{"id":24208,"date":"2026-09-29T21:19:00","date_gmt":"2026-09-29T21:19:00","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=24208"},"modified":"2026-09-30T01:54:49","modified_gmt":"2026-09-30T01:54:49","slug":"lassassinat-de-farhat-hached-ou-le-crime-impuni-par-noura-boursali","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lassassinat-de-farhat-hached-ou-le-crime-impuni-par-noura-boursali\/","title":{"rendered":"L\u2019assassinat de Farhat Hached OU Le crime impuni, par Noura Boursali"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<\/div><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><b><\/p>\n<p> L\u2019assassinat du leader syndicaliste au matin du 5 d\u00e9cembre 1952 demeure non encore totalement \u00e9lucid\u00e9, malgr\u00e9 les informations donn\u00e9es par les historiens, les t\u00e9moins ou encore les acteurs de l\u2019histoire de l\u2019\u00e9poque. L\u2019extrait des M\u00e9moires in\u00e9dits de Jean de Hauteclocque, \u201c exhum\u00e9 \u201d par Noureddine Hached et publi\u00e9 par Jeune Afrique (J.A.) dans sa livraison du 8 au 14 d\u00e9cembre 2002 atteste que le voile n\u2019est pas d\u00e9finitivement lev\u00e9. Des voix se sont \u00e9lev\u00e9es en d\u00e9cembre 2002, \u00e0 l\u2019occasion du cinquantenaire de cet horrible assassinat pour demander que la lumi\u00e8re soit faite sur ce que d\u2019aucuns consid\u00e8rent comme un \u201c crime d\u2019Etat \u201d. Les faits sont impr\u00e9cis et les responsabilit\u00e9s non d\u00e9termin\u00e9es clairement bien que, selon des historiens et des acteurs de l\u2019\u00e9poque, il soit certain que la Main Rouge, organisation terroriste de colons et de commissaires fran\u00e7ais, soit \u00e0 l\u2019origine de cet acte abominable et qu\u2019il soit incontestable que l\u2019administration coloniale, repr\u00e9sent\u00e9e par son R\u00e9sident g\u00e9n\u00e9ral Jean de Hauteclocque, est impliqu\u00e9e dans ce crime qui priva la Tunisie de son homme le plus populaire. Abdesselem Ben Hamida, historien tunisien qui a consacr\u00e9 sa th\u00e8se au \u201c syndicalisme tunisien de la 2\u00e8me Guerre mondiale \u00e0 l\u2019autonomie interne \u201d, \u00e9crit d\u00e9j\u00e0 en 1978: \u201c D\u2019aucuns sont choqu\u00e9s par l\u2019absence d\u2019enqu\u00eate effective avant et apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance de la Tunisie. Ce qui complique davantage le travail de l\u2019historien. S\u2019il est \u00e9vident qu\u2019en l\u2019\u00e9tat actuel des choses, on ne peut pas aspirer \u00e0 clore ce dossier une fois pour toutes et clamer haut l\u2019identit\u00e9 des tueurs, notre t\u00e2che consiste \u00e0 tenter de saisir les mobiles ou du moins la signification de cet assassinat \u201d. A ce propos, il est important de rappeler que la famille du leader syndicaliste r\u00e9clame la r\u00e9ouverture des archives fran\u00e7aises du Quai d\u2019Orsay qui ne seront communicables au public qu\u2019en 2016. Mme Om el Khir Hached, femme du leader syndicaliste, a envoy\u00e9, en janvier 2002, une lettre dans ce sens au pr\u00e9sident fran\u00e7ais Jacques Chirac, arguant du droit de la famille \u00e0 acc\u00e9der aux documents en question. <\/p>\n<p> Quant \u00e0 nous, nous tenterons de restituer les diff\u00e9rentes versions de l\u2019assassinat de Farhad Hached \u00e0 travers les \u00e9crits d\u2019historiens et de t\u00e9moins de