{"id":24344,"date":"2026-09-29T21:19:08","date_gmt":"2026-09-29T21:19:08","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=24344"},"modified":"2026-09-30T01:56:33","modified_gmt":"2026-09-30T01:56:33","slug":"tunis-sous-loccupation-allemande-par-emile-tubiana-2","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/tunis-sous-loccupation-allemande-par-emile-tubiana-2\/","title":{"rendered":"TUNIS SOUS L&rsquo;OCCUPATION ALLEMANDE, par Emile Tubiana"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><strong>Durant l&rsquo;occupation allemande en Tunisie, les hommes juifs \u00e9taient pris par les Allemands aux travaux obligatoires; les Juifs riches devaient verser des sommes importantes \u00e0 une caisse sp\u00e9ciale du Comit\u00e9 Juif de Tunis. Ces sommes devaient payer la nourriture des travailleurs forc\u00e9s juifs. Les jeunes gens des familles riches pouvaient se soustraire ainsi \u00e0 ces travaux durs. Les familles juives qui habitaient des villas et des beaux appartements devaient c\u00e9der le meilleur de leur foyer aux officiers allemands. <\/strong><\/p>\n<p><strong>La soeur de ma grand-m\u00e8re, qui travaillait et habitait dans un quartier riche, m\u0092a relat\u00e9 cette histoire.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Une de ses voisines, qui \u00e9tait dans sa soixantaine, se trouvait dans l&rsquo;obligation d&rsquo;h\u00e9berger un h\u00f4te allemand malgr\u00e9 elle. Son fils Robert qui lui \u00e9tait pris dans une raffle \u00e9tait enfin lib\u00e9r\u00e9 des travaux forc\u00e9s gr\u00e2ce \u00e0 l&rsquo;intervention de cet officier allemand. Ce colonel venait tous les soirs \u00e0 la maison et occupait la meilleure chambre de la maison. La vielle dame cuisinait des bons plats. L&rsquo;Allemand mangeait \u00e0 table dans la seule salle \u00e0 manger o\u00f9 toute la famille prenait le d\u00eener. Ainsi la dame, qui ne pouvait supporter d&rsquo;avoir un \u00ab\u00a0boche\u00a0\u00bb \u00e0 sa table, finit par lui servir aussi tous les matins le petit d\u00e9jeuner et les soirs le d\u00eener. L&rsquo;Allemand avait aim\u00e9 son couscous et surtout ses boulettes. La bonne cuisini\u00e8re lui faisait des bons petits plats pour garder de bons rapports, selon la co\u00fbtume du pays. Ce soldat qui \u00e9tait l\u00e0 pour faire la guerre se trouvait berc\u00e9 par la gentillesse et le soin d&rsquo;une famille juive tunisienne. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Apr\u00e8s un certain temps, il finit par appeler la dame, &lsquo;maman&rsquo; et pour se rendre cr\u00e9dible et qu&rsquo;il \u00e9tait vraiememnt sinc\u00e8re, il apportait tous les soirs des friandises en remerciement pour sa gentillesse. Il \u00e9tait si bien \u00e9duqu\u00e9 qu&rsquo;il apportait aussi de temps \u00e0 autre du tabac et des feuilles de cigarettes \u00e0 son mari. Celui-ci les revendait au march\u00e9 noir et s&rsquo;acheteait avec la recette des produits qui lui manquaient. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Un jour le colonel apporta un bon Pumpernickel (un pain noir tr\u00e8s fameux). La bonne m\u00e8re qui n\u0092avait jamais vu un tel pain, \u00e0 voir cel\u00e0, dit instinctivement: \u00ab\u00a0El Lotf\u00a0\u00bb(que Dieu nous pr\u00e9serve). Le colonel croyant que c\u0092\u00e9tait un compliment et demanda a son fils Robert: \u00ab\u00a0Qu\u0092est-ce que ta m\u00e8re a dit?\u00a0\u00bb Celui-ci, avec un flegme, traduit: \u00ab\u00a0Cel\u00e0 veut dire: Quel miracle!\u00a0\u00bb L\u0092Allemand tout fier de lui-m\u00eame fit: \u00ab\u00a0Madame, je peux vous apporter tous les jours des miracles pareils\u00a0\u00bb. La pauvre femme, ne comprenant plus rien de l\u0092histoire, lui remercia et s\u0092enfuit dans sa chambre. