{"id":24343,"date":"2026-09-29T21:19:08","date_gmt":"2026-09-29T21:19:08","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=24343"},"modified":"2026-09-30T01:56:32","modified_gmt":"2026-09-30T01:56:32","slug":"tunis-a-la-fin-du-19eme-siecle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/tunis-a-la-fin-du-19eme-siecle\/","title":{"rendered":"Tunis a la fin du 19eme siecle"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<hr\/><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<div>\n<p><b> Le texte que nous vous pr\u00e9sentons aujourd&rsquo;hui est une pr\u00e9sentation d&rsquo;un manuscrit in\u00e9dit d\u00e9couvert par le professeur El-Mokhtar Bey relatif \u00e0 des impressions de voyage d&rsquo;un jeune Fran\u00e7ais, F\u00e9lix Ferry, qui a pass\u00e9 quinze jours en Tunisie du 21 mai au 3 juin 1893.<\/p>\n<p> Ce texte d\u00e9crit Tunis , ses quartiers, ses souks, son quotidien, ses couleurs et ses odeurs \u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p> Le texte int\u00e9gral de ce manuscrit, pr\u00e9sent\u00e9 et annot\u00e9 par le professeur El-Mokhtar Bey, ainsi qu&rsquo;une tr\u00e8s riche documentation iconographique, pour l&rsquo;essentiel in\u00e9dite, para\u00eetra tr\u00e8s prochainement dans un livre qu&rsquo;\u00e9ditera Maghreb M\u00e9dia dans une nouvelle collection cr\u00e9\u00e9e et dirig\u00e9e par le Professeur El-Mokhtar Bey et intitul\u00e9e : \u00a0\u00bb Les in\u00e9dits de l&rsquo;histoire \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p> Chez un libraire parisien de Montparnasse, sp\u00e9cialis\u00e9 dans l&rsquo;Histoire des colonies fran\u00e7aises, j&rsquo;ai d\u00e9couvert une lettre manuscrite au milieu d&rsquo;un ensemble de documents, poussi\u00e9reux et jaunis par le temps, exhalant cette odeur si caract\u00e9ristique du vieux papier attaqu\u00e9 par l&rsquo;impitoyable moisissure verdelette des \u00e9crits qui dorment dans quelque grenier ou cave oubli\u00e9, relatifs \u00e0 l&rsquo;Afrique du Nord, Son titre, suggestif : \u00ab\u00a0Quinze jours en Tunisie\u00a0\u00bb suscitait, \u00e0 lui seul, la curiosit\u00e9. Son destinataire y ajouta, en couverture au crayon bleu, : \u00ab\u00a0Souvenirs de voyage de mon vieux F\u00e9lix, 21 mai &#8211; 3 juin 93&Prime;, et au verso de la derni\u00e8re page : \u00a0\u00bb Impressions de voyage de mon Zouzou, 21 mai &#8211; 3 juin 93 \u00a0\u00bb (1893).<\/p>\n<p> En le lisant, j&rsquo;eus l&rsquo;intuition soudaine qu&rsquo;elle nous prom\u00e8nerait dans ces lieux baign\u00e9s de myst\u00e8res qu&rsquo;un Occidental d\u00e9couvrait (souvent) avec enthousiasme et enchantement, et enrichirait, dans une certaine mesure, les r\u00e9cits des voyageurs en \u00a0\u00bb pays d&rsquo;Orient \u00ab\u00a0, tels Jean-Andr\u00e9 Peyssonnel, Desfontaines, Ximenez, Hebenstreit, Shaw ou Lady Mary Montagu&#8230; au XVIII\u00e8me si\u00e8cle, Grenville Temple, Heinrich Barth, Louis Franck, Pelissier, Gu\u00e9rin,&#8230; au XIX\u00e8me si\u00e8cle.<\/p>\n<p> Je l&rsquo;acquis donc, presque sans r\u00e9fl\u00e9chir, mais dans le vague espoir de le publier avec quelques commentaires et une iconographie \u00e9clairant la p\u00e9riode &#8211; 1893 -, et par l\u00e0, en facilitant la lecture.