l\u2019\u00e9poque, sans pr\u00e9tendre bien s\u00fbr \u00e0 l\u2019exhaustivit\u00e9. Que nos historiens nous pardonnent d\u2019\u00e9ventuelles omissions. <\/p>\n<p> Le crime perp\u00e9tr\u00e9 \u00e0 l\u2019encontre de Farhat Hached intervient dans un contexte politique o\u00f9 le leader syndicaliste est sans conteste le ma\u00eetre de la situation, multipliant les contacts internationaux en vue d\u2019obtenir l\u2019examen par l\u2019ONU de la question tunisienne et menant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur la r\u00e9sistance nationale \u00e0 un moment o\u00f9 les autres personnalit\u00e9s \u00e9taient soit exil\u00e9es, soit intern\u00e9es ou emprisonn\u00e9es. Son assassinat, annonc\u00e9 dans un tract de la Main Rouge, ne pouvait que d\u00e9barrasser la France du \u201c plus redoutable des adversaires du moment \u201d (selon Hauteclocque, in J.A . n\u00b02187) afin de permettre \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 coloniale, entre autres choses, d\u2019imposer son programme de r\u00e9formes \u00e0 Lamine Bey aupr\u00e8s de qui le leader syndicaliste b\u00e9n\u00e9ficiait d\u2019une place privil\u00e9gi\u00e9e et dont il \u00e9tait \u201c le conseiller le plus \u00e9cout\u00e9 \u201d. Sur Farhat Hached, \u00e9crit Juliette Bessis, \u201c le seul des grands leaders \u00e0 avoir \u00e9t\u00e9 laiss\u00e9 en libert\u00e9 \u201d, \u201c reposent la direction de la lutte, la coordination entre les actions ext\u00e9rieures pour soutenir cette \u00e9tape cruciale du combat \u201d. <\/p>\n<p> Hached : \u201c Un homme dangereux \u201d <\/p>\n<p> Selon Simone Lacouture dans son ouvrage \u201c Les syndicats en Afrique du Nord \u201d, cit\u00e9 par Abdesselem Ben Hamida dans sa th\u00e8se sus-mentionn\u00e9e: \u201c En cette ann\u00e9e 1952, il (Hached) repr\u00e9sentait \u00e0 la fois la tendance extr\u00eame et le v\u00e9ritable carrefour par lequel passaient tous les courants et toutes les tactiques du nationalisme tunisien\u2026 Il irritait enfin les \u201cpr\u00e9pond\u00e9rants\u201d fran\u00e7ais par sa popularit\u00e9 et son \u201cintouchabilit\u00e9\u201d. Ces propos sont confirm\u00e9s par le R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral, Jean de Hauteclocque, dans ses M\u00e9moires in\u00e9dits (d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9s) : \u201c A cette \u00e9poque, \u00e9crit-il, Farhat Hached, (\u2026), \u00e9tait certainement le plus redoutable de nos adversaires du moment (\u2026). Il \u00e9tait consid\u00e9r\u00e9 par les Fran\u00e7ais comme un homme dangereux \u201d ou encore : \u201c Le leader syndicaliste prenait de plus en plus d\u2019influence, s\u2019agitait de plus en plus, devenait de plus en plus audacieux, confiant sans doute dans les nouvelles qu\u2019il recevait sans doute de New-York\u2026 \u201d. Mais, pour d\u00e9crire davantage le contexte historique de l\u2019assassinat, on pourrait, pour rendre un grand hommage \u00e0 la m\u00e9moire du d\u00e9funt, se r\u00e9f\u00e9rer \u00e0 son propre compte-rendu des \u00e9v\u00e8nements qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 son assassinat. Lequel compte rendu rendu a \u00e9t\u00e9 consign\u00e9 dans sa lettre du 21 octobre 1952 au \u201c Camarade Oldenbroek, S.G. de la CISL \u201d, alors qu\u2019il \u00e9tait emp\u00each\u00e9 de quitter le pays pour assister aux travaux du Comit\u00e9 