{"id":24188,"date":"2026-09-29T21:18:59","date_gmt":"2026-09-29T21:18:59","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=24188"},"modified":"2026-09-30T01:54:35","modified_gmt":"2026-09-30T01:54:35","slug":"comment-bourguiba-voyait-la-question-palestinienne-par-ali-mahjoubi-envoi-de-citron","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/comment-bourguiba-voyait-la-question-palestinienne-par-ali-mahjoubi-envoi-de-citron\/","title":{"rendered":"Comment Bourguiba voyait la question palestinienne, par Ali Mahjoubi &#8211; Envoi de Citron"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<hr\/><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<div>\n<p> <b><\/p>\n<p> Hostile au \u00ab tout ou rien \u00bb, le pr\u00e9sident tunisien pr\u00e9conisait la politique des \u00e9tapes. Celle-l\u00e0 m\u00eame qui lui avait permis de conduire son pays \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance. <\/p>\n<p> L&rsquo;appproche bourguibienne de la question palestinienne est tout simplement la projection sur la Palestine de l&rsquo;approche con\u00e7ue pour la Tunisie et qui a conduit ce pays \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance. Cette approche, qu&rsquo;on traduit sommairement par la politique des \u00e9tapes, part du principe selon lequel le tout-\u00e0-la-fois n&rsquo;aboutit \u00e0 rien du tout. Elle pr\u00e9conise donc la lib\u00e9ration par \u00e9tapes, c&rsquo;est-\u00e0-dire que, face \u00e0 un adversaire autrement plus puissant, il faut savoir louvoyer et fractionner ses revendications, pour les r\u00e9aliser progressivement, mais \u00e0 condition que chaque \u00e9tape laisse la porte ouverte pour l&rsquo;\u00e9tape suivante. \u00ab Pour moi, disait Habib Bourguiba, une \u00e9tape n&rsquo;a de valeur que si elle permet \u00e0 coup s\u00fbr la suivante, exactement comme la marche d&rsquo;un escalier qui vous porte \u00e0 la marche au-dessus. Je n&rsquo;aurais pas accept\u00e9 l&rsquo;autonomie interne comme \u00e9tape si je n&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 s\u00fbr qu&rsquo;elle \u00e9tait d\u00e9cisive et ouvrait la voie vers l&rsquo;ind\u00e9pendance. \u00bb(1) <br \/> Cette approche ne rel\u00e8ve pas d&rsquo;une th\u00e9orie toute faite ou de principes fig\u00e9s. Habib Bourguiba est imperm\u00e9able, voire hostile, \u00e0 toutes les th\u00e9ories et pr\u00e9f\u00e8re penser par lui-m\u00eame que de se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 une quelconque doctrine. Il est en mati\u00e8re politique plut\u00f4t opportuniste, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il ne s&rsquo;attache \u00e0 aucun syst\u00e8me pr\u00e9cis et r\u00e8gle sa ligne de conduite selon les besoins de la cause et les circonstances du moment. Ce qui implique \u00e9norm\u00e9ment de r\u00e9alisme, de pragmatisme et de calcul et, partant, une approche fond\u00e9e non pas sur la passion, mais plut\u00f4t sur la raison. D&rsquo;ailleurs, Habib Bourguiba est, depuis sa jeunesse, fascin\u00e9 par le p\u00e8re du positivisme, Auguste Comte, dont il appr\u00e9cie le rationalisme rigoureux. <\/p>\n<p> Aussi, pour lui, la politique n&rsquo;est-elle pas affaire de sentiment. Elle ne consiste donc pas \u00e0 r\u00eaver \u00e0 la lib\u00e9ration, \u00e0 injurier ou insulter l&rsquo;ennemi