{"id":24338,"date":"2026-09-29T21:19:08","date_gmt":"2026-09-29T21:19:08","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=24338"},"modified":"2026-09-30T01:56:28","modified_gmt":"2026-09-30T01:56:28","slug":"souvenirs-le-camp-de-bizerte-par-jacques-krief","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/souvenirs-le-camp-de-bizerte-par-jacques-krief\/","title":{"rendered":"Souvenirs le camp de Bizerte, par Jacques Krief"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><b>L\u2019invitation de Claude NATAF \u00e0 participer \u00e0 cette\u00a0 r\u00e9union a fait revivre en ma m\u00e9moire les souvenirs de la p\u00e9riode d\u2019occupation et, bien s\u00fbr, plus particuli\u00e8rement, ceux du camp de BIZERTE. <\/b><\/p>\n<p><b>Ces souvenirs \u00e9taient enfouis au plus profond de moi-m\u00eame mais resurgissaient de temps en temps, lors de rencontres fortuites de camarades qui avaient partag\u00e9 nos vicissitudes, mais, je le reconnais, ils s\u2019estompaient de plus en plus. <\/b><\/p>\n<p><b>Et puis, brusquement, tous sont remont\u00e9s \u00e0 la surface, se bousculant, se chevauchant. <\/b><\/p>\n<p><b>J\u2019ai tent\u00e9 de les classer pour vous les raconter. <\/b><\/p>\n<p><b>Les voici\u00a0: <\/b><\/p>\n<p><b>Les Allemands atterrissent \u00e0 EL AOUINA en novembre 1942. <\/b><\/p>\n<p><b>Nous ne nous attendions certes pas \u00e0 des lendemains chantant, mais la r\u00e9alit\u00e9 fut \u00e0 la mesure, et m\u00eame au-del\u00e0 de nos craintes collectives (je parle de la population juive). <\/b><\/p>\n<p><b>Les Allemands se manifestent assez rapidement par leurs exigences de main-d\u2019\u0153uvre imm\u00e9diate de 3.000 juifs \u00e2g\u00e9s de 17 \u00e0 50 ans. <\/b><\/p>\n<p><b>Claude NATAF vous a tout \u00e0 l\u2019heure expliqu\u00e9 ce qui s\u2019\u00e9tait pass\u00e9 jusque l\u00e0\u00a0: <\/b><\/p>\n<p><b>Prise d\u2019otage\u00a0: noblesse oblige, Monsieur BORGEL, le Pr\u00e9sident de la Communaut\u00e9 en t\u00eate, et, entre autres, Monsieur le B\u00e2tonnier NATAF et mon propre p\u00e8re. <\/b><\/p>\n<p><b>Impositions mon\u00e9taires, cr\u00e9ation spontan\u00e9e d\u2019un Comit\u00e9 de Recrutement dont Ma\u00eetre Paul GHEZ prend la t\u00eate, etc&#8230; <\/b><\/p>\n<p><b>Autour de ce comit\u00e9\u00a0 se groupent beaucoup de bonnes volont\u00e9s qui s\u2019attirent de nombreuses critiques injustifi\u00e9es, telles que \u00ab\u00a0on ne devrait pas satisfaire les demandes de l\u2019occupant\u00a0\u00bb ou bien \u00ab\u00a0seuls, les bourgeois trouvent gr\u00e2ce et obtiennent des\u00a0 planques satisfaisantes\u00a0\u00ab\u00a0, etc&#8230; <\/b><\/p>\n<p><b>Je participe moi-m\u00eame au d\u00e9but \u00e0 ce comit\u00e9, mais , au bout de quelques jours, \u00e9coeur\u00e9 des r\u00e9criminations des familles des premiers travailleurs r\u00e9quisitionn\u00e9s, \u00e9coeur\u00e9 des reproches de favoritisme, je d\u00e9cide de partager le sort commun, refusant de me retrancher derri\u00e8re un poste administratif quelconque