Ex\u00e9cutif de la CISL qui devait se tenir \u00e0 New-York du 1er au 5 d\u00e9cembre 1952. Cette lettre a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans le cadre d\u2019une tr\u00e8s riche communication pr\u00e9sent\u00e9e par la fille du d\u00e9funt, Jamila Hached Chaari, au Ier Congr\u00e8s international organis\u00e9 \u00e0 Tunis par la Fondation Temimi avec l\u2019UGTT du 22 au 24 novembre 2000 : \u201c Farhat Hached : Mouvement ouvrier et Lutte nationale \u201d. Hached \u00e9voque \u201c la r\u00e9pression f\u00e9roce contre le peuple et les travailleurs \u201d en janvier-f\u00e9vrier 1952, \u201c les milliers d\u2019arrestations \u201d, \u201c les centaines de morts et de bless\u00e9s \u201d, \u201c les camps de concentration \u201d, \u201c les prisons et les condamnations \u00e0 mort par les tribunaux militaires \u201d, \u201c les libert\u00e9s syndicales \u00e9touff\u00e9es et les assauts r\u00e9p\u00e9t\u00e9s contre le mouvement syndical libre \u201d, \u201c la r\u00e9pression qui n\u2019\u00e9pargne ni les femmes, ni les enfants \u201d, ni encore la population estudiantine, et \u201c les ratissages g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9s \u201d ; et en mars 1952 \u201c l\u2019\u00e9tat de si\u00e8ge renforc\u00e9 \u201d, \u201c la censure de la presse et des communications \u201d, \u201c la d\u00e9position du Minist\u00e8re tunisien par les forces arm\u00e9es \u201d et l\u2019internement de ses membres, et \u201c la pression intol\u00e9rable \u201d qu\u2019exerce le R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral sur le Bey. Ajoutons \u00e0 cela les 50 attentats organis\u00e9s \u00e0 l\u2019encontre des Tunisiens par la Main Rouge, durant les mois qui ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 l\u2019assassinat du leader syndicaliste, entre le 3 mars et le 5 d\u00e9cembre 1952. <\/p>\n<p> Hached : \u201c Ma vie est en danger \u201d <\/p>\n<p> Dans ce contexte, Hached se savait menac\u00e9. \u201c Je suis menac\u00e9 par la Main Rouge, une organisation fran\u00e7aise de repr\u00e9sailles terroristes. Ma vie est en danger. La Main Rouge est prot\u00e9g\u00e9e \u00e0 Tunis par M.Pons, Secr\u00e9taire g\u00e9n\u00e9ral du Gouvernement tunisien, et par deux fonctionnaires de la police \u201d, confie-t-il au sociologue et historien Daniel Gu\u00e9rin. A Tunis, circulent des tracts \u201c Contre Farhat Hached l\u2019Am\u00e9ricain \u201d. Il re\u00e7oit, d\u2019apr\u00e8s les t\u00e9moignages de Sadok Mokadem et de D.Gu\u00e9rin, une lettre de menaces tap\u00e9e \u00e0 la machine \u00e0 l\u2019automne 1952. Selon Juliette Bessis dans son article Farhat Hached (1914-1952) ( dans \u201c Les Africains \u201d, repris par J.A. du 9 d\u00e9cembre 1977), \u201c cette lettre qu\u2019Om el Khir Hached a vue, avec une main rouge dessin\u00e9e en guise de signature, que son mari lui a lue (\u2026), dispara\u00eetra au cours de la perquisition polici\u00e8re au domicile des Hached apr\u00e8s l\u2019assassinat \u201d. Le 5 d\u00e9cembre, au petit matin, prenant son chemin habituel qui le m\u00e8ne de Rad\u00e8s au si\u00e8ge de l\u2019UGTT \u00e0 Tunis, il est froidement assassin\u00e9. Charles-Pierre Saumagne, historien et juriste, S.G du gouvernement tunisien, et \u201c une des personnalit\u00e9s fran\u00e7aises les plus marquantes et les mieux inform\u00e9es de Tunisie \u201d (selon Juliette