<\/p>\n<p> Son r\u00e9dacteur appartenait certainement aux Ferry, et descendrait de Jules, le c\u00e9l\u00e8bre homme politique fran\u00e7ais, avocat, d\u00e9put\u00e9, plusieurs fois ministre et Pr\u00e9sident du Conseil (1880 &#8211; 1881 et 1883 &#8211; 1885), n\u00e9 \u00e0 Saint-Di\u00e9 en 1832 et mort en 1893, l&rsquo;ann\u00e9e m\u00eame du voyage effectu\u00e9 par F\u00e9lix Ferry \u00e0 Tunis. Cela se d\u00e9duit de la description qu&rsquo;il fit de son entr\u00e9e \u00e0 la R\u00e9sidence de France de Tunis : on \u00a0\u00bb lance un formidable M. Ferry dans le premier salon\u2026 -\u00e9crivait-il- A mon nom (le R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral) saute car, h\u00e9las, il n&rsquo;est pas inconnu \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p> Jules Ferry avait un fr\u00e8re, Charles, et un cousin paternel, Hippolyte, un trappiste. Sa m\u00e8re se pr\u00e9nommait Ad\u00e8le et avait une s\u0153ur, Eug\u00e9nie.<\/p>\n<p> Le p\u00e8re de F\u00e9lix, un homme d&rsquo;affaires, \u00e9tait ainsi un Ferry. Mais de quel Ferry s&rsquo;agissait-il ? Sa m\u00e8re se nommait Curie et pourrait appartenir \u00e0 la famille des c\u00e9l\u00e8bres physiciens, Marie et Pierre. Edmond, le cousin maternel de l&rsquo;auteur, avait un beau-fr\u00e8re, Paul Curie, fr\u00e8re du \u00a0\u00bb m\u00e9canicien \u00a0\u00bb du train B\u00f4ne-Souk Ahras (Alg\u00e9rie), \u00a0\u00bb un desing de la compagnie B\u00f4ne-Guelma \u00ab\u00a0. Felix serait ainsi un Ferry-Curie, deux noms prestigieux.<\/p>\n<p> F\u00e9lix \u00e9tait n\u00e9 en 1879. En 1893, l&rsquo;ann\u00e9e de son voyage \u00e0 Tunis, il avait 23 ans.<\/p>\n<p> C&rsquo;\u00e9tait un \u00e9tudiant de \u00a0\u00bb Centrale \u00ab\u00a0, et de ce fait, un scientifique. Il vivait en Alg\u00e9rie depuis 1879. Sur la proposition de son p\u00e8re, il fit le voyage \u00e0 Tunis, pour assister, en qualit\u00e9 de correspondant du journal \u00ab\u00a0Le Petit Parisien\u00a0\u00bb \u00e0 l&rsquo;inauguration de son port. L\u00e0, il retrouva son cousin Edmond, directeur du journal de langue fran\u00e7aise, la D\u00e9p\u00eache Tunisienne ( ?), son \u00e9pouse Suzanne et leurs deux petites filles. Il s\u00e9journa \u00e0 Tunis du 21 mai au 3 juin 1893, le Bey de l&rsquo;\u00e9poque \u00e9tant Ali Pacha Bey III (1882 &#8211; 1902), et le R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral, Charles Rouvier (1892 &#8211; 1894).<\/p>\n<p> Parti en chemin de fer de B\u00f4ne, le dimanche 28 mai 1893 \u00e0 5 heures du matin, pour Tunis en passant par notamment Souk Ahras et le poste-fronti\u00e8re de Ghardimaou, l&rsquo;auteur d\u00e9crit, au courant de la plume dans un style narratif alerte, souple, color\u00e9 et m\u00eame litt\u00e9raire, la campagne, les monts et les vall\u00e9es, les oueds et la Medjerda, les ravins et les torrents, les for\u00eats et les bois, les villages et bourgades, et tel un peintre, les paysages divers et vari\u00e9s, parfois f\u00e9eriques et