{"id":2442,"date":"2014-01-01T01:54:32","date_gmt":"2014-01-01T01:54:32","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=2442"},"modified":"2014-01-01T01:05:41","modified_gmt":"2014-01-01T01:05:41","slug":"howard-jacobson-etre-juif-ou-ne-pas-etre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/howard-jacobson-etre-juif-ou-ne-pas-etre\/","title":{"rendered":"Howard Jacobson : Etre juif ou ne pas \u00eatre"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div property=\"description\">\n<p>\n\t\tHoward Jacobson : Etre juif ou ne pas &ecirc;tre<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tAur&eacute;ol&eacute; du prestigieux Man Booker Prize, <strong><em>La Question Finkler<\/em><\/strong> de <strong>Howard Jacobson<\/strong> d&eacute;barque en France chez Calmann-L&eacute;vy. Consid&eacute;r&eacute; comme le Philip Roth britannique, l&rsquo;&eacute;crivain y livre une r&eacute;flexion d&eacute;capante sur l&rsquo;identit&eacute; juive au XXI&egrave;me si&egrave;cle, doubl&eacute;e d&rsquo;une belle histoire d&rsquo;amiti&eacute; sur fond de deuil et de d&eacute;boires amoureux.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tC&rsquo;est quoi, &ecirc;tre juif ? Voil&agrave; une question &agrave; laquelle Julian Treslove, 49 ans, est bien incapable de r&eacute;pondre autrement que par la litanie des clich&eacute;s habituels et une bonne dose de jalousie envers Samuel Finkler, son ancien camarade d&rsquo;&eacute;cole parvenu au fa&icirc;te de la gloire en signant des manuels de d&eacute;veloppement personnel &agrave; base de philosophie pr&eacute;m&acirc;ch&eacute;e. Si bien que pour Treslove, un juif est un &quot;finkler&quot;, un type arrogant, entreprenant, orgueilleux, partageant avec les siens une sorte de &quot;physionomie spirituelle&quot;. Un type qui m&egrave;ne une carri&egrave;re aux antipodes de son obscure exp&eacute;rience de production musicale &agrave; la BBC et de son actuel emploi de sosie de stars &#8211; &agrave; la demande, Brad Pitt, Billy Crystal ou autre. M&ecirc;me lorsque Finkler et leur ancien professeur presque nonag&eacute;naire, Libor Sevcik &#8211; un journaliste juif immigr&eacute; de Tch&eacute;coslovaquie et devenu le confident des grandes beaut&eacute;s hollywoodiennes -, se retrouvent veufs, Treslove doit se contenter de les envier. Car ce &quot;psychopathe sentimental&quot;, amoureux en s&eacute;rie et p&egrave;re de deux &quot;extraterrestres&quot; qu&rsquo;il n&rsquo;a pas &eacute;lev&eacute;s, souffre de ce qu&rsquo;il appelle le complexe de Mimi (celle de La Boh&egrave;me de Puccini, un de ses op&eacute;ras pr&eacute;f&eacute;r&eacute;s) : il r&ecirc;ve d&rsquo;une d&eacute;funte &eacute;pouse &agrave; pleurer au paroxysme de l&rsquo;amour. A d&eacute;faut, Treslove le bien nomm&eacute; collectionne les ex en fuite et sait le malheur toujours imminent. Jusqu&rsquo;&agrave; ce soir o&ugrave; il est agress&eacute; en rentrant d&rsquo;un d&icirc;ner avec ses amis. Par une femme, &quot;d&eacute;trouss&eacute; de tous ses biens et trait&eacute; de youpin&quot;. L&rsquo;aurait-on pris pour Finkler, ou pour tout autre finkler ?<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tEt si Treslove devenait juif ? Pas un converti, non, plut&ocirc;t la proie de stigmates, d&rsquo;abord, une toile vierge (n&rsquo;a-t-il pas un physique commun, sans asp&eacute;rit&eacute; ?) o&ugrave; surgissent les couleurs d&rsquo;une culture myst&eacute;rieuse. Puis le h&eacute;ros autoproclam&eacute; d&rsquo;une grande famille, d&rsquo;un tout qu&rsquo;il croit chaud et douillet, adopt&eacute; pour combler &quot;son histoire sans intrigue&quot;. Galvanis&eacute; par les offenses faites aux juifs &agrave; travers le monde, Treslove entre en jud&eacute;it&eacute; avec autant de volont&eacute; que de maladresse. Il s&rsquo;interroge jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;obsession sur les inconv&eacute;nients de la circoncision et la reconstruction du pr&eacute;puce, baragouine des