute;tails de cette journ&eacute;e du 14 janvier, vue par le colonel Samir Tarhouni, mais aussi par ses hommes, ainsi que plusieurs autres t&eacute;moins pr&eacute;sents ce jour-l&agrave;. Les images publi&eacute;es en exclusivit&eacute; par Mediapart sont issues de la vid&eacute;o prise durant l&rsquo;apr&egrave;s-midi et le d&eacute;but de la soir&eacute;e du 14 janvier par un des agents de la BAT. Elles prouvent &agrave; elles seules que la version officielle, qui voudrait que les Trabelsi aient &eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute;s par l&rsquo;arm&eacute;e apr&egrave;s le d&eacute;part de ben Ali, la nuit du 14 janvier, est erron&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t&Agrave; titre de indicatif, et pour comprendre le r&eacute;cit qui suit, le lecteur doit savoir que la s&eacute;curit&eacute; nationale tunisienne est compos&eacute;e de quatre unit&eacute;s sp&eacute;ciales, dont la Brigade anti-terroriste de la Police nationale et l&rsquo;Unit&eacute; Sp&eacute;ciale de la Garde Nationale (&eacute;quivalent du GIGN fran&ccedil;ais). Ces deux unit&eacute;s sont celles qui ont accompagn&eacute; Ben Ali le 7 novembre 1987, lors de son coup d&rsquo;Etat.<\/p>\n<p>\n\tDemeur&eacute;e dans l&rsquo;ombre depuis, la BAT tunisienne n&rsquo;intervient que tr&egrave;s rarement, dans le cadre de missions particuli&egrave;rement p&eacute;rilleuses.Une question, de taille, demeure toutefois comme la grande &eacute;nigme de ce 14 janvier : quel f&ucirc;t le r&ocirc;le de Rachid Ammar, ancien chef de l&rsquo;arm&eacute;e de terre, plac&eacute; en toute discr&eacute;tion &agrave; la t&ecirc;te de l&rsquo;arm&eacute;e &agrave; la mi-avril, et que beaucoup de Tunisiens consid&egrave;rent comme le principal dirigeant du pays depuis la chute de Ben Ali ?<\/p>\n<p>\n\tD&rsquo;apr&egrave;s le colonel Samir Tarhouni, ainsi que les t&eacute;moignages recueillis par Mediapart, voici le r&eacute;cit de la fuite de Ben Ali et de sa famille, qui a fait basculer la Tunisie, et entra&icirc;n&eacute; le monde arabe dans un mouvement r&eacute;volutionnaire qui n&rsquo;a pas encore trouv&eacute; son terme.<\/p>\n<p>\n\t<strong>La famille Trabelsi\/Ben Ali en partance pour Lyon&hellip;<\/strong><\/p>\n<p>\n\tCe vendredi 14 janvier, 28 membres de la famille Trabelsi, proches de Leila Trabelsi, la femme du pr&eacute;sident Ben Ali, se retrouvent au Palais de Carthage. Pendant que des milliers de Tunisiens manifestent devant le minist&egrave;re de l&rsquo;int&eacute;rieur, d&rsquo;autres s&rsquo;en prennent aux villas occup&eacute;es jusque-l&agrave; par les membres de la &laquo;famille&raquo;. Leur s&eacute;curit&eacute; n&rsquo;&eacute;tant plus assur&eacute;e, le chef de la s&eacute;curit&eacute; pr&eacute;sidentielle, Ali Seriati, entreprend de leur faire quitter le pays. Les 28 membres de la famille Trabelsi regroup&eacute;s au palais de Carthage se pr&eacute;parent d&egrave;s alors &agrave; prendre le premier vol pour Lyon, programm&eacute; &agrave; 15h. Parmi eux, seul Belhassen Trabelsi (fr&egrave;re de Leila Ben Ali, aujourd&rsquo;hui encore en fuite au Canada) d&eacute;cide au dernier moment de fuir par bateau, laissant sa place dans l&rsquo;avion &agrave; la s&oelig;ur de sa femme, Dadou Djilani Trabelsi, mari&eacute;e &agrave; Sofiane Ben Ali, neveu du pr&eacute;sident.