{"id":2588,"date":"2016-07-21T01:15:02","date_gmt":"2016-07-21T01:15:02","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=2588"},"modified":"2016-07-20T23:53:51","modified_gmt":"2016-07-20T23:53:51","slug":"lorigine-des-juifs-dafrique-du-nord-par-le-professeur-yigal-bin-nun","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lorigine-des-juifs-dafrique-du-nord-par-le-professeur-yigal-bin-nun\/","title":{"rendered":"L\u2019origine des Juifs d\u2019Afrique du Nord, par le Professeur Yigal Bin-Nun"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>L&rsquo;origine des Juifs d&rsquo;Afrique du Nord<\/strong><\/p>\n<p>\n\tYigal Bin-Nun, Professeur<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>L&rsquo;origine des Juifs d&rsquo;Afrique du Nord<\/strong><\/p>\n<p>\n\tYigal Bin-Nun, Professeur<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tLes habitants de l&rsquo;Afrique du Nord sont tous &agrave; l&rsquo;origine des Berb&egrave;res. La conqu&ecirc;te arabo-musulmane n&rsquo;a laiss&eacute; sur place que peu de soldats venus de l&rsquo;Arabie et de l&rsquo;Orient arabis&eacute;. N&eacute;anmoins, la civilisation arabe et la religion musulmane r&eacute;ussirent &agrave; s&rsquo;implanter dans les villes, &agrave; les arabiser, et &agrave; les islamiser. Par contre, de grandes franges de la population autochtone sont rest&eacute;es berb&eacute;rophones jusqu&rsquo;&agrave; ce jour. Il va sans dire que la scolarisation et les media tendent &agrave; propager de plus en plus l&rsquo;arabisation officielle, qui souvent s&rsquo;affronte &agrave; un mouvement de renouveau berb&eacute;riste. Je n&rsquo;utilise le terme de berb&egrave;re, que pour plus de commodit&eacute;, &agrave; la place du terme plus pr&eacute;cis, des <em>Imazighen<\/em>.<\/p>\n<p>\n\tQuand &agrave; l&rsquo;origine des Juifs d&rsquo;Afrique du Nord, il est imp&eacute;ratif d&rsquo;&eacute;lucider un mythe assez r&eacute;pandu dans les medias actuels. Est-il n&eacute;cessaire de pr&eacute;ciser qu&rsquo;une pr&eacute;sence juive en Afrique du Nord ne peut &ecirc;tre possible avant l&rsquo;&eacute;poque romaine, pour la bonne raison qu&rsquo;un juda&iuml;sme, dans le sens propre du terme, n&rsquo;existait point avant cette &eacute;poque&nbsp;? La pr&eacute;sence de Sidoniens, de Ph&eacute;niciens ou de Puniques sur les c&ocirc;tes m&eacute;diterran&eacute;ennes n&rsquo;a rien avoir avec la religion monoth&eacute;iste juive. Il en est de m&ecirc;me pour les colonies Israelites ou&nbsp; Jud&eacute;ennes &agrave; Yeb (&Eacute;l&eacute;phantine) ou en Basse &Eacute;gypte qui ne sont qu&rsquo;un reflet du culte monol&acirc;trique isra&eacute;lite de l&rsquo;&eacute;poque monarchique pr&eacute; deut&eacute;ronomiste. Par contre, avant m&ecirc;me la destruction de J&eacute;rusalem et de son temple en l&rsquo;an 70 par les Romains, et la perte de l&rsquo;ind&eacute;pendance, une diaspora jud&eacute;enne florissait d&eacute;j&agrave; en Afrique du Nord, surtout &agrave; Alexandrie o&ugrave; fut traduite la Bible trois cent ans environ avant n. e. et en Cyr&eacute;na&iuml;que. En plus de ces Jud&eacute;ens, il faut prendre en compte l&rsquo;attrait qu&rsquo;avaient les gentils, ou les pa&iuml;ens, pour l&rsquo;antique culte jud&eacute;en, ses traditions ancestrales, sa longue histoire et ses f&ecirc;tes. Cet attrait engendra un vaste mouvement de conversion &agrave; la religion juive, qui fut aussi renforc&eacute; par de nombreux pa&iuml;ens, des <em>sebomeno&iuml;<\/em>, ou des &laquo;&nbsp;craignant Dieu&nbsp;&raquo;, &agrave; la marge de ces convertis, qui avaient une grande admiration pour le Juda&iuml;sme, mais qui ne s&rsquo;&eacute;taient pas convertis.