{"id":24179,"date":"2026-09-29T21:18:59","date_gmt":"2026-09-29T21:18:59","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=24179"},"modified":"2026-09-30T01:54:28","modified_gmt":"2026-09-30T01:54:28","slug":"bourguiba-lors-de-la-proclamation-de-la-republique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/bourguiba-lors-de-la-proclamation-de-la-republique\/","title":{"rendered":"Bourguiba lors de la proclamation de la R\u00e9publique"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p> <b><\/p>\n<p> Document : \u201c Variations sur le th\u00e8me de la proclamation de la R\u00e9publique en Tunisie\u201d : Les Beys, Bourguiba et la R\u00e9publique. Par El-Mokhtar Bey <\/p>\n<p> L\u2019article de Samy Ghorbal, intitul\u00e9 \u201c Ce jour-l\u00e0, le 25 juillet 1957 (,) Bourguiba proclame sa R\u00e9publique \u201d, paru dans le n\u00b02219 de Jeune Afrique \u2013 L\u2019intelligent des 20 \u2013 26 juillet 2003, pr\u00e9sente l\u2019avantage de concentrer dans une page, la plupart des griefs formul\u00e9s contre la Dynastie husse\u00efnite, de sa naissance le 15 juillet 1705 \u00e0 sa disparition le 25 juillet 1957, griefs que nous nous proposons d\u2019examiner avec l\u2019objectivit\u00e9 et la rigueur que l\u2019honn\u00eatet\u00e9 intellectuelle d\u2019une part, la d\u00e9marche scientifique d\u2019autre part, le respect d\u00fb aux lecteurs et aux Tunisiens dont les Beys furent les Souverains durant plus de deux si\u00e8cles et demi enfin, imposent. <\/p>\n<p> Pour respecter la structure du texte discut\u00e9, nous grouperons les moyens d\u00e9velopp\u00e9s par l\u2019auteur tendant \u00e0 d\u00e9montrer l\u2019in\u00e9luctabilit\u00e9 de la R\u00e9publique, sous cinq rubriques intitul\u00e9es : <\/p>\n<p> \u2022Les circonstances de la naissance de la R\u00e9publique (1) ; <\/p>\n<p> \u2022Les rapports du Bey, Lamine Pacha, avec son Grand Vizir, Habib Bourguiba (2) ; <\/p>\n<p> \u2022Les causes de la proclamation de la R\u00e9publique (3) ; <\/p>\n<p> \u2022L\u2019\u00e9volution vers la proclamation de la R\u00e9publique (4) ; <\/p>\n<p> \u2022Et les Princes apr\u00e8s la proclamation de la R\u00e9publique (5).locaux. <\/p>\n<p> Il convient cependant d\u2019observer, au pr\u00e9alable, que l\u2019Assembl\u00e9e Natio-nale Constituante fut \u00e9lue le 23 mars 1956, en application du d\u00e9cret de Lamine Pacha Bey du 29 d\u00e9cembre 1955, pris sur la proposition de Tahar Ben Ammar, Grand Vizir (Premier ministre), Chef d\u2019un gouvernement compos\u00e9 pour moiti\u00e9 de ministres destouriens, pour \u00e9laborer la \u201c Constitution du Royaume \u201d que le Souverain s\u2019engagea \u00e0 promulguer en l\u2019\u00e9tat, sans modification aucune. <\/p>\n<p> Cette d\u00e9cision s\u2019inscrivait tout naturellement dans la logique de la dynamique institutionnelle, inaugur\u00e9e par le \u201c Pacte Fondamental \u201d ou charte des Droits de l\u2019Homme, inspir\u00e9 des r\u00e9formes ottomanes, connues sous le nom de hatti-i ch\u00e9rif de Gul \u2013 Han\u00e9 de 1839 et de hatti-i humayoun de 1856, proclam\u00e9 solennellement le 9 septembre 1857 devant une assembl\u00e9e r\u00e9unissant les Hauts dignitaires du pays, et poursuivie par, en substance, : <\/p>\n<p> -La Constitution des 24 d\u00e9cembre 1860 \u2013 26 avril 1861 (Ben Dhiaf, TV, p\u00b051) instituant notamment un Conseil Supr\u00eame L\u00e9gislatif de 60 membres disposant du pouvoir de juger le Bey et de prononcer sa d\u00e9ch\u00e9ance, et des tribunaux appliquant des codes d\u2019inspiration europ\u00e9enne, \u00e0 \u00e9laborer, Constitution dont Abdelaziz Tha\u00e2lbi, auteur du fameux \u201cLa Tunisie martyre \u201d (1920) et coll\u00e8gue de B\u00e9chir Sfar et d\u2019Ali Bach Hamba, fondateurs du Mouvement des \u201c Jeunes Tunisiens \u201d (1907) qu\u2019il rejoindrait en 1909 d\u2019une part, le Destour et les nationalistes d\u2019autre part, en revendiqueraient l\u2019application ; <\/p>\n<p> -La repr\u00e9sentation \u2014imparfaite il est vrai\u2014 des Tunisiens, d\u2019abord, en 1907 au sein de l\u2019assembl\u00e9e, dite \u201c Conf\u00e9rence consultative \u201d, institu\u00e9e en 1890, ensuite, au \u201c Grand Conseil \u201d (la section tunisienne), cr\u00e9\u00e9 en 1922 apr\u00e8s que Naceur Pacha Bey (1906 \u2013 1922) eut adopt\u00e9 le programme revendicatif du Destour (1921), et modifi\u00e9 par les r\u00e9formes de 1945 ; <\/p>\n<p> -Les revendications destouriennes, appuy\u00e9es par Lamine Pacha Bey dans sa lettre \u00e0 Vincent Auriol, Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Fran- \u00e7aise, en date du 11 avril 1950, r\u00e9affirm\u00e9es et pr\u00e9cis\u00e9es par Bourguiba \u00e0 Paris, le 14 avril 1950, qui r\u00e9clamait l\u2019institution d\u2019une assembl\u00e9e constituante \u00e9lue ; <\/p>\n<p> -La volont\u00e9, clairement exprim\u00e9e par Lamine Pacha, dans son discours du Tr\u00f4ne du 15 mai 1951, d\u2019introduire des r\u00e9formes substantielles dont l\u2019institution d\u2019une Assembl\u00e9e l\u00e9gislative d\u00e9lib\u00e9rative \u201c contr\u00f4lant la gestion et la politique g\u00e9n\u00e9rale du gouverne- ment\u2026 \u201d (M\u00e9morandum du Gou- vernement tunisien en date du 31 octobre 1951) ; <\/p>\n<p> -L\u2019adoption, par le m\u00eame Souverain, du programme du N\u00e9o-Destour revendiquant, entre autres, une Constitution d\u00e9mocratique que devait n\u00e9gocier, avec les Autorit\u00e9s fran\u00e7aises, le minist\u00e8re Mhamed Ch\u00e9nik, constitu\u00e9 le 17 ao\u00fbt 1950 ; <\/p>\n<p> -Et par \u2014quoique instituant une co-souverainet\u00e9 pr\u00e9judiciable\u2014, les r\u00e9formes du 20 d\u00e9cembre 1952 et du 4 mars 1954 (infra). <\/p>\n<p> La Constituante de 1956 fut ainsi, d\u2019une part, l\u2019aboutissement d\u2019une revendication qu\u2019aucun Bey du Tr\u00f4ne ne contesta et que Naceur Bey (1906 \u2013 1922) et Lamine Bey (1943 \u2013 1957) appuy\u00e8rent m\u00eame, avec la force, l\u2019\u00e9nergie et l\u2019autorit\u00e9 institutionnelle, politique et morale dont ils disposaient, et d\u2019autre part, la concr\u00e9tisation moderne, d\u2019une pratique \u2013 la choura islamique \u2013 que les premiers Husse\u00efnites \u2013 et singuli\u00e8rement le premier d\u2019entre eux, Husse\u00efn Ben Ali (cf. De la Dynastie husse\u00efnite. Le Fondateur, Husse\u00efn Ben Ali 1705 \u2013 1735 \u2013 1740. Tunis, 1993, par El-Mokhtar Bey), respect\u00e8rent avec une remarquable constance. <\/p>\n<p> Lamine Bey, en scellant le d\u00e9cret l\u2019instituant, alla ainsi dans le sens de l\u2019Histoire. On murmura \u00e0 l\u2019\u00e9poque qu\u2019il envisagea m\u00eame, sur la discr\u00e8te proposition du Prince Hassine, fr\u00e8re de Moncef Pacha Bey (1942 \u2013 1943) et Bey du Camp, fin politique et habile tacticien, l\u2019octroi d\u2019une Constitution que pr\u00e9parerait une Commission de juristes, instituant une d\u00e9mocratie parlementaire dans laquelle le Roi r\u00e9gnerait sans gouverner ! Il n\u2019en fut cependant rien. <\/p>\n<p> La Constitution serait r\u00e9publicaine, \u00e9labor\u00e9e par une Assembl\u00e9e \u00e9lue, nonobstant sa convocation par un d\u00e9cret beylical. <\/p>\n<p> 1)Sur les circonstances de la naissance de la R\u00e9publique, Jeune Afrique met, express\u00e9ment ou implicitement, l\u2019accent sur la position politico-sociale de Habib Bourguiba. Il \u00e9tait ainsi \u201c l\u2019homme fort du pays (\u2026et) le p\u00e8re de l\u2019ind\u00e9pendance \u201d qui \u201c sait toute l\u2019affection que le peuple lui porte \u201d. <\/p>\n<p> C\u2019est tout le probl\u00e8me de la L\u00e9gitimit\u00e9 que pose cette affirmation. Mais il ne s\u2019agit ici que de la l\u00e9gitimit\u00e9 consensuelle largo sensu, cependant insuffisante, \u00e0 elle seule, \u00e0 fonder le pouvoir de celui qui l\u2019invoque. Lui manque, en effet, l\u2019autre composante de la pleine L\u00e9gitimit\u00e9 : la l\u00e9gitimit\u00e9 juridique, celle du droit, de la l\u00e9galit\u00e9 s\u2019exprimant, par exemple, au plan g\u00e9n\u00e9ral, dans le mode de d\u00e9signation du gouvernant, son investiture\u2026 conform\u00e9ment \u00e0 l\u2019ordre \u00e9tabli, c\u2019est-\u00e0-dire \u00e0 la norme