{"id":25935,"date":"2026-09-30T01:41:16","date_gmt":"2026-09-30T01:41:16","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=25935"},"modified":"2026-09-30T02:03:01","modified_gmt":"2026-09-30T02:03:01","slug":"92-ans-une-tranche-de-vie-je-ne-regrette-rien-memoires-de-georges-hayat","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/92-ans-une-tranche-de-vie-je-ne-regrette-rien-memoires-de-georges-hayat\/","title":{"rendered":"92 ans &#8211; Une tranche de vie ! Je ne regrette rien\u2026 M\u00e9moires de Georges Hayat"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div> <\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p> <i>Avec tous mes remerciements \u00e0 Camille pour son aide pr\u00e9cieuse.<\/i><\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b>Prologue<\/b><\/p>\n<p><b><i> Note sur les familles Hayat <br \/> et Scemama de Gialuly<\/i><\/b><\/p>\n<p><b> Origine de la famille Scemama De Gialuly<\/b><\/p>\n<p> Georges Hayat n\u00e9 \u00e0 Tunis le 11 ao\u00fbt 1917. Fils de Victor d\u2019Isaac Hayat et de Marie Scemama de Gialuly. De cette union est n\u00e9 un premier enfant le 29 ao\u00fbt 1913. Son pr\u00e9nom est Hubert.<\/p>\n<p> Le p\u00e8re de Marie\u00a0: le Ca\u00efd Eliaou Samama \u00e9tait le fils du Ca\u00efd Chloumou (1820-1883), neveu du Ca\u00efd Nessim (1805-1873) qui avait d\u00e9fray\u00e9 la chronique \u00e0 l\u2019\u00e9poque pour avoir d\u00e9tourn\u00e9 des millions de piastres des caisses de l\u2019\u00c9tat tunisien, alors qu\u2019il \u00e9tait directeur des finances (1860). Le Ca\u00efd Nessim s\u2019enfuit en emportant 20 millions de l\u2019\u00e9poque. Il se r\u00e9fugia d\u2019abord en France, puis en Italie. <\/p>\n<p> Son neveu le Ca\u00efd Chloumou lui succ\u00e9da comme receveur g\u00e9n\u00e9ral des finances (1864), puis Ca\u00efd Eliaou, mon grand-p\u00e8re maternel, lui succ\u00e9da.<\/p>\n<p> La lutte d\u2019influence entre l\u2019Angleterre, l\u2019Allemagne, la France et l\u2019Italie au sujet de la Tunisie \u00e9tait intense. En d\u00e9finitive, cette lutte se circonscrit entre l\u2019Italie et la France.<\/p>\n<p> Le Ca\u00efd Eliaou tenta d\u2019influencer le Bey de se rapprocher de l\u2019Italie, pensant que ce pays \u00e9tait moins puissant que la France et que la Tunisie pourrait, apr\u00e8s un certain temps, s\u2019en d\u00e9barrasser plus ais\u00e9ment.<\/p>\n<p> En 1881, l\u2019intervention des troupes fran\u00e7aises en Tunisie et l\u2019instauration du Protectorat co\u00fbt\u00e8rent tr\u00e8s cher au Ca\u00efd Eliaou. \u00c0 cause de son hostilit\u00e9 \u00e0 la pr\u00e9sence fran\u00e7aise, on exigea de lui un remboursement de sommes importantes, qui auraient \u00e9t\u00e9 ind\u00fbment pr\u00e9lev\u00e9es des caisses de l\u2019\u00c9tat tunisien. Malgr\u00e9 ces remboursements, le Ca\u00efd Eliaou reste \u00e0 la t\u00eate d\u2019une grosse fortune fonci\u00e8re, essentiellement localis\u00e9e \u00e0 Tunis. La majorit\u00e9 des terrains nus du quadrilat\u00e8re\u00a0: rue de la Marne, avenue Gambetta, rue Courbet, rue Paul Doumer \u00e9taient sa propri\u00e9t\u00e9.<\/p>\n<p> Pour mettre en valeur ces terrains, le Ca\u00efd Eliaou fit don \u00e0 la ville de Tunis de 20.000\u00a0m<sup>2<\/sup> de terrains sous condition de construire une large avenue qui jouxte ses terrains. Cette avenue fut construite sous la d\u00e9nomination d\u2019Avenue Gambetta, devenue apr\u00e8s l\u2019ind\u00e9pendance avenue Mohammed\u00a0V. Par ailleurs, il fit don \u00e9galement d\u2019une parcelle importante en plein quartier La Fayette, afin de r\u00e9aliser dans ce quartier d\u2019habitations un parc. L\u00e0 encore, la municipalit\u00e9 ne respecta pas cet accord puisque, ce projet fut remplac\u00e9 par un march\u00e9 d\u2019approvisionnement.<\/p>\n<p> Ces deux donations n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 inscrites dans le cadastre, et la ville a continu\u00e9 \u00e0 faire payer des taxes sur tous ces terrains. Cela a fait l\u2019objet de proc\u00e8s contre la municipalit\u00e9 de Tunis, les termes de la donation n\u2019ayant pas \u00e9t\u00e9 respect\u00e9s.<\/p>\n<p> Le jour des fun\u00e9railles du Ca\u00efd Eliaou en 1927, les autorit\u00e9s fran\u00e7aises, tunisiennes, les consuls, des personnalit\u00e9s de toutes nationalit\u00e9s et de toutes confessions \u00e9taient pr\u00e9sentes. La presse dans son ensemble lui a rendu hommage et personne n\u2019a parl\u00e9 de ses pr\u00e9tendus \u00ab\u00a0d\u00e9tournements\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p> Homme de grande culture, il apporta une contribution financi\u00e8re importante pour aider le th\u00e9\u00e2tre, la musique et les autres activit\u00e9s culturelles.<\/p>\n<p> Sur le plan familial, il veilla \u00e0 ce que ses enfants m\u00e2les re\u00e7oivent une \u00e9ducation fran\u00e7aise et italienne. Trois de ses enfants obtinrent des dipl\u00f4mes de facult\u00e9s fran\u00e7aises\u00a0: Rapha\u00ebl (licence de droit), Mo\u00efse (m\u00e9decine) et Albert (architecture).<\/p>\n<p> \u00c0 la mort de son \u00e9pouse, le Ca\u00efd Eliaou avait dix enfants\u00a0:<\/p>\n<p> &#8211; Salomon (Chloumou), l\u2019a\u00een\u00e9, a h\u00e9rit\u00e9 \u00e0 la mort de son p\u00e8re, selon la loi Mosa\u00efque qui r\u00e9gissait la vie des Juifs tunisiens, une double part. Par testament, il fit de son fr\u00e8re Rapha\u00ebl son l\u00e9gataire universel.