<\/p>\n<p>\n\tL&#39;accroissement progressif des adh&eacute;rant &agrave; la secte des &laquo;&nbsp;partisans de J&eacute;sus&nbsp;&raquo;, devenus plus tard, les Chr&eacute;tiens, terme qui n&rsquo;existe quasiment pas dans les textes du Nouveau Testament, est due entre autres au passage de la plupart de ces nouveau Juifs et des &laquo;&nbsp;craignant Dieu&nbsp;&raquo;, sous les r&egrave;gnes des empereurs Constantin et Justinien, du Juda&iuml;sme au Christianisme, qui &eacute;tait moins exigeant dans ses pratiques rituelles. Il ne fait plus de doute, comme le pr&eacute;cise Maurice Sartre, qu&rsquo;un grand mouvement de conversions au juda&iuml;sme traversait tout le monde romain. Plus de 10% de la population de ce monde, surtout en Afrique du Nord et en Orient, sont Juifs, sans compter les sympathisants de cette religion. N&eacute;anmoins on ne peut parler du Juda&iuml;sme de l&rsquo;&eacute;poque comme d&rsquo;une religion pr&ocirc;nant un pros&eacute;lytisme actif, ceci, malgr&eacute; quelques juda&iuml;sations forc&eacute;es en Galil&eacute;e et en Jud&eacute;e, sous les rois hasmon&eacute;ens. Mais contrairement &agrave; l&rsquo;avis de l&rsquo;historien Shlomo Sand et du linguiste Paul Wexler, rien ne prouve que tous ces nouveaux convertis r&eacute;ussirent &agrave; surmonter les pressions de l&rsquo;empereur Justinien au VI<sup>e<\/sup> si&egrave;cle, et encore plus de la conqu&ecirc;te militaire musulmane, et rest&egrave;rent juifs. Les seuls qui pouvaient, &agrave; la rigueur, s&rsquo;accrocher &agrave; leur religion ne pouvaient &ecirc;tre que les Juifs qui l&rsquo;&eacute;taient par ascendance familiale, <em>kata sarka<\/em> et non par adoption tardive.<\/p>\n<p>\n\tAvec l&rsquo;av&egrave;nement de l&rsquo;Islam au VII<sup>e<\/sup> si&egrave;cle, la majeure partie des habitants autochtones de l&rsquo;Afrique du Nord, les <em>Imazighen<\/em>, convertis d&rsquo;abord au Juda&iuml;sme, puis au Christianisme, furent pratiquement tous contrains &agrave; s&rsquo;islamiser. Ce qui rend tr&egrave;s probable, &agrave; mon avis, la constatation que les seuls nord-africains qui sont rest&eacute;s juifs ne devaient &ecirc;tre que ceux qui, &agrave; l&rsquo;origine, avaient &eacute;migr&eacute;s de la Jud&eacute;e et de la Galil&eacute;e. Aussi, la th&egrave;se d&eacute;fendue par l&rsquo;historien tunisien Ibn Khaldoun (1332-1406) dans son livre <em>l&#39;Histoire des Berb&egrave;res et des dynasties musulmanes de l&#39;Afrique septentrionale<\/em>, selon laquelle les Berb&egrave;res seraient des descendants de Canan&eacute;ens ou que le personnage de Dihya el Kahina serait d&rsquo;origine juive a &eacute;t&eacute; largement r&eacute;fut&eacute;e par les historiens Abdelmajid Hannoum et Gabriel Camps. Malgr&eacute; le mouvement berb&eacute;riste qui cherche &agrave; s&#39;affranchir