juridique institutionnelle la r\u00e9gissant. <\/p>\n<p> Le probl\u00e8me n\u2019est pas neutre. Car comment concilier la l\u00e9gitimit\u00e9 consensuelle \u2014 c\u2019est-\u00e0-dire le suffrage du Peuple, la voix donn\u00e9e au gouvernant par le gouvern\u00e9 qui approuve, adh\u00e8re et par l\u00e0, l\u00e9gitime l\u2019action de son dirigeant, peu important son mode d\u2019expression \u2013 et la l\u00e9gitimit\u00e9 juridique, d\u00e9tenue par une autorit\u00e9 autre ? Comment concilier une volont\u00e9 \u201c consensuelle \u201d, r\u00e9publicaine \u2013 celle de Bourguiba \u2013 et une volont\u00e9 \u201c juridique \u201d, monarchique \u2013 celle du Bey Lamine, implicitement exprim\u00e9e dans le d\u00e9cret de convocation de la Constituante de 1956 ? <\/p>\n<p> Il y a l\u00e0 une situation conflictuelle manifeste qui ne peut, en th\u00e9orie et \u00e0 d\u00e9faut d\u2019entente, se r\u00e9soudre que par le recours \u00e0 la force. Invoquant sa l\u00e9gitimit\u00e9 juridique, le Souverain en appellerait, en effet, \u00e0 l\u2019arm\u00e9e et \u00e0 la police pour s\u2019opposer \u00e0 son concurrent, et le neutraliser. Ce faisant, il agirait en tyran, faute de l\u00e9gitimit\u00e9 consensuelle ! <\/p>\n<p> Habib Bourguiba, habile man\u0153uvrier et ing\u00e9nieux tacticien, le savait. Aussi, Grand Vizir, \u00e9limina-t-il, sans tarder, toute vell\u00e9it\u00e9 de r\u00e9sistance du Bey en soumettant toutes les forces susceptibles de lui r\u00e9sister, \u00e0 son empire. Plus encore, il priva le Souverain de sa l\u00e9gitimit\u00e9 juridique en mettant en cause, le moment venu, le fondement m\u00eame de son pouvoir par \u201cl\u2019affirmation\u201d de la souverainet\u00e9 du Peuple dont la volont\u00e9 s\u2019imposait \u00e0 tous, y compris au Bey. <\/p>\n<p> Bourguiba invoquerait cette souverainet\u00e9 le 25 juillet 1957 ; et par le vote de l\u2019Assembl\u00e9e, il se doterait, lui, de cette l\u00e9gitimit\u00e9 juridique qui manquait \u00e0 sa l\u00e9gitimit\u00e9 consensuelle \u2013 celle de Leader \u2013 pour la perfectibilit\u00e9 de sa L\u00e9gitimit\u00e9 alors r\u00e9publicaine. Ce faisant, son pouvoir respectait, dans cette intellection, et le droit et la politique au pr\u00e9judice de la Monarchie et de son repr\u00e9sentant, le Bey. <\/p>\n<p> Tout \u00e0 la fois Leader et Homme d\u2019Etat, il devint tout naturellement le ma\u00eetre du pays. Et il le resterait, sachant cependant que, quoique et parce que \u201c p\u00e8re de l\u2019ind\u00e9pendance \u201d, comme l\u2019\u00e9crit \u201cL\u2019intelligent\u201d, il avait des parents et grands-parents et des fr\u00e8res. Nous pensons tout particuli\u00e8rement, aux anciens d\u2019entre les premiers : les Tha\u00e2lbi ; Bach-Hamba ; Thameur\u2026 ; Kheireddine Laffich, Grand Vizir de Sadaq Pacha Bey (1859 \u2013 1882); G\u00e9n\u00e9ral Huse\u00efn (Hasyn) dont le Consul G\u00e9n\u00e9ral d\u2019Angleterre \u00e0 Tunis, Richard Wood, signalerait les tendances r\u00e9publicaines ; Salem Bouhageb ; Mohamed Ba\u00efram V ; El-Noury ; Ahmed Ben Dhiaf\u2026 ; aux plus jeunes parmi les seconds : les Tahar Ben Ammar ; Salah Farhat\u2026, Mongi Slim ; Mahmoud Materi ; Salah Ben Youssef ; Rachid Driss ; Slimane Ben Slimane ; H\u00e9di Nouira ; Mhamed Ch\u00e9nik ; Abderrahmane Mami ; Ta\u00efeb M\u00e9hiri\u2026 et Fadhel Ben Achour ; et Moncef Bey ; et Mongi Bey et ceux de l\u2019ombre : Nasir Bey, petit-fils de Moncef Bey ; N\u00e8jmeddine, Salah, Mohieddine&#8230; Bey ; enfin aux fellaghas ou gu\u00e9rilleros et syndicalistes : Mohamed Ali ; Tahar Haddad, fondateur de la CGTT, Farhat Hached, p\u00e8re de l\u2019UGTT\u2026 Tous ont lutt\u00e9 ensemble et \u00e0 des degr\u00e9s divers pour la lib\u00e9ration de leur pays ! Ils en partagent l\u2019Honneur ! <\/p>\n<p> L\u2019observation de Jeune Afrique, faite sous forme de constat : Bourguiba est \u201cl\u2019homme fort du pays (\u2026 et) le p\u00e8re de l\u2019ind\u00e9pendance (qui) sait toute l\u2019affection que le peuple lui porte\u201d est ainsi judicieuse et \u00e9claire plusieurs r\u00e9flexions d\u00e9ductives. <\/p>\n<p> Cependant et nonobstant cette position et les pouvoirs dont il jouissait, Bourguiba dut, selon Jeune Afrique, L\u2019Intelligent \u201c instruire (devant les Constituants et le corps diplomatique) le proc\u00e8s de la dynastie r\u00e9gnante \u201d. Il ne fit, en v\u00e9rit\u00e9, \u2013comme d\u2019ailleurs les autres orateurs\u2013 que prononcer un v\u00e9ritable r\u00e9quisitoire contre les Husse\u00efnites et, plus particuli\u00e8rement, le dernier d\u2019entre eux, Mohamed Lamine&#8230;, mais en l\u2019absence des accus\u00e9s ou de leurs repr\u00e9sentants, et sans que personne, \u00e0 l\u2019exception de quelques d\u00e9put\u00e9s d\u00e9fendant la m\u00e9moire de Moncef Pacha Bey (19 juin 1942 \u2013 13 mai 1943), ne temp\u00e9r\u00e2t la violence des discours accusateurs, n\u2019en contred\u00eet le contenu, ne contest\u00e2t les faits de \u201c bassesses (et) de trahison \u201d invoqu\u00e9s, alors que plusieurs d\u2019entre eux furent sinon des collaborateurs, du moins des proches du pouvoir beylical vilipend\u00e9. <\/p>\n<p> Le pouvaient-ils cependant ? Disposaient-ils de preuves contestant notamment ces \u201c bassesses et trahisons \u201d ? Oui \u00e0 croire Ch\u00e8dly Ben Ammar et Khalifa Ga\u00e2loul pour deux d\u2019entre elles d\u2019une particuli\u00e8re gravit\u00e9, d\u00e8s lors qu\u2019ils en eurent connaissance et que le fait incrimin\u00e9 fut \u00e9voqu\u00e9 devant eux. <\/p>\n<p> Selon la famille Ga\u00e2loul, en effet, la tentative d\u2019assassinat dont on accusa le Prince Slaheddine, fils de Lamine Pacha Bey, encore au pouvoir, fut une machination tendant \u00e0 discr\u00e9diter encore plus le Souverain en pr\u00e9vision de la R\u00e9publique dont on pr\u00e9parait la proclamation. <\/p>\n<p> El-Ayam, en langue arabe, \u00e9crivait, \u00e0 cet \u00e9gard, dans sa livraison du 14 avril 1988, \u00e0 la page 6, sous le titre : \u201c la famille Ga\u00e2loul(,) surveillant de la famille royale(,) puis garde du corps personnel de Bourguiba(,) d\u00e9clare (que) Ta\u00efeb M\u00e9hiri lui a dit que Bourguiba lui demande d\u2019organiser un complot pour troubler (mettre en \u00e9moi) le palais royal\u201d : <\/p>\n<p> \u201cBourguiba lui donna une maison et \u00c2llala La\u00e2ouiti lui donna 2 millions et lui dit : cherche une maison \u201d, que : <\/p>\n<p> \u201cKhalifa Ga\u00e2loul&#8230;, natif de Ksar H\u00e9lal et fellagha&#8230; proche de Bourguiba(&#8230;,) \u00e9tait particuli\u00e8rement rejet\u00e9 par Sa\u00eeda Sassi, Na\u00efla Ben Ammar et Wassila Bourguiba qu\u2019il vit piller les bijoux du Palais royal d\u00e8s la d\u00e9position du Roi, et fut t\u00e9moin des op\u00e9rations de vol. Il avait v\u00e9cu au palais royal puis au palais pr\u00e9sidentiel, comme surveillant de la Famille royale en premier(,) puis comme garde du corps personnel de l\u2019ex-Pr\u00e9sident(,) Monsieur Habib Bourguiba qui \u00e9tait au courant de tout fait(,) grand ou petit du palais, du pass\u00e9 de tout responsable et de tout visiteur au palais de Carthage&#8230; Selon la famille (Ga\u00e2loul) et plus particuli\u00e8rement le fils a\u00een\u00e9 (de Khalifa Ga\u00e2loul), Mohamed, le regrett\u00e9 Ga\u00e2loul racontait \u00e0 ses enfants l\u2019\u00e9v\u00e9nement qu\u2019il monta en personne : Ta\u00efeb M\u00e9hiri me contacta \u2013 leur dit-il \u2013 et m\u2019informa que Bourguiba me dit que le temps est arriv\u00e9 d\u2019abolir le r\u00e9gime du Roi. Il convient d\u2019organiser un complot qui pr\u00e9occupe le Palais royal et en trouble l\u2019atmosph\u00e8re. De fait(,) personne ne lui dicta (\u00e0 Ga\u00e2loul) ce qu\u2019il devrait faire. Il r\u00e9fl\u00e9chit et retint l\u2019id\u00e9e de se jeter devant la voiture de Slaheddine Bey (4979 TU11 de marque Volkswagen), qui quittait le Palais pour assister \u00e0 des fun\u00e9railles. Il fut arr\u00eat\u00e9 et emprisonn\u00e9 malgr\u00e9 que son p\u00e8re f\u00fbt le Bey(,) et Bourguiba put(,) avec d\u2019autres(,), r\u00e9aliser son programme d\u2019abolition de la Monarchie. Khalifa Ga\u00e2loul ajoutait \u00e0 sa lettre (adress\u00e9e) \u00e0 Sayah (Mohamed) : \u201cil y a des choses qui ne se disent pas dans une lettre\u201d (sic!)