Bessis), dans \u201c Journal et \u00e9crits (Tunisie 1947-1957) \u201d (C.M.M.C. Nice 1979), donne, avec quelques pointes ironiques, la version officielle de l\u2019assassinat telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e dans le journal La Presse . Le dimanche 7 d\u00e9cembre, \u00e9crit-il, \u201c La Presse \u201d r\u00e9p\u00e8te, non sans art, ce qu\u2019on l\u2019invite \u00e0 publier; la police soul\u00e8ve le voile, mais ne semble laisser para\u00eetre du fruit de ses enqu\u00eates que de fausses perspectives orient\u00e9es vers des points de vue choisis. Trois hommes, conduisant une camionnette, disent avoir cru assister \u00e0 un accident auquel ils n\u2019ont pas pr\u00eat\u00e9 d\u2019autre importance : un d\u00e9rapage pr\u00e9cipitant une auto dans un foss\u00e9, contre un arbre, et une autre voiture doublant l\u2019auto accident\u00e9e, sans s\u2019y arr\u00eater. De la voiture un homme est sorti, se tenant le ventre \u00e0 deux mains ; les t\u00e9moins se sont arr\u00eat\u00e9s tr\u00e8s humainement. Il leur a demand\u00e9 de le conduire \u00e0 l\u2019h\u00f4pital Sadiki ; ils auraient pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 le mener chez un m\u00e9decin de Rad\u00e8s ; il a insist\u00e9 pour \u00eatre conduit \u00e0 Tunis : alors n\u2019est-ce pas \u2026 ! Le bless\u00e9 ne leur a rien dit de plus. Ils l\u2019ont install\u00e9 pr\u00e8s du chauffeur de la camionnette; ils ont pens\u00e9 que le volant lui avait trop press\u00e9 l\u2019estomac ; sa t\u00eate \u00e9tait indemne surtout. A ce moment, une auto s\u2019est arr\u00eat\u00e9e ; le bless\u00e9 en a reconnu les occupants ; il a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 \u00eatre emmen\u00e9 par eux ; il est descendu de la camionnette et s\u2019est install\u00e9 aupr\u00e8s de ses connaissances\u2026 A-t-on averti la police ? La gendarmerie ? Ce n\u2019est que plus tard que les t\u00e9moins, en revenant sur les lieux, ont constat\u00e9 les traces de balles dont l\u2019auto \u00e9tait cribl\u00e9e, et du sang sur le strapontin, sang dont le bless\u00e9 ne leur para\u00eet pas avoir eu de traces sur lui-m\u00eame et dont il a eu le bon go\u00fbt de ne pas maculer leur voiture. Conclusion : Hached n\u2019avait apparemment que peu de chose, une forte commotion interne, quand il a \u00e9t\u00e9 pris en charge par des gens (Europ\u00e9ens ? Fran\u00e7ais ? Tunisiens ?) qu\u2019il connaissait, auxquels il s\u2019est confi\u00e9 et qui, l\u2019entra\u00eenant vers Zaghouan, l\u2019ont tu\u00e9 d\u2019une balle dans la t\u00eate ! \u2013S\u2019il les connaissait, n\u2019est-ce pas, ils \u00e9taient Tunisiens ou nationalistes, ou communistes bien entendu. Et c\u2019est tout\u2026 La Presse , il est vrai, jette sur l\u2019affaire le voile d\u2019imp\u00e9n\u00e9trable myst\u00e8re sous lequel sommeille le crime\u2026 \u201d. Dans ses notes du lundi 8 d\u00e9cembre, elle \u00e9crit encore : \u201c D\u2019apr\u00e8s les m\u00e9decins qui ont \u00e9t\u00e9 appel\u00e9s \u00e0 examiner le corps de Hached, aucune blessure n\u2019\u00e9tait imm\u00e9diatement mortelle ; le bless\u00e9 serait mort du d\u00e9faut de soins donn\u00e9s d\u2019urgence, le coup \u00e0 la t\u00eate aurait \u00e9t\u00e9 tir\u00e9 de pr\u00e8s\u2026. Gauthier, du Monde, aurait interrog\u00e9 le t\u00e9moin Charles Serra. (\u2026). Hached n\u2019aurait pas dit (et