du joug de la culture arabo-musulmane, en mettant en avant les origines juives des Berb&egrave;res ou l&rsquo;origine berb&egrave;re des Juifs nord-africains, il faut se rendre &agrave; l&rsquo;&eacute;vidence et ne pas prendre des mythes pour des v&eacute;rit&eacute;s historiques.Malgr&eacute; la sympathie que ressentent actuellement les Juifs d&rsquo;Afrique du Nord pour certains de ces mouvements repr&eacute;sent&eacute;s dans le Web, les Juifs nord africains, dans leur grande majorit&eacute;, ne seraient donc pas des Berb&egrave;res convertis mais principalement des anciens Israelites et Jud&eacute;ens &eacute;migr&eacute;s de leur pays, avant et surtout apr&egrave;s la r&eacute;volte contre les Romains.<\/p>\n<p>\n\tDerni&egrave;rement, Shlomo Sand dans un livre pamphl&eacute;taire pr&ocirc;na l&rsquo;inexistence d&rsquo;un peuple juif qui &agrave; son avis fut invent&eacute; de toute pi&egrave;ce par le mouvement sioniste. Ce qui assez dissimul&eacute; dans son livre c&rsquo;est&nbsp; le fait qu&rsquo;il ne fait que r&eacute;p&eacute;ter ce qu&rsquo;avaient d&eacute;j&agrave; dit quasiment tous les historiens du peuple juif&nbsp; bien avant lui. En outre, aucun historien sioniste n&rsquo;a jamais pr&eacute;tendu que les origines des Juifs &eacute;taient ethniquement, biologiquement&nbsp; ou g&eacute;n&eacute;tiquement exclusives ou que tous les Juifs devaient obligatoirement avoir des ascendants remontant aux populations des royaumes d&rsquo;Isra&euml;l et de Juda.Les brassages constants de populations &agrave; travers les si&egrave;cles ont effac&eacute; toute possibilit&eacute; d&rsquo;&eacute;voquer une d&eacute;finition &agrave; base ethnique du peuple juif et de quasiment toutes les populations des &eacute;tats-nations actuelles. Il serait aussi ridicule, comme essaient de le faire certains g&eacute;n&eacute;ticiens peu scrupuleux de la rigueur scientifique,&nbsp; de vouloir prouver &agrave; tout prix l&rsquo;existence d&rsquo;un dominateur g&eacute;n&eacute;tique commun &agrave; tous les Juifs du monde actuel.<\/p>\n<p>\n\tDurant tout le Moyen &acirc;ge, l&rsquo;Afrique du Nord et l&rsquo;Espagne ne formaient qu&rsquo;un seul domaine culturel et les lettr&eacute;s juifs &agrave; l&rsquo;&eacute;poque voyageaient &nbsp;facilement d&rsquo;une communaut&eacute; &agrave; l&rsquo;autre. Ce brassage de population ne permet plus de distinction ethnique entre les Juifs d&rsquo;Espagne et ceux de l&rsquo;Afrique du Nord. Cependant, avec l&rsquo;expulsion des Juifs d&rsquo;Espagne et du Portugal, apr&egrave;s 1492, les Juifs de la p&eacute;ninsule ib&eacute;rique, devenue chr&eacute;tienne, &eacute;migr&egrave;rent en partie en Afrique du Nord et compos&egrave;rent une communaut&eacute; distincte par ses origines et son particularisme. On les appelle les <em>megorashim, <\/em>les expuls&eacute;s, par rapport aux <em>toshabim,<\/em> les autochtones, termes que l&rsquo;on retrouve principalement dans les actes de mariages, les <em>ketubot<\/em>. Grace &agrave; ces nouveaux venus qui constitu&egrave;rent une aristocratie locale, le dialecte jud&eacute;o-arabe marocain, dans toute sa diversit&eacute;, est encore truff&eacute; d&rsquo;espagnol dans le domaine lexical. Jusqu&rsquo;au XIX<sup>e<\/sup> si&egrave;cle, on continua m&ecirc;me de traduire &agrave; Mekn&egrave;s dans des textes du droit juif, dans les <em>responsa<\/em> (les <em>she&rsquo;elot u-teshubot<\/em>), certains termes de l&rsquo;h&eacute;breu en espagnol, pour qu&rsquo;ils soient mieux compris par le lecteur.