<\/p>\n<p> &#8211; Rapha\u00ebl n\u2019a jamais exerc\u00e9 son m\u00e9tier d\u2019avocat, bien qu\u2019inscrit au barreau de Tunis. Gr\u00e2ce \u00e0 son h\u00e9ritage, il a v\u00e9cu en grand seigneur\u00a0: automobiles, bateaux de p\u00eache, voyages, ma\u00eetresses, domesticit\u00e9 importante. Il aida financi\u00e8rement beaucoup d\u2019amis dans le \u00ab\u00a0besoin\u00a0\u00bb. Il vendait des terrains, des immeubles pour maintenir son train de vie.<\/p>\n<p> En 1935, il quitta la Tunisie pour s\u2019installer d\u2019abord \u00e0 Saint-Paul-de-Vence, puis \u00e0 Saint-Rapha\u00ebl. Il v\u00e9cut l\u00e0 durant toute l\u2019occupation italienne, puis allemande. On se demande comment il a \u00e9chapp\u00e9 aux fours cr\u00e9matoires. C\u2019est probablement gr\u00e2ce \u00e0 son physique\u00a0: yeux d\u2019un bleu tr\u00e8s clair, cheveux et longue barbe blanche l\u2019ont probablement prot\u00e9g\u00e9. Compl\u00e8tement ruin\u00e9, \u00e0 la Lib\u00e9ration il revint en Tunisie o\u00f9 il fut h\u00e9berg\u00e9 par ma m\u00e8re. Il d\u00e9c\u00e9da en 1948.<\/p>\n<p> &#8211; Mo\u00efse fit ses \u00e9tudes de m\u00e9decine \u00e0 la facult\u00e9 de Montpellier et \u00e9pousa la fille de sa logeuse. Il ne revint pas en Tunisie et s\u2019installa comme m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste \u00e0 S\u00e8te. Il se fit une belle client\u00e8le et ses deux filles s\u2019alli\u00e8rent \u00e0 des familles bourgeoises de cette ville.<\/p>\n<p> &#8211; Albert, architecte \u00e0 Tunis, perdit la vie \u00e0 la suite d\u2019un accident de voiture.<\/p>\n<p> &#8211; \u00c9milie, l\u2019a\u00een\u00e9e des filles, \u00e9pousa un cousin, le Ca\u00efd Nessim, qui est un homonyme du pr\u00e9c\u00e9dent. Avec une tr\u00e8s grosse fortune, apr\u00e8s le mariage, le couple s\u2019installa en France \u00e0 Marseille d\u2019abord, puis \u00e0 Paris. Le couple se s\u00e9para et ma tante obtint une pension importante index\u00e9e sur l\u2019or. Cela lui permit de vivre tr\u00e8s largement. En 1940, elle quitta Paris et vint se r\u00e9fugier \u00e0 Tunis o\u00f9 elle v\u00e9cut quelques ann\u00e9es chez nous.<\/p>\n<p> &#8211; Mathilde \u00e9pousa Isaac Bessis, important propri\u00e9taire foncier. Ils fond\u00e8rent une famille nombreuse.<\/p>\n<p> &#8211; Louise \u00e9pousa un cousin Soussani Scemama.<\/p>\n<p> &#8211; Rachel \u00e9pousa un important commer\u00e7ant en textiles\u00a0: Jacques Scemla.<\/p>\n<p> &#8211; Marie, ma m\u00e8re, \u00e9pousa Victor d\u2019Isaac Hayat, issu d\u2019une famille bourgeoise travaillant dans l\u2019import-export.<\/p>\n<p> &#8211; In\u00e8s \u00e9pousa Jos Hayat. Ce fut un mariage sans enfants. Elle connut une fin tragique \u00e0 Paris o\u00f9 elle vivait.<\/p>\n<p> On dit que Chemama est un patronyme d\u2019origine berb\u00e8re. La famille a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019europ\u00e9aniser le nom en Scemama. Le Gialuly aurait \u00e9t\u00e9 ajout\u00e9, dit-on, pour rendre hommage \u00e0 un seigneur tunisien musulman protecteur de la famille.<\/p>\n<p> Voil\u00e0 pour la famille de ma m\u00e8re. <\/p>\n<p><b> Origine de la famille Hayat<\/b><\/p>\n<p> \u00c9tant donn\u00e9 l\u2019absence d\u2019\u00e9tat civil en Tunisie, il est tr\u00e8s difficile de remonter tr\u00e8s loin dans la g\u00e9n\u00e9alogie des familles juives de Tunisie.<\/p>\n<p> La famille Hayat ou Khayat a deux significations en langue arabe\u00a0: Hayat peut \u00eatre traduit par \u00ab\u00a0Vie\u00a0\u00bb, Khayat par \u00ab\u00a0Couturier\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p> J\u2019ai retrouv\u00e9 un Rabi Yehudah Hayyat, grand \u00e9rudit ayant v\u00e9cu en Andalousie \u00e0 l\u2019\u00e9poque du grand rayonnement intellectuel de cette r\u00e9gion de l\u2019Espagne o\u00f9 trois religions et trois cultures vivaient en parfaite harmonie et ont produit par cette interaction une culture d\u2019un niveau tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9.<\/p>\n<p> En 1492, apr\u00e8s la \u00ab\u00a0reconquista\u00a0\u00bb, les musulmans et les Juifs \u00e9taient contraints de quitter l\u2019Espagne s\u2019ils ne se convertissaient pas au catholicisme. Rabi Yehudah Hayyat, apr\u00e8s de multiples p\u00e9r\u00e9grinations, se r\u00e9fugia \u00e0 F\u00e8s, au Maroc.Sa principale \u0153uvre, fut <i>Minhat Yehudah<\/i>.<\/p>\n<p> Mon p\u00e8re Victor, \u00e9tait le fils d\u2019Isaac Hayat et de dame Constantini, probablement d\u2019origine alg\u00e9rienne.<\/p>\n<p> Mon grand-p\u00e8re Isaac eut de tr\u00e8s nombreux enfants, dont sept surv\u00e9curent.<\/p>\n<p> Les fr\u00e8res et soeurs de mon p\u00e8re \u00e9taient Cl\u00e9ment, Marie, Ghezizla, Henriette, Charles, Victor, Zeiza.<\/p>\n<p> Le grand-p\u00e8re Isaac avait cr\u00e9\u00e9 une importante affaire d\u2019import-export de produits de grande consommation\u00a0: caf\u00e9, sucre, th\u00e9, savon, huile, textiles, etc. Son fils a\u00een\u00e9 Cl\u00e9ment succ\u00e9da \u00e0 son p\u00e8re et prit la direction de l\u2019affaire. Il associa mon p\u00e8re. L\u2019affaire \u00e9tait importante avec un bureau rue de Naples, actuellement rue Mokhtar-Attia, et deux entrep\u00f4ts rue Malta-Srira.<\/p>\n<p> Mon oncle Cl\u00e9ment eut de nombreux enfants, dont cinq surv\u00e9curent\u00a0: toutes des filles.<\/p>\n<p> Mon p\u00e8re Victor, en \u00e9pousant une fille du Ca\u00efd Eliaou, ma m\u00e8re Marie, avait fait un \u00ab\u00a0beau mariage\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p> La crise de 1929, avec ses r\u00e9percussions en Europe de 1931 \u00e0 1932, cr\u00e9e d\u2019importantes difficult\u00e9s aux gros commer\u00e7ants. Mon p\u00e8re, qui avait sp\u00e9cul\u00e9 \u00e0 la Bourse et sur les mati\u00e8res premi\u00e8res, fut ruin\u00e9 et vendit tous ses biens pour ne pas faire faillite et ne pas \u00ab\u00a0salir\u00a0\u00bb son nom. Il se s\u00e9para de son fr\u00e8re en 1933.