<\/p>\n<p>\n\tEn fin de matin&eacute;e, devant le minist&egrave;re de l&rsquo;int&eacute;rieur, avenue Bourguiba &agrave; Tunis, la foule se fait de plus en plus nombreuse. Peu avant 13h, le capitaine de la BAT pr&eacute;sent devant le minist&egrave;re, en contact constant par t&eacute;l&eacute;phone avec le colonel Samir Tarhouni, re&ccedil;oit l&rsquo;ordre de prot&eacute;ger les manifestants civils en cas d&rsquo;attaque arm&eacute;e, et le minist&egrave;re du mieux qu&rsquo;il puisse, mais sans jamais faire usage de balles r&eacute;elles. Vers 13h30, le capitaine d&eacute;cide de d&eacute;ployer ses hommes sur le toit du b&acirc;timent. C&rsquo;est &agrave; ce moment que des hauts cadres du minist&egrave;re, toujours enferm&eacute;s dans le b&acirc;timent, et dont Mediapart n&rsquo;a pas pu obtenir l&rsquo;identit&eacute;, intiment l&rsquo;ordre au capitaine de tirer sur la foule.<\/p>\n<p>\n\tLe capitaine appelle son colonel, au QG de la BAT &agrave; Tunis. Celui-ci ordonne &agrave; son capitaine de ne pas faire feu, et de vider toutes les balles des chargeurs de ses hommes.Au m&ecirc;me moment, la caserne de la direction g&eacute;n&eacute;rale des unit&eacute;s d&rsquo;interventions, dont la BAT, &agrave; Bouchoucha, est en &eacute;tat d&rsquo;alerte. Non seulement la maison d&rsquo;arr&ecirc;t de Bouchoucha, situ&eacute;e non loin de la caserne, abrite des criminels de droit commun, mais encore la caserne en elle-m&ecirc;me contient une grande quantit&eacute; d&rsquo;armes &agrave; feu. Les commissariats du quartier voisin viennent d&rsquo;&ecirc;tre incendi&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\tSi les manifestants arrivent aux portes de la caserne, il n&rsquo;y aura que deux choix possible: tirer sur des civils, ou les laisser s&rsquo;emparer des armes et de la prison. Dans son quartier g&eacute;n&eacute;ral, le colonel Samir Tarhouni regroupe les trois officiers restants dans son bureau. Par talkie-walkie, ils entendent une alerte faisant &eacute;tat de groupes se rapprochant de l&rsquo;a&eacute;roport Tunis Carthage. Le colonel d&eacute;cide alors d&rsquo;appeler un ancien coll&egrave;gue d&eacute;tach&eacute; &agrave; l&rsquo;a&eacute;roport, pour se faire confirmer cette information. Celui-ci la d&eacute;ment, mais lui annonce que des membres de la famille Trabelsi et Ben Ali s&rsquo;appr&ecirc;tent &agrave; prendre des vacances en Europe. Le colonel lui ordonne de les arr&ecirc;ter. Son interlocuteur lui r&eacute;pond qu&rsquo;il est dans l&rsquo;incapacit&eacute; de le faire, Ben Ali est encore pr&eacute;sident de la Tunisie. Le colonel se tourne vers ses officiers:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t&laquo;<em>Le pays est &agrave; feu et &agrave; sang, les manifestants s&rsquo;approchent de la caserne de Bouchoucha, des ordres ont &eacute;t&eacute; donn&eacute;s &agrave; un de nos capitaines de tirer sur des civils devant le minist&egrave;re de l&rsquo;int&eacute;rieur, et pendant ce temps, ce chien de Ben Ali s&rsquo;occupe d&rsquo;envoyer sa famille en vacances. C&rsquo;est le moment ou jamais, de faire ce que nous devons &agrave; notre pays: allons leur demander des comptes.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\tSur les trois officiers, un seul accepte d&rsquo;agir sans ordres et d&rsquo;aller capturer les Trabelsi.