pour se donner bonne conscience ni \u00e0 se lamenter vainement sur le sort de la patrie, mais plut\u00f4t \u00e0 engager le combat pour r\u00e9aliser ce r\u00eave. La politique \u00e9tant l&rsquo;art du possible, toute action politique implique pr\u00e9alablement une analyse rationnelle du rapport des forces, une appr\u00e9ciation la plus minutieuse de ses moyens, une parfaite connaissance de l&rsquo;adversaire avec ses forces, ses faiblesses et ses contradictions. Il faut aussi, autant que faire se peut, se placer sur le plan de la l\u00e9galit\u00e9, avoir le sens du compromis et pr\u00e9senter des revendications apparemment mod\u00e9r\u00e9es pour rassurer l&rsquo;aile lib\u00e9rale de l&rsquo;adversaire et gagner \u00e0 sa cause l&rsquo;opinion publique internationale. Et, tout en \u00e9vitant d&rsquo;affronter directement l&rsquo;adversaire lorsque les conditions de succ\u00e8s ne sont pas r\u00e9unies, Habib Bourguiba est dans l&rsquo;ensemble hostile \u00e0 la violence, qui ne peut constituer, selon lui, qu&rsquo;une force d&rsquo;appoint lorsque la lutte politique aboutit \u00e0 une impasse. En outre, la lutte politique peut prendre des chemins tortueux et exiger des d\u00e9tours pour \u00e9viter un obstacle qu&rsquo;on ne peut pas, avec des moyens r\u00e9duits, aborder de front. Mais \u00ab une fois l&rsquo;obstacle contourn\u00e9, la marche reprend sur la grande route qui m\u00e8ne \u00e0 la victoire \u00bb(2). <\/p>\n<p> Dans ce cas d&rsquo;esp\u00e8ce, il faut faire confiance aux leaders et ne pas les accuser de d\u00e9faitisme et de compromission chaque fois qu&rsquo;ils proposent des solutions partielles qui \u00ab repr\u00e9sentent des \u00e9tapes n\u00e9cessaires sur la voie de l&rsquo;objectif \u00bb. De son c\u00f4t\u00e9, le dirigeant politique doit s&rsquo;efforcer de convaincre son peuple du bien-fond\u00e9 de sa m\u00e9thode et, pour cela, assurer patiemment son \u00e9ducation politique. <\/p>\n<p> Pour Habib Bourguiba, ce qui compte, en derni\u00e8re analyse, pour un leader politique, ce n&rsquo;est pas d&rsquo;amadouer son peuple et de satisfaire ses passions, en se livrant aux surench\u00e8res verbales, mais plut\u00f4t de le sortir de la situation de d\u00e9pendance et de r\u00e9aliser ses aspirations. <\/p>\n<p> C&rsquo;est donc cette approche, \u00e9prouv\u00e9e dans la lutte pour la lib\u00e9ration de la Tunisie, que Habib Bourguiba propose en 1965 d&rsquo;appliquer \u00e0 la question palestinienne. Il l&rsquo;expose clairement dans le discours qu&rsquo;il prononce \u00e0 J\u00e9richo, le 3 mars 1965, dans un camp de r\u00e9fugi\u00e9s palestiniens, et qui peut \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme une d\u00e9fense et illustration d&rsquo;une m\u00e9thode qui a fait ses preuves en Tunisie et peut donc \u00eatre \u00e9rig\u00e9e en tactique universelle pour les mouvements de lib\u00e9ration nationale. Dans ce discours, Habib Bourguiba entreprend d&rsquo;inculquer aux r\u00e9fugi\u00e9s palestiniens la politique des \u00e9tapes. Il souligne d&rsquo;abord que cette politique implique pr\u00e9alablement la responsabilisation du peuple palestinien, qui doit prendre en charge sa cause nationale et donc la \u00ab d\u00e9sarabisation \u00bb de la question palestinienne. Et pour parvenir \u00e0 secouer la domination