&#8230;.\u201d <\/p>\n<p> Par ailleurs, selon Ch\u00e8dly Ben Ammar, fils de Tahar Ben Ammar, l\u2019homme qui signa le protocole consacrant l\u2019ind\u00e9pendance, dans al-Bayan du 7 d\u00e9cembre 1987 sous le titre : \u201c Dossier de la r\u00e9\u00e9criture de l\u2019histoire nationale : le jugement de mon p\u00e8re en 1958 fut le point de d\u00e9part des r\u00e8glements de comptes politiques \u201d, interview conduite par N\u00e9jib Bin Abdallah : \u201c Apr\u00e8s la d\u00e9position du Bey en 1957 et la proclamation de la R\u00e9publique, les relations de la Tunisie avec un pays maghr\u00e9bin fr\u00e8re (le Maroc) se tendirent. Le Leader Bourguiba entreprit alors de convaincre le Chef maghr\u00e9bin (le Sultan Mohamed V) de ce que la d\u00e9position du Bey r\u00e9sultait de la bassesse et de la tra\u00eetrise de celui-ci, et promit de lui en administrer la preuve par une attestation de Tahar Ben Ammar qui entretenait avec ce Chef (le Sultan) des relations privil\u00e9gi\u00e9es, notamment\u2026 en raison de son intervention en sa faveur pr\u00e8s les autorit\u00e9s fran\u00e7aises en 1955 quand il \u00e9tait en exil\u2026 Le fond de l\u2019affaire r\u00e9sidait dans le fait que le Bey protesta aupr\u00e8s du Haut Commissaire fran\u00e7ais de l\u2019\u00e9poque, Roger Seydoux, apr\u00e8s la survenance de l\u2019\u00e9v\u00e9nement qui co\u00fbta la vie \u00e0 deux Tunisiens, un partisan de Bourguiba et un partisan de Ben Youssef, la protestation \u00e9lev\u00e9e par le Bey, s\u2019appuyant sur le fait que la France \u00e9tait alors responsable de l\u2019ordre public. Roger Seydoux rapporta la protestation du Bey \u00e0 M. Bahi Ladgham qui la rapporta (\u00e0 son tour) au Leader Bourguiba. Ce dernier (alors nouvellement Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique) demanda \u00e0 Tahar Ben Ammar de lui remettre une attestation sur la vilenie du Bey pour avoir demand\u00e9 \u00e0 Seydoux de ne pas abandonner la S\u00fbret\u00e9 au Gouvernement tunisien. Mais Tahar Ben Ammar refusa de remettre l\u2019attestation (dont il s\u2019agissait) ou de faire une d\u00e9claration en forme de preuve d\u2019un fait qu\u2019il ne v\u00e9cut pas\u201d. <\/p>\n<p> Ce t\u00e9moignage corrobore, en tous points, ce que m\u2019avait dit le Prince Ch\u00e8dly : jamais Lamine Bey ne fit \u00e0 Seydoux pareille demande. Il protesta fermement contre la \u201c mort de ses enfants \u201d, alors que le maintien de l\u2019ordre \u00e9tait de la responsabilit\u00e9 des autorit\u00e9s fran\u00e7aises. O\u00f9 se situent ici la bassesse et la tra\u00eetrise du Souverain ? Un proc\u00e8s \u00e9quitable lui eut permis de s\u2019expliquer. Il n\u2019en fut rien. <\/p>\n<p> Il n\u2019y eut donc point de \u201c proc\u00e8s \u201d \u00e0 l\u2019Assembl\u00e9e (ni ailleurs), faute de d\u00e9fendeurs et de d\u00e9bats contradictoires et cons\u00e9quemment de jugement, mais une d\u00e9cision politique, \u00e9manant d\u2019une Assembl\u00e9e \u00e9lue qui s\u2019\u00e9tait d\u00e9clar\u00e9e Souveraine parce que \u00e9manant du Peuple et exprimant sa volont\u00e9, balayant, du m\u00eame coup, toute critique fond\u00e9e sur le l\u00e9galisme, tir\u00e9 du d\u00e9cret l\u2019instituant et limitant, implicitement mais n\u00e9cessairement, sa comp\u00e9tence \u00e0 l\u2019\u00e9laboration d\u2019une Constitution de type monarchique (supra). <\/p>\n<p> Comme toujours, le vrai \u201c proc\u00e8s \u201d de tout r\u00e9gime politique intervient en v\u00e9rit\u00e9 a posteriori. Il rel\u00e8ve de la comp\u00e9tence de l\u2019Histoire. Il est instruit, \u00e0 charge et \u00e0 d\u00e9charge, par les historiens, les politologues et les juristes, dans la s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 du pr\u00e9toire du Temps ! Tel est aujourd\u2019hui celui des Husse\u00efnites. <\/p>\n<p> Le fait demeure n\u00e9anmoins que le 25 juillet 1957, on d\u00e9cida, en cons\u00e9quence des r\u00e9quisitoires prononc\u00e9s, la fin de la Monarchie beylicale. <\/p>\n<p> On aurait pu annoncer, pour lui succ\u00e9der, la naissance d\u2019une nouvelle dynastie, ainsi que cela r\u00e9sultait implicitement de l\u2019allocution m\u00eame de Bourguiba : \u201c Le peuple tunisien a atteint un degr\u00e9 de maturit\u00e9 suffisant pour assumer la gestion de ses propres affaires, dit-il. Je sais toute l\u2019affection qu\u2019il me porte. Certains ont pens\u00e9 que je pourrais prendre en charge ses destin\u00e9s. Mais j\u2019ai un tel respect pour le peuple tunisien que je ne lui souhaite pas de ma\u00eetre et que le seul choix que je puisse lui indiquer est le choix de la R\u00e9publique \u201d. Elle eut \u00e9t\u00e9 bourguibienne. Elle ne naquit pas ce jour ! Mais Bourguiba, Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, se comporterait en v\u00e9ritable monarque\u2026 absolu, entour\u00e9 d\u2019une cour d\u00e9vou\u00e9e ! <\/p>\n<p> 2)Sur les rapports de Bourguiba et de Lamine Bey, selon Jeune Afrique, \u201c La forme monarchique de l\u2019Etat avait \u00e9t\u00e9 maintenue, mais cette concession \u00e9tait de pure forme (\u2026 car) le beylicat \u00e9tait une survivance du pass\u00e9\u2026 Bourguiba avait accept\u00e9 dans un premier temps de gouverner sans r\u00e9gner. D\u00e8s le 30 mai 1956, la Constituante vote l\u2019abolition des privil\u00e8ges de la famille royale. Rel\u00e9gu\u00e9 dans son palais de La Marsa, Lamine, le vieux souverain, n\u2019est jamais associ\u00e9 aux grandes d\u00e9cisions qui engagent le pays ; c\u2019est \u00e0 peine si on le consulte. En visite officielle \u00e0 Tunis, en f\u00e9vrier 1957, Ibn Saoud, le roi d\u2019Arabie, est choqu\u00e9 par le peu d\u2019\u00e9gards avec lequel est trait\u00e9 son homologue maghr\u00e9bin. Bourguiba se comporte en chef d\u2019Etat\u2026 \u201d ; ce qui est, \u00e0 notre avis, grandement inexact. <\/p>\n<p> On se doit, en effet, de faire observer ici, de prime abord, que \u201c maintenir \u201d une situation en l\u2019\u00e9tat, c\u2019est-\u00e0-dire la conserver telle quelle, la perp\u00e9tuer ou la laisser se continuer, pr\u00e9suppose un examen critique en cons\u00e9quence duquel la d\u00e9cision de la pr\u00e9server est prise. Or en l\u2019occurrence, Bourguiba, qui fut nomm\u00e9 par le Bey, Grand Vizir et Pr\u00e9sident du Conseil des ministres, et \u00e0 qui il pr\u00eata serment de fid\u00e9lit\u00e9 sur le Coran, acc\u00e9da au pouvoir dans le respect des us et coutumes de la Cour husse\u00efnite (nomination, investiture, prestation de serment\u2026, protocole) r\u00e9gissant la mati\u00e8re, et n\u2019envisagea nullement, tout au moins \u00e0 cette \u00e9poque, un changement de r\u00e9gime. Au demeurant, au cours des premiers mois de son viziriat, il manifesta au Souverain une affectueuse consid\u00e9ration ainsi que le prouvent, en tant que de besoin, les photos de l\u2019\u00e9poque (voir par exemple El-Mokhtar Bey, les Beys de Tunis 1705 \u2013 1957, Tunis, 2003), et mena son action gouvernementale dans la pure tradition de la Cour beylicale imposant la d\u00e9lib\u00e9ration des d\u00e9crets en Conseil des Ministres sous l\u2019autorit\u00e9 du Premier ministre, et leur pr\u00e9sentation \u00e0 la sanction du Souverain lors de \u201c la c\u00e9r\u00e9monie dite du Sceau \u201d qui se d\u00e9roulait au Palais beylical tous les jeudis \u00e0 11 heures. Le \u201c Grand Vizir \u201d\u2014 al Wazyr al-akbar ou le Ministre comp\u00e9tent \u2013 anciennement le Ministre de la Plume \u2013, lui en exposait les motifs, lisait le texte et le commentait. Le d\u00e9cret dont il approuvait les termes \u00e9tait scell\u00e9 par Sahab et-Taba\u00e2 \u2014le Garde du Sceau\u2014 en sa pr\u00e9sence, et entrait, \u00e0 sa promulgation au Journal Officiel, dans l\u2019ordre juridique pour recevoir application. <\/p>\n<p> C\u2019\u00e9tait ainsi qu\u2019\u00e0 ma connaissance, le Bey Lamine apposa son Sceau sur, entre autres : <\/p>\n<p> \u2022le d\u00e9cret du 31 mai 1956 abolissant les privil\u00e8ges des Princes et Princesses, mais apr\u00e8s que Ahmed el-Mestiri, Ministre de la Justice, lui eut fourni les explications convaincantes, n\u00e9cessaires \u00e0 cet effet ; <\/p>\n<p> \u2022le d\u00e9cret du 2 juin 1956 portant budget de l\u2019Etat, sur pr\u00e9sentation de Ta\u00efeb M\u00e9hiri ; <\/p>\n<p> \u2022le d\u00e9cret du 2 ao\u00fbt 1956 d\u00e9finissant le r\u00e9gime juridique de la Nationalit\u00e9 ; <\/p>\n<p> \u2022le d\u00e9cret du 13 ao\u00fbt 1956, portant Code du Statut Personnel et ce, apr\u00e8s d\u2019importantes discussions avec Habib Bourguiba et Bahi Ladgham ; <\/p>\n<p> \u2022le d\u00e9cret du 6 septembre 1956, instituant l\u2019Ordre de l\u2019Ind\u00e9pendance&#8230;; <\/p>\n<p> \u2022le d\u00e9cret du 18 juillet 1957 portant abolition du r\u00e9gime des habous priv\u00e9s et mixtes. <\/p>\n<p> Ce dernier d\u00e9cret du r\u00e8gne des Husse\u00efnites depuis le 15 juillet 1705, date d\u2019accession au beylicat de Husse\u00efn Ben Ali, fondateur de la Dynastie, \u00e9tait, comme les autres, \u201c pris (par) Nous, Mohamed Lamine Pacha Bey, Possesseur du Royaume de Tunisie, vu le d\u00e9cret du\u2026 ; vu Notre d\u00e9cret du\u2026 ; vu l\u2019avis du Conseil des Ministres ; sur la proposition de Notre Premier ministre, Pr\u00e9sident du Conseil ;\u2026 \u201d (voir l\u2019appendice du Code des obligations et des contrats). <\/p>\n<p> Il est ainsi erron\u00e9 d\u2019affirmer, d\u2019une part, que \u201c la Constituante \u201d abolit les privil\u00e8ges des Princes, privil\u00e8ges d\u2019ailleurs limit\u00e9s \u00e0 deux : de juridiction \u2013 d\u00e9sormais ils rel\u00e8vent des juridictions de droit commun, et non plus du \u201c Tribunal \u201d du Bey \u2013 et de la dotation, quoique le Souverain dispos\u00e2t du droit de leur accorder, mais sur un poste de sa liste civile, aides, dons et subsides divers d\u2019autre part, que le Bey Lamine \u201c n\u2019est jamais associ\u00e9 aux grandes d\u00e9cisions ; c\u2019est \u00e0 peine si on le consulte \u201d. <\/p>\n<p> Ecrire, par ailleurs, qu\u2019il est \u201crel\u00e9gu\u00e9 dans son Palais de La Marsa \u201d est doublement inexact ; car d\u2019abord, quoique surveill\u00e9, il recevait chez lui qui il voulait et se d\u00e9pla\u00e7ait librement jusqu\u2019\u00e0 peu avant la proclamation de la R\u00e9publique, ensuite il ne poss\u00e9dait en propre, aucune r\u00e9sidence \u00e0 La Marsa et habitait constamment son palais de Carthage, l\u2019actuel Be\u00eft el-Hikma, anciennement Palais du G\u00e9n\u00e9ral Ahmed Zarrouk, gendre d\u2019Ali III, acquis par Choua Bessis vers 1885, et vendu \u00e0 Mohamed Lahbib Pacha Bey (1922 \u2013 1929), p\u00e8re de Lamine Bey. <\/p>\n<p> En v\u00e9rit\u00e9, les rapports du Souverain avec son Premier Ministre pass\u00e8rent par deux phases qu\u2019illustrent \u00e9loquemment les photos reproduites dans notre ouvrage sur \u201c Les Beys de Tunis (1705 \u2013 1957), Tunis, 2002 \u201d. Ils furent d\u2019abord empreints d\u2019une cordialit\u00e9 remarqu\u00e9e. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque o\u00f9 l\u2019on \u00e9bauchait ou \u00e9laborait, en commission de la Constituante, plusieurs projets de Constitution instituant une Monarchie constitutionnelle (d\u00e9claration de Bahi Ladgham in R\u00e9alit\u00e9s, n\u00b0609, p. 20) et o\u00f9 Mansour Mo\u00e2lla publia le sien dans L\u2019Action !\u2026 Ils se tendirent ensuite, lorsque l\u2019instauration d\u2019une R\u00e9publique devint une Id\u00e9e de Droit, sugg\u00e9r\u00e9e ou actualis\u00e9e par Wassila Ben Ammar (Tahar Belkhodja : interview \u00e0 al-Jazira. Voir cependant infra), et plusieurs Grands du Parti du N\u00e9o-Destour. <\/p>\n<p> On conna\u00eet \u00e0 cet \u00e9gard, les incidents pr\u00e9paratoires de la canne de l\u2019A\u00efd ; de la suppression de l\u2019estrade du Tr\u00f4ne du Palais de Carthage ; de la substitution \u00e0 la Garde beylicale de l\u2019arm\u00e9e nationale, et surtout de l\u2019imaginaire tentative de meurtre d\u2019un agent de la force publique, Khalifa Ga\u00e2loul, dont fut faussement accus\u00e9 le Prince Slaheddine, fils du Souverain, peu de temps avant l\u2019abolition de la Monarchie, dans le but de discr\u00e9diter encore plus le Souverain et de h\u00e2ter la R\u00e9publique (infra). Mais on ignore la proposition vainement faite par Bourguiba au Prince Ta\u00efeb en son palais de Marsa-ville, d\u2019accepter le Tr\u00f4ne dans la pr\u00e9vision de la d\u00e9position de Lamine Bey, \u00e0 charge pour lui d\u2019une part de proclamer la R\u00e9publique apr\u00e8s quelque neuf mois de r\u00e8gne, d\u2019autre part de le nommer Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, enfin de quitter, lui et toute sa famille, d\u00e9finitivement la Tunisie sachant que l\u2019Etat subviendrait \u00e0 leurs besoins l\u00e0 o\u00f9 ils s\u2019installeraient\u2026 ! <\/p>\n<p> Cependant quoique tendues et moins fr\u00e9quentes que d\u2019habitude, les relations des deux gouvernants ne furent point totalement rompues ainsi qu\u2019en t\u00e9moignent les reproductions figurant dans \u201c Les Beys de Tunis\u2026 \u201d, et le d\u00e9cret relatif aux habous, scell\u00e9 par Lamine Pacha Bey, le jeudi 18 juillet 1957, au cours de la derni\u00e8re c\u00e9r\u00e9monie du sceau de la Monarchie, une semaine avant la proclamation de la R\u00e9publique. <\/p>\n<p> On observerait, enfin, que Lamine Bey, quoique progressivement \u00e9clips\u00e9 par Habib Bourguiba, demeurait le v\u00e9ritable Chef de l\u2019Etat, ayant protocolairement le pas sur toutes les Autorit\u00e9s nationales y compris Bourguiba, le Grand Vizir. <\/p>\n<p> De ce fait, les Ambassadeurs des Puissances \u00e9trang\u00e8res \u00e9taient accr\u00e9dit\u00e9s pr\u00e8s de lui (voir la remise des lettres de cr\u00e9ances des ambassadeurs du Maroc et d\u2019Egypte au Palais de Carthage in El-Mokhtar Bey, Les Beys de Tunis, p.85)\u2026 Il recevait les Chefs d\u2019Etat et les gouvernants, amis de la Tunisie (voir la visite de Richard Nixon, Vice-Pr\u00e9sident des USA ; du Roi Mohamed V du Maroc en octobre 1956 ; du Roi d\u2019Arabie Ibn Saoud en mars 1957, in El-Mokhtar Bey, Les Beys de Tunis\u2026, p.84 et 118). A l\u2019accueil de Mohamed V \u00e0 l\u2019a\u00e9roport de l\u2019Aouina, le protocole assigna \u00e0 Bourguiba, Premier ministre, une place derri\u00e8re Lamine Bey, au niveau de Bakka\u00ef, son homologue marocain. Dans la voiture officielle traversant la place de la Casbah de Tunis, Saoud d\u2019Arabie se trouvait \u00e0 la droite du Souverain, Bourguiba empruntant une autre automobile derri\u00e8re. Richard Nixon, Vice-Pr\u00e9sident des USA, venu saluer le Bey au Palais de Carthage, fut plac\u00e9 \u00e0 la droite de Lamine Bey, avant le Premier ministre\u2026 Certes, Saoud, Roi absolu, pouvait s\u2019\u00e9tonner, voire s\u2019offusquer, de la position privil\u00e9gi\u00e9e de Bourguiba dans la gestion des affaires publiques \u2013 ce qui nous para\u00eet cependant surprenant tant la chose \u00e9tait de notori\u00e9t\u00e9 publique et naturelle, la Monarchie \u00e9voluant, en apparence, vers un r\u00e9gime parlementaire \u00e0 l\u2019avantage du Leader, Premier ministre \u2013, mais sa surprise serait feinte s\u2019agissant de protocole ! Exista-t-elle d\u2019ailleurs vraiment ? <\/p>\n<p> On doit n\u00e9anmoins admettre qu\u2019en raison de sa l\u00e9gitimit\u00e9 historique, de sa forte personnalit\u00e9, de sa position politique, et sur l\u2019action de Wassila Ben Ammar, de Bahi Ladgham, de Ta\u00efeb M\u00e9hiri\u2026 plaidant pour l\u2019abolition de la Monarchie beylicale, Bourguiba ne s\u2019accommoderait plus d\u2019une place protocolairement autre que la premi\u00e8re. Il l\u2019exprima d\u2019ailleurs dans, entre autres, la demande faite \u00e0 Lamine Bey \u2013 qui la rejeta \u2013 d\u2019\u00eatre accueilli, aux r\u00e9ceptions, par la Garde jouant l\u2019Hymne beylical, jusqu\u2019alors r\u00e9serv\u00e9 au seul Souverain ! <\/p>\n<p> 3)Sur les causes de la proclamation de la R\u00e9publique, le changement de r\u00e9gime politique r\u00e9sulta, selon Jeune Afrique rapportant des propos r\u00e9cursifs, de la conjonction de plusieurs facteurs qu\u2019on peut regrouper sous deux rubriques : la Monarchie est une institution au pass\u00e9 trouble (A) dont la Tunisie nouvelle ne peut s\u2019accommoder du maintien \u00e0 la t\u00eate de l\u2019Etat (B). <\/p>\n<p> A) Le Beylicat, \u201csurvivance du pass\u00e9\u201d, \u00e9tait, en effet \u201c faible, command\u00e9 par des monarques souvent vieux et impotents \u201d. <\/p>\n<p> La Dynastie \u00e9tait \u201c fond\u00e9e en 1705 par le janissaire ottoman Husse\u00efn Ben Ali, ren\u00e9gat chr\u00e9tien d\u2019origine grecque \u201d. <\/p>\n<p> \u201cElle ne signifiait plus rien depuis qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait compromise avec l\u2019occupant fran\u00e7ais pour sauvegarder un semblant de pouvoir \u201d. \u201c Moncef Bey aurait pu, s\u2019il avait r\u00e9ussi, redonner un avenir \u00e0 l\u2019institution. Malheureusement pour lui, il a \u00e9t\u00e9 destitu\u00e9 par les Fran\u00e7ais en mai 1943 \u201d. La Monarchie \u201c allait faire les frais de la d\u00e9colonisation \u201d. <\/p>\n<p> Il est assur\u00e9ment ais\u00e9 de rappeler ici, sur l\u2019origine des Husse\u00efnites, que le Fondateur de leur Dynastie, l\u2019agha des janissaires, Husse\u00efn Ben Ali, \u00e9lev\u00e9 au beylicat par le Divan et les notabilit\u00e9s de la Capitale le 15 juillet 1705, \u00e9tait non pas janissaire ottoman, mais kouroughli, c\u2019est-\u00e0-dire issu du mariage d\u2019un Turc et d\u2019une indig\u00e8ne, en l\u2019occurrence Ali al-Tourky et une Ch\u00e8rniya \u2013 de la tribu berb\u00e8re Ch\u00e8rin \u2013 du Sud du Kef. <\/p>\n<p> Selon Husse\u00efn Khodja (auteur de Thayl\u2026, hagiologue et contemporain de Husse\u00efn), Ali, un chr\u00e9tien de l\u2019\u00eele, alors turque, de Candie, converti \u00e0 l\u2019Islam, arriva \u00e0 Tunis vers 1650, fut enr\u00f4l\u00e9 sur les registres du Diwan al-mdaf\u00eeya \u2026et affect\u00e9 au commandement de l\u2019importante place-forte du Kef qui verrouillait la fronti\u00e8re alg\u00e9ro-tunisienne. Il y \u00e9pousa d\u2019abord une \u201c arabe \u201d de la tribu des Banou Chennouf du Nord de la ville, qui enfanterait Mohamed, le p\u00e8re du fameux Ali Pacha (1735 \u2013 1756), puis une Ch\u00e8rniya, la m\u00e8re de Husse\u00efn (1705 \u2013 1740) qui n\u2019\u00e9tait ainsi ni \u201c janissaire ottoman \u201d, mais kouroughli, ni ren\u00e9gat. Il naquit musulman au Kef, territoire tunisien, fut profond\u00e9ment croyant et appliqua, dans sa vie priv\u00e9e, le gouvernement et la gestion des affaires publiques, la chari\u00e2 avec une remarquable constance (voir, par exemple, Ahmed Ben Dhi\u00e2f, Le r\u00e8gne de Husse\u00efn Ben Ali. \u2013 Adde, El-Mokhtar Bey, De la Dynastie husse\u00efnite, le fondateur Husse\u00efn Ben Ali 1705 \u2013 1735 \u2013 1740. Tunis, 1993, 615 pages. \u2013 \u2026). Ecrire ou sugg\u00e9rer, \u00e0 l\u2019instar de nombreuses personnes ignorantes ou malveillantes, que les Husse\u00efnites, selon l\u2019expression commune, sont encore en 1957, \u201c des \u00e9trangers parce que Turcs \u201d, est ainsi historiquement inexact. Husse\u00efn fut Tunisien par sa m\u00e8re ; ses descendants, depuis la naissance de son fils, Mohamed (1709), \u00e9taient authentiquement Tunisiens ! <\/p>\n<p> Affirmer par ailleurs tout aussi p\u00e9remptoirement, que la Dynastie husse\u00efnite \u00e9tait \u201c faible (sur ce point : infra) (parce que ?) command\u00e9e par des monarques souvent vieux et impotents \u201d, c\u2019est m\u00e9conna\u00eetre la v\u00e9rit\u00e9 historique m\u00eame si l\u2019auteur assortit son propos d\u2019un prudent \u201c souvent \u201d. Il suffit pour s\u2019en convaincre, de constater que Husse\u00efn Ben Ali (1705 \u2013 1740) acc\u00e9da au Beylicat du Tr\u00f4ne, \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 29 (ou 35) ans ; Ali Pacha 1er (1735 \/ 1740 \u2013 1756), \u00e0 47 ans ; Mohamed-Rachid (1756 \u2013 1759), \u00e0 47 ans ; Ali Pacha II (1759 \u2013 1782), \u00e0 47 ans ; Hamouda Pacha (1782 \u2013 1814), \u00e0 23 ans ; Othman (1814 \u2013 1814), \u00e0 51 ans ; Mahmoud (1814 \u2013 1824), \u00e0 57 ans ; Husse\u00efn II (1824 \u20131835), \u00e0 40 ans ; Mustapha (1835 \u2013 1837), \u00e0 48 ans ; Ahmed Ier (1837 \u2013 1855), \u00e0 31 ans ; Mhammed (1855 \u2013 1859), \u00e0 48 ans ; Sadaq (1859 \u2013 1882), \u00e0 45 ans ; Ali III (1882 \u2013 1902), \u00e0 64 ans ; H\u00e9di (1902 \u2013 1906), \u00e0 47 ans ; Nasir (1906 \u2013 1922), \u00e0 51 ans ; Habib (1922 \u2013 1929), \u00e0 64 ans ; Ahmed II (1929 \u2013 1942), \u00e0 67 ans ; Moncef (1942 \u2013 1943), \u00e0 61 ans et Lamine (1943 \u2013 1957), \u00e0 62 ans. <\/p>\n<p> L\u2019\u00e2ge moyen des Souverains, de 1705 \u00e0 1881, date du Trait\u00e9 du Bardo, s\u2019\u00e9tablit ainsi, \u00e0 leur accession au Tr\u00f4ne, \u00e0 : 513\/12 = 42 ans et 75 jours, soit \u00e0 moins de 43 ans. De 1882 \u00e0 1957, il est de 416\/7 = 59 ans, 41 jours, soit une moyenne globale de = 48 ans, et 89 jours, moins de 49 ans. Signalons, \u00e0 cet \u00e9gard, \u00e0 titre comparatif, que Habib Bourguiba acc\u00e9da \u00e0 la magistrature supr\u00eame \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 54 ans. <\/p>\n<p> D\u00e8s lors que, grosso modo, Husse\u00efn Ier a r\u00e9gn\u00e9 durant 30 ans ; Ali Pacha, 21 ans ; Mohamed er-Rachid, 3 ans ; Ali II, 23 ans ; Hamouda Pacha, 32 ans ; Othman, 3 mois ; Mahmoud, 10 ans ; Husse\u00efn II, 11 ans ; Mustapha, 2 ans ; Ahmed Ier, 18 ans ; Mhamed, 4 ans ; Sadaq, 23 ans ; Ali III, 20 ans ; H\u00e9di, 4 ans ; Nasir, 16 ans ; Lahbib, 7 ans ; Ahmed II, 13 ans ; Moncef, 11 mois et Lamine 14 ans, la dur\u00e9e moyenne de leur r\u00e8gne est de : 3026 mois\/19 = 159,26 mois ou 13 ans et 27 jours. Leur \u00e2ge moyen \u00e0 leur d\u00e9c\u00e8s est ainsi de 48,89 + 13,27 = 61 ans et 116 jours. <\/p>\n<p> On ne peut, en pr\u00e9sence de ces chiffres, soutenir que \u201c les monarques \u201d \u00e9taient souvent vieux \u201d (sur l\u2019identit\u00e9 d\u00e9taill\u00e9e des monarques husse\u00efnites : voir \u201cLes Beys de Tunis 1705 \u2013 1957 \u201d, comportant en outre, pr\u00e8s de 500 illustrations), et de surcro\u00eet, \u201c impotents \u201d, c\u2019est-\u00e0-dire, selon le petit Robert, incapables, \u201c par un vice de nature ou par accident, (de) se mouvoir ou ne se mouvant qu\u2019avec extr\u00eame difficult\u00e9 \u201d alors et surtout que seuls Ali III (1882 \u2013 1902) et H\u00e9di Bey (1902 \u2013 1906) auraient souffert, le premier, d\u2019une restriction de la mobilit\u00e9 corporelle, peu de temps avant sa mort qui intervint \u00e0 l\u2019\u00e2ge de 84 ans, et le second, d\u2019une paralysie des membres inf\u00e9rieurs, non intellectuellement invalidante, imm\u00e9diatement provoqu\u00e9e par un incident avec le R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral, St\u00e9phen Pichon (1901 \u2013 1906), intervenu deux ann\u00e9es avant son d\u00e9c\u00e8s \u00e0 51 ans. <\/p>\n<p> Certes, Moncef Bey \u00e9tait afflig\u00e9 d\u2019une surdit\u00e9 assez marqu\u00e9e, au demeurant \u00e0 l\u2019origine du fameux incident du Bardo du 12 octobre 1942 avec l\u2019Amiral Est\u00e9va, mais elle n\u2019affectait nullement son autonomie physique et ses facult\u00e9s intellectuelles. La cause de l\u2019\u00e2ge et de l\u2019impotence des beys r\u00e9gnants, invoqu\u00e9e pour, sinon justifier, du moins expliquer le \u201cpourquoi la R\u00e9publique\u201d, est ainsi fallacieuse ou captieuse. <\/p>\n<p> Il en r\u00e9sulte que quoique ne manquant pas de pertinence mais \u00e0 d\u2019autres \u00e9gards, l\u2019observation faisant de Moncef Bey le seul sauveur de la Monarchie, ne pouvait s\u2019appuyer sur les faits examin\u00e9s. Mais nul ne saurait contester qu\u2019il vivifia l\u2019institution monarchique et lui e\u00fbt donn\u00e9 un lustre salvateur n\u2019\u00e9tait sa \u201c destitution \u201d presque onze mois apr\u00e8s son accession au Tr\u00f4ne, \u201c malheureusement pour lui \u201d selon Jeune Afrique. Adverbe cependant malvenu et impropre. <\/p>\n<p> Car ce monarque, conseill\u00e9 par des hommes de qualit\u00e9 tels Mhamed Ch\u00e9nik, son Grand Vizir, Salah Farhat, Mahmoud Materi, Hamadi Badra, El-Aziz Djellouli\u2026 et surtout son demi-fr\u00e8re, le Prince Hassine, futur Bey du Camp et h\u00e9ritier pr\u00e9somptif du Tr\u00f4ne (1955 \u2013 1957) sous Lamine