le t\u00e9moin assure qu\u2019il ne l\u2019a jamais dit) : \u201c Ce sont des amis ! \u201d. La camionnette, ayant accompli sa mission \u00e0 Rad\u00e8s, serait repass\u00e9e sur les lieux, et les t\u00e9moins auraient alors constat\u00e9 qu\u2019elle \u00e9tait lard\u00e9e de balles, et que du sang maculait le strapontin. Ils seraient alors all\u00e9s avertir leur chef, un ing\u00e9nieur de la CTT, qui aussit\u00f4t aurait alert\u00e9 la police. \u201d Il semble que, selon Claude Bourdet, collaborateur au quotidien Combat et \u00e0 l\u2019hebdomadaire L\u2019Observateur (cit\u00e9 par Juliette Bessis), la route menant vers Tunis ait \u00e9t\u00e9 barr\u00e9e derri\u00e8re Farhat Hached par la police. \u201c Quant \u00e0 la deuxi\u00e8me voiture (celle qui l\u2019a pris en charge et o\u00f9 il a \u00e9t\u00e9 achev\u00e9), c\u2019est une Simca Aronde, il en existe seulement 350 pour toute la Tunisie, aucune v\u00e9rification n\u2019a \u00e9t\u00e9 entreprise \u201d. <\/p>\n<p> L\u2019enqu\u00eate pi\u00e9tine <\/p>\n<p> Charles-Andr\u00e9 Julien, dans \u201c L\u2019Afrique du Nord en marche \u201d, note qu\u2019\u201c il ne semble pas qu\u2019on d\u00e9pens\u00e2t grand z\u00e8le pour faire la lumi\u00e8re. Les pr\u00e9cautions \u00e9l\u00e9mentaires furent n\u00e9glig\u00e9es par les enqu\u00eateurs, le corps embarqu\u00e9 pr\u00e9cipitamment et les confrontations dont on pouvait attendre des r\u00e9sultats omises et m\u00eames refus\u00e9es \u201d. Par ailleurs, l\u2019enqu\u00eate est retir\u00e9e au juge tunisien Abdelbaki, qui est remplac\u00e9 par le Fran\u00e7ais Soulet, \u201c colonialiste notoire \u201d. La femme de Brahim Abdelbaki t\u00e9moigne \u00e0 Tunis en 2000 au Ier Congr\u00e8s international sur Hached (d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9, voir \u00e0 ce propos les actes publi\u00e9s par la Fondation Temimi, janvier 2002) : \u201c (\u2026) Mon mari a entam\u00e9 son instruction avec rigueur. Mais les autorit\u00e9s fran\u00e7aises ont craint l\u2019implication de la Main Rouge. Le ministre de la Justice fut \u00e0 l\u2019\u00e9poque Sadok Al-Jaziri, il a invit\u00e9 Brahim Abdelb\u00e9ki \u00e0 remettre le dossier, mais il a refus\u00e9 parce qu\u2019il entrait dans les attributions de la Justice tunisienne et non fran\u00e7aise. Cette attitude ne leur a pas plu, il a \u00e9t\u00e9 d\u00e9charg\u00e9 de l\u2019instruction et exclu de son poste\u201d. Et d\u2019ajouter : \u201c Il a su comment a \u00e9t\u00e9 assassin\u00e9 Farhat Hached : on lui a tir\u00e9 dessus \u00e0 Chouchet Rad\u00e8s alors qu\u2019il conduisait sa voiture, puis vint une deuxi\u00e8me voiture, il a cru qu\u2019on allait le secourir, mais on l\u2019a emmen\u00e9 pour l\u2019assassiner. Bien s\u00fbr que c\u2019est la Main Rouge qui l\u2019a assassin\u00e9 \u201d. Selon un article fort int\u00e9ressant de l\u2019historien Mustapha Kra\u00efem, intitul\u00e9 \u201c 1952, l\u2019ann\u00e9e ultime de la vie de Hached : son action de r\u00e9sistance et son assassinat \u201d, \u201c l\u2019autopsie du cadavre avait r\u00e9v\u00e9l\u00e9 deux blessures par armes \u00e0 feu au bras gauche\u2026 deux blessures dans la r\u00e9gion des reins (c\u00f4t\u00e9 gauche) et une blessure par arme \u00e0 feu \u00e0 la t\u00eate\u2026 Aucune trace de violence d\u00e9notant une lutte n\u2019aurait \u00e9t\u00e9 relev\u00e9e. De l\u2019avis