et de donner un certain fondement \u00e0 ces reproches. <\/b><\/p>\n<p><b>Un groupe se forme, compos\u00e9 de gens de milieux tr\u00e8s diff\u00e9rents. <\/b><\/p>\n<p><b>Les amis qui me fr\u00e9quentaient alors, sportifs du C.N.T., comme Gilbert TAIEB, nageur \u00e9m\u00e9rite et ex-champion de France de natation, des Avocats comme les fr\u00e8res SARFATI(je salue ici la m\u00e9moire du fr\u00e8re a\u00een\u00e9 Andr\u00e9), des m\u00e9decins, des commer\u00e7ants, etc&#8230; enfin, des jeunes gens appartenant \u00e0 des familles ais\u00e9es de TUNIS,\u00a0 se rassemblent autour de moi. <\/b><\/p>\n<p><b>Nous ignorons alors notre destination, mais lorsque celle-ci est connue \u00ab\u00a0BIZERTE\u00a0!\u00a0\u00bb, elle est accept\u00e9e par tous avec courage. <\/b><\/p>\n<p><b>D\u00e8s 14 heures, ce 22 d\u00e9cembre, nous quittons l\u2019\u00e9cole de l\u2019ALLIANCE ISRAELITE , en un ordre parfait. <\/b><\/p>\n<p><b>Nous marchons ainsi sous des insultes prof\u00e9r\u00e9es par des gamins incontr\u00f4l\u00e9s ou par des europ\u00e9ens se r\u00e9jouissant du spectacle d\u2019un contingent de jeunes juifs astreints \u00e0 r\u00e9quisition. <\/b><\/p>\n<p><b>Nous arrivons enfin \u00e0 la gare de TUNIS, escort\u00e9s de soldats allemands. <\/b><\/p>\n<p><b>Jusque l\u00e0, ils ne\u00a0 trouvent rien \u00e0 redire \u00e0 notre comportement plein de dignit\u00e9, et ne font preuve d\u2019aucune brutalit\u00e9. <\/b><\/p>\n<p><b>Mais, d\u00e8s lors, tout change. <\/b><\/p>\n<p><b>Nous sommes vigoureusement invit\u00e9s (si j\u2019ose employer cette expression), \u00e0 grimper dans des wagons \u00e0 bestiaux, sous la menace de mitraillettes tenues par des brutes. <\/b><\/p>\n<p><b>Ces wagons \u00e0 bestiaux \u00e9taient de la cat\u00e9gorie de ceux\u00a0 qui avaient servi en France et en Afrique du Nord pendant la Grande Guerre de 14-18 pour les\u00a0 transports de troupes. <\/b><\/p>\n<p><b>Vous savez &#8211; ce mat\u00e9riel portant les inscriptions\u00a0: (hommes 40, chevaux en long 7), &#8211; mais nos gardiens ont perdu l\u2019habitude de compter, car ils nous y entassent \u00e0 en suffoquer et font enfin d\u00e9marrer le convoi. <\/b><\/p>\n<p><b>Apr\u00e8s un trajet qui nous semble durer plusieurs heures interminables, ponctu\u00e9 de g\u00e9missements, de cris, de plaintes et de nombreuses pri\u00e8res, nous arrivons \u00e0 la gare de SIDI AHMED pr\u00e8s de FERRYVILLE, en pleine nuit. <\/b><\/p>\n<p><b>Nous sommes enfin autoris\u00e9s \u00e0 quitter nos wagons et \u00e0 respirer un peu d\u2019air frais&#8230; mais dans quel \u00e9tat\u00a0! <\/b><\/p>\n<p><b>Nous ne savons pas que nous allons tomber de CHARYBDE en SCYLLA. <\/b><\/p>\n<p><b>En effet, les Allemands nous regroupent et nous contraignent \u00e0 p\u00e9n\u00e9trer dans une cave qui d\u00e9pend d\u2019un domaine viticole. <\/b><\/p>\n<p><b>Cinquante personnes auraient eu du mal \u00e0 y tenir \u00e0 l\u2019aise, mais nous \u00e9tions pr\u00e8s de 3 fois plus, contraints de nous serrer, et nous