<\/p>\n<p>\n\t&Agrave; 14h25, un premier groupe de douze hommes, le colonel Samir Tarhouni et un de ses capitaines &agrave; leur t&ecirc;te, quittent Bouchoucha, pour l&rsquo;a&eacute;roport de Tunis Carthage. Sur la route, le colonel appelle sa femme, d&eacute;tach&eacute;e &agrave; la tour de contr&ocirc;le de l&rsquo;a&eacute;roport. Il lui demande de bloquer tous les appareils sur le tarmac. Elle h&eacute;site, puis lui r&eacute;pond qu&rsquo;elle ne peut les retarder que 15 minutes&hellip;<\/p>\n<p>\n\t<strong>Imed Trabelsi arrive par le parking&hellip;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&Agrave; 14h35, le groupe de la BAT est re&ccedil;u par les agents de police de l&rsquo;a&eacute;roport, tr&egrave;s &eacute;tonn&eacute; de leur pr&eacute;sence. &Agrave; la question du colonel, qui leur demandait o&ugrave; se trouvait les Trabelsi, le directeur de la s&ucirc;ret&eacute; de l&rsquo;a&eacute;roport, Zouheir Bayeti, r&eacute;pond qu&rsquo;ils sont dans le salon d&rsquo;honneur, qu&rsquo;ils s&rsquo;appr&ecirc;tent &agrave; quitter pour monter &agrave; bord de l&rsquo;avion. Le colonel et ses hommes courent pour les rattraper. Ils aper&ccedil;oivent un groupe de civils hommes, femmes et enfants, assis dans un bus.<\/p>\n<p><center><br \/>\n\t<iframe loading=\"lazy\" allowfullscreen=\"\" frameborder=\"0\" height=\"390\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/P7ZY0zeXpOs?rel=0\" width=\"480\"><\/iframe><\/center><br \/>\n<center><br \/>\n\t<em>L&rsquo;arrestation par la BAT des membres de la famille Trabelsi &agrave; bord du bus qui les transportaient vers l&rsquo;avion<\/em><\/center><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tUn homme s&rsquo;appr&ecirc;te &agrave; monter, puis tente de fuir en voyant le groupe de la BAT fondre sur lui. Il s&rsquo;agit de Sofiane Ben Ali. Sans trace des autres Trabelsi dans le salon, le colonel appelle la tour de contr&ocirc;le, qui lui indique la piste de l&rsquo;avion sur le tarmac. Le colonel menace alors le chauffeur du bus, et lui ordonne de les conduire sur la piste, sous le regard inquiet des passagers et Sofiane Ben Ali, assit &agrave; l&rsquo;avant du bus, menottes aux poignets.Une fois sur le tarmac, les hommes de BAT se d&eacute;ploient. Chaque appareil a &eacute;t&eacute; immobilis&eacute; par un agent, arme &agrave; la main, viseur laser du fusil braqu&eacute; sur le cockpit de chaque appareil. Les avions dont les r&eacute;acteurs &eacute;taient en marche sont vid&eacute;s de leurs passagers.<\/p>\n<p>\n\tLe commandant Kilani, charg&eacute; assurer la liaison Tunis- Lyon, fait un malaise, sit&ocirc;t redescendu sur le tarmac. &Agrave; 14h45, le colonel Tarhouni et son capitaine remontent dans le bus, inquiets de devoir subir les foudres de Ben Ali : Ils ont pris le contr&ocirc;le de l&rsquo;a&eacute;roport sans ordres, et ne disposent comme monnaie d&rsquo;&eacute;change que du seul Sofiane Ben Ali&hellip; Dont ils ne sont m&ecirc;me pas certains qu&rsquo;il soit apparent&eacute; au pr&eacute;sident. Zouheir Bayeti, le chef de la s&eacute;curit&eacute; de l&rsquo;a&eacute;roport, les rejoint, et leur demande le motif de leur intervention. &laquo;<em>Zouheir, r&eacute;pond le colonel, ne joue pas avec le feu et dis-moi o&ugrave; sont les Trabelsi!<\/em>&raquo; &laquo;<em>Moncef Trabelsi est en haut, lui r&eacute;pond Bay&eacute;ti. Dans mon bureau&hellip; <\/em>&raquo;<\/p>\n<p>\n\tPlusieurs hommes de la BAT se pr&eacute;cipitent et trouvent Moncef Trabelsi cach&eacute; sous le bureau, une arme &agrave; la main. Mena&ccedil;ant le chef la s&eacute;curit&eacute; de l&rsquo;a&eacute;roport, le colonel exige de savoir o&ugrave; se trouvent les autres Trabelsi. Bay&eacute;ti lui r&eacute;pond: &laquo;<em>Mais ils sont l&agrave;, avec toi&hellip; dans le bus.