<\/p>\n<p> \u00c0 dater de cette \u00e9poque, la vie de mes parents et la n\u00f4tre se transforme du point de vue mat\u00e9riel. Pour nous, une nouvelle vie commence.<\/p>\n<\/div>\n<div>\n<p><b>Avant-propos<\/b><\/p>\n<p> <b>Je suis n\u00e9 en 1917, nous sommes en 1998. J\u2019ai pass\u00e9 le cap des quatre-vingts ans. Denis, mon fils, m\u2019a offert un ordinateur pour r\u00e9pondre \u00e0 une demande de Germaine, Marie-Claude, lui-m\u00eame et les petits-enfants. Ils souhaitent que je laisse par \u00e9crit quelques moments de la vie de notre famille en remontant le plus loin possible. Je vais essayer d\u2019entreprendre ce travail en esp\u00e9rant que ma m\u00e9moire sera pr\u00e9sente. Des omissions, s\u00fbrement, quelques embellissements, peut-\u00eatre\u00a0? Je pense que les ann\u00e9es travers\u00e9es sont pleines d\u2019\u00e9v\u00e9nements importants pour que le regard que j\u2019y ai apport\u00e9 n\u2019int\u00e9resse pas mes enfants et mes petits-enfants. Courage\u00a0! Il faut y aller\u00a0!<\/b><\/p>\n<\/div>\n<p><b>I<\/b><\/p>\n<p> 1917. Je suis n\u00e9 le samedi 11 ao\u00fbt \u00e0 la Goulette. Mon p\u00e8re et ma m\u00e8re \u00e9taient tr\u00e8s heureux d&rsquo;avoir un deuxi\u00e8me gar\u00e7on. Pour mon grand-p\u00e8re maternel, le Ca\u00efd \u00c9liaou, d\u00e9j\u00e0 grand-p\u00e8re de nombreux petits enfants, ma naissance, d&rsquo;autant que j&rsquo;allais porter un nom biblique, \u00c9lie, \u00e9tait une grande joie. Cette joie se renfor\u00e7a, car, en d\u00e9finitive, je devins son dernier petit fils. Et jusqu&rsquo;\u00e0 sa disparition, il me marqua toujours une certaine pr\u00e9f\u00e9rence.<\/p>\n<p> Du c\u00f4t\u00e9 de mon p\u00e8re, son fr\u00e8re a\u00een\u00e9, Cl\u00e9ment, n\u2019avait pas eu d\u2019enfants m\u00e2les et, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, cela \u00e9tait important. Ne pas laisser de descendance portant son patronyme \u00e9tait mal vu. L\u2019h\u00e9ritage se r\u00e9partirait entre les conjoints des filles.<\/p>\n<p> Je suis n\u00e9 \u00e0 La Goulette, proche banlieue de Tunis. Cette station baln\u00e9aire avait, durant l\u2019\u00e9t\u00e9, une population permanente, particuli\u00e8rement dans la partie de la ville qui s\u2019appelait Goulette Vieille. L\u00e0 se trouvaient l\u2019H\u00f4tel de Ville, le march\u00e9 d\u2019approvisionnement et le fort espagnol datant de l\u2019Occupation espagnole. Mais l\u2019endroit le plus beau et pour lequel j\u2019ai gard\u00e9 la plus grande tendresse est le canal qui serpentait dans la ville pour aboutir au vieux port, port de p\u00eache dont 90\u00a0% des habitants \u00e9taient d\u2019origine italienne, plus particuli\u00e8rement sicilienne. L\u2019\u00e9glise, qui existe toujours, semblait sortie d\u2019un paysage sicilien. Ce quartier de la ville \u00e9tait majoritairement occup\u00e9 par des familles italiennes, ce que venaient d\u2019ailleurs confirmer le linge \u00e9tendu, les couleurs des b\u00e2timents, les parfums, les cris, en un mot\u00a0: l\u2019ambiance.<\/p>\n<p> Un pont enjambait ce canal et, l\u00e0, \u00e0 quelque cent m\u00e8tres, on trouvait le grand canal qui partait du golfe de Tunis pour rejoindre la capitale. Pour traverser le canal, il y avait un bac, et dans mon enfance, utiliser ce bac, c\u2019\u00e9tait l\u2019aventure \u2013 j\u2019en reparlerai.<\/p>\n<p> \u00c0 la Goulette Vieille s\u2019\u00e9tait ajout\u00e9e la Goulette Neuve. Cette partie de la ville \u00e9tait plus moderne avec ses deux grandes avenues. Les habitations \u00e9taient en g\u00e9n\u00e9ral compos\u00e9es de petits immeubles, de petites villas avec jardins. Les plus belles villas se trouvaient en bord de mer et appartenaient \u00e0 la bourgeoisie juive, tunisienne musulmane, italienne. <\/p>\n<p> \u00c0 la suite de la Goulette Neuve se trouvait la Goulette Casino. Cette d\u00e9nomination \u00e9tait le r\u00e9sultat de la construction d\u2019un \u00e9tablissement de loisirs\u00a0: h\u00f4tel, restaurant, cabines de bains, salles de jeux de cartes, cin\u00e9ma. Cet \u00e9tablissement r\u00e9sultait du besoin de r\u00e9pondre aux d\u00e9sirs des estivants qui venaient passer la \u00ab\u00a0saison\u00a0\u00bb aux trois Goulette.<\/p>\n<p> La famille du Ca\u00efd habitait la Goulette Neuve, l\u00e0 o\u00f9 je suis n\u00e9. J\u2019ai v\u00e9cu tous les \u00e9t\u00e9s de mon enfance dans la \u00ab\u00a0zanca\u00a0\u00bb, rue priv\u00e9e qui partait de l\u2019avenue de Carthage et aboutissait \u00e0 la plage. Dans cette rue, il y avait cinq immeubles appartenant \u00e0 grand-p\u00e8re.<\/p>\n<p> Le premier, en front de mer, \u00e9tait le plus spacieux avec \u00e0 l\u2019\u00e9tage une belle v\u00e9randa qui donnait sur la mer. La chambre de grand-p\u00e8re \u00e9tait attenante \u00e0 cette v\u00e9randa. J\u2019en parle, car j\u2019en ai gard\u00e9 un souvenir tr\u00e8s fort. En effet, tous les \u00e9t\u00e9s \u2013 et cela jusqu\u2019\u00e0 la disparition de Babazizi \u2013 vers 16\u00a0heures, au r\u00e9veil de la sieste, j\u2019\u00e9tais lav\u00e9, bichonn\u00e9, et on m\u2019amenait au r\u00e9veil dans la chambre \u00e0 coucher. L\u00e0 se trouvait d\u00e9j\u00e0 le valet de chambre avec son caf\u00e9, son verre d\u2019eau fra\u00eeche, ainsi que de nombreuses personnes \u00e2g\u00e9es qui assistaient au lever de la sieste. Malgr\u00e9 cette pr\u00e9sence, grand-p\u00e8re me faisait asseoir \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, m\u2019embrassait, puis me faisait go\u00fbter du bout des l\u00e8vres \u00e0 son caf\u00e9. Une fois son caf\u00e9 termin\u00e9, il trempait un doigt dans le marc de caf\u00e9 restant et barbouillait un coin de mon visage\u00a0: ce geste, selon lui, devait chasser le mauvais \u0153il. Tout ce c\u00e9r\u00e9monial \u00e9tait \u00e9tabli sous forme de rituel. Chaque matin, avant de se rendre \u00e0 ses occupations, Babazizi passait sous la fen\u00eatre de ma chambre et m\u2019appelait par ce pr\u00e9nom de fille\u00a0: Giorgeta\u00a0; il fallait \u00e0 ce moment que l\u2019on m\u2019am\u00e8ne \u00e0 la fen\u00eatre pour voir mon grand-p\u00e8re et lui envoyer un baiser de la main. Cela aussi faisait partie d\u2019un rituel.