grandioses, d&rsquo;une nature g\u00e9n\u00e9reuse, d\u00e9filant au rythme saccad\u00e9 de la locomotive \u00e0 vapeur qui, au gr\u00e9 du relief, comme \u00a0\u00bb la b\u00eate humaine \u00ab\u00a0, tire, sans courber l&rsquo;\u00e9chine, les wagons attel\u00e9s, souffle et s&rsquo;essouffle, hal\u00e8te et g\u00e9mit, tire encore et avance gaillardement, parfois avec peine, en poussant de temps \u00e0 autre fi\u00e8rement quelques coups de sifflet longs ou courts, mais toujours stridents et autoritaires&#8230;<br \/> Et puis voil\u00e0 Tunis !<\/p>\n<p> Il est 23 heures. L&rsquo;odeur \u00ab\u00a0subtile et forte\u00a0\u00bb de la Bouhe\u00efra, le Lac, prend F\u00e9lix \u00e0 la gorge ; mais elle passera. Le lendemain, des hauteurs du Belv\u00e9d\u00e8re, il admire \u00a0\u00bb l&rsquo;immense \u00a0\u00bb ville, \u00a0\u00bb blanche et basse \u00ab\u00a0, s&rsquo;\u00e9tendant \u00e0 ses pieds. Il aper\u00e7oit, \u00e0 l&rsquo;Est, le Lac avec, tr\u00f4nant en son milieu, l&rsquo;\u00eele de Chikli, La Goulette et le chenal, \u00e0 l&rsquo;Ouest le Palais du Bardo, \u00a0\u00bb v\u00e9ritable Versailles des beys de Tunis \u00ab\u00a0, au Sud, le Lac Sedjoumi et&#8230; l&rsquo;aqueduc de Zaghouan, au loin, enfin, le Djebel Ressas et le Boukornine.<\/p>\n<p> Apr\u00e8s cette pr\u00e9sentation panoramique du site, il entreprend la description d\u00e9taill\u00e9e de la Capitale et de ses environs. Rad\u00e8s, \u00a0\u00bb l\u00e0 (o\u00f9) une bonne partie des Europ\u00e9ens&#8230; \u00e9migrent \u00ab\u00a0, fuyant les chaleurs de l&rsquo;\u00e9t\u00e9,&#8230; l&rsquo;\u00e9merveille : \u00a0\u00bb &#8230;Un coup d&rsquo;\u0153il de l\u00e0&#8230; et de l&rsquo;air, -\u00e9crit-il \u00e0 son ami Pascal- c&rsquo;est tout bonnement divin&#8230; \u00ab\u00a0.<br \/> Tunis se divise en deux parties bien distinctes en toutes choses : la M\u00e9dina comptant 100.000 \u00e2mes, avec ses maisons blanches, ses ruelles constituant un \u00a0\u00bb v\u00e9ritable labyrinthe&#8230;, d&rsquo;une propret\u00e9 exemplaire \u00a0\u00bb (!), est domin\u00e9e par la Casbah avec les casernes des zouaves, la petite place et son jardin \u00e0 l&rsquo;anglaise, le Dar el-Bey et les minist\u00e8res.<\/p>\n<p> Le \u00a0\u00bb tramway fran\u00e7ais \u00a0\u00bb suit le boulevard enserrant la ville arabe qui s&rsquo;ouvre, sur l&rsquo;ext\u00e9rieur, par des portes dont la plus jolie est la \u00a0\u00bb Porte de la Marine ou Porte de France \u00a0\u00bb qui donne sur \u00a0\u00bb la ville fran\u00e7aise \u00ab\u00a0, s\u00e9par\u00e9e du Lac par deux avenues successives : \u00a0\u00bb l&rsquo;avenue de France, v\u00e9ritable copie des grands boulevards de Paris&#8230; avec des caf\u00e9s dignes de comparaison, des h\u00f4tels de premier ordre et surtout de splendides magasins&#8230; \u00ab\u00a0, puis l&rsquo;Avenue de la Marine&#8230; dans le genre du boulevard de Clichy&#8230; \u00a0\u00bb Une ville toute europ\u00e9enne \u00ab\u00a0, abritant 30.000 habitants, s&rsquo;\u00e9tend de part et d&rsquo;autre de ces deux art\u00e8res principales. On y voit l&rsquo;H\u00f4tel des Postes \u00a0\u00bb qui