{"id":26073,"date":"2026-09-30T01:41:24","date_gmt":"2026-09-30T01:41:24","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=26073"},"modified":"2026-09-30T02:04:39","modified_gmt":"2026-09-30T02:04:39","slug":"pelerinage-sur-la-tombe-de-rabbi-fraji-chaouat-a-testour-par-emile-tubiana","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/pelerinage-sur-la-tombe-de-rabbi-fraji-chaouat-a-testour-par-emile-tubiana\/","title":{"rendered":"PELERINAGE SUR LA TOMBE DE RABBI FRAJI CHAOUAT A TESTOUR, par Emile Tubiana"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div> <strong>&#8230;\u00a0\u00bbJe me souvenais des beaux p\u00e8lerinages de Testour, auquels j&rsquo;avais particip\u00e9 avec mes parents. Tous les ans on allait au p\u00e8lerinage de Rebbi Fraji Chaouat de B\u00e9ja, originaire d&rsquo;Espagne et qui \u00e9tait venu de Fez. Apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 rabbin et m\u00e9decin, il mourut vers 1610 \u00e0 B\u00e9ja. Il \u00e9tait tr\u00e8s respect\u00e9 par la communaut\u00e9 juive et par les Musulmans de B\u00e9ja. Avant de mourir il avait voulu \u00eatre enterr\u00e9 l\u00e0 o\u00f9 sa mule, qui portait son corps s&rsquo;arr\u00eaterait.. <\/strong> <\/p>\n<p><strong>Depuis ce temps, tous les ans le p\u00e8lerinage se tenaient \u00e0 Testour aupr\u00e8s de <a href=\"https:\/\/harissa.com\/rabbifradjichaouat.htm\">sa tombe<\/a>. J&rsquo;avais entendu beaucoup d&rsquo;histoires sur les miracles qu&rsquo;il avait fait. C&rsquo;\u00e9tait devenu une tradition, que celui qui avait un voeu, allait prier sur sa tombe et son voeu \u00e9tait exauc\u00e9. J&rsquo;avais \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin d&rsquo;une amie de ma m\u00e8re qui habitait \u00e0 Bone \u00ab\u00a0Annaba\u00a0\u00bb(Alg\u00e9rie) et qui n&rsquo;avait pas pu avoir d&rsquo;enfants depuis qu&rsquo;elle s&rsquo;\u00e9tait mari\u00e9e. Elle \u00e9tait rest\u00e9 treize ans sans enfants. Ma m\u00e8re l&rsquo;avait invit\u00e9e \u00e0 participer avec nous au <a href=\"https:\/\/harissa.com\/rabbifradjichaouat.htm\">p\u00e8lerinage de \u00ab\u00a0Rebbi Fraji<\/a>\u00a0\u00bb afin de prier pour un enfant. L&rsquo;ann\u00e9e d&rsquo;apr\u00e8s, elle avait visit\u00e9 avec nous la tombe du saint, neuf mois plus tard elle avait accouch\u00e9 d&rsquo;un gar\u00e7on. Depuis, chaque ann\u00e9e elle venait au p\u00e8lerinage avec son fils. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Notre tradition voulait que chaque ann\u00e9e les Juifs B\u00e9jaois aillent \u00e0 pied au p\u00e8lerinage de Rebbi Fraji Chaouat qui \u00e9tait enterr\u00e9 \u00e0 Testour. Le fait que sa mule avait choisi Testour n&rsquo;\u00e9tait peut-\u00eatre pas un simple hasard. Aujourd&rsquo;hui on sait que Testour en Sum\u00e9rien veut bien dire Terre Sainte.