<\/p>\n<p> Chaque \u00e9t\u00e9, depuis le 1<sup>er<\/sup> juillet jusqu\u2019\u00e0 la rentr\u00e9e des classes en octobre, nous vivions \u00e0 cet endroit, et j\u2019en ai gard\u00e9 un souvenir merveilleux. La plage \u00e9tait le lieu privil\u00e9gi\u00e9 de nos amusements\u00a0: ch\u00e2teaux de sable, p\u00eache de crevettes, de poulpes, ramassage de coquillages, recherche de \u00ab\u00a0trimoline\u00a0\u00bb, petit ver que l\u2019on trouvait dans le sable o\u00f9 dans les rochers et qui servait \u00e0 la p\u00eache.<\/p>\n<p> Au large de la plage, il y avait trois embarcations\u00a0: <i>Lola<\/i>, <i>C\u00e9cile<\/i>, et le canot \u00e0 moteur <i>L\u2019espadon<\/i>. Ces trois barques appartenaient \u00e0 mon grand-p\u00e8re et \u00e0 mes oncles. Deux marins, Pietro et Mabrouk, \u00e9taient charg\u00e9s de l\u2019entretien, du fonctionnement et de la garde de ces barques.<\/p>\n<p> Les petits enfants ne pouvaient utiliser ces embarcations qu\u2019avec l\u2019autorisation des oncles, et les marins devaient obligatoirement \u00eatre pr\u00e9sents. Gr\u00e2ce \u00e0 cela, j\u2019ai pu apprendre \u00e0 utiliser un bateau \u00e0 voile. La <i>Lola<\/i>, une baleini\u00e8re \u00e0 voile latine, \u00e9tait ma pr\u00e9f\u00e9r\u00e9e. Je me souviens encore de toutes les bord\u00e9es que j\u2019ai pu tirer dans le golfe de Tunis. Il nous \u00e9tait interdit de sortir, m\u00eame avec les marins, quand le mistral soufflait.<\/p>\n<p> Cette plage, ce bord de mer, \u00e9tait pour nous le paradis\u00a0! Le contact avec la mer dont on nous apprenait aussi les dangers m\u2019a permis d\u2019apprendre \u00e0 barboter, puis, d\u2019abord par mim\u00e9tisme et peu \u00e0 peu par gestes naturels, \u00e0 v\u00e9ritablement nager. Plus tard, cela m\u2019a permis de faire une bonne carri\u00e8re sportive.<\/p>\n<p> \u00c0 droite de la maison de grand-p\u00e8re, sur un terrain lui appartenant, il avait autoris\u00e9 la veuve d\u2019un de ses serviteurs qui \u00e9tait d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en laissant quatre enfants \u00e0 construire un logement et une s\u00e9rie de cabines de bains. Cela devint le lieu de rencontre des habitants de la Goulette Neuve.<\/p>\n<p> Hnina \u00e9tait cette femme, courageuse, qui en une saison estivale devait trouver les moyens financiers de vivre avec ses enfants toute l\u2019ann\u00e9e. J\u2019\u00e9tais particuli\u00e8rement li\u00e9 \u00e0 l\u2019un de ses fils\u00a0: Henry, qui, pendant l\u2019\u00e9t\u00e9, devenait mon ins\u00e9parable, avec qui j\u2019ai fait le plus de b\u00eatises, et qui m\u2019a surtout permis de conna\u00eetre un autre mode de vie que le n\u00f4tre.<\/p>\n<p> Durant ces trois mois de vacances, du fait de la proximit\u00e9, je vivais surtout avec la famille de ma m\u00e8re. Nous retrouvions la famille de mon p\u00e8re le vendredi, \u00e0 l\u2019occasion du \u00ab\u00a0samedi\u00a0\u00bb qui est dans la religion juive le jour de repos. \u00c0 cette occasion, mon oncle Cl\u00e9ment, chef de famille, offrait pour le repas du vendredi soir le c\u00e9l\u00e8bre couscous, et surtout c\u00e9l\u00e9brait par des pri\u00e8res le samedi. Ce soir-l\u00e0, on se retrouvait une trentaine \u00e0 table \u2013 oncles, tantes, cousines, cousins. On s\u2019attablait autour d\u2019une table richement d\u00e9cor\u00e9e sur laquelle \u00e9taient dress\u00e9es des salades de l\u00e9gumes relev\u00e9es au cumin, \u00e0 la harissa, au citron, etc. On pouvait compter jusqu\u2019\u00e0 10 salades diff\u00e9rentes. Puis, \u00e9tait servi le couscous avec son bouillon, sa viande et ses boulettes garnies aux pommes de terre, aux artichauts, aux aubergines, au cardon et \u00e0 la tomate. <\/p>\n<p> Apr\u00e8s la pri\u00e8re que faisait mon oncle Cl\u00e9ment, durant laquelle les parents tentaient de nous tenir, on se pr\u00e9cipitait, cuill\u00e8re en main, sur ce repas de f\u00eate. J\u2019ai gard\u00e9 du repas du vendredi un souvenir tr\u00e8s fort. C\u2019est dans la famille de mon p\u00e8re que j\u2019ai rencontr\u00e9 la religion, avec la musique des pri\u00e8res, les r\u00e9ponses des adultes. J\u2019y ai appris ce que la religion autorise \u00e0 manger, ses interdits, mais ai aussi profit\u00e9 de toutes les festivit\u00e9s, avec les mets correspondant \u00e0 chacune d\u2019elles.<\/p>\n<p> C\u2019est en revanche dans la famille de ma m\u00e8re que j\u2019ai fait la connaissance d\u2019une autre fa\u00e7on de vivre. L\u2019\u00e9ducation qu\u2019avait re\u00e7ue ma m\u00e8re \u00e9tait toute diff\u00e9rente de celle re\u00e7ue par mon p\u00e8re.