n&rsquo;a rien \u00e0 envier \u00e0 celui de Paris \u00ab\u00a0&#8230;, la \u00a0\u00bb Maison de France&#8230; rappelant l&rsquo;Elys\u00e9e \u00ab\u00a0&#8230;<\/p>\n<p> Les \u00a0\u00bb Tunisiens sont travailleurs et honn\u00eates ; ils sont plus civilis\u00e9s que les Alg\u00e9riens et la plus grande partie s&rsquo;habille \u00e0 l&rsquo;europ\u00e9enne hormis le fez&#8230; \u00ab\u00a0, \u00e9crit-il. Il est frapp\u00e9 par \u00a0\u00bb leur propret\u00e9 \u00ab\u00a0. F\u00e9lix d\u00e9crit la femme juive qui est m\u00eame \u00a0\u00bb sup\u00e9rieure \u00e0 la n\u00f4tre, montrant ses formes \u00e0 tous les passants \u00ab\u00a0, s&rsquo;int\u00e9resse au concours d&rsquo;escrime et au th\u00e9\u00e2tre, puis se rend \u00e0 la Goulette en empruntant le chemin de fer Rubatino et son train, une \u00ab\u00a0grande bo\u00eete en bois&#8230; \u00ab\u00a0, qui met une heure pour y arriver.<\/p>\n<p> De l\u00e0, sous une pluie fine, une cal\u00e8che le conduit \u00e0 la colline de Byrsa \u00a0\u00bb o\u00f9 tr\u00f4ne la splendide Cath\u00e9drale de Carthage&#8230; monument merveilleux&#8230; o\u00f9 l&rsquo;architecture chr\u00e9tienne et les dentelures arabes s&rsquo;harmonisent merveilleusement \u00ab\u00a0&#8230; Et notre visiteur, qui admire le paysage, de s&rsquo;interroger : \u00a0\u00bb O\u00f9 est la civilisation antique, qu&rsquo;est devenu ce peuple si commer\u00e7ant et si riche ; je sens mes yeux se mouiller &#8211; \u00e9crit-il &#8211; et semblable \u00e0 Scipion, je pleure devant Carthage&#8230; \u00ab\u00a0. Tout \u00e0 la fois nostalgique et r\u00e9aliste, il ajoute cependant : \u00a0\u00bb Il \u00e9tait donc \u00e9crit que le Lac Bahira baignerait toujours des villes immenses et civilis\u00e9es. Apr\u00e8s Carthage, Tunis&#8230; \u00a0\u00bb !<\/p>\n<p> Puis \u00a0\u00bb cahot\u00e9s dans notre voiture digne des temps les plus recul\u00e9s \u00ab\u00a0, il prend la route de La Marsa \u00a0\u00bb o\u00f9 le Bey de Tunis, son harem et sa cour vivent journellement \u00ab\u00a0. F\u00e9lix d\u00e9crit le palais avec \u00a0\u00bb ses quatre superbes petits canons cuivr\u00e9s \u00ab\u00a0, s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 la garde et au G\u00e9n\u00e9ral Boulanger, aux demeures beylicales, \u00e0 la maison d&rsquo;\u00e9t\u00e9 du R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral&#8230;, avant de prendre le train qui le ram\u00e8nera \u00e0 Tunis.<\/p>\n<p> L\u00e0 il visite les souks qui \u00a0\u00bb occupent la superficie d&rsquo;une v\u00e9ritable ville \u00ab\u00a0, toute faite d&rsquo;\u00e9choppes basses, et de rues recouvertes de plafonds ma\u00e7onn\u00e9s, vo\u00fbt\u00e9s ou en bois, \u00e9clair\u00e9es par des ouvertures \u00e0 intervalles r\u00e9guliers. C&rsquo;est un esp\u00e8ce de \u00a0\u00bb grand bazar \u00a0\u00bb dont la superficie d\u00e9passe grand nombre de pr\u00e9fectures fran\u00e7aises, constate-t-il ; on y trouve le souk des parfums, des tissus, de la viande, des ch\u00e9chias, le souk grana&#8230;<\/p>\n<p> L&rsquo;auteur s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 leur organisation et \u00e0 leur structure, aux curiosit\u00e9s qu&rsquo;ils rec\u00e8lent&#8230; \u00a0\u00bb Longtemps &#8211; \u00e9crit-il &#8211; mes yeux garderont le souvenir de l&rsquo;\u00e9blouissement qu&rsquo;ils ont eu \u00ab\u00a0.