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Les membres du Comit\u00e9 Juif approchaient maintes fois le mari pour lui demander des faveurs, qu&rsquo;\u00e0 son tour il les demandait \u00e0 l&rsquo;officier. Ainsi plusieurs hommes qui \u00e9taient ch\u00e9tifs et ne pouvaient pas supporter les travaux durs auquels on les avait assuj\u00e9ttis finissaient par \u00eatre lib\u00e9r\u00e9s. Les relations entre la dame, son mari et le colonel \u00e9taient tr\u00e8s polies et respectueuses. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Un samedi cet officier \u00e9tait rest\u00e9 \u00e0 la maison, ce qui ne plaisait pas du tout \u00e0 la dame et \u00e0 son mari. Les deux maintenaient la tradition juive. Le samedi on ne cuisinait pas, le mari ne fumait pas, par respect du Shabat. Le matin le colonel fit tranquillement sa douche et commen\u00e7ait \u00e0 chanter des chants allemands qui \u00e9taient loin des sons fran\u00e7ais et arabes connus par les Juifs. La dame faisait des grimaces\u00a0 \u00e0 son mari en signe de m\u00e9contentement. Apr\u00e8s s\u0092\u00eatre habill\u00e9, l&rsquo;officier rentra avec une cigarette allum\u00e9e chez la dame, pour la saluer. La bonne m\u00e8re le renvoit avec une s\u00e9v\u00e9rit\u00e9 qui laissa l&rsquo;Allemand stup\u00e9fait. Le colonel qui voulait quand-m\u00eame se montrer poli, alla \u00e0 la chambre de son fils et se plaigna aupr\u00e8s de celui-ci de l&rsquo;attitude \u00e9trange de sa maman. Robert qui devait sa vie \u00e0 cet officier, de l&rsquo;avoir lib\u00e9r\u00e9 des travaux forc\u00e9s, se sentit oblig\u00e9 de l&rsquo;accueillir. Il lui dit:<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0\u00bb Wolfgang, tu a os\u00e9 aller chez ma m\u00e8re avec une cigarette allum\u00e9e le Shabat, tu n&rsquo;a pas honte? L&rsquo;Allemand, \u00e0 qui jusqu&rsquo;ici personne n\u0092avait jamais parl\u00e9 avec des propos semblables et comme il ne voulait pas perdre la gentillesse et le bon soin de la bonne m\u00e8re, dit \u00e0 Robert:<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Que dois-je faire pour r\u00e9parer ceci?\u00a0\u00bb Robert d&rsquo;un flegme bien tunisien lui r\u00e9pondit: <\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Entre chez maman sans cigarette et demande-lui pardon et promets-lui de ne plus fumer le Shabat.\u00a0\u00bb Le colonel qui jouissait des bons plats et du bon soin de sa maman, alla chez elle en lui promettant de ne plus fumer le samedi. <\/strong><\/p>\n<p>*<\/p>\n<p><strong>ANNECDOTE DE LA GUERRE<\/strong><\/p>\n<p><strong>Lorsque les travailleurs juifs \u00e9taient align\u00e9s, un officier allemand passait pr\u00e8s d\u0092un Tunisois qui avait une belle montre et un manteau. It dit au Juif d\u0092un ton rude:<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Gib mir diese Uhr\u00a0\u00bb (donne-moi cette montre). Celui-ci lui r\u00e9pond flegmatiquement:<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Combien tu me donnes?\u00a0\u00bb L\u0092officier en rage lui arrache la montre de la main et lui dit:<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Juden kaputt\u00a0\u00bb (les Juifs sont cass\u00e9s). Le Juif, se retournant vers ses camarades dit d\u0092un air \u00e9tonn\u00e9:<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Chouf el blata (regarde l\u0092audace) il m\u0092a pris la montre et il veut encore le caboute! (manteau)\u00a0\u00bb L\u0092Allemand n\u0092y comprenant rien \u00e0 tout cel\u00e0, tira son r\u00e9volver abattit le pauvre Juif. Les autre dirent: \u00ab\u00a0Pour un manteau il le tue???\u00a0\u00bb <\/strong><\/p>\n<p><strong>*<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pendant cette p\u00e9riode obscure les Juifs tunisois n&rsquo;ont jamais cess\u00e9 de cr\u00e9er des chansons sur les \u00e9ven\u00e9ments qui les touchaient. J&rsquo;ai jug\u00e9 bon d&rsquo;en apporter quelques unes\u00a0\u00e0 la connaissance du lecteur qui s&rsquo;int\u00e9resse \u00e0 la communaut\u00e9 juive de Tunisie. Je vous saurais gr\u00e9 si quelqu\u0092un se rapp\u00e8le et pourrait compl\u00e9ter ces chansons, afin de garder des traces de l\u0092histoire pour les prochaines g\u00e9n\u00e9rations.