<\/p>\n<p> Ces trois mois de vacances \u00e0 La Goulette qui ont dur\u00e9 de ma naissance en 1917 jusqu\u2019en 1931 ont largement marqu\u00e9 ma vie. En effet, il existait autour de la \u00ab\u00a0zanca\u00a0\u00bb o\u00f9 nous vivions un v\u00e9ritable microcosme de la soci\u00e9t\u00e9 de l\u2019\u00e9poque. Il y avait un grand nombre de nationalit\u00e9s diff\u00e9rentes\u00a0: tunisienne, musulmane, juive, fran\u00e7aise, italienne, maltaise. Et autant de couches sociales\u00a0: m\u00e9decins, avocats, commer\u00e7ants, employ\u00e9s, ouvriers, artisans, rentiers, fonctionnaires.<\/p>\n<p> Cela m\u2019a permis de rencontrer, tr\u00e8s t\u00f4t, des jeunes ou adultes ayant une \u00e9ducation diff\u00e9rente de par leur nationalit\u00e9, leur religion ou leur tradition. Cette ouverture, \u00e0 laquelle ma famille me poussait, m\u2019a enrichi en particulier gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019apprentissage de deux langues\u00a0: l\u2019arabe et l\u2019italien. La connaissance de ces deux langues \u00e9tait renforc\u00e9e par le rapport quotidien que j\u2019avais avec ma \u00ab\u00a0nurse\u00a0\u00bb Toura, venue de Toscane, et le personnel de service que mes parents employaient. C\u2019est aussi au travers de ces contacts que j\u2019ai appris que des diff\u00e9rences existaient entre nous selon l\u2019origine sociale des familles.<\/p>\n<p> Grand-p\u00e8re, grand amateur de th\u00e9\u00e2tre et d\u2019op\u00e9ra, avait une loge en location durant toute la saison pour le dimanche en matin\u00e9e. Je crois, si mes souvenirs sont exacts, que j\u2019ai vu et \u00e9cout\u00e9 les grandes \u0153uvres du th\u00e9\u00e2tre lyrique ainsi que toutes les op\u00e9rettes du r\u00e9pertoire. J\u2019aimais \u00e7a et restais durant tout le spectacle les oreilles et les yeux grands ouverts. En revanche, je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 capable de reproduire avec ma voix le moindre air acceptable. Mon p\u00e8re adorait l\u2019op\u00e9ra et il \u00e9tait capable de chantonner tous les airs du r\u00e9pertoire seulement pour son plaisir. Ses airs pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s \u00e9taient <i>La Cavalerie Rusticana<\/i>, <i>Paillasse<\/i>, <i>La Traviata<\/i>, <i>Manon Lescaut<\/i>, <i>La Tosca<\/i>. Pour ma part, j\u2019attendais avec impatience la saison th\u00e9\u00e2trale. Et ce go\u00fbt s\u2019est confirm\u00e9 plus tard.<\/p>\n<p> Comme je le disais, pendant ces vacances, j\u2019entretenais des liens amicaux avec Henry, l\u2019un des enfants de Hnina. Henry \u00e9tait scolaris\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9cole communale de La Goulette alors que j\u2019\u00e9tais au lyc\u00e9e Carnot \u00e0 Tunis, o\u00f9 se retrouvaient les enfants des \u00ab\u00a0grandes familles tunisoises\u00a0\u00bb et les enfants des grands colons. Gr\u00e2ce \u00e0 Henry, j\u2019ai d\u00e9couvert un autre monde, un autre point de vue. Ma vie \u00e9tait prot\u00e9g\u00e9e, j\u2019avais une famille compl\u00e8te\u00a0; Henry, lui, \u00e9tait orphelin de p\u00e8re. Cela m\u2019interrogeait\u00a0: comment vivre sans p\u00e8re\u00a0?<\/p>\n<p> Par mesure d\u2019\u00e9conomie, Henry avait les cheveux coup\u00e9s \u00e0 la tondeuse z\u00e9ro. Moi, mes cheveux \u00e9taient longs, bross\u00e9s et parfum\u00e9s. J\u2019\u00e9tais jaloux d\u2019Henry qui, \u00e0 mon avis, n\u2019\u00e9tait pas tortur\u00e9 tous les jours par le probl\u00e8me de sa coiffure.<\/p>\n<p> Un jour, me fut donn\u00e9 l\u2019occasion d\u2019imiter Henry et de faire mon premier geste d\u2019ind\u00e9pendance vis-\u00e0-vis de mes parents. Mon p\u00e8re ayant trouv\u00e9 mes cheveux trop longs et n\u2019ayant pas le temps de m\u2019amener chez son coiffeur me donna vingt sous pour les faire couper. C\u2019\u00e9tait la tentation pour moi de faire un \u00ab\u00a0coup double\u00a0\u00bb\u00a0: ressembler \u00e0 Henry et \u00e9conomiser \u00e0 mon profit dix sous. J\u2019allai donc chez le coiffeur et lui demandai de me passer la tondeuse z\u00e9ro pour dix sous. Ce qui fut fait. Rentrant chez moi, tr\u00e8s fier de ma d\u00e9cision et de mon \u00ab\u00a0courage\u00a0\u00bb, je fus accueilli par des yeux grand ouverts de mes parents et le regard amus\u00e9 de Toura. Mon p\u00e8re ne r\u00e9sista pas au plaisir de m\u2019adresser une claque et de me confisquer les dix sous que je croyais utiliser pour l\u2019achat de bonbons.<\/p>\n<p> Environ tous les quinze jours, mes oncles, mon p\u00e8re et quelques amis, le soir, apr\u00e8s d\u00eener, se r\u00e9unissaient pour pr\u00e9parer la grande sortie du week-end, sortie entre hommes, \u00e0 savoir la \u00ab\u00a0grande p\u00eache\u00a0\u00bb. Une fois les d\u00e9cisions prises, Pietro et Mabrouk les marins \u00e9taient appel\u00e9s pour la pr\u00e9paration de cette sortie. Le canot automobile <i>L\u2019Espadon<\/i> et la <i>Lola<\/i> devaient \u00eatre pr\u00eats pour le d\u00e9part du samedi matin au lever du soleil.<\/p>\n<p> Le samedi matin, je me r\u00e9veillais et aussit\u00f4t me dirigeais vers la plage o\u00f9 mon regard cherchait les bateaux\u00a0: ils n\u2019\u00e9taient plus l\u00e0, \u00e0 part la <i>C\u00e9cile<\/i>. J\u2019avais six ans et me sentais flou\u00e9\u00a0: ils \u00e9taient partis sans moi !<\/p>\n<p> J\u2019\u00e9tais tr\u00e8s attach\u00e9 \u00e0 ces bateaux, particuli\u00e8rement \u00e0 la <i>Lola,<\/i> car un jour Babazizi m\u2019avait dit\u00a0: \u00ab\u00a0Quand tu seras plus grand, <i>Lola<\/i> sera \u00e0 toi\u00a0!