Pacha, ne se pr\u00e9occupait, dans des circonstances extr\u00eamement difficiles \u2013 la guerre et l\u2019occupation du pays par les forces de l\u2019Axe \u2013 que de l\u2019int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur de la Nation, assurant pleinement et efficacement la continuit\u00e9 de la lutte nationale et vivifiant le sentiment patriotique (V. F\u00e9lix Garras\u2026); ce qui lui co\u00fbterait son Tr\u00f4ne, l\u2019exil pour avoir refus\u00e9 d\u2019abdiquer, acte consid\u00e9r\u00e9 par lui comme inadmissible et une impardonnable trahison du peuple qu\u2019il ne pouvait accomplir, et la mort hors son pays, le 1er septembre 1948 au ch\u00e2teau Cadaval o\u00f9 il vivait en r\u00e9sidence forc\u00e9e, \u00e0 Pau dans les Pyr\u00e9n\u00e9es fran\u00e7aises, et apr\u00e8s avoir endur\u00e9 d\u2019\u00e9pouvantables souffrances morales et physiques, notamment \u00e0 Laghouat dans la fournaise du Sud alg\u00e9rien en 1943. <\/p>\n<p> Sa destitution intervint ainsi non point \u201c pour son malheur \u201d, mais pour l\u2019Honneur de la Tunisie \u00e0 laquelle, en pleine conscience, il sacrifia sa vie ! <\/p>\n<p> Quoiqu\u2019il en f\u00fbt, il constitua, pour Jeune Afrique exprimant une opinion largement profess\u00e9e, une rupture dans la continuit\u00e9 de la \u201ccompromission\u201d des Monarques avec \u201cl\u2019occupant fran\u00e7ais pour la sauvegarde d\u2019un semblant de pouvoir\u201d, de sorte que leur dynastie ne \u201c signifie plus rien \u201d, autre cause de la proclamation de la R\u00e9publique. <\/p>\n<p> Cette affirmation appelle trois observations. La premi\u00e8re, induite d\u2019un raisonnement par a contrario, est qu\u2019avant la compromission d\u00e9nonc\u00e9e, factuellement li\u00e9e \u00e0 la date d\u2019occupation de la Tunisie \u2013 le 12 mai 1881 \u2013, les monarques, alors soucieux de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral, se comportaient dans la dignit\u00e9 propre \u00e0 leur rang et \u00e0 leur responsabilit\u00e9 souveraine, quoique \u2013 ajouterions-nous \u2013 la politique moderniste de certains, en ob\u00e9rant gravement les finances publiques, affect\u00e2t dangereusement le d\u00e9veloppement \u00e9conomique et la paix sociale qu\u2019ils devaient assurer. On observerait n\u00e9anmoins, \u00e0 cet \u00e9gard, que le d\u00e9ficit public au d\u00e9c\u00e8s de Mhamed Bey en 1859, de plus de 19 millions de piastres, \u00e9tait largement couvert par, d\u2019une part, les sommes emport\u00e9es par Mahmoud Ben Ayed en 1852, estim\u00e9es \u00e0 un minimum de 22.306.114 piastres repr\u00e9sentant le diff\u00e9rentiel entre la cr\u00e9ance de celui-ci sur l\u2019Etat telle qu\u2019arbitr\u00e9e par Napol\u00e9on III dans sa sentence du 30 novembre 1856, et celle de 27 millions de piastres que l\u2019Etat revendiquait \u00e0 son encontre dans la seule affaire de l\u2019escroquerie du \u201c bl\u00e9 \u00e9gyptien \u201d, non examin\u00e9e par l\u2019Empereur faute de preuves mat\u00e9rielles des faits all\u00e9gu\u00e9s mais dont l\u2019existence \u00e9tait patente, et d\u2019autre part, les 5 millions de piastres trouv\u00e9es dans la caisse personnelle du bey \u00e0 sa mort, soit au total 27.306.114 piastres. <\/p>\n<p> Employ\u00e9e \u00e0 bon escient, cette somme aurait \u00e9vit\u00e9 les diff\u00e9rents emprunts, pr\u00e9curseurs du protectorat (1881-1883), devenu cependant in\u00e9luctable avec le Congr\u00e8s de Berlin (13 juin \u2013 13 juillet 1878) qui sacrifia la Tunisie, l\u2019Egypte et Chypre aux int\u00e9r\u00eats des Anglais et des Fran\u00e7ais. L\u2019Angleterre qui, appliquant sa politique, dite \u201c des portes \u201d, y obtint Chypre et devint une puissance m\u00e9diterran\u00e9enne, mais qui visait aussi l\u2019Egypte et le Canal de Suez, lan\u00e7a, en effet, par la voix de son Ministre, Lord Salisbury, au Fran\u00e7ais Waddington, surpris : \u201c Vous ne pouvez pas laisser Carthage aux mains des Barbares. Fa\u00eetes l\u00e0-bas ce qui vous para\u00eetra bon. Ce n\u2019est pas notre affaire\u201d (de Blowitz, Correspondance\u2026), approuv\u00e9 en cela par le Prince-Chancelier, Bismarck, qui lui aurait dit : \u201c vous devriez, au lieu de contrecarrer la Russie, en venir \u00e0 une entente avec elle ; vous devriez la laisser \u00e0 Constantinople, prendre vous-m\u00eame l\u2019Egypte. La France recevrait Tunis ou la Syrie comme compensation \u201d (G. Hanotaux, La France contemporaine\u2026) ! Et l\u2019Italie pouvait s\u2019agiter politiquement, le Bey invoquer circonstanciellement la suzerainet\u00e9 d\u2019un Sultan ottoman, lui-m\u00eame bien impuissant, quoique disposant, \u00e0 Tripoli, d\u2019une force estim\u00e9e en 1882, \u00e0 25.000 Turcs bien arm\u00e9s tout pr\u00eats \u00e0 envahir la Tunisie (Cambon), Tunis n\u2019\u00e9chapperait pas \u00e0 son sort : sa domination, par la France. <\/p>\n<p> Elle imposerait militairement \u00e0 Sadaq Pacha Bey \u00e0 Ksar Sa\u00efd, le trait\u00e9 du 12 mai 1881. Le cabinet Cairoli tomberait, par deux fois, \u00e0 Rome sur la question tunisienne. La Convention de La Marsa du 8 juin 1883 instituerait le \u201c Protectorat \u201d fran\u00e7ais sur la R\u00e9gence de Tunis. <\/p>\n<p> C\u2019\u00e9tait l\u2019aboutissement d\u2019une politique protectionniste des int\u00e9r\u00eats fran\u00e7ais et de s\u00e9curit\u00e9, plus particuli\u00e8rement affirm\u00e9e depuis l\u2019occupation d\u2019Alger en 1830 et de Constantine en 1837. La France ne pouvait admettre \u00e0 sa fronti\u00e8re orientale africaine la puissante Turquie. Un Bey de Tunis, d\u00e9gag\u00e9 de la tutelle du Grand Seigneur, le Padishah d\u2019Istanbul, \u00e9voluant dans son giron et docile, ne pr\u00e9sentait gu\u00e8re de danger pour sa pr\u00e9sence dans l\u2019ancienne R\u00e9gence. <\/p>\n<p> Sadaq pouvait-il, dans ces circonstances, sans le sou et lourdement endett\u00e9 \u2013 il devait \u00e0 ses cr\u00e9anciers, en 1881, 150 millions de francs \u2013 , avec les forces dont il disposait, et internationalement isol\u00e9, s\u2019opposer \u00e0 sa domination ? <\/p>\n<p> Devait-il abdiquer et permettre ainsi l\u2019annexion de son pays, alors colonie fran\u00e7aise, \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie voisine ? Son h\u00e9ritier, Ali, tenta bien, par une pr\u00e9sence relativement g\u00eanante sur le terrain, de s\u2019opposer \u00e0 la progression des forces d\u2019occupation, mais il dut se r\u00e9signer \u00e0 licencier une partie de l\u2019arm\u00e9e sans d\u00e9sarmer les soldats qu\u2019il incita n\u00e9anmoins \u00e0 la r\u00e9sistance. Il devait, la mort dans l\u2019\u00e2me, sauver l\u2019essentiel : la personnalit\u00e9 juridique tunisienne. Paul Cambon observerait, \u00e0 cet \u00e9gard, le 6 avril 1882, que \u201c si ce brave homme (Ali) pouvait nous faire jeter tous \u00e0 la mer, il le ferait avec d\u00e9lices \u201d, et le 10 du m\u00eame mois, que \u201c si Sadaq Bey pouvait nous \u00e9trangler tous, il le ferait, j\u2019en suis s\u00fbr, avec ravissement \u201d (Correspondance). <\/p>\n<p> C\u2019\u00e9tait donc \u00e0 partir de 1881 que, pour Jeune Afrique, \u201c La dynastie ne signifiait plus rien depuis qu\u2019elle s\u2019\u00e9tait \u201c compromise \u201d avec l\u2019occupant fran\u00e7ais pour sauvegarder un semblant de pouvoir \u201d. Sa compromission se situerait ainsi dans la p\u00e9riode allant du 12 mai 1881 au 31 juillet 1954, jour de la proclamation de l\u2019autonomie interne par le Pr\u00e9sident du Conseil fran\u00e7ais, Pierre Mend\u00e8s-France, \u00e0 Carthage dans le discours qu\u2019il adressa \u00e0 Lamine Pacha Bey et pronon\u00e7a debout devant lui, assis sur son Tr\u00f4ne, de la salle de r\u00e9ception de son Palais (voir Les Beys de Tunis pr\u00e9c., p\u00b0 80). Telle est notre premi\u00e8re observation. <\/p>\n<p> La seconde observation porte sur le sens et la port\u00e9e de l\u2019accusation de \u201c compromission \u201d, c\u2019est-\u00e0-dire de collaboration et de coop\u00e9ration \u2013 actes volontaires \u2013 avec l\u2019ennemi fran\u00e7ais, confinant \u00e0 la trahison, dans un but int\u00e9ress\u00e9 (infra), port\u00e9e contre les Husse\u00efnites. Qu\u2019en \u00e9tait-il