<\/strong><\/p>\n<p>1<\/p>\n<p>Nikess nikess very good nikess nikess very good <\/p>\n<p>Nikess nikess very good ouadi el khalla blachi doud<\/p>\n<p>Nikess nikess very good messelmin ma&rsquo;a ihoud <\/p>\n<p>Nikess nikess very good . . .. . .. . . . . . . <\/p>\n<p>Rien, rien (allemand), tr\u00e8s bien (anglais), Rien, rien (allemand), tr\u00e8s bien (anglais) <\/p>\n<p>Rien, rien (allemand), tr\u00e8s bien (anglais) C\u0092est un fruit nouveau, sans ver (arabe)<\/p>\n<p>Rien, rien (allemand), tr\u00e8s bien (anglais) Les Musulmans avec les Juifs (arabe)<\/p>\n<p>Rien, rien (allemand), tr\u00e8s bien (anglais) &#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;&#8230;<\/p>\n<p>2<\/p>\n<p>Hazouna hazouna fej jbibina hatouna <\/p>\n<p>A&rsquo;ad l&rsquo;allman hassrouna<\/p>\n<p>Hazouna hazouna fel lahjar khadmouna<\/p>\n<p>Hazouna hazouna bel kravach darbouna<\/p>\n<p>Ils nous ont pris, ils nous on pris, ils nous ont mis dans la \u00ab\u00a0jbibina\u00a0\u00bb (?)<\/p>\n<p>Chez les Allemands nous \u00e9tions prisonniers<\/p>\n<p>Ils nous ont pris, ils nous on pris, dans les pierres ils nous ont fait travailler<\/p>\n<p>Ils nous ont pris, ils nous on pris, ils nous ont frapp\u00e9 avec les cravaches (arabe)<\/p>\n<p>3<\/p>\n<p>Hoy ya ya hbibet el fella<\/p>\n<p>Mel fom el foum tkalem ma alla<\/p>\n<p>Loqma skhouna klina<\/p>\n<p>Bayout essla ou klam<\/p>\n<p>Kotrot eli rina ayouna lalla<\/p>\n<p>refrain<\/p>\n<p>Hoy ya ya hbibet el fella<\/p>\n<p>De bouche en bouche on parle avec Dieu<\/p>\n<p>Une bouch\u00e9e chaude on a mang\u00e9<\/p>\n<p>La chorale de la synagogue avec ses paroles<\/p>\n<p>Tellement qu\u0092on a vu, que nos yeaux se sont dirig\u00e9s vers Dieu.<\/p>\n<p>4<\/p>\n<p>Khamous jana he khamous jana he <\/p>\n<p>Khamous jana jab el kheer ou qa&rsquo;ad bahdana.<\/p>\n<p>Darbet sirina dlamou eynena etc&#8230;<\/p>\n<p>Les Alli\u00e9s sont arriv\u00e9s, les Alli\u00e9s sont arriv\u00e9s<\/p>\n<p>Les Alli\u00e9s sont arriv\u00e9s, ils nous ont apport\u00e9 la richesse et ils sont rest\u00e9s aupr\u00e8s de nous.<\/p>\n<p>La sir\u00e8ne a sonn\u00e9 et nos yeux ont vu noir. . . . <\/p>\n<p>(Pendant la guerre, on appelaient les Alli\u00e9s \u00ab\u00a0Khamous\u00a0\u00bb et les Allemands \u00ab\u00a0Haj\u00a0\u00bb.)<\/p>\n<p>5 <\/p>\n<p>Apr\u00e8s la guerre fini<\/p>\n<p>Soldats anglais partis<\/p>\n<p>Et mademoiselle plenty pikinini<\/p>\n<p>Apr\u00e8s la guerre fini.<\/p>\n<p>6<\/p>\n<p>Avanti avanti los <\/p>\n<p>Avanti avanti los <\/p>\n<p>Ouhadi leghwet el bakouch<\/p>\n<p>Avancez, avancez (italien) En avant (allemand)<\/p>\n<p>Avancez, avancez (italien) En avant (allemand)<\/p>\n<p>C\u0092est le language des muets<\/p>\n<p>7<\/p>\n<p>Mussolini El Mahboul<\/p>\n<p>Col sa&rsquo;a ya&rsquo;mel discour<\/p>\n<p>Yetla fel radio ouyqoul<\/p>\n<p>Nhab nakhod Latunisia<\/p>\n<p>Lemema Ali Mechouya<\/p>\n<p>Mussolini le fou<\/p>\n<p>fait toutes les heures un discours<\/p>\n<p>et \u00e0 la radio il dit:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Je veux prendre la Tunisie\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Que sa maman soit en deuil pour lui.<\/p>\n<p><strong>Emile Tubiana<br \/> <\/strong><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Durant l&rsquo;occupation allemande en Tunisie, les hommes juifs \u00e9taient pris par les Allemands aux travaux obligatoires; les Juifs riches devaient verser des sommes importantes \u00e0 une caisse sp\u00e9ciale du Comit\u00e9 Juif de Tunis. 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