<\/em>&raquo;.<\/p>\n<p>\n\tPresque soulag&eacute;, le colonel leur confisque poliment leurs passeports et leurs t&eacute;l&eacute;phones et d&eacute;cide de les faire entrer dans le salon. &Agrave; ce moment, le t&eacute;l&eacute;phone de Bay&eacute;ti sonne: C&rsquo;est Imed Trabelsi, neveu de Leila Trabelsi, impliqu&eacute; notamment dans la c&eacute;l&egrave;bre affaire du vol des yachts. Tarhouni demande &agrave; Bay&eacute;ti de le rassurer et lui demande de se rendre discr&egrave;tement au salon d&rsquo;honneur. Accompagn&eacute; de sa secr&eacute;taire particuli&egrave;re, Imed arrive par le parking qui fait face du salon. Il est accueilli par le capitaine de la BAT, qui le conduit au salon avec les membres de sa famille. Dix minutes plus tard, un second groupe d&rsquo;une quinzaine de membre de la BAT rejoint le premier groupe &agrave; l&rsquo;a&eacute;roport, pour poursuivre ce qui est devenu une prise d&rsquo;otage de la famille pr&eacute;sidentielle.<\/p>\n<p><center><\/p>\n<p>\n\t\t<iframe loading=\"lazy\" allowfullscreen=\"\" frameborder=\"0\" height=\"390\" src=\"http:\/\/www.youtube.com\/embed\/R2zBdLfIDTk?rel=0\" width=\"640\"><\/iframe><em>Les membres de la famille Trabelsi au salon d&rsquo;honneur de l&rsquo;a&eacute;roport de Carthage apr&egrave;s leur arrestation par la BAT<\/em><\/p>\n<p><\/center><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tAli Seriati, chef de la s&eacute;curit&eacute; pr&eacute;sidentielle et de sa famille, appelle Zouheir Bay&eacute;ti, chef de la s&eacute;curit&eacute; de l&rsquo;a&eacute;roport, et lui demande ce qui se passe, aucun des Trabelsi ne r&eacute;pondant au t&eacute;l&eacute;phone. Pensant que cette mission &eacute;tait r&eacute;ellement plac&eacute;e sous son autorit&eacute;, Zouheir Bay&eacute;ti r&eacute;pond tout sourire: &laquo; <em>C&rsquo;est bon, nous les avons tous neutralis&eacute;s.<\/em>&raquo; &laquo; <em>Neutralis&eacute; qui?!<\/em> &raquo;, hurle Seriati. Bay&eacute;ti se rend compte qu&rsquo;il a &eacute;t&eacute; tromp&eacute;, et tend le t&eacute;l&eacute;phone au colonel Tarhouni. &laquo; <em>Ne vous inqui&eacute;tez pas mon g&eacute;n&eacute;ral, nous prenons bien soin d&rsquo;eux, ils ne sont pas maltrait&eacute;s<\/em> &raquo;, souffle le colonel, avant de raccrocher au nez de Seriati. Ce dernier rappelle directement le Colonel Samir Tarhouni pour lui demander d&rsquo;o&ugrave; vient l&rsquo;ordre. &laquo; <em>Les ordres viennent de tout en haut<\/em> &raquo;, lui r&eacute;pond Tarhouni, avant de raccrocher une nouvelle fois. Sans confier quoi que ce soit, ni au pr&eacute;sident, ni a sa femme, Ali Seriati tente de joindre, en vain, tous les directeurs hi&eacute;rarchiques de Samir Tarhouni, pour comprendre d&rsquo;o&ugrave; proviennent ces fameuses directives.<\/p>\n<p>\n\t<strong>&laquo; <em>Monsieur le pr&eacute;sident, je suis d&eacute;sormais dans l&rsquo;incapacit&eacute; de garantir votre s&eacute;curit&eacute;&hellip;<\/em>&raquo;<\/strong><\/p>\n<p>\n\tAli Seriati d&eacute;cide enfin de regrouper ses unit&eacute;s d&rsquo;interventions (le GIPP, groupe d&rsquo;intervention et de protection de personnalit&eacute;s) : &laquo;<em>Les tigres noirs de la BAT nous ont trahis, ils ont &eacute;tabli un pacte avec les int&eacute;gristes et s&rsquo;en prennent &agrave; la famille pr&eacute;sidentielle, que peut-on imaginer comme intervention de sauvetage?<\/em>&raquo; Sur 70 hommes, 50 rendent les armes et r&eacute;pondent en substance : &laquo;<em>Nous ne pouvons rien faire contre la BAT, et encore moins pour les Trabelsi.