<br \/> Le lendemain, jeudi 25 mai 1898, il assiste, en journaliste du \u00a0\u00bb Petit Parisien \u00ab\u00a0, \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e \u00a0\u00bb au nouveau port \u00a0\u00bb de Tunis, des ministres fran\u00e7ais, Poincar\u00e9 et Gu\u00e9rin, aux man\u0153uvres du \u00a0\u00bb transat \u00a0\u00bb (transatlantique), au d\u00e9fil\u00e9 des troupes, \u00e0 la f\u00eate de nuit dans les beaux jardins qui entourent la gare, et le surlendemain, vendredi 6 mai, \u00e0 la bataille de fleurs et \u00e0 la brillante soir\u00e9e offerte par le Bey de Tunis, Ali III (1882 &#8211; 1902) au Palais &#8211; Qsar Sa\u00efd &#8211; du Bardo.<\/p>\n<p> Ce palais \u00a0\u00bb occupe un superbe carr\u00e9 au centre d&rsquo;un jardin f\u00e9erique remarquable surtout par ses plantations d&rsquo;orangers \u00ab\u00a0, \u00e9crit-il. Au premier \u00e9tage se d\u00e9roule la f\u00eate \u00e0 laquelle assistent le Souverain et sa Cour, le R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral de France \u00e0 Tunis, Rouvier (1892 &#8211; 1894), les ministres fran\u00e7ais,&#8230; \u00a0\u00bb un essaim de femmes suaves et charmantes&#8230; admirant les \u00ab\u00a0alm\u00e9es de Biskra\u00a0\u00bb ex\u00e9cutant la danse du ventre&#8230; Quelles jolies europ\u00e9ennes ! Je me sens encore tout \u00e9mu en me souvenant de ces jolis profils d&rsquo;Italiennes au regard pur et chaud, \u00e0 la peau satin\u00e9e, \u00e0 la bouche si rouge qu&rsquo;on voudrait y cueillir un baiser, s&rsquo;exclame-t-il. Que tu as bien fait, Pascal, de ne pas venir, tu en aurais fait une maladie !&#8230; \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p> Le Bey parti, les fauteuils sont pouss\u00e9s contre le mur et les musiques alternent pour faire danser les invit\u00e9s. \u00a0\u00bb Quelles valses, Pascal -\u00e9crit-il- je sens encore le parfum de la charmante Italienne que j&rsquo;ai fait tourner avec toute la vigueur de mon \u00e2ge ! Quelle soir\u00e9e inoubliable !&#8230; \u00ab\u00a0.<br \/> Le samedi 27 mai 1893 sera consacr\u00e9 au d\u00e9fil\u00e9 des chars de la colonie italienne, des pompiers, des zouaves&#8230;, du tramway \u00a0\u00bb orn\u00e9 \u00e0 l&rsquo;arabe \u00ab\u00a0, tir\u00e9 par des dromadaires.<\/p>\n<p> Le dimanche 28, \u00e0 8H30, a lieu enfin l&rsquo;inauguration du port &#8211; principal motif de son voyage \u00e0 Tunis &#8211; en pr\u00e9sence de Ali Bey, de son fr\u00e8re, l&rsquo;h\u00e9ritier pr\u00e9somptif du tr\u00f4ne, le Prince Ta\u00efeb, de Rouvier, le R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral, des ministres, des g\u00e9n\u00e9raux,&#8230; Les man\u0153uvres commencent par une d\u00e9monstration de \u00a0\u00bb L&rsquo;hirondelle \u00ab\u00a0, ancien yacht de l&rsquo;imp\u00e9ratrice Eug\u00e9nie de Montejo, \u00e9pouse de Napol\u00e9on III (1852 &#8211; 1870), avant que le transat, \u00a0\u00bb La Ville de Tunis \u00ab\u00a0, n&rsquo;entre dans le port, salu\u00e9 par un charivari de tous les diables, domin\u00e9 par les salves des canons.