sioniste et r\u00e9cup\u00e9rer \u00ab la patrie perdue \u00bb, le peuple palestinien doit faire table rase des m\u00e9thodes surann\u00e9es fond\u00e9es sur la haine et les passions et qui, depuis dix-sept ans, ne donnent aucun r\u00e9sultat et font m\u00eame empirer la situation. La lutte doit \u00eatre, au contraire, organis\u00e9e selon des m\u00e9thodes rationnelles et scientifiques, et n\u00e9cessite donc un commandement lucide sachant mener le combat et pour cela appr\u00e9cier objectivement le rapport des forces \u00ab afin d&rsquo;\u00e9viter l&rsquo;aventure et les risques inutiles \u00bb(3). <\/p>\n<p> Au demeurant, la lutte du peuple palestinien, malgr\u00e9 son bien-fond\u00e9, n&rsquo;est pas, compte tenu du rapport des forces dans la r\u00e9gion et de la conjoncture internationale, une entreprise ais\u00e9e et ne peut donc atteindre ses objectifs que par \u00e9tapes successives. Elle n\u00e9cessite donc, plus que jamais, \u00e9norm\u00e9ment de louvoiements, de d\u00e9tours, de concessions et un sens du compromis de la part des dirigeants palestiniens, auxquels il faut faire confiance et leur laisser la libert\u00e9 de \u00ab s&rsquo;assurer le meilleur itin\u00e9raire conduisant au but \u00bb. Car, dans les conditions actuelles, la politique du \u00ab tout ou rien \u00bb ne peut qu&#8217;empirer une situation d\u00e9j\u00e0 fort pr\u00e9caire. Ce qui impose aux dirigeants palestiniens de se placer imp\u00e9rativement, pour gagner \u00e0 leur cause l&rsquo;opinion publique internationale, sur le terrain de la l\u00e9galit\u00e9 \u00ab onusienne \u00bb que repr\u00e9sentent les deux r\u00e9solutions 181 et 194 sur le plan de partage de la Palestine et le retour des r\u00e9fugi\u00e9s, adopt\u00e9es par l&rsquo;Assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;ONU, respectivement le 29 novembre 1947 et le 11 d\u00e9cembre 1948. Cette solution de compromis, loin de nuire au peuple palestinien, constitue une \u00e9tape qui ne peut que le rapprocher de l&rsquo;objectif final, c&rsquo;est-\u00e0-dire de la lib\u00e9ration compl\u00e8te de la Palestine. Elle pr\u00e9sente aussi l&rsquo;avantage d&#8217;embarrasser les autorit\u00e9s isra\u00e9liennes et de les acculer, en cas de refus, \u00e0 violer la l\u00e9galit\u00e9 internationale. <\/p>\n<p> Il faut cependant remarquer que l&rsquo;approche de Habib Bourguiba de la question palestinienne ne date pas de 1965. <\/p>\n<p> Le chef du N\u00e9o-Destour pense certes, comme tous les Arabes, que les Palestiniens sont victimes d&rsquo;une injustice historique. Il ne manque pas, avant la proclamation de l&rsquo;\u00c9tat sioniste, d&rsquo;apporter tout son soutien \u00e0 la cause du peuple palestinien, dont il saisit parfaitement l&rsquo;essence, \u00e0 l&rsquo;occasion de sa visite en Palestine deux ans avant la d\u00e9b\u00e2cle de 1948. Il pr\u00e9side m\u00eame une d\u00e9l\u00e9gation de nationalistes maghr\u00e9bins qui pr\u00e9sente le 4 mars 1946 un m\u00e9moire sur la question palestinienne \u00e0 la commission d&rsquo;enqu\u00eate anglo-am\u00e9ricaine. Il suit, \u00e0 partir de l&rsquo;\u00c9gypte, o\u00f9 il vit en exil, les p\u00e9rip\u00e9ties de la guerre isra\u00e9lo-arabe et assiste \u00e0 la d\u00e9faite des arm\u00e9es arabes par les forces sionistes. Et s&rsquo;il