\u00a0\u00bb<\/p>\n<p> Chaque printemps, les bateaux \u00e9taient mis au sec pour v\u00e9rification. Cela \u00e9tait l\u2019occasion un dimanche de se rendre \u00e0 La Goulette, o\u00f9 l\u2019on retrouvait les oncles, certains neveux et les marins. Les oncles et les marins d\u00e9cidaient des travaux \u00e0 r\u00e9aliser\u00a0: calfeutrage, remise en \u00e9tat de la mature, contr\u00f4le des voiles, peintures, etc. Notre grande joie \u00e9tait de participer \u00e0 tous ces travaux \u00e0 travers lesquels des liens tr\u00e8s forts s\u2019\u00e9taient nou\u00e9s avec ces embarcations. Jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui, il m\u2019arrive de r\u00eaver de sorties en mer. Malheureusement, cela fait longtemps que ce n\u2019est plus qu\u2019un r\u00eave\u00a0!<\/p>\n<p> Une fois les bateaux partis, les parents avaient pr\u00e9par\u00e9 une sortie pour le dimanche. Il s\u2019agissait d\u2019aller retrouver les p\u00eacheurs de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du golfe \u00e0 Sidi Ra\u00efs. Un convoi de voitures \u00e9tait organis\u00e9, charg\u00e9 de victuailles et de boissons, et en route pour l\u2019aventure. Dans les ann\u00e9es 1926- 1927, avec les v\u00e9hicules de l\u2019\u00e9poque et l\u2019\u00e9tat des routes, se rendre de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du golfe n\u2019\u00e9tait pas courant.<\/p>\n<p> Pour se rendre \u00e0 Sidi Ra\u00efs, il fallait prendre le bac et traverser le canal. Pour les enfants, cette travers\u00e9e de quelques minutes nous paraissait une aventure et nourrissait nos r\u00eaves. Nous arrivions \u00e0 Sidi Ra\u00efs apr\u00e8s avoir roul\u00e9 un peu plus d\u2019une heure et, l\u00e0, nous nous trouvions \u00e0 l\u2019entr\u00e9e nord du Cap Bon, pointe avanc\u00e9e de la Tunisie vers la Sicile. Mon grand-p\u00e8re avait fait installer un gros baraquement sur la plage, avec des chambres et un certain confort, afin de permettre aux p\u00eacheurs de passer une nuit confortable. Mon p\u00e8re, mes oncles et les amis \u00e9taient l\u00e0, tr\u00e8s fiers de nous montrer le r\u00e9sultat de leur p\u00eache\u00a0: loups, serres, dorades, dont une partie allait \u00eatre l\u2019ingr\u00e9dient principal de notre d\u00e9jeuner. Cette sortie \u2013 la pr\u00e9sence de la mer, la plage et les montagnes assez escarp\u00e9es \u2013 nourrissait notre imagination.<\/p>\n<p> \u00c0 la tomb\u00e9e de la nuit, c\u2019\u00e9tait le retour vers La Goulette. <i>L\u2019Espadon<\/i> et la <i>Lola<\/i> \u00e9taient repartis vers 16 h pour retraverser le golfe. Pendant le retour en voiture, tr\u00e8s vite je m\u2019endormais et ne me r\u00e9veillais que pour \u00ab\u00a0vivre\u00a0\u00bb la travers\u00e9e du canal en bac, permettant ainsi \u00e0 mon imagination de vivre une grande aventure.<\/p>\n<p> En pensant \u00e0 cette \u00e9poque, je me souviens du r\u00f4le et de l\u2019importance des moments pass\u00e9s \u00e0 la plage, moments qui allaient nourrir les tristes journ\u00e9es d\u2019hiver. Tout d\u2019abord cette libert\u00e9, relative, que nous avions, et les jeux, les parties de p\u00eache, les bagarres, les marchands de cacahou\u00e8tes, d\u2019oublis, de g\u00e2teaux tunisiens\u2026<\/p>\n<p> Le soir, apr\u00e8s d\u00eener, toutes les familles habitant la \u00ab\u00a0zanca\u00a0\u00bb se retrouvaient, chacune apportant son si\u00e8ge\u00a0: fauteuil, chaise, chaise longue, tabouret, coussins\u2026 pour assister \u00e0 un spectacle organis\u00e9 par mes oncles avec le concours d\u2019une troupe de saltimbanques. Des flambeaux \u00e9taient allum\u00e9s et au milieu du cercle que nous avions form\u00e9 se produisaient les \u00ab\u00a0artistes\u00a0\u00bb. Les conteurs reprenaient les histoires du folklore tunisien \u2013 les histoires de Ghoa, de \u00ab\u00a0gnouns\u00a0\u00bb, de h\u00e9ros, de Sinbad le marin. Pour les plus jeunes, le meilleur \u00e9tait \u00e0 venir, \u00e0 savoir les ombres chinoises. Le cin\u00e9ma \u00e9tait loin d\u2019\u00eatre ce qu\u2019il est devenu et ces ombres chinoises, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait le cin\u00e9ma, la t\u00e9l\u00e9vision. J\u2019\u00e9tais trop jeune pour appr\u00e9cier compl\u00e8tement ce spectacle, mais il est certain que c\u2019\u00e9tait un grand moment, car \u00e0 cette occasion l\u2019imaginaire de chacun d\u2019entre nous prenait son envol. Les diff\u00e9rents personnages, les paysages, les animaux que l\u2019on voyait \u00e0 \u00ab\u00a0l\u2019\u00e9cran\u00a0\u00bb \u00e9taient pour l\u2019\u00e9poque une v\u00e9ritable d\u00e9couverte. Mais les spectacles se terminant tr\u00e8s tard, je ne me souviens jamais de la fin, car j\u2019avais sombr\u00e9 dans le sommeil et Toura \u00e9tait venu me chercher pour me mettre au lit.<\/p>\n<p> Au mois d\u2019ao\u00fbt, ma terreur \u00e9tait d&rsquo;entendre mes parents parler de cure. Cela voulait dire que nous allions abandonner la plage, les copains, pour que mon p\u00e8re aille faire sa cure \u00e0 Vichy. Cette cure \u00e9tait \u00e0 l\u2019\u00e9poque le chic du chic pour les bourgeois juifs tunisiens. Cela signifiait quitter la plage au mois d\u2019ao\u00fbt pour prendre le bateau, puis le train \u00e0 Marseille, pour se rendre dans cette ville d\u2019eaux. J\u2019ai gard\u00e9, autant que je m&rsquo;en souvienne, un mauvais souvenir de ces s\u00e9jours. Toujours coll\u00e9 aux parents, dans une chaleur \u00e9touffante, et surtout priv\u00e9 de ma plage, de mes bateaux et de mes copains.<\/p>\n<p> Le 15 ao\u00fbt, jour de la f\u00eate de l\u2019Assomption pour les catholiques, o\u00f9, pour nous, jour de la Madone, \u00e9tait une date importante. En effet, ce jour-l\u00e0, les catholiques, et plus particuli\u00e8rement les Italiens, organisaient \u00e0 travers La Goulette une grande procession qui partait de l\u2019\u00e9glise de la Goulette Vieille. La ville triplait sa population, et les Tunisiens musulmans subissaient cette f\u00eate. Cette procession, avec tous ces fid\u00e8les suivant La Madone et les p\u00e9nitents portant la croix, chacun essayant d\u2019avoir la possibilit\u00e9 de porter collectivement La Madone, formait un spectacle extraordinaire, d\u2019autant que les fanfares rythmaient de leur musique cette procession.