mots tendres en yiddish pour s&eacute;duire Hephzibah, une lointaine parente de Libor en passe de &quot;mettre sur pied un mus&eacute;e de la Culture jud&eacute;o-britannique&quot;. Et &agrave; mesure que Treslove s&rsquo;&eacute;chine &agrave; d&eacute;chiffrer le code juif, Finkler, lui, s&rsquo;obstine &agrave; boycotter ses origines et rejoint la Soci&eacute;t&eacute; des juifs honteux anglais et humanistes, la SHOAH, qui r&eacute;prouve la politique isra&eacute;lienne. Il reproche &agrave; leur ami Libor ses yiddishismes, sa mentalit&eacute; de victime. Mais le vieil homme obnubil&eacute; par le souvenir de sa femme n&rsquo;a d&eacute;j&agrave; plus la force de se battre. Il sent qu&rsquo;Isra&euml;l, qu&rsquo;il prononce &quot;Isrrrra&euml;&rdquo; avec un profond sens du sacr&eacute;, sera bient&ocirc;t son ultime demeure.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tC&rsquo;est ainsi que Howard Jacobson, ma&icirc;tre dans l&rsquo;art d&eacute;licat de l&rsquo;autod&eacute;rision et de l&rsquo;humour juifs, parvient &agrave; dynamiter les clich&eacute;s : en les alignant et en soulignant leurs contradictions, en prouvant &quot;que tout argument a un contre-argument&quot;. Il &eacute;l&egrave;ve le rire &#8211; sarcastique, f&eacute;roce, ravageur &#8211; au rang de rh&eacute;torique, de vecteur d&rsquo;un questionnement existentiel, dress&eacute; au c&oelig;ur de son &oelig;uvre. Sugg&eacute;rant ici que les juifs n&rsquo;ont peut-&ecirc;tre pas le monopole de leur culture et de leur salut. L&agrave; qu&rsquo;ils sont parfois leurs meilleurs ennemis. Car Jacobson aime s&rsquo;aventurer sur le chemin &eacute;pineux de la provocation et d&eacute;ployer sa science de l&rsquo;histoire culturelle et religieuse juive, de son continuum, de son actualit&eacute;. Avocat notoire de cause isra&eacute;lienne, il &eacute;rige Finkler en figure de proue des antisionistes juifs, symbole de jud&eacute;it&eacute;, m&ecirc;me contrari&eacute;e, pour Treslove, son ami goy, et exemple d&rsquo;antis&eacute;mitisme pour Libor, son coreligionnaire. Un homme d&eacute;chir&eacute; qui, dans son acharnement &agrave; se lib&eacute;rer du poids de 5.000 ans d&rsquo;histoire, incarne aussi bien la t&eacute;nacit&eacute; des pr&eacute;jug&eacute;s que la peur d&rsquo;&ecirc;tre encore d&eacute;poss&eacute;d&eacute; ou la confusion entre perp&eacute;tuation et fardeau.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tMais le regard que Jacobson porte sur ce malaise identitaire d&eacute;borde le cadre de la question juive, par ailleurs irr&eacute;ductible. Il interroge la libert&eacute; des non-juifs &agrave; d&eacute;battre, &agrave; s&rsquo;approprier un faisceau d&rsquo;&eacute;v&eacute;nements, de la Shoah au conflit isra&eacute;lo-palestinien, qui imprime sa marque sur toute l&rsquo;humanit&eacute;. Et la qu&ecirc;te d&eacute;sesp&eacute;r&eacute;e d&rsquo;identit&eacute; juive, souvent, s&rsquo;efface derri&egrave;re des motifs intrins&egrave;quement universels, derri&egrave;re les liens de l&rsquo;amiti&eacute;, le foss&eacute; interg&eacute;n&eacute;rationnel, la filiation, l&rsquo;amour, la trahison, le deuil, la musique&hellip; La Question finkler est un roman ambitieux, loquace, digressif, intelligent, spirituel, sem&eacute; d&rsquo;ombres et d&rsquo;orni&egrave;res. Mais ce n&rsquo;est pas un roman d&rsquo;initi&eacute;s. Plut&ocirc;t un miroir tendu &agrave; tous ceux qui savent rire de leurs faiblesses et admettent l&rsquo;immense difficult&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre quelqu&rsquo;un, simplement. Qu&rsquo;on soit finkler ou pas.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<em>Thomas Flamerion<\/em><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Howard Jacobson : Etre juif ou ne pas &ecirc;tre &nbsp; Aur&eacute;ol&eacute; du prestigieux Man Booker Prize, La Question Finkler de Howard Jacobson d&eacute;barque en France chez Calmann-L&eacute;vy. 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