{"id":24682,"date":"2026-09-30T00:03:51","date_gmt":"2026-09-30T00:03:51","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=24682"},"modified":"2026-09-30T01:57:05","modified_gmt":"2026-09-30T01:57:05","slug":"booz-endormi-par-victor-hugo","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/booz-endormi-par-victor-hugo\/","title":{"rendered":"Booz endormi, par Victor Hugo"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><b> <br \/> Booz s etait couche de fatigue accable ;<br \/> Il avait tout le jour travaille dans son aire ;<br \/> Puis avait fait son lit a sa place ordinaire ;<br \/> Booz dormait aupres des boisseaux pleins de ble.<\/p>\n<p> Ce vieillard possedait des champs de bles et d orge ;<br \/> Il etait, quoique riche, a la justice enclin ;<br \/> Il n avait pas de fange en l eau de son moulin ;<br \/> Il n avait pas d enfer dans le feu de sa forge.<\/p>\n<p> Sa barbe etait d argent comme un ruisseau d avril.<br \/> Sa gerbe n etait point avare ni haineuse ;<br \/> Quand il voyait passer quelque pauvre glaneuse :<br \/> &#8211; Laissez tomber expres des epis, disait-il.<\/p>\n<p> Cet homme marchait pur loin des sentiers obliques,<br \/> Vetu de probite candide et de lin blanc ;<br \/> Et, toujours du cote des pauvres ruisselant,<br \/> Ses sacs de grains semblaient des fontaines publiques.<\/p>\n<p> Booz etait bon maitre et fidele parent ;<br \/> Il etait genereux, quoiqu il fut econome ;<br \/> Les femmes regardaient Booz plus qu un jeune homme,<br \/> Car le jeune homme est beau, mais le vieillard est grand.<\/p>\n<p> Le vieillard, qui revient vers la source premiere,<br \/> Entre aux jours eternels et sort des jours changeants ;<br \/> Et l on voit de la flamme aux yeux des jeunes gens,<br \/> Mais dans l oeil du vieillard on voit de la lumiere.<\/p>\n<p> Donc, Booz dans la nuit dormait parmi les siens ;<br \/> Pres des meules, quon eut prises pour des decombres,<br \/> Les moissonneurs couches faisaient des groupes sombres ;<br \/> Et ceci se passait dans des temps tres anciens.<\/p>\n<p> Les tribus d Israel avaient pour chef un juge ;<br \/> La terre, ou l homme errait sous la tente, inquiet<br \/> Des empreintes de pieds de geants qu il voyait,<br \/> Etait mouillee encore et molle du deluge.<\/p>\n<p> Comme dormait Jacob, comme dormait Judith,<br \/> Booz, les yeux fermes, gisait sous la feuillee ;<br \/> Or, la porte du ciel s etant entre-baillee<br \/> Au-dessus de sa tete, un songe en descendit.<\/p>\n<p> Et ce songe etait tel, que Booz vit un chene<br \/> Qui, sorti de son ventre, allait jusqu au ciel bleu ;<br \/> Une race y montait comme une longue chaine ;<br \/> Un roi chantait en bas, en haut mourait un dieu.<\/p>\n<p> Et Booz murmurait avec la voix de l\u00d5ame :<br \/> \u00a0\u00bb Comment se pourrait-il que de moi ceci vint ?<br \/> Le chiffre de mes ans a passe quatre-vingt,<br \/> Et je n ai pas de fils, et je n ai plus de femme.<\/p>\n<p> \u00a0\u00bb Voila longtemps que celle avec qui j ai dormi,<br \/> 0 Seigneur ! a quitte ma couche pour la votre ;<br \/> Et nous sommes encor tout meles l un a lautre,<br \/> Elle a demi vivante et moi mort a demi.<\/p>\n<p> \u00a0\u00bb Une race naitrait de moi ! Comment le croire ?<br \/> Comment se pourrait-il que j eusse des enfants ?<br \/> Quand on est jeune, on a des matins triomphants ;<br \/> Le jour sort de la nuit comme d une victoire ;<\/p>\n<p> Mais vieux, on tremble ainsi qu a l hiver le bouleau ;<br \/> Je suis veuf, je suis seul, et sur moi le soir tombe,<br \/> Et je courbe, o mon Dieu ! mon ame vers la tombe,<br \/> Comme un boeuf ayant soif penche son front vers l eau. \u00ab\u00a0<\/p>\n<p> Ainsi parlait Booz dans le reve et l extase,<br \/> Tournant vers Dieu ses yeux par le sommeil noyes ;<br \/> Le cedre ne sent pas une rose a sa base,<br \/> Et lui ne sentait pas une femme a ses pieds.<\/p>\n<p> Pendant qu il sommeillait, Ruth, une moabite,<br \/> S etait couchee aux pieds de Booz, le sein nu,<br \/> Esperant on ne sait quel rayon inconnu,<br \/> Quand viendrait du reveil la lumiere subite.<\/p>\n<p> Booz ne savait point quune femme etait la,<br \/> Et Ruth ne savait point ce que Dieu voulait d elle.<br \/> Un frais parfum sortait des touffes d asphodele ;<br \/> Les souffles de la nuit flottaient sur Galgala.<\/p>\n<p> L ombre etait nuptiale, auguste et solennelle ;<br \/> Les anges y volaient sans doute obscurement,<br \/> Car on voyait passer dans la nuit, par moment,<br \/> Quelque chose de bleu qui paraissait une aile.<\/p>\n<p> La respiration de Booz qui dormait<br \/> Se melait au bruit sourd des ruisseaux sur la mousse.<br \/> On etait dans le mois ou la nature est douce,<br \/> Les collines ayant des lys sur leur sommet.<\/p>\n<p> Ruth songeait et Booz dormait ; lherbe etait noire ;<br \/> Les grelots des troupeaux palpitaient vaguement ;<br \/> Une immense bonte tombait du firmament ;<br \/> Cetait lheure tranquille ou les lions vont boire.<\/p>\n<p> Tout reposait dans Ur et dans Jerimadeth ;<br \/> Les astres emaillaient le ciel profond et sombre ;<br \/> Le croissant fin et clair parmi ces fleurs de l ombre<br \/> Brillait a l occident, et Ruth se demandait,<\/p>\n<p> Immobile, ouvrant loeil a moitie sous ses voiles,<br \/> Quel dieu, quel moissonneur de l eternel ete,<br \/> Avait, en s en allant, negligemment jete<br \/> Cette faucille d or dans le champ des etoiles.<\/p>\n<p> Victor Hugo (1802-1885)\u00a0<\/b> <\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Booz s etait couche de fatigue accable ; Il avait tout le jour travaille dans son aire ; Puis avait fait son lit a sa place ordinaire ; Booz dormait aupres des boisseaux pleins de ble. Ce vieillard possedait des champs de bles et d orge ; Il etait, quoique riche, a la justice enclin&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":0,"featured_media":23294,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[15],"tags":[],"class_list":["post-24682","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-religion"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24682","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=24682"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24682\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":28350,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/24682\/revisions\/28350"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23294"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=24682"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=24682"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=24682"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}