en v\u00e9rit\u00e9 ? <\/p>\n<p> Pour y r\u00e9pondre, il convient, avant de juger le comportement beylical, de d\u00e9crire ici bri\u00e8vement le cadre juridique dans lequel \u00e9voluaient les rapports franco-tunisiens depuis le trait\u00e9 du 12 mai 1881. <\/p>\n<p> Il est constant, \u00e0 cet \u00e9gard, que cet accord international pr\u00e9servait la personnalit\u00e9 juridique de l\u2019Etat tunisien qui n\u2019\u00e9tait pas une colonie ou plus pr\u00e9cis\u00e9ment un territoire fran\u00e7ais. Le Bey, c\u2019est-\u00e0-dire le Roi, conservait sa souverainet\u00e9 tant interne\u2014 quoique, d\u2019une part, il accord\u00e2t provisoirement, jusqu\u2019au r\u00e9tablissement de l\u2019ordre et la s\u00e9curit\u00e9 de la fronti\u00e8re et du littoral, \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 militaire fran\u00e7aise, la facult\u00e9 d\u2019occuper certains points du territoire, et d\u2019autre part, pr\u00e9v\u00eet une organisation pour le service de la dette\u2014 qu\u2019internationale bien qu\u2019il s\u2019interd\u00eet de conclure tout acte inter-\u00e9tatique sans la consultation et l\u2019accord pr\u00e9alable du Gouvernement fran\u00e7ais. <\/p>\n<p> Pour Paul Cambon (1882 \u2013 1886), l\u2019architecte du Protectorat, il s\u2019agissait cependant \u201c de constituer peu \u00e0 peu un minist\u00e8re du Bey avec des Fran\u00e7ais et de gouverner au nom du bey la Tunisie de haut en bas \u201d (lettre de f\u00e9vrier 1882 : correspondance) ; mais le r\u00e9gime \u00e0 instituer excluait toute \u201c annexion \u201d et impliquait le \u201c maintien du gouvernement du Bey sous le couvert et au nom de qui tout se fera(it)\u2026 (le) R\u00e9sident\u2026 devra(it) seul prendre l\u2019initiative des propositions \u00e0 faire au Bey\u2026 (la) constitution d\u2019une force arm\u00e9e tunisienne\u2026 (la) r\u00e9organisation des diff\u00e9rents services financiers\u2026 \u201d (correspondance, lettre de mars 1882). Il \u00e9crirait peu apr\u00e8s : \u201c je gouvernerai la Tunisie \u201d (mai 1882), ainsi en violation de l\u2019esprit et de la lettre du trait\u00e9 du 12 mai 1881, mais en pr\u00e9vision des nouveaux rapports juridiques qu\u2019il organiserait. <\/p>\n<p> il imposerait, en effet, le 8 juin 1883 au bey Ali III (1882 \u2013 1902) qui s\u2019y \u00e9tait r\u00e9solu devant la force de l\u2019occupant et sa propre faiblesse, la convention de La Marsa par laquelle il \u201c s\u2019engage(ait) \u00e0 proc\u00e9der aux r\u00e9formes administratives, judiciaires et financi\u00e8res que le gouvernement jugerait utiles \u201d, mais dans le cadre du trait\u00e9 du 12 mai 1881 (expos\u00e9 des motifs) qui \u00e9tait provisoire, et encore fallait-il que les mesures consid\u00e9r\u00e9es constituassent, par nature et concr\u00e8tement, des r\u00e9formes, c\u2019est-\u00e0-dire des modifications substantielles des normes anciennes ou la cr\u00e9ation de nouvelles dans un but d\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral et dans le respect de l\u2019ordre et des structures fondamentales de l\u2019Etat beylical. <\/p>\n<p> Il en r\u00e9sultait que, juridiquement, le Bey disposait du pouvoir de rejeter les projets qui ne relevaient pas consubstantiellement de la \u201cr\u00e9forme\u201d ainsi d\u00e9finie, peu important la qualification que leur donnait l\u2019autorit\u00e9 protectorale d\u2019une part, et que l\u2019initiative de toute r\u00e9forme n\u2019\u00e9tait pas r\u00e9serv\u00e9e \u00e0 celle-ci, le souverain \u2013 au demeurant seul Constituant et l\u00e9gislateur \u2013 jouissant de la pl\u00e9nitude du droit d\u2019y proc\u00e9der. <\/p>\n<p> C\u2019\u00e9tait en consid\u00e9ration de ces deux pr\u00e9rogatives que, par exemple : <\/p>\n<p> \u2022Lamine Pacha Bey (1943 \u2013 1957) rejeta le 9 septembre 1952, sur la recommandation de \u201c l\u2019Assembl\u00e9e des quarante \u201d qu\u2019il convoqua fort intelligemment et r\u00e9unit au Palais de Carthage le 1er ao\u00fbt 1952, les \u201c r\u00e9formes \u201d que lui proposa la France le 1er avril 1952, notamment ; <\/p>\n<p> \u2022Naceur Pacha Bey (1906 \u2013 1922) fit sien le programme du Destour de 1921 et provoqua les r\u00e9formes de 1922 ; <\/p>\n<p> \u2022 Moncef Bey (1942 \u2013 1943), appliquant le trait\u00e9 du 12 mai 1881, constitua, le 1er janvier 1943, hors l\u2019assentiment du R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral, l\u2019Amiral Est\u00e9va, un gouvernement repr\u00e9sentatif des tendances politiques \u2013 \u00e0 l\u2019exclusion des communistes \u2013 les plus agissantes : lib\u00e9raux, vieux et n\u00e9o-Destour, et comptant parmi ses membres, Mhamed Ch\u00e9nik, Premier ministre, Mahmoud Materi, Salah Farhat, Hammadi Badra, el-Aziz Djellouli, ce qui lui co\u00fbterait, le 13 mai 1943, son tr\u00f4ne pour faits, imagin\u00e9s, de collaboration ; <\/p>\n<p> \u2022Lamine Bey r\u00e9clama express\u00e9ment dans sa lettre du 11 avril 1950 \u00e0 Vincent Auriol, Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Fran\u00e7aise, des r\u00e9formes substantielles, et derechef le 15 mai 1951\u2026 <\/p>\n<p> Mais il y a loin entre la th\u00e9orie et la pratique. Car si en droit pur, le Souverain disposait toujours du pouvoir \u2013 et il \u00e9tait absolu \u2013 de tout faire, encore fallait-il pour son efficacit\u00e9, que son initiative f\u00fbt prise en consid\u00e9ration et traduite dans le droit positif par des d\u00e9crets, constitutifs de la norme juridique \u00e0 appliquer. <\/p>\n<p> Or, cette proc\u00e9dure se heurtait \u00e0 une \u00e9volution institutionnelle consubstantiellement d\u00e9naturante des contrats fondamentaux que constituaient le Trait\u00e9 du Bardo de 1881 et la convention de La Marsa de 1883. <\/p>\n<p> En effet, l\u2019institution fortuite, au temps de Paul Cambon (1882-1886), par le d\u00e9cret du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Fran\u00e7aise ( !) en date du 10 novembre 1884, du visa r\u00e9sidentiel pour la promulgation des d\u00e9crets beylicaux, privait les initiatives du Bey de toute efficacit\u00e9, les textes dont il s\u2019agissait ne paraissant pas, de ce fait, au journal officiel, condition n\u00e9cessaire \u00e0 leur application. Par ailleurs, la superposition, par le d\u00e9cret fran\u00e7ais du 4 octobre 1884, \u00e0 la structure \u00e9tatique originelle d\u2019une autre, coloniale, avec un contr\u00f4leur civil surveillant, mais en fait dirigeant, le ca\u00efd et l\u2019administration locale ; l\u2019institution d\u2019un Conseil des ministres, pr\u00e9sid\u00e9 par le R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral jusqu\u2019aux r\u00e9formes du 8 f\u00e9vrier 1951, et d\u00e9cidant des textes \u00e0 pr\u00e9senter au sceau beylical, et de directions techniques (travaux publics, enseignement,\u2026 int\u00e9rieur\u2026) sous la responsabilit\u00e9 de directeurs fran\u00e7ais ayant rang de ministres tunisiens si\u00e9geant au gouvernement ; la d\u00e9tention des postes de ministres de la Guerre, de la marine\u2026 par des officiers fran\u00e7ais, se traduisit par l\u2019installation progressive d\u2019une administration directe au service de la colonie \u00e9trang\u00e8re et singuli\u00e8rement des colons et \u201cpr\u00e9pond\u00e9rants\u201d, expression d\u2019une \u201c co-souverainet\u00e9 \u201d (in fine : lettre de Robert Schuman au Premier Ministre en date du 15 d\u00e9cembre 1951) violant le Trait\u00e9 du Bardo et la convention de La Marsa qui respectaient l\u2019unicit\u00e9 et l\u2019indivisibilit\u00e9 de la Souverainet\u00e9 tunisienne. <\/p>\n<p> Que pouvait faire le Bey dans ces conditions politico-institutionnelles ? c\u2019est tout le probl\u00e8me de la \u201c compromission avec l\u2019occupant fran\u00e7ais \u201d, consid\u00e9r\u00e9e par Jeune Afrique comme une cause de la perte de la Dynastie husse\u00efnite en 1957. <\/p>\n<p> D\u00e8s lors qu\u2019il \u00e9tait isol\u00e9, n\u2019ayant pas directement acc\u00e8s \u00e0 la sc\u00e8ne internationale, domin\u00e9 par un Etat infiniment plus puissant que lui, et disposant de surcro\u00eet de la force, le Souverain ne pouvait trouver de secours que dans le droit dont la puissance coloniale