proteste, avec \u00ab les fr\u00e8res alg\u00e9riens et marocains \u00bb, au moment du vote des Nations unies qui a donn\u00e9 naissance \u00e0 Isra\u00ebl, il ne saisit pas moins l&rsquo;\u00e9normit\u00e9 de l&rsquo;\u00e9cart entre Arabes et Isra\u00e9liens, tant au niveau militaire qu&rsquo;au niveau diplomatique. Les sionistes, qui ont prouv\u00e9 sur le terrain leur sup\u00e9riorit\u00e9 militaire, jouissent de surcro\u00eet de l&rsquo;appui des grandes puissances comme les \u00c9tats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique, mais aussi l&rsquo;URSS qui le 11 mai 1949 parraine la candidature de l&rsquo;\u00c9tat d&rsquo;Isra\u00ebl \u00e0 l&rsquo;Organisation des Nations unies. Se trouvant, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale du c\u00f4t\u00e9 des vainqueurs, ils jouissent aussi d&rsquo;un appui passionn\u00e9 de l&rsquo;opinion publique occidentale qui, depuis sa d\u00e9couverte des camps de concentration, \u00e9prouve un sentiment de culpabilit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des Juifs. <\/p>\n<p> P\u00e9chant par r\u00e9alisme, Habib Bourguiba comprend alors que le colonialisme isra\u00e9lien n&rsquo;est pas exactement un colonialisme comme les autres et que la lutte contre le sionisme implique, compte tenu du rapport des forces \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle r\u00e9gionale et mondiale, n\u00e9cessairement un compromis. Ce compromis, il le pr\u00e9conise d\u00e9j\u00e0 en 1948 et en 1952, en pr\u00f4nant la reconnaissance d&rsquo;Isra\u00ebl par les pays arabes. Au mois d&rsquo;avril 1953, alors qu&rsquo;il est en \u00e9tat de d\u00e9portation, son lieutenant \u00e0 Tunis, H\u00e9di Nouira, abonde dans le m\u00eame sens, en affirmant au correspondant particulier du journal isra\u00e9lien Ha&rsquo;aretz que le N\u00e9o-Destour est pr\u00eat \u00e0 exercer son influence dans les pays arabes en faveur d&rsquo;une paix dans le Moyen-Orient, si Isra\u00ebl \u00ab aidait un peuple opprim\u00e9 et \u00e9pris de sa libert\u00e9 \u00e0 obtenir son ind\u00e9pendance \u00bb(4). Il promet m\u00eame d&rsquo;\u00e9tablir, une fois la Tunisie ind\u00e9pendante, des liens d&rsquo;amiti\u00e9 avec Isra\u00ebl, \u00ab sans prendre part au boycottage proclam\u00e9 contre cet \u00c9tat par la Ligue arabe \u00bb. <\/p>\n<p> Il est vrai que le parti de Habib Bourguiba mise alors sur l&rsquo;appui du lobby juif en France et aux \u00c9tats-Unis d&rsquo;Am\u00e9rique pour amener le gouvernement fran\u00e7ais \u00e0 consentir un arrangement honorable avec la Tunisie. Mais le chef du N\u00e9o-Destour maintient ses positions \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard d&rsquo;Isra\u00ebl, m\u00eame apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance de la Tunisie. Dans une conf\u00e9rence de presse, tenue le 3 mai 1965 \u00e0 Tel-Aviv, le pr\u00e9sident du Congr\u00e8s juif mondial, Nahum Goldman, \u00e9voquant le discours de J\u00e9richo, affirme que ses relations avec Habib Bourguiba remontent \u00e0 1954, que depuis le leader tunisien rencontre une ou deux fois par an A.L. Easterman, le secr\u00e9taire politique de son organisation, \u00ab pour discuter de divers probl\u00e8mes juifs \u00bb(5). <\/p>\n<p> Ces contacts se poursuivent \u00e0 Tunis m\u00eame apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance de la Tunisie, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment au mois de juillet 1957, quelques jours avant la proclamation de la R\u00e9publique tunisienne. L&rsquo;entretien porte cette fois essentiellement sur le sort de la communaut\u00e9 juive de Tunisie, les conditions de son \u00e9migration en Isra\u00ebl et les rapports de la Tunisie avec ce pays. Tout en mentionnant spontan\u00e9ment le droit des Juifs \u00e0 \u00e9migrer vers Isra\u00ebl, Habib Bourguiba affirme que les Arabes doivent accepter l&rsquo;existence de ce pays et travailler avec lui t\u00f4t ou tard. Il ajoute m\u00eame \u00ab qu&rsquo;il va certainement jouer sa part dans la r\u00e9alisation d&rsquo;un modus vivendi au Moyen-Orient mais qu&rsquo;il doit avancer avec pr\u00e9caution \u00bb(6). Et sans entraver ni r\u00e9duire l&rsquo;\u00e9migration des Juifs tunisiens en Isra\u00ebl, le gouvernement de Habib Bourguiba va m\u00eame jusqu&rsquo;\u00e0 appeler le 13 d\u00e9cembre 1969, par la voix de son repr\u00e9sentant \u00e0 l&rsquo;ONU, \u00e0 un compromis entre Arabes et Isra\u00e9liens \u00ab sans vainqueur ni vaincu \u00bb. <\/p>\n<p> De l\u00e0, l&rsquo;int\u00e9r\u00eat que porte le Congr\u00e8s juif mondial aux positions du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique tunisienne sur le conflit isra\u00e9lo-arabe : ce que traduit la visite de son pr\u00e9sident Nahum Goldman en Tunisie en 1960 et sa rencontre avec Habib Bourguiba. Aussi les vieux dirigeants sionistes sont-ils suffisamment \u00e9difi\u00e9s sur les positions du leader tunisien envers Isra\u00ebl et sa totale discordance avec les dirigeants arabes du Moyen-Orient, qu&rsquo;il qualifie d&rsquo;ailleurs de stupide et dont le comportement politique lui inspire un profond m\u00e9pris. R\u00e9pondant aux craintes de certains de ses collaborateurs, que l&rsquo;approche d\u00e9velopp\u00e9e par Habib Bourguiba \u00e0 J\u00e9richo qui recommande de s&rsquo;accrocher \u00e0 la l\u00e9galit\u00e9 internationale et d&rsquo;accepter par cons\u00e9quent le partage dict\u00e9 par l&rsquo;ONU en 1947, ne soit admise par les dirigeants arabes du Proche-Orient, David Ben Gourion, alors \u00e0 la t\u00eate du gouvernement isra\u00e9lien, leur dit : \u00ab Ne craignez rien, nos adversaires d&rsquo;ici sont diff\u00e9rents. Il n&rsquo;y a aucun risque pour qu&rsquo;ils adoptent la ligne bourguibiste. \u00bb <\/p>\n<p> Effectivement, sit\u00f4t son discours connu au Moyen-Orient, Habib Bourguiba est violemment vilipend\u00e9 par une presse arabe excit\u00e9e, qui le taxe de compromission avec l&rsquo;ennemi sioniste, voire de trahison. Pourtant, le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique tunisienne a d\u00e9j\u00e0 expos\u00e9 cette position \u00e0 des diplomates arabes au cours de conversations priv\u00e9es. En f\u00e9vrier 1965, \u00e0 l&rsquo;occasion de sa visite officielle en \u00c9gypte, il l&rsquo;explique clairement au pr\u00e9sident Nasser et lui demande m\u00eame, compte tenu de son ascendant sur les masses arabes, de les convaincre de son bien-fond\u00e9. Tout en r\u00e9pliquant que, dans ce cas, ces masses arabes le rendront fou, le chef de l&rsquo;\u00c9tat \u00e9gyptien ne s&rsquo;oppose pas \u00e0 l&rsquo;approche de Habib