des experts, la mort n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 instantan\u00e9e ; les plaies du poumon auraient saign\u00e9, entra\u00eenant une h\u00e9morragie continue qui a pu permettre une survie de quinze \u00e0 vingt minutes \u201d. Dans cette affaire, note encore Mustapha Kra\u00efem, \u201c l\u2019hostilit\u00e9 entre la police et la justice atteignit un niveau \u00e9lev\u00e9 \u201d. La police a en effet cherch\u00e9 \u00e0 brouiller les pistes en tentant d\u2019imputer le crime aux communistes, aux N\u00e9o-Destouriens ou encore aux milieux beylicaux, jaloux \u2014dit-on\u2014 de la popularit\u00e9 dont jouissait le leader syndicaliste. <\/p>\n<p> Un crime impuni <\/p>\n<p> Pour l\u2019historien Mustapha Kra\u00efem, la responsabilit\u00e9 directe de ce crime incombe aux \u201c Services de police, de la R\u00e9sidence et de l\u2019arm\u00e9e qui avaient connu et couvert le projet d\u2019assassinat de Hached \u201d. De son c\u00f4t\u00e9, Charles-Andr\u00e9 Julien, dans \u201c Et la Tunisie devint ind\u00e9pendante (1951-1957) \u201d (Editions J.A., 1985), souligne la responsabilit\u00e9 du R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral, De Hauteclocque, \u201c qui avait donn\u00e9 sa b\u00e9n\u00e9diction \u201d et qui refusait, selon l\u2019historien fran\u00e7ais, de conna\u00eetre les coupables du crime que \u201c tout le monde nommait \u201d en se rabattant sur les syndicalistes arr\u00eat\u00e9s et d\u00e9port\u00e9s. \u201c Cette volont\u00e9 de ne pas aboutir \u00e0 frapper les responsables \u00e9tait partag\u00e9e \u00e0 Paris, dont d\u00e9pendait la politique du maintien de l\u2019ordre \u201d, \u00e9crit encore Charles-Andr\u00e9 Julien pour qui la Main Rouge \u201c b\u00e9n\u00e9ficiait de l\u2019indulgence de l\u2019administration et de la complicit\u00e9 de la police. \u201d. Pour Juliette Bessis, \u201c la responsabilit\u00e9 de cet assassinat rest\u00e9 impuni se situe au plus haut niveau de l\u2019administration civile et militaire fran\u00e7aise \u201d ( in \u201c Les fondateurs\u2026 \u201d, 1985, d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9). Pourtant, selon Claude Bourdet (cit\u00e9 par A. Ben Hamida), \u201c les noms de cette mafia (la Main Rouge) circulent en ville, de bouche \u00e0 bouche. Ils sont apparent\u00e9s \u00e0 des familles de colons fran\u00e7ais bien connus ou occupent des fonctions dans la police \u201d. Hached lui-m\u00eame a confi\u00e9 quelques noms de membres de ce groupe terroriste \u00e0 Daniel Gu\u00e9rin. La revue de la R\u00e9volution prol\u00e9tarienne, par la plume de J.P.Finidori, accuse \u201c le gang Colonna (chef du \u201cRassemblement fran\u00e7ais\u201d de Tunisie, \u201c principal groupe de d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats coloniaux \u201d) d\u2019avoir pr\u00e9par\u00e9 avec ses policiers le complot contre F. Hached et d\u2019avoir impos\u00e9 l\u2019assassinat \u00e0 ce fant\u00f4me de Hauteclocque \u201d (cit\u00e9 par A. Ben Hamida). Cette th\u00e8se pourrait sembler plus plausible suite \u00e0 la publication de quelques extraits des M\u00e9moires in\u00e9dits de Hauteclocque o\u00f9 le R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral \u00e9crit qu\u2019\u00e0 la suite de la confirmation de la nouvelle de l\u2019attentat : \u00abJe ne pus que dire : \u201cCe que je craignais est arriv\u00e9 : on a