<\/p>\n<p> La veille d\u00e9j\u00e0, tous les habitants de La Goulette s\u2019\u00e9taient retrouv\u00e9s pour assister au feu d\u2019artifice organis\u00e9 en l\u2019honneur de La Madone, un spectacle auquel assistait toute la population sans distinction de religion.<\/p>\n<p> Quelquefois, cette c\u00e9l\u00e9bration connaissait des exc\u00e8s et m\u00eame des d\u00e9bordements. Il arrivait que ceux qui venaient honorer La Madone prennent des forces dans du bon ros\u00e9 frais et d\u00e9passent les limites. Cela les amenait \u00e0 avoir des paroles injurieuses envers ceux qui n\u2019\u00e9taient pas catholiques. Les musulmans acceptaient mal cette pr\u00e9sence d\u2019une religion minoritaire qui prenait, durant cette manifestation, une apparence majoritaire. Les Juifs jouaient aux observateurs et \u00e9taient souvent les boucs \u00e9missaires de ces d\u00e9bordements. Mais cela restait tr\u00e8s rare. En v\u00e9rit\u00e9, toutes les religions ou ethnies de La Goulette vivaient en parfaite harmonie, et le film sorti en 1996 <i>\u00ab\u00a0Un \u00e9t\u00e9 \u00e0 La Goulette\u00a0\u00bb <\/i>essaie d\u2019en faire la d\u00e9monstration a posteriori.<\/p>\n<p> Septembre s\u2019accompagnait d\u2019orages terribles\u00a0: vent, pluies diluviennes, abaissement de la temp\u00e9rature, tout cela \u00e9tait pour beaucoup le signe du d\u00e9part, du retour vers Tunis et de la fin des vacances d\u2019\u00e9t\u00e9. Apr\u00e8s ces orages, La Goulette \u00e9tait une petite Venise, car l\u2019absence d\u2019\u00e9gouts transformait les rues de la ville en petits torrents.<\/p>\n<p> Pour nous, au contraire, le mois de septembre \u00e9tait l\u2019occasion de profiter du d\u00e9part d\u2019une partie des vacanciers pour s\u2019approprier d\u00e9finitivement La Goulette.<\/p>\n<p> Le mois de septembre \u00e9tait tr\u00e8s souvent le moment o\u00f9 se d\u00e9roulaient les grandes f\u00eates juives\u00a0: Rosh Hashana, Yom Kippour, Soukkot. \u00c0 l\u2019occasion de ces f\u00eates, les familles se regroupaient, et je n\u2019ai pas souvenir d\u2019en avoir c\u00e9l\u00e9br\u00e9 une chez mon grand-p\u00e8re maternel. D\u2019ailleurs, je n\u2019ai de ce temps-l\u00e0 aucun souvenir de pratique religieuse chez lui.<\/p>\n<p> En revanche, c\u2019est dans la famille de mon p\u00e8re, chez mon oncle Cl\u00e9ment, que la tribu Hayat se retrouvait. Mon p\u00e8re, qui \u00e9tait religieux, mais peu pratiquant, se rendait \u00e0 la synagogue \u00e0 l\u2019occasion des grandes f\u00eates. Il respectait le shabbat, ne fumait pas et ne touchait pas le feu. Il prenait quelques arrangements avec la religion, influenc\u00e9 par ma m\u00e8re et ses beaux-fr\u00e8res. Les f\u00eates chez mon oncle Cl\u00e9ment avaient une dimension extraordinaire, par le nombre de membres de la famille pr\u00e9sents.<\/p>\n<p> Fr\u00e8res, s\u0153urs, beaux-fr\u00e8res, belles-s\u0153urs, neveux, ni\u00e8ces, petits-enfants&#8230; tout ce monde se retrouvait \u00e0 l\u2019occasion de repas qui \u00e9taient pr\u00e9c\u00e9d\u00e9s par les pri\u00e8res correspondant \u00e0 la f\u00eate.<\/p>\n<p> Ces r\u00e9unions se d\u00e9roulaient en g\u00e9n\u00e9ral dans une bonne ambiance familiale, mais quelquefois, en raison de la disparit\u00e9 sociale existant \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la famille, des conflits surgissaient et cr\u00e9aient une ambiance tendue. Il est incontestable que j\u2019en ai gard\u00e9 un bon souvenir, car ces r\u00e9unions me permettaient de rencontrer mes petits cousins avec qui je passais de bons moments.<\/p>\n<p> Mon p\u00e8re m\u2019amenait \u00e0 la synagogue pour assister aux pri\u00e8res et m\u2019impr\u00e9gner de l\u2019ambiance religieuse afin de me pr\u00e9parer \u00e0 l\u2019enseignement religieux devant aboutir \u00e0 l\u2019occasion de mes treize ans, \u00e2ge-cl\u00e9, \u00e0 ma Bar Mitzva, \u00e9quivalent de la communion pour les catholiques. Cette c\u00e9r\u00e9monie me ferait entrer dans la majorit\u00e9 religieuse.<\/p>\n<p> Il faut reconna\u00eetre que la liturgie de la religion juive n\u2019a rien de commun avec la religion catholique et tout son apparat. Il existe des synagogues o\u00f9 se r\u00e9unissent les fid\u00e8les, qui, \u00e0 tour de r\u00f4le, m\u00e8nent les pri\u00e8res reprises ensuite par un chantre. Ce n\u2019est qu\u2019avec l\u2019influence europ\u00e9enne et la construction d\u2019une grande synagogue \u00e0 Tunis que les choses ont chang\u00e9 et qu\u2019un certain apparat est n\u00e9, mais l\u2019essentiel du fait religieux se vivait encore dans de petites synagogues de familles.<\/p>\n<p> Mon fr\u00e8re Hubert, de quatre ans mon a\u00een\u00e9, n\u00e9 en 1913, atteignit en 1926 sa majorit\u00e9 religieuse, selon la loi mosa\u00efque qui r\u00e9gissait la vie des Juifs tunisiens. Cet \u00e9v\u00e9nement rev\u00eatait une grande importance dans la vie des familles, surtout pour les gar\u00e7ons, les filles n\u2019ayant aucune existence sur le terrain religieux. Bien que notre famille soit tr\u00e8s lib\u00e9rale, comme dit pr\u00e9c\u00e9demment, la Bar Mitzva \u00e9tait une f\u00eate importante dans la vie des familles. Elle \u00e9tait l\u2019occasion de festivit\u00e9s plus ou moins importantes, la situation financi\u00e8re de la famille obligeant celle-ci \u00e0 pr\u00e9parer une f\u00eate au niveau de sa fortune. Parfois, pour para\u00eetre, les familles d\u00e9passaient leurs possibilit\u00e9s.