Bourguiba. Et ses d\u00e9clarations \u00e0 la revue fran\u00e7aise R\u00e9alit\u00e9, en 1965 apr\u00e8s le discours de J\u00e9richo, dans lesquelles il \u00e9voque la l\u00e9galit\u00e9 onusienne, semblent m\u00eame la corroborer. <\/p>\n<p> Cependant, Habib Bourguiba, tr\u00e8s \u00e9difi\u00e9 sur la perception, on ne peut plus passionn\u00e9e de la question palestinienne par les masses arabes du Moyen-Orient, ne pense pas, en 1965, avant sa tourn\u00e9e dans les pays arabes, se prononcer publiquement sur une solution au drame de la Palestine. C&rsquo;est le spectacle affligeant des r\u00e9fugi\u00e9s palestiniens entretenus, dit-il, \u00e0 la fois dans des esp\u00e9rances chim\u00e9riques et dans des haines st\u00e9riles, qui le d\u00e9cide \u00e0 sortir de sa neutralit\u00e9 pour les \u00e9clairer sur la meilleure voie \u00e0 m\u00eame de les conduire \u00e0 la patrie perdue. Pour lui, il est des moments o\u00f9 un v\u00e9ritable dirigeant politique, dont la seule obligation est celle des r\u00e9sultats, doit avoir le courage de ses opinions, quitte \u00e0 gagner en impopularit\u00e9 \u00e0 court terme. Aussi le leader tunisien affronte-t-il courageusement la r\u00e9action de l&rsquo;\u00c9gypte, qui est d&rsquo;autant plus violente que le discours de J\u00e9richo co\u00efncide pratiquement avec le refus de la Tunisie, contrairement \u00e0 la plupart des pays arabes, de rompre, sous l&rsquo;instigation de Nasser, ses relations diplomatiques avec l&rsquo;Allemagne f\u00e9d\u00e9rale, qui s&rsquo;appr\u00eate alors \u00e0 reconna\u00eetre Isra\u00ebl. Il va m\u00eame, au cours d&rsquo;une conf\u00e9rence de presse tenue \u00e0 Beyrouth dans un climat on ne peut plus hostile, jusqu&rsquo;\u00e0 confirmer la position qu&rsquo;il soutient \u00e0 J\u00e9richo sur la question palestinienne. Il pr\u00e9vient alors qu&rsquo;\u00e0 force de pr\u00eacher la guerre sans avoir les moyens de la mener, \u00ab nous risquons dans dix-sept ans de nous retrouver au m\u00eame point et dans la m\u00eame situation \u00bb(7). Deux ans plus tard, la d\u00e9faite de 1967 semble confirmer l&rsquo;analyse du leader tunisien qui, afflig\u00e9 comme la plupart des Arabes par cette catastrophe, ne manque pas de rappeler \u00e0 son entourage que, si les dirigeants arabes avaient suivi sa m\u00e9thode, ils l&rsquo;auraient \u00e0 coup s\u00fbr \u00e9vit\u00e9e. <\/p>\n<p> Cela ne l&#8217;emp\u00eache pas d&rsquo;accueillir en Tunisie, au mois de septembre 1982, les Palestiniens chass\u00e9s du Liban par l&rsquo;arm\u00e9e isra\u00e9lienne. Tunis devient m\u00eame, durant pr\u00e8s de douze ans, la capitale de l&rsquo;Organisation de lib\u00e9ration de la Palestine (OLP). Et les dirigeants palestiniens se voient, pour la premi\u00e8re fois, reconna\u00eetre la libert\u00e9 de prendre les d\u00e9cisions qu&rsquo;ils jugent n\u00e9cessaires pour la cause palestinienne. \u00c0 Tunis, ils s&rsquo;impr\u00e8gnent, probablement \u00e0 l&rsquo;occasion de discussions avec Habib Bourguiba lui-m\u00eame ou avec ses proches collaborateurs, de l&rsquo;approche bourguibienne de la lutte de lib\u00e9ration nationale fond\u00e9e sur le r\u00e9alisme, le pragmatisme et la raison. Il est probable que cette libert\u00e9 de manoeuvre en Tunisie, ajout\u00e9e \u00e0 l&rsquo;adh\u00e9sion au r\u00e9alisme