<\/p>\n<p>\n\t<strong>Br&egrave;ve bibliographie<\/strong><\/p>\n<p>\n\tCamps Gabriel, <em>Berb&egrave;res, m&eacute;moire et identit&eacute;<\/em>, Actes Sud, Paris 2007, publi&eacute; pr&eacute;c&eacute;demment aux &eacute;ditions Errance, 1987.<\/p>\n<p>\n\tHannoum Abdelmajid, &laquo;&nbsp;Historiographie et l&eacute;gende au Maghreb : la K&acirc;hina ou la production d&#39;une m&eacute;moire&nbsp;&raquo;, in <em>L&rsquo;invention historiographique<\/em>, <em>Annales. Histoire, Sciences Sociales<\/em>, 54<sup>e<\/sup> ann&eacute;e, n&deg; 3, mai, juin 1999, p. 667-686.<\/p>\n<p>\n\tLe Bohec Yann, &laquo;&nbsp;Bilan des recherches sur le juda&iuml;sme au Maghreb dans l&#39;Antiquit&eacute;&nbsp;&raquo;, <em>Espacio, Tiempoy Forma, <\/em>S&eacute;rie II, H. Antigua, t.6, 1993, p. 551-566.<\/p>\n<p>\n\tOufkir Raouf, <em>Kahena la princesse sauvage, <\/em>Tome I<em>, L&#39;imp&eacute;ratrice des songes<\/em>, Flammarion, Paris 2010<\/p>\n<p>\n\tSand Shlomo, <em>Comment le peuple juif fut invent&eacute;<\/em>, Fayard, Paris 2008<\/p>\n<p>\n\tSartre Maurice, <em>L&rsquo;Orient romain. Provinces et soci&eacute;t&eacute;s provinciales en M&eacute;diterran&eacute;e orientale d&rsquo;Auguste aux S&eacute;v&egrave;res (31 avant J.-C. &ndash; 235 apr&egrave;s J.-C.)<\/em>, &eacute;d. <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/%C3%89ditions_du_Seuil\">Le Seuil<\/a>, Paris 1991<\/p>\n<p>\n\tSchroeter J. Daniel, La d&eacute;couverte des Juifs berb&egrave;res, in <em>Relations Jud&eacute;o-Musulmanes au Maroc : perceptions et r&eacute;alit&eacute;s<\/em>, edited by Michel Abitbol, &Eacute;ditions Stavit, Paris 1997, p. 169-187<\/p>\n<p>\n\tWexler Paul,<em>The Non-Jewish Origins of the Sephardic Jews<\/em>,&nbsp; State Universityof New York, Albany1996<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>Texte d&rsquo;une conf&eacute;rence <\/strong><strong>&agrave; Marseille le <\/strong><strong>Mercredi 5 mai 2010 &agrave; 19h30, <\/strong><strong>Au Centre Culturel Edmond Fleg<\/strong><strong>JUDA&Iuml;-CITE, 4 Impasse Dragon 13006 Marseille, diffus&eacute; &agrave; Radio JM &agrave; cette occasion<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; L&rsquo;origine des Juifs d&rsquo;Afrique du Nord Yigal Bin-Nun, Professeur &nbsp; &nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[53,39,110,18,136,14,392,1],"tags":[],"class_list":["post-2588","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-afrique","category-afrique-du-nord","category-alexandrie","category-histoire","category-maurice","category-paris","category-shlomo-sand","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2588","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2588"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2588\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2588"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2588"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2588"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}