<\/p>\n<p> Mes parents, du fait de leur situation sociale, se devaient de marquer l\u2019\u00e9v\u00e9nement par une f\u00eate digne de leur rang social. De plus, Hubert \u00e9tait le seul gar\u00e7on de la famille \u00e0 porter le patronyme Hayat.<\/p>\n<p> Un mois avant la date fix\u00e9e, Hubert se remit \u00e0 l\u2019h\u00e9breu pour \u00eatre en mesure de r\u00e9citer les pri\u00e8res. Recherche d\u2019une salle assez grande pour recevoir les invit\u00e9s, des toilettes, de cuisini\u00e8res pour pr\u00e9parer les victuailles, rendez-vous avec les couturi\u00e8res, impression des invitations, discussions pour d\u00e9cider du contenu de l\u2019animation de la f\u00eate \u2013 que remporta la jeunesse, aussi un orchestre de danse fut retenu. La synagogue de la rue de la Loire fut choisie, ainsi que les enfants de ch\u0153ur pour accompagner Hubert de la maison \u00e0 la synagogue et inversement.<\/p>\n<p> Avec le recul, je pense que si mon p\u00e8re attachait une importance religieuse \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement, ma m\u00e8re, en revanche, pensait surtout que la f\u00eate devait avoir un retentissement social important.<\/p>\n<p> Ma m\u00e9moire est pr\u00e9cise sur un point particulier\u00a0: celui de la pr\u00e9paration de la liste des invit\u00e9s. D\u00e9bats en famille, avec les oncles et tantes. Avis demand\u00e9s aux cousins et cousines. Ne pas aller trop loin. \u00c9viter les oublis. Ne pas trop \u00e9largir et devoir \u00e9largir encore plus. Un vrai casse-t\u00eate.<\/p>\n<p> La f\u00eate fut m\u00e9morable et je pense qu\u2019Hubert en fut le premier satisfait. Autant la c\u00e9r\u00e9monie religieuse que le repas de tous les jeunes \u00e0 midi, le nombre de cadeaux re\u00e7us et le couronnement que fut le bal o\u00f9 se retrouv\u00e8rent pr\u00e8s de trois cents invit\u00e9s.<\/p>\n<p> Puisque je suis sur ce sujet de la Bar Mitzva, je vais parler de la mienne. Je ne voudrais pas qu\u2019\u00e0 travers le r\u00e9cit qui suit, on puisse soup\u00e7onner un seul instant de la jalousie r\u00e9troactive de ma part.<\/p>\n<p> Les choses \u00e9tant ce qu\u2019elles \u00e9taient, je suis n\u00e9 en 1917, donc ma majorit\u00e9 religieuse \u00e9tait fix\u00e9e pour 1930-1931. Mais un \u00e9v\u00e9nement capital est intervenu dans notre vie familiale\u00a0: la crise de 1929 et ses r\u00e9percussions. Ruin\u00e9, mon p\u00e8re avait sp\u00e9cul\u00e9 \u00e0 la Bourse\u00a0; la chute des prix et ses engagements financiers oblig\u00e8rent mon p\u00e8re qui avait fait le choix de la transparence pour ne pas \u00ab\u00a0salir son nom\u00a0\u00bb \u00e0 vendre tous ses biens pour couvrir tous ses engagements.<\/p>\n<p> Cette situation contraignit notre famille \u00e0 r\u00e9duire au strict minimum son train de vie.<\/p>\n<p> Ma Bar Mitzva tombait mal. Mes parents en retard\u00e8rent la date au plus tard. En fin de compte, il fut convenu que cette f\u00eate se d\u00e9roulerait dans la plus stricte intimit\u00e9. Quelques cousins, quelques amis r\u00e9unis autour d\u2019un repas, une c\u00e9r\u00e9monie religieuse la plus simple possible. Les raisons de cette situation me furent expliqu\u00e9es en tenant compte de mon \u00e2ge et de mes connaissances en\u00a0\u00e9conomie.<\/p>\n<p> Je compris la situation ou fis semblant. Tout fut arr\u00eat\u00e9\u00a0: date, nombre d\u2019amis invit\u00e9s au repas et \u00e0 la c\u00e9r\u00e9monie. Puis, patatras\u00a0!, la veille de la date fix\u00e9e, un deuil proche frappa la famille et par cons\u00e9quent tout fut annul\u00e9, sauf la c\u00e9r\u00e9monie religieuse pour respecter les d\u00e9lais. Deux amis seulement vinrent d\u00e9jeuner. Un de mes oncles mit \u00e0 ma disposition une voiture am\u00e9ricaine \u00ab\u00a0Buick\u00a0\u00bb avec son chauffeur pour me permettre de me promener avec mes amis \u00e0 travers Tunis et le long des plages. Du fait du deuil, je n\u2019eus droit qu\u2019\u00e0 quelques cadeaux. C\u2019est \u00e0 cela que se r\u00e9duisit la f\u00eate de ma \u00ab\u00a0majorit\u00e9\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p> A suivre<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avec tous mes remerciements \u00e0 Camille pour son aide pr\u00e9cieuse. Prologue Note sur les familles Hayat et Scemama de Gialuly Origine de la famille Scemama De Gialuly Georges Hayat n\u00e9 \u00e0 Tunis le 11 ao\u00fbt 1917. Fils de Victor d\u2019Isaac Hayat et de Marie Scemama de Gialuly. De cette union est n\u00e9 un premier enfant&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":0,"featured_media":23295,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[17],"tags":[],"class_list":["post-25935","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-souvenirs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25935","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=25935"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25935\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":28820,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/25935\/revisions\/28820"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23295"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=25935"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=25935"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=25935"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}