tu\u00e9 Farhat Hached\u201d\u00bb (J.A.). Noureddine Hached, sur la piste du crime de son p\u00e8re, a r\u00e9ussi \u00e0 \u201c retrouver la trace de la Main Rouge dont le chef avait \u00e9t\u00e9 tu\u00e9 dans la banlieue d\u2019Alger o\u00f9 il s\u2019\u00e9tait rendu apr\u00e8s 1956 \u201d, et d\u2019ajouter dans son t\u00e9moignage au Ier Congr\u00e8s international d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 : \u201c Nous savons comment les suspects ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9s, puis ont pu quitter le pays, avec l\u2019accord de Bourguiba, alors Chef du Gouvernement, aux termes d\u2019une sorte de troc, car il y avait encore des patriotes tunisiens en d\u00e9tention\u2026 \u201d. La r\u00e9ouverture des archives fran\u00e7aises serait d\u00e9terminante pour \u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9 historique \u00e0 propos d\u2019une des pages les plus importantes de notre histoire. Car la France devrait comprendre qu\u2019on ne badine pas avec l\u2019Histoire. <\/p>\n<p> Farhat Hached visionnaire ? <\/p>\n<p> \u201c Peu de jours avant de mourir, Farhat Hached avait fait un r\u00eave qu\u2019il avait racont\u00e9 \u00e0 sa femme au matin. Il y avait un bateau militaire ancr\u00e9 au port et lui marchait entre deux rang\u00e9es compactes de soldats fran\u00e7ais et il riait, il riait tr\u00e8s fort. \u201c Suis-je tellement important, se disait-il en r\u00eave, pour que tant de gens s\u2019occupent de moi ? \u201d Le corps de Farhat Hached sera transf\u00e9r\u00e9 quelques jours plus tard \u00e0 Kerkennah sur une corvette de la marine militaire. \u201c Ce n\u2019est qu\u2019en mer que la d\u00e9pouille sera remise par les militaires \u00e0 la famille \u201d (J. Bessis) qui l\u2019enterrera \u00e0 El Abassia. Mais dans son r\u00eave, il riait, riait tr\u00e8s fort\u2026 Car, cinquante ans apr\u00e8s, son importance est toujours intacte et son portrait, o\u00f9 il appara\u00eet souriant, hante sans cesse nos m\u00e9moires. <\/p>\n<p> Noura Borsali <br \/> <\/b><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019assassinat du leader syndicaliste au matin du 5 d\u00e9cembre 1952 demeure non encore totalement \u00e9lucid\u00e9, malgr\u00e9 les informations donn\u00e9es par les historiens, les t\u00e9moins ou encore les acteurs de l\u2019histoire de l\u2019\u00e9poque. L\u2019extrait des M\u00e9moires in\u00e9dits de Jean de Hauteclocque, \u201c exhum\u00e9 \u201d par Noureddine Hached et publi\u00e9 par Jeune Afrique (J.A.) dans sa livraison&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":1880,"featured_media":52292,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[18],"tags":[],"class_list":["post-24208","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24208","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1880"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24208"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24208\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":28171,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24208\/revisions\/28171"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/52292"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24208"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=24208"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=24208"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}