serrer encore, jusqu&rsquo;\u00e0 l\u2019\u00e9touffement dans une atmosph\u00e8re irrespirable. <\/b><\/p>\n<p><b>Heureusement, \u00e0 l\u2019ouverture de la porte d\u2019acc\u00e8s, vers 5 heures du matin, aucune victime n\u2019est \u00e0 d\u00e9plorer. <\/b><\/p>\n<p><b>Quoi qu\u2019il en soit, l\u2019aurore commence \u00e0 poindre et le soleil se l\u00e8ve lentement. <\/b><\/p>\n<p><b>Nous reprenons\u00a0 donc notre chemin, l\u2019estomac vide, mais heureux de pouvoir respirer, malgr\u00e9 les hurlements et les coups de cravache de nos gardiens. <\/b><\/p>\n<p><b>En cours de route, nous sommes salu\u00e9s \u00e0 grands cris de joie par les travailleurs d\u2019un camp entre SIDI AHMED et BIZERTE, qui hurlent\u00a0: \u00ab\u00a0c\u2019est la rel\u00e8ve, c\u2019est la rel\u00e8ve\u00a0\u00bb alors qu\u2019ils ne sont l\u00e0 que depuis cinq ou six jours\u00a0! <\/b><\/p>\n<p><b>Il faut r\u00e9aliser que la plus grande partie de nos camarades n\u2019avait jamais particip\u00e9 \u00e0 la moindre vie militaire, ni \u00e0 aucun entra\u00eenement de cette nature.<\/b><\/p>\n<p><b>Nous entrons dans BIZERTE. <\/b><\/p>\n<p><b>Apr\u00e8s avoir travers\u00e9 des rues totalement d\u00e9sertes au milieu de squelettes d\u2019immeubles d\u00e9molis, aux carcasses b\u00e9antes, nous gravissons une pente qui nous am\u00e8ne \u00e0 la caserne PHILEBERT. <\/b><\/p>\n<p><b>Nous apprenons vite qu\u2019apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 d\u00e9sert\u00e9e par les militaires fran\u00e7ais, elle est devenue un camp de travailleurs juifs. <\/b><\/p>\n<p><b>Pr\u00e8s du portail de l\u2019entr\u00e9e, nous entendons une rumeur, des bruits et des chants\u00a0et un spectacle nous p\u00e9trifie\u00a0: une grande majorit\u00e9 de travailleurs portent sur leurs \u00e9paules un feldwebel allemand. <\/b><\/p>\n<p><b>Tel un chef d\u2019orchestre heureux, celui-ci dirige un ch\u0153ur d\u2019o\u00f9 s\u2019exhalent des paroles \u00ab\u00a0MABOUL, MABOUL\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab\u00a0FOU, FOU\u00a0!\u00a0\u00bb. <\/b><\/p>\n<p><b>Quel accueil et quelle inconscience de la part des travailleurs qui revenaient des chantiers du matin\u00a0! <\/b><\/p>\n<p><b>Nous p\u00e9n\u00e9trons \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la caserne, compos\u00e9e de six ou huit b\u00e2timents prot\u00e9g\u00e9s par des auvents de tuiles, s\u00e9par\u00e9s l\u2019un de l\u2019autre d\u2019une distance de 4 \u00e0 5 m\u00e8tres. <\/b><\/p>\n<p><b>Notre installation dans ces b\u00e2timents est\u00a0 acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e par des coups de bottes ou de fouet. <\/b><\/p>\n<p><b>Les membres de notre groupe s\u2019ins\u00e8rent avec plus ou moins de difficult\u00e9 dans les places encore inoccup\u00e9es. <\/b><\/p>\n<p><b>Puis, on nous regroupe dans la cour, on est mis en rang\u00a0 et un premier appel est fait. <\/b><\/p>\n<p><b>Gilbert TAIEB et moi-m\u00eame allons voir Kakou HABIB qui semble \u00eatre le chef