bourguibien, aient conduit le chef de l&rsquo;OLP, Yasser Arafat, \u00e0 \u00e9tablir des contacts avec des Isra\u00e9liens lib\u00e9raux, pour aboutir \u00e0 la conclusion \u00e0 Oslo en 1993, c&rsquo;est-\u00e0-dire plus de vingt-huit ans apr\u00e8s le discours de J\u00e9richo, d&rsquo;un compromis avec les dirigeants isra\u00e9liens, premi\u00e8re \u00e9tape vers la restauration de l&rsquo;entit\u00e9 palestinienne. <\/p>\n<p> Aujourd&rsquo;hui, Habib Bourguiba semble \u00eatre r\u00e9habilit\u00e9 aux yeux de l&rsquo;opinion publique arabe, qui commence \u00e0 saisir que sa position sur la Palestine ne rel\u00e8ve pas d&rsquo;une quelconque inf\u00e9odation \u00e0 l&rsquo;Occident ou connivence avec l&rsquo;ennemi sioniste, mais d\u00e9coule plut\u00f4t d&rsquo;une approche rationnelle et scientifique du rapport des forces au Moyen-Orient et dans le monde, qui aboutit \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de compromis et des \u00e9tapes dans la lutte de lib\u00e9ration du peuple palestinien. <\/p>\n<p> 1. Cit\u00e9 par B\u00e9chir Ben Yahmed dans Jeune Afrique\/l&rsquo;intelligent, n\u00b0 2048 du 11 au 17 avril 2000. 2. \u00ab Discours de J\u00e9richo \u00bb, dans Les Temps modernes, 1967, n\u00b0 253 bis. 3. \u00ab Discours de J\u00e9richo \u00bb. 4. Ha&rsquo;aretz du 10 avril 1953. 5. La Question palestinienne et les relations de Bourguiba avec le Congr\u00e8s juif mondial, A. T\u00e9mimi, publications FTERSI, Zaghouan, mai 2000. 6. \u00ab Note sur l&rsquo;entretien avec Bourguiba \u00bb, A.L. Easterman, rapport tir\u00e9 du Zionion Archives Center \u00e0 J\u00e9rusalem cit\u00e9 par A. T\u00e9mimi, op. cit. 7. Cit\u00e9 par Habib Boular\u00e8s dans Le Nouvel Observateur, avril 2000. <\/p>\n<p> Ali Mahjoubi (*) * Historien tunisien <\/p>\n<p> <a href=\"http:\/\/www.lintelligent.com\/gabarits\/articleJAI_online.asp?art_cle=LIN21123commeennein0\"> http:\/\/www.lintelligent.com\/gabarits\/articleJAI_online.asp?art_cle=LIN21123commeennein0<\/a><\/b> <\/p>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Hostile au \u00ab tout ou rien \u00bb, le pr\u00e9sident tunisien pr\u00e9conisait la politique des \u00e9tapes. Celle-l\u00e0 m\u00eame qui lui avait permis de conduire son pays \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance. L&rsquo;appproche bourguibienne de la question palestinienne est tout simplement la projection sur la Palestine de l&rsquo;approche con\u00e7ue pour la Tunisie et qui a conduit ce pays \u00e0 l&rsquo;ind\u00e9pendance.&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":0,"featured_media":23296,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[18],"tags":[],"class_list":["post-24188","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24188","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24188"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24188\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":28153,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24188\/revisions\/28153"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23296"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24188"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=24188"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=24188"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}