<\/p>\n<p> Puis Ali III quitte la tribune, accompagn\u00e9 par le R\u00e9sident qui l&rsquo;escorte jusqu&rsquo;\u00e0 son carrosse dor\u00e9. Le d\u00e9fil\u00e9 des troupes commence alors devant la Maison de France.<\/p>\n<p> F\u00e9lix consacrera son apr\u00e8s-midi au festival musical, en attendant de jouir de la f\u00eate nautique nocturne, et de la soir\u00e9e donn\u00e9e par Rouvier, dans les jardins de sa r\u00e9sidence de Tunis, bond\u00e9e de monde&#8230; et surtout de demoiselles&#8230; Quelle \u00a0\u00bb nuit divine ! \u00ab\u00a0, \u00e9crit-il \u00e0 Pascal. Peut-il d&rsquo;ailleurs en \u00eatre autrement avec des \u00a0\u00bb donzelles \u00a0\u00bb si charmantes, \u00a0\u00bb des danses d\u00e9licieuses, des valses id\u00e9ales, un buffet toujours renaissant et agr\u00e9ment\u00e9 d&rsquo;un r\u00e9giment de bouteilles de champagne, un jardin frais et coquettement \u00e9clair\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, des sentiers bien tentants o\u00f9 j&rsquo;ai compt\u00e9 fleurette \u00e0 plus d&rsquo;une danseuse&#8230; \u00a0\u00bb &#8230;Et l&rsquo;aube se l\u00e8ve ! Et avec elle para\u00eet le d\u00e9senchantement !<\/p>\n<p> Les femmes, si belles la veille, ressemblent alors \u00e0 des cadavres ! Et les charmants minois qui l&rsquo;ont si intens\u00e9ment \u00e9motionn\u00e9 lui \u00a0\u00bb donnent maintenant la naus\u00e9e \u00a0\u00bb ! Aussi se dit-il, d\u00e9sabus\u00e9, \u00a0\u00bb quelle triste chose, la vie !&#8230; \u00ab\u00a0. Mais de la d\u00e9sillusion rena\u00eet l&rsquo;espoir !<\/p>\n<p> De fait, il consacrera le lundi 29 mai 1893 \u00e0 Rad\u00e8s et&#8230; aux bordels de Tunis o\u00f9 il se rend avec un camarade le pistolet \u00e0 la main ! Mais il les trouvera \u00e9patants.<\/p>\n<p> Le mardi, il emprunte une m\u00e9chante diligence pour aller \u00e0 Bizerte, l&rsquo;ancienne Venise africaine, qu&rsquo;il trouve sale, mais qui offre \u00e0 \u00a0\u00bb la France&#8230; et \u00e0 sa flotte le port le plus s\u00fbr de la M\u00e9diterran\u00e9e \u00ab\u00a0.<\/p>\n<p> Les deux derniers jours, il les r\u00e9serve d&rsquo;abord au Palais beylical du Bardo, \u00e0 ses \u00e9curies, \u00e0 la caserne de la Garde et aux communs, au mus\u00e9e Alaoui, ensuite \u00e0 Dar el Bey, \u00e0 la Casbah de Tunis. Le r\u00eave s&rsquo;ach\u00e8ve l\u00e0 ! Le lundi 3 juin \u00e0 5 heures du matin, il reprend le train pour B\u00f4ne o\u00f9 il arrivera \u00e0 20 heures, la t\u00eate remplie de merveilleux souvenirs.<\/p>\n<p> Tel est le canevas d&rsquo;un r\u00e9cit, riche d&rsquo;impressions et d&rsquo;observations dont certaines sont r\u00e9v\u00e9latrices des intentions profondes de la bourgeoisie de l&rsquo;\u00e9poque qui, sans \u00eatre encore franchement annexionniste, ne vise pas moins la domination totale de la Tunisie par une France \u00a0\u00bb civilisatrice \u00ab\u00a0, quoique l&rsquo;auteur, qui appartient \u00e0 cette classe, ne cache pas son admiration d&rsquo;une belle capitale, alliant modernit\u00e9 et tradition, et de Tunisiens \u00e9volu\u00e9s sans toutefois la France, d\u00e8s lors que le Trait\u00e9 du Bardo du 12 mai 1881 et la Convention de La Marsa du 8 juin 1883, n&rsquo;ont respectivement que 12 et 10 ans d&rsquo;\u00e2ge !