du camp, ayant fait partie du premier contingent que nous avions trouv\u00e9 \u00e0 la caserne. <\/b><\/p>\n<p><b>Il nous confirme que, parlant l\u2019allemand, il avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 par l\u2019officier qui dirige le camp. <\/b><\/p>\n<p><b>Il est ob\u00e8se, toujours souriant, faisant preuve d\u2019un moral \u00e0 toute \u00e9preuve, souvent contagieux fort heureusement. <\/b><\/p>\n<p><b>Il est assist\u00e9 de Lucien ZARKA, qui parle lui aussi l\u2019allemand et qui servira d\u2019interpr\u00e8te, tr\u00e8s utile \u00e0 toutes occasions, enseignant notamment aux camarades en leur parlant en arabe, \u00e0 ruser avec les soldats lorsque des ordres devenaient trop difficiles \u00e0 ex\u00e9cuter. <\/b><\/p>\n<p><b>Par la suite, une sorte d\u2019\u00e9tat major se constitue et se r\u00e9partit les t\u00e2ches de responsabilit\u00e9 : Kakou HABIB, Lucien ZARKA, Gilbert TAIEB, Victor SIBTON dit TUTOR, un ancien militaire de carri\u00e8re,\u00a0 BEDOUCHA et moi-m\u00eame. <\/b><\/p>\n<p><b>MAINTENANT, LA VIE AU CAMP\u00a0? <\/b><\/p>\n<p><b>Comment se d\u00e9roulait-elle quotidiennement\u00a0? <\/b><\/p>\n<p><b>Nous constatons qu\u2019elle \u00e9tait organis\u00e9e selon un rythme bien ordonn\u00e9. <\/b><\/p>\n<p><b>Le matin,\u00a0 r\u00e9veil \u00e0 5 heures ou 6 heures. <\/b><\/p>\n<p><b>Nos cuistots ont d\u00e9j\u00e0 pr\u00e9par\u00e9 un liquide chaud, du caf\u00e9 plus ou moins fort selon nos provisions, et un morceau de pain. <\/b><\/p>\n<p><b>Ensuite, rassemblement sur trois ou quatre rangs et appel, dans la quasi obscurit\u00e9 du matin qui se l\u00e8ve. <\/b><\/p>\n<p><b>Les \u00e9vasions \u00e9tant nombreuses, les camarades s\u2019arrangent pour se remplacer et r\u00e9pondre \u00ab\u00a0pr\u00e9sent\u00a0\u00bb lorsqu\u2019un des \u00e9vad\u00e9s est appel\u00e9. <\/b><\/p>\n<p><b>Ainsi, la plupart du temps, les Allemands, quand il ne s\u2019agissait pas des plus redout\u00e9s, tels que RURH, FRITZ et le surnomm\u00e9 \u00ab\u00a0LE TUEUR\u00a0\u00bb, entre autres &#8211; ne se rendent pas compte de la supercherie. <\/b><\/p>\n<p><b>Les malades sortent du rang pour se diriger vers l\u2019infirmerie o\u00f9 ils seront examin\u00e9s. <\/b><\/p>\n<p><b>Ensuite, les \u00e9quipes partent vers le port ou vers d\u2019autres chantiers de d\u00e9blaiement ou de d\u00e9chargement dans la ville. <\/b><\/p>\n<p><b>De retour,\u00a0 nous prenons le repas tr\u00e8s maigre de midi &#8211; choucroute v\u00e9g\u00e9tarienne fournie par les Allemands, ou pommes de terre ou haricots. <\/b><\/p>\n<p><b>Ces repas sont parfois agr\u00e9ment\u00e9s d\u2019un peu de viande envoy\u00e9e par la Communaut\u00e9 qui ravitaille, comme elle le peut,\u00a0 tous les camps de travailleurs. <\/b><\/p>\n<p><b>Je ne peux oublier ici le r\u00f4le difficile et dangereux jou\u00e9 \u00e0 ce poste du ravitaillement par des camarades vaillants, notamment Edmond SFEZ dont je rappelle le souvenir et Jacques SAMAMA ici pr\u00e9sent. <\/b><\/p>\n<p><b>Le