<\/em>&raquo; Ali Seriati se tourne alors vers l&rsquo;unit&eacute; sp&eacute;ciale de la garde nationale en renfort au palais pr&eacute;sidentiel.<\/p>\n<p>\n\tAux alentours de 15h30, le colonel Samir Tarhouni d&eacute;cide de rendre leurs t&eacute;l&eacute;phones aux otages, pour que la nouvelle de leur s&eacute;questration se r&eacute;pande. Au palais de Carthage, Leila Trabelsi est prise de panique. Ali Seriati n&rsquo;a tenu au courant ni le pr&eacute;sident, ni sa femme, alors qu&rsquo;il est tr&egrave;s officiellement charg&eacute; de la s&eacute;curit&eacute; du pr&eacute;sident ainsi que de sa famille. La femme du pr&eacute;sident d&eacute;cide d&egrave;s cet instant de plier bagage, pour quitter seul le pays avec ses enfants.<\/p>\n<p>\n\t&Agrave; l&rsquo;a&eacute;roport militaire de l&rsquo;Aouina (situ&eacute; entre Tunis centre et l&rsquo;a&eacute;roport de Tunis Carthage, et qui partage le m&ecirc;me tarmac que l&rsquo;a&eacute;roport civil), Oscar-Oscar, nom de code de l&rsquo;avion pr&eacute;sidentiel, est pr&eacute;par&eacute; pour le d&eacute;collage. Des unit&eacute;s de l&rsquo;arm&eacute;e s&rsquo;interposent entre l&rsquo;a&eacute;roport civil, dont la BAT a pris le contr&ocirc;le, et l&rsquo;a&eacute;roport militaire, o&ugrave; s&rsquo;appr&ecirc;tent &agrave; s&rsquo;envoler Leila, Mohamed (fils de Ben Ali), Halima (fille de Ben Ali) et Mehdi ben Gaied (fianc&eacute; de Halima). Des instructions ont &eacute;t&eacute; donn&eacute;es pour emp&ecirc;cher de nuire des &laquo; <em>agents corrompus de la police (qui) tentent de semer le d&eacute;sordre et menacent la s&eacute;curit&eacute; nationale ainsi que celle du pr&eacute;sident.<\/em>&raquo;<\/p>\n<p>\n\tVers 16h, le colonel Tarhouni per&ccedil;oit une certaine agitation au niveau de l&rsquo;a&eacute;roport militaire, et demande &agrave; ses hommes de se tenir pr&ecirc;t au combat. Il joint par t&eacute;l&eacute;phone le colonel de l&rsquo;Unit&eacute; sp&eacute;cial de la garde nationale (USGN), qui se trouvait au palais de Carthage, ainsi que le colonel de la Brigade nationale d&rsquo;intervention rapide (une unit&eacute; d&rsquo;intervention de la police): &laquo; <em>Nous avons arr&ecirc;t&eacute; les Trabelsi, nous agissons sur ordre, nous avons besoin de votre aide.<\/em> &raquo;<\/p>\n<p>\n\tCinquante hommes de l&rsquo;unit&eacute; sp&eacute;ciale de la garde nationale sont d&eacute;p&ecirc;ch&eacute;s vers l&rsquo;a&eacute;roport de Tunis Carthage afin de rejoindre la brigade anti terroriste. Une fois arriv&eacute; sur les lieux, le colonel de l&rsquo;USGN, comprenant que le colonel Samir Tarhouni n&rsquo;a pas agi sur ordre, l&rsquo;assure tout de m&ecirc;me de son soutien.<\/p>\n<p>\n\tAu m&ecirc;me moment, Ali Seriati arrive &agrave; l&rsquo;a&eacute;roport militaire de l&rsquo;Aouina avec le pr&eacute;sident Ben Ali, sa femme et son fils Mohamed. Ils y attendent l&rsquo;arriv&eacute;e de Halima et Mehdi Ben Gaied. Ben Ali est alors cens&eacute; accompagner sa famille &agrave; l&rsquo;a&eacute;roport, mais n&rsquo;a pas l&rsquo;intention de quitter la Tunisie. Ali Seriati est inform&eacute; de son c&ocirc;t&eacute; que l&rsquo;USGN, qui &eacute;tait charg&eacute;e de d&eacute;fendre le Palais de Carthage, a en fait pris position avec la BAT. Sans autre moyen d&rsquo;action, Ali Seriati est oblig&eacute; de tout dire &agrave; son pr&eacute;sident:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t&laquo; <em>Monsieur le pr&eacute;sident, je suis d&eacute;sormais dans l&rsquo;incapacit&eacute; de garantir votre s&eacute;curit&eacute;, et je vous sugg&egrave;re de quitter le pays avec votre famille, le temps que nous trouvions une solution en Tunisie.