<\/p>\n<p> Il reste n\u00e9anmoins que F\u00e9lix constate, avec regret, que la Tunisie est \u00a0\u00bb une terre qui n&rsquo;est pas n\u00f4tre \u00ab\u00a0, et que Tunis est, \u00a0\u00bb une des capitales du monde arabe \u00ab\u00a0, et qu&rsquo;il sent que le \u00a0\u00bb vieux prince (Ali III) \u00ab\u00a0, assis dans un fauteuil dominant les ministres fran\u00e7ais, Poincar\u00e9 et Gu\u00e9rin, et le R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral, \u00a0\u00bb n&rsquo;est pas sous notre tutelle, que l&rsquo;entente existe (certes, mais&#8230;) que nous sommes l\u00e0 pour le seconder \u00ab\u00a0. \u00a0\u00bb Un jour viendra, esp\u00e8re-t-il n\u00e9anmoins, o\u00f9 toute la Tunisie sera fran\u00e7aise car elle l&rsquo;est de c\u0153ur d\u00e9j\u00e0 \u00a0\u00bb : alors les assassinats (imagin\u00e9s) dans les souterrains des harems beylicaux \u00a0\u00bb o\u00f9 les hommes et la loi ne pouvaient p\u00e9n\u00e9trer, o\u00f9 l&rsquo;on n&rsquo;enregistrait ni les naissances ni les morts \u00ab\u00a0, dispara\u00eetraient&#8230; \u00a0\u00bb Car l&rsquo;occupation fran\u00e7aise changerait tout cela \u00ab\u00a0&#8230;<\/p>\n<p> En v\u00e9rit\u00e9, la politique sournoise et rampante de l&rsquo;annexion de fait, sous la forme de l&rsquo;administration directe, institu\u00e9e par Paul Cambon et poursuivie par ses successeurs, recevait d\u00e9j\u00e0 bonne application ! F\u00e9lix ne le savait pas.<\/p>\n<p> Dr. El-Mokhtar Bey<br \/> <\/b><\/p>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n<\/p><\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le texte que nous vous pr\u00e9sentons aujourd&rsquo;hui est une pr\u00e9sentation d&rsquo;un manuscrit in\u00e9dit d\u00e9couvert par le professeur El-Mokhtar Bey relatif \u00e0 des impressions de voyage d&rsquo;un jeune Fran\u00e7ais, F\u00e9lix Ferry, qui a pass\u00e9 quinze jours en Tunisie du 21 mai au 3 juin 1893. Ce texte d\u00e9crit Tunis , ses quartiers, ses souks, son quotidien,&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":0,"featured_media":23296,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[18],"tags":[],"class_list":["post-24343","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-histoire"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24343","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24343"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24343\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":28305,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24343\/revisions\/28305"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23296"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24343"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=24343"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=24343"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}