soir, apr\u00e8s le repas, les travailleurs se rapprochent pour bavarder mais ils ne restent pas longtemps ensemble, car s\u2019il y avait une constante durant notre s\u00e9jour \u00e0 BIZERTE, c\u2019\u00e9tait les bombardements nocturnes, quasi-quotidiens et quelquefois diurnes. <\/b><\/p>\n<p><b>Le bombardement du port commence. <\/b><\/p>\n<p><b>C\u2019est un embrasement g\u00e9n\u00e9ral, accompagn\u00e9 d\u2019un vacarme assourdissant qui dure le temps du l\u00e2cher des bombes. <\/b><\/p>\n<p><b>Les travailleurs vont en d\u00e9sordre s\u2019abriter dans les quelques tranch\u00e9es creus\u00e9es par les troupes fran\u00e7aises avant leur d\u00e9part, ou restent dans les baraquements\u00a0, se couvrant la t\u00eate, affol\u00e9s, ou priant. <\/b><\/p>\n<p><b>Quant aux Allemands, apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de l\u2019alerte, ils se pr\u00e9cipitent dans leurs abris bien b\u00e9tonn\u00e9s et ne s\u2019inqui\u00e8tent nullement de notre sort. <\/b><\/p>\n<p><b>Nous-m\u00eames, les responsables, nous essayons de nous glisser vers nos camarades et les r\u00e9confortons de notre mieux. <\/b><\/p>\n<p><b>L\u2019alerte pass\u00e9e, tous rentrent dans leurs baraquements, commentant ce qui venait de se d\u00e9rouler, heureux d\u2019y avoir \u00e9chapp\u00e9 et se r\u00e9signant \u00e0 attendre l\u2019alerte\u00a0 suivante. <\/b><\/p>\n<p><b>Je me souviens en ce moment d\u2019un bombardement diurne, un jour o\u00f9 Paul GHEZ \u00e9tait en inspection parmi nous. <\/b><\/p>\n<p><b>Je me permets de relire ici la relation qu\u2019il en a faite lui-m\u00eame dans son livre \u00ab\u00a0SIX MOIS SOUS LA BOTTE\u00a0\u00bb. <\/b><\/p>\n<p><b>En tout temps, il avait tenu \u00e0 nous inciter \u00e0 nous montrer dignes \u00e0 l\u2019\u00e9gard des Allemands auxquels il refusait de donner de spectacle de Juifs serviles et tremblants. <\/b><\/p>\n<p><b>\u00ab\u00a0A midi, les sir\u00e8nes hurlent. C\u2019est l\u2019alerte. On entend les premi\u00e8res bombes qui tombent sur le port. <\/b><\/p>\n<p><b>\u00ab\u00a0Des hommes se sont abrit\u00e9s dans les tranch\u00e9es am\u00e9nag\u00e9es dans la cour de la caserne. <\/b><\/p>\n<p><b>\u00ab\u00a0Les boches ont gagn\u00e9 en toute h\u00e2te un abri b\u00e9tonn\u00e9 qu\u2019ils se sont fait construire. <\/b><\/p>\n<p><b>\u00ab\u00a0Je devrais en faire autant de toute \u00e9vidence, mais une pens\u00e9e obs\u00e8de mon esprit\u00a0: j\u2019ai une revanche \u00e0 prendre, un prestige \u00e0 maintenir. <\/b><\/p>\n<p><b>\u00ab\u00a0Je d\u00e9cide de ne pas m\u2019abriter et de demeurer ostensiblement debout dans la cour. <\/b><\/p>\n<p><b>\u00ab\u00a0Le geste est pu\u00e9ril\u00a0; il l\u2019est d\u2019autant plus que les chefs des travailleurs, Gilbert TAIEB, Jacques KRIEF et Tutor SITBON s\u2019ent\u00eatent \u00e0 demeurer \u00e0 mes c\u00f4t\u00e9s. <\/b><\/p>\n<p><b>\u00ab\u00a0Le bombardement fait rage\u00a0; des bombes de gros calibre soul\u00e8vent d\u2019\u00e9normes gerbes de terre et de d\u00e9bris