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Chaque ann\u00e9e on se pr\u00e9parait \u00e0 l&rsquo;avance pour ce p\u00e8lerinage, qui se tenait \u00e0 Soukkot, la f\u00eate des tabernacles, qui symbolise la vie dans le d\u00e9sert durant l&rsquo;exode des Isra\u00eblites d&rsquo;Egypte. L&rsquo;apr\u00e8s-midi du premier jour de Hol-ha-mo\u00ebd, toutes les familles juives se groupaient sur l&rsquo;esplanade de l&rsquo;avenue de la R\u00e9publique et chaque famille formait une caravane. Certaines apportaient avec elles un mouton. Il y avait des familles qui pr\u00e9f\u00e9raient l&rsquo;\u00e9gorger \u00e0 B\u00e9ja, d&rsquo;autres le prenaient vivant et l&rsquo;\u00e9gorgeaient \u00e0 Testour. Les caravanes comptaient quelques centaines de personnes. Elle se formaient devant l&rsquo;ancien Caf\u00e9 Bijaoui d&rsquo;avant guerre. Les caravanes se composaient des membres de chaque famille, et \u00e0 elles se joignaient les voisins ou certains amis qui avaient une m\u00eame affinit\u00e9. Certaines amiti\u00e9s se nouaient juste avant ou pendant les jours de p\u00e8l\u00e9rinage. Pour nous les enfants c&rsquo;\u00e9tait une grande excursion. Chaque famille essayait de tenir les enfants \u00e0 cot\u00e9, mais les familles se m\u00ealaient et les parents commen\u00e7aient \u00e0 perdre patience. Plus d&rsquo;une fois, une famille cherchait un de leurs enfants. Ce d\u00e9lai retardait le d\u00e9part de la grande caravane b\u00e9jaoise. J&rsquo;avais plusieurs fois particip\u00e9 aux p\u00e9l\u00e9rinages. D&rsquo;ann\u00e9e en ann\u00e9e les amiti\u00e9s se changeaient. C&rsquo;etait ainsi que les familles faisaient la connaissance des enfants, des parents et grands parents des autres. Les caravanes commen\u00e7aient la marche, d&rsquo;abord vers le stade de football afin de s&rsquo;organiser et de cr\u00e9er des distances entre les grandes familles. Les plus vieux \u00e9taient les chefs de familles. Ceux-l\u00e0 marchaient devant en t\u00eate de chaque famille. Les hommes et les enfants qui pouvaient marcher allaient \u00e0 pied. Les vieilles femmes montaient sur des charettes \u00e0 chevaux, certains montaient \u00e0 cheval. Les jeunes hommes restaient \u00e0 l&rsquo;arri\u00e8re des femmes pour les prot\u00e9ger des bandits. Certaines familles \u00e9taient tellement grandes qu&rsquo;on ne voyait pas la fin de la file. Ils faut reconna\u00eetre que les mariages entre B\u00e9jaois \u00e9taient fr\u00e9quents. Un jour mon p\u00e8re me disait:<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<blockquote>\n<p><strong>\u00ab\u00a0Si tu veux savoir, tout B\u00e9ja est une seule famille.\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<p><strong>Les premiers kilom\u00e8tres \u00e9taient les plus agr\u00e9ables. La route \u00e9tait plus au moins droite; les jeunes se sentaient les plus forts, un esprit de comp\u00e9tition se cr\u00e9ait parmi les differentes generations. Mais d\u00e8s que l&rsquo;on d\u00e9passait les vieux, nos p\u00e8res nous rappelaient qu&rsquo;il fallait ralentir pour permettre aux femmes et aux vielles personnes de maintenir le rhytme avec nous. Le trajet \u00e0 Medjez-El-Bab durait jusqu&rsquo;au matin, on allait doucement, on chantait des chants de p\u00e8lerinage. Medjez-El-Bab repr\u00e9sentait la premi\u00e8re \u00e9tape. L\u00e0, les caravanes de ceux qui venaient de Tunis et d&rsquo;autres villes s&rsquo;arr\u00e8taient pour se reposer et se d\u00e9barbouiller. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Vers dix heures du matin le lendemain, les premi\u00e8res caravanes de Tunis arrivaient \u00e0 Medjez-El-Bab. Les caravanes s&rsquo;arr\u00eataient et les B\u00e9jaois attendaient sous les arbres d&rsquo;eucalyptus qui donnaient un ombrage agr\u00e9able aux familles pour se reposer et se r\u00e9organiser pour la derni\u00e8re \u00e9tape vers Testour. Elles avaient avec elles, des musiciens qui jouaient du biniou, de la Zokra (fl\u00fbte tunisienne) de la Darbouka (un genre de tambour oriental) et d&rsquo;autres qui jouaient el Oud ouel Ejrana (du luth et du violon). On continuait ensemble la route jusqu&rsquo;\u00e0 Testour. Quand on arrivait \u00e0 Testour les habitants nous attendaient avec des youyous. Chaque famille juive s&rsquo;h\u00e9bergeait dans une maison musulmane. Une fois que les familles avaient pris possession temporaire des lieux, celles-ci \u00e9taient libres d&rsquo;aller \u00e0 la tombe du saint \u00e0 tout moment. Les femmes musulmanes pr\u00e9paraient des Jradeks, un genre de pita, (les Tunisois l&rsquo;app\u00e8lent \u00ab\u00a0Khobz Tabouna\u00a0\u00bb bien connu dans le nord de la Tunisie). La plupart des Musulmans refusaient le payement pour le logis et pour les Jradeks. Ma maman avait besoin de beaucoup de temps pour s&rsquo;occuper de la famille avant d&rsquo;aller visiter la tombe. En attendant, nous les jeunes \u00e9tions impatients, nous sortions dehors comme les premiers \u00e9claireurs, les rues de Testour \u00e9taient semblables aux rues de B\u00e9ja. Nous nous amusions a visiter d&rsquo;autres rues sans toutefois perdre de vue la rue de notre domicile temporaire. A cette occasion on faisait la connaissance de jeunes enfants venus d&rsquo;autres villes, certains nous invitaient chez eux, nous invitions des nouveaux amis chez nous. Ainsi nous gardions nos parents toujours en action. <\/strong><\/p>\n<p><strong>On passait un jour ou deux \u00e0 Testour, pleins de joie et de gaiet\u00e9. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Pour les Juifs du nord de la Tunisie y compris les Juifs de Bone et Constantine, le p\u00e8lerinage de Testour \u00e9tait aussi important que le p\u00e9lerinage de la Ghriba \u00e0 Djerba pour les juifs du sud Tunisien. On dit que l&rsquo;avenue Sidi Frej de B\u00e9ja \u00e9tait au nom de Rebbi Fraji. Alors, le chemin de Testour passait par le pont Trajan, le cort\u00e8ge de Rebbi Fraji passait par le chemin qui \u00e9tait devenu Sidi Fraj. Certaines familles faisaient le p\u00e8lerinage de la Ghriba \u00e0 Djerba, du Maarabi pr\u00e8s de Gab\u00e8s et enfin, de <a href=\"https:\/\/harissa.com\/rabbifradjichaouat.htm\">Rebbi Fraji \u00e0 Testour<\/a>. Les Tunisois avait leur Saint \u00ab\u00a0<a href=\"https:\/\/harissa.com\/rabbihaitaieb.htm\">Rebbi Hai Taieb Lo Met<\/a>\u00a0\u00bb au vieux cimeti\u00e8re de Tunis. Son p\u00e8lerinage \u00e9tait tr\u00e8s important pour les Juifs tunisois. Je me souviens de notre premi\u00e8re visite \u00e0 la tombe du saint. Le mausol\u00e9e de Rebbi Fraji \u00e9tait plein de p\u00e8lerins. La tombe se trouvait au centre d&rsquo;une grande salle. Les femmes et les enfants chantaient et faisaient des voeux. Puis du coup le corps de musiciens avec les binioux et les tambours jouaient des sons qui r\u00e9sonnaient et \u00e9lectrifiaient tous ceux qui etaient pr\u00e9sents, avec le rhytme acceler\u00e9 de la chanson de rebbi Fraji \u00a0\u