<\/em>&raquo;<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\tIl est 17h40: A l&rsquo;arriv&eacute; de sa fille Halima, Ben Ali ne sait plus que penser de son homme de confiance, Ali Seriati, qui lui a cach&eacute; toute l&rsquo;affaire avant de tout lui r&eacute;v&eacute;ler d&rsquo;un bloc. Ses enfants le suppliant de monter dans l&rsquo;avion avec lui, il d&eacute;cide de monter &agrave; bord, mais demande &agrave; Seriati d&rsquo;attendre &agrave; l&rsquo;a&eacute;roport militaire sa s&oelig;ur et sa famille, qui, croit-il, doivent arriver d&rsquo;un moment &agrave; l&rsquo;autre, et qu&rsquo;un Hercule C-130 militaire doit accompagner &agrave; Djerba, loin de la capitale. Ali Seriati retourne &agrave; l&rsquo;a&eacute;roport pour les attendre.<\/p>\n<p>\n\t<strong>&laquo; <em>Qui souhaitez-vous mettre &agrave; la t&ecirc;te de votre coup d&rsquo;&eacute;tat, colonel ?<\/em> &raquo;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t&Agrave; 17h47, Oscar-Oscar d&eacute;colle avec &agrave; son bord, Ben Ali, sa femme, son fils Mohamed, sa fille Halima et son fianc&eacute; Mehdi Ben Gaied. C&rsquo;est ce moment que Ben Ali choisi pour appeler Ridha Grira, le nouveau ministre de la d&eacute;fense, auquel il ordonne l&rsquo;arrestation imm&eacute;diate d&rsquo;Ali Seriati par l&rsquo;arm&eacute;e, le temps pour lui &laquo;<em>d&rsquo;accompagner sa famille et de revenir pour comprendre ce qu&rsquo;il se passe.<\/em>&raquo;<\/p>\n<p>\n\tApr&egrave;s le d&eacute;part de Ben Ali, en application de l&rsquo;article 56 de la Constitution, le premier ministre Mohamed Ghannouchi appelle le colonel Samir Tarhouni et lui demande : &laquo;<em>Qui souhaitez- vous mettre &agrave; la t&ecirc;te de votre coup d&rsquo;Etat, colonel?<\/em>&raquo; &laquo;<em>Personne, proteste Tarhouni. Je n&rsquo;ai fait qu&rsquo;appliquer mon devoir, d&rsquo;apr&egrave;s l&rsquo;article 56 que vous venez de faire appliquer &agrave; la suite de votre intervention t&eacute;l&eacute;vis&eacute;e, c&rsquo;est vous mon pr&eacute;sident.<\/em>&raquo;&laquo; <em>En ce cas, rel&acirc;chez la famille Trabelsi<\/em>.&raquo;&laquo;<em>Avec tous les respects que je vous dois, ce groupe d&rsquo;individus est la cause de tous nos malheurs, je ne les remettrais qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;arm&eacute;e, et la t&eacute;l&eacute;vision nationale en sera t&eacute;moin.<\/em>&raquo;<\/p>\n<p>\n\tLa t&eacute;l&eacute;vision tunisienne est arriv&eacute;e &agrave; l&rsquo;a&eacute;roport aux alentours de 19h. Un bus de l&rsquo;arm&eacute;e, vers 19h30.<\/p>\n<p>\n\tArticle publi&eacute; sur <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/090811\/ce-qu-il-s-est-vraiment-passe-le-14-janvier-tunis\">Mediapart<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Tunisie : Ce qu&rsquo;il s&rsquo;est vraiment pass&eacute; le 14 janvier &agrave; Tunis [M&eacute;diatpart] Nawaat.org &nbsp; &nbsp; &nbsp; Six mois ont pass&eacute; depuis ce jour m&eacute;morable o&ugrave; Zine El Abidine Ben Ali, pr&eacute;sident de la Tunisie depuis cinq mandats, quittait le pays, &agrave; la grande joie des Tunisiens d&rsquo;abord incr&eacute;dules. 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