de toute sorte. <\/b><\/p>\n<p><b>Des \u00e9clats tombent \u00e0 nos pieds\u00a0; des explosions sont particuli\u00e8rement impressionnantes. <\/b><\/p>\n<p><b>\u00ab\u00a0On entend le sifflement lugubre et la terre tremble. <\/b><\/p>\n<p><b>\u00ab\u00a0C\u2019est tomb\u00e9\u00a0 tout pr\u00e8s\u00a0; j\u2019ai instinctivement courb\u00e9 l\u2019\u00e9chine, mais je me redresse aussit\u00f4t\u00a0: on ne m\u2019a pas vu\u00a0\u00bb. <\/b><\/p>\n<p><b>Je m\u2019approche de l\u2019abri b\u00e9tonn\u00e9 pour annoncer au lieutenant que je vais voir ce qu\u2019il est advenu des groupes travaillant en ville au d\u00e9blaiement. <\/b><\/p>\n<p><b>Il me donne l\u2019ordre de m\u2019abriter. Je refuse avec une immense satisfaction&#8230; <\/b><\/p>\n<p><b>Je refuse avec une immense satisfaction&#8230; <\/b><\/p>\n<p><b>\u00ab\u00a0D\u00e8s l\u2019accalmie, et sans attendre la fin de l\u2019alerte, je me pr\u00e9cipite vers des lieux de travail, suivi des m\u00e9decins, des infirmiers et d\u2019un groupe de volontaires\u00bb. <\/b><\/p>\n<p><i><b>Fin de cette citation. <\/b><\/i><\/p>\n<p><b>Le spectacle que nous allons avoir \u00e0 ce moment l\u00e0 est horrible et nous retrouverons parmi de nombreux cadavres de soldats, de travailleurs arabes, de civils, le corps de l\u2019un de nos travailleurs, poitrine d\u00e9fonc\u00e9 et vente ouvert. <\/b><\/p>\n<p><b>En d\u00e9finitive, ce sont quatre travailleurs qui meurent ce jour l\u00e0, auxquels s\u2019ajoutent ceux d\u2019autres camps et ceux qui seront encore de nouvelles victimes allongeant le martyrologe juif tunisien.<\/b><\/p>\n<p><b>A suivre<\/b> <\/p>\n<p><b>Jacques Krief<br \/> &lt;<a href=\"mailto:michele.krief@wanadoo.fr\">michele.krief@wanadoo.fr<\/a>&gt;\u00a0<\/b><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L\u2019invitation de Claude NATAF \u00e0 participer \u00e0 cette\u00a0 r\u00e9union a fait revivre en ma m\u00e9moire les souvenirs de la p\u00e9riode d\u2019occupation et, bien s\u00fbr, plus particuli\u00e8rement, ceux du camp de BIZERTE. Ces souvenirs \u00e9taient enfouis au plus profond de moi-m\u00eame mais resurgissaient de temps en temps, lors de rencontres fortuites de camarades qui avaient partag\u00e9&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":0,"featured_media":23296,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[18],"tags":[],"class_list":["post-24338","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24338","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24338"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24338\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":28300,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24338\/revisions\/28300"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23296"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24338"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=24338"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=24338"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}