s\u2019accommodait. Et ce droit n\u2019\u00e9tait autre pour lui que la souverainet\u00e9 tunisienne, pr\u00e9serv\u00e9e par les trait\u00e9 et convention instituant le Protectorat mais viol\u00e9e par l\u2019autorit\u00e9 protectorale, et au nom de laquelle le combat pour la lib\u00e9ration serait men\u00e9\u2026 entre autres \u00e0 l\u2019ONU (Voir B. Ladgham, Correspondance 1952 \u2013 1955\u2026) <\/p>\n<p> C\u2019\u00e9tait concr\u00e8tement le souverain lui-m\u00eame avec les signes et attributs de sa souverainet\u00e9 (voir : les Beys de Tunis par el-Mokhtar Bey pr\u00e9cit\u00e9). C\u2019\u00e9tait fondamentalement le drapeau national, cr\u00e9\u00e9 par Husse\u00efn Pacha Bey II (1824 \u2013 1835) ; c\u2019\u00e9tait surtout le sceau beylical sans lequel aucun texte l\u00e9gislatif ou r\u00e9glementaire (les d\u00e9crets) n\u2019entrait dans l\u2019ordre juridique national, pr\u00e9rogative tellement essentielle que le sinistre R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral, Jean de Hautecloque, successeur de Louis P\u00e9rillier le 31 janvier 1952, envisagea s\u00e9rieusement en 1952, dans sa folie, de confectionner et d\u2019utiliser un faux sceau de Lamine Bey pour briser ce qu\u2019on appelait alors \u201c la gr\u00e8ve du sceau \u201d qu\u2019il opposa \u00e0 sa tyrannie. <\/p>\n<p> Mais l\u2019invocation de cette souverainet\u00e9, fondant l\u2019action du Bey, recelait, pour son efficacit\u00e9 m\u00eame, les limites que lui imposaient l\u2019environnement interne et international ; interne, parce que, dans le temps, la maturit\u00e9 du peuple et son action qu\u2019invoquerait le Souverain \u00e0 l\u2019appui de ses interventions, \u00e9taient diff\u00e9rentes avant et apr\u00e8s le Congr\u00e8s de Ksar Halal (1934) qui introduirait \u201c le Peuple \u201d dans l\u2019action politique ; international, parce que le succ\u00e8s des demandes beylicales, les cons\u00e9quences de la crise des rapports franco-tunisiens, et l\u2019appui ext\u00e9rieur, d\u00e9pendaient aussi des relations inter-\u00e9tatiques de la puissance protectorale, de la disponibilit\u00e9 des organisations internationales (SDN ; ONU ; Ligue arabe ; \u2026 syndicats internationaux) et de leur perm\u00e9abilit\u00e9 aux requ\u00eates pr\u00e9sent\u00e9es. Il suffit, pour se convaincre de l\u2019efficacit\u00e9 de cette double limite, de resituer et d\u2019examiner le comportement politique ferme et r\u00e9solu de Moncef Bey dans l\u2019environnement de l\u2019\u00e9poque (1942 \u2013 1943), et l\u2019\u00e9volution de l\u2019action de Lamine Bey qui alla jusqu\u2019\u00e0 autoriser son Premier ministre, Mhamed Ch\u00e9nik, \u00e0 saisir l\u2019ONU d\u2019une plainte contre la France (1952)\u2014 situation circonstanciellement et politiquement impensable au temps, par exemple d\u2019Ahmed II (1929-1942)&#8230; saisissant la Soci\u00e9t\u00e9 Des Nations (SDN)\u2014, et soutenir l\u2019action qu\u2019y m\u00e8neraient les nationalistes (Ladgham\u2026 Correspondance\u2026 pr\u00e9cit\u00e9e). <\/p>\n<p> La seconde limite r\u00e9sidait dans le n\u00e9cessaire \u00e9vitement de la rupture, de la crise grave dont on ne dominerait pas les cons\u00e9quences. <\/p>\n<p> Que pouvait, en effet, faire Naceur Pacha Bey (1906 \u2013 1922) lorsque, en 1921, mena\u00e7ant d\u2019abdiquer si les revendications destouriennes n\u2019\u00e9taient pas entendues par Lucien Saint (1920 \u2013 1929), \u00e0 la veille de l\u2019arriv\u00e9e \u00e0 Tunis en visite officielle, du Pr\u00e9sident de la R\u00e9publique Fran\u00e7aise, se vit r\u00e9pliquer par ce R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral, \u201cd\u00e9positaire des pouvoirs de la R\u00e9publique fran\u00e7aise en Tunisie \u201d, : \u201c cinq minutes suffisent pour ramener le drapeau qui flotte sur votre Palais, le remplacer par celui de la R\u00e9publique, et pour annexer votre pays \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie ! \u201d Certes il y avait loin de la parole au geste, mais la menace ne manquait pas de s\u00e9rieux. <\/p>\n<p> Avant lui, son pr\u00e9d\u00e9cesseur Mohamed Hadi Pacha Bey (1902 \u2013 1906), jeune et brillant souverain, fort cultiv\u00e9, parlant et \u00e9crivant le fran\u00e7ais \u00e0 la perfection, fit les frais d\u2019une exigence \u201c d\u00e9plac\u00e9e \u201d pour l\u2019autorit\u00e9 protectorale. Il se vit, en effet, signifier \u00e0 Dar el-Bey par le R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral St\u00e9phen Pichon (1901 \u2013 1906) en 1904, son refus de la r\u00e9vocation du vieux Premier ministre, El-Aziz Bouattour, dans des termes peu protocolaires : \u201c par ma bouche, la France vous dit non ! \u201d Quelle pouvait \u00eatre sa r\u00e9plique ? Un quart d\u2019heure plus tard, alors qu\u2019il s\u2019appr\u00eatait \u00e0 monter dans son carrosse, il fut frapp\u00e9 d\u2019une congestion c\u00e9r\u00e9brale accompagn\u00e9e de la paralysie d\u00e9finitive de ses membres inf\u00e9rieurs ! <\/p>\n<p> Plus tard, en 1943, les g\u00e9n\u00e9raux Giraud et Juin n\u2019\u00e9prouveraient aucun scrupule d\u2019une part, \u00e0 d\u00e9poser le Souverain l\u00e9gitime, Moncef Bey, dont la France se devait pourtant de prot\u00e9ger le Tr\u00f4ne et la Dynastie en vertu du trait\u00e9 du Bardo du 12 mai 1881&#8230; et d\u2019autre part, \u00e0 s\u2019appr\u00eater \u00e0 annexer la Tunisie \u00e0 l\u2019Alg\u00e9rie si Lamine Bey n\u2019acceptait pas la succession de son cousin qu\u2019il commen\u00e7a par refuser\u2026 Il connut d\u2019ailleurs d\u2019autres crises, notamment avec De Hautecloque qui n\u2019h\u00e9sita pas \u00e0 faire encercler par des chars et survoler son palais d\u2019Hammam-Lif par des avions de chasse\u2026 tandis qu\u2019\u00e0 l\u2019a\u00e9roport d\u2019El-Aouina, un a\u00e9ronef officiel s\u2019appr\u00eatait \u00e0 l\u2019emporter en exil,\u2026 Il dut ainsi, contraint et forc\u00e9, sceller deux d\u00e9crets (20 d\u00e9cembre 1952) d\u2019entre ceux qu\u2019il avait rejet\u00e9s le 9 septembre conform\u00e9ment au v\u0153u de l\u2019Assembl\u00e9e des 40. <\/p>\n<p> &#8230; Toute la politique des Beys r\u00e9gnant pendant le Protectorat consista donc \u00e0 pr\u00e9server la personnalit\u00e9 juridique de l\u2019Etat tunisien et \u00e0 utiliser \u201c l\u2019arme \u201d du sceau dans la limite du circonstanciellement possible et raisonnable, ce qui n\u2019\u00e9tait d\u2019ailleurs nullement exclusif de tractations et crises dans les rapports du Palais et de la R\u00e9sidence, mais de crise r\u00e9fl\u00e9chie. Cette tactique, totalement ignor\u00e9e par Jeune Afrique,.. rel\u00e8ve-t-elle de la \u201c compromission \u201d d\u00e9nonc\u00e9e ?. Non ! c\u2019\u00e9tait tout simplement de la politique, au demeurant consid\u00e9r\u00e9e comme telle par les nationalistes quoique certains la jugeassent, par ailleurs, comme une d\u00e9faillance (Bourguiba in L\u2019Express:Dr. Ben Salem, L\u2019antichambre de l\u2019ind\u00e9pendance\u2026 P. 152)<\/b> <\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Document : \u201c Variations sur le th\u00e8me de la proclamation de la R\u00e9publique en Tunisie\u201d : Les Beys, Bourguiba et la R\u00e9publique. Par El-Mokhtar Bey L\u2019article de Samy Ghorbal, intitul\u00e9 \u201c Ce jour-l\u00e0, le 25 juillet 1957 (,) Bourguiba proclame sa R\u00e9publique \u201d, paru dans le n\u00b02219 de Jeune Afrique \u2013 L\u2019intelligent des 20 \u2013&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":0,"featured_media":23296,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[18],"tags":[],"class_list":["post-24179","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24179","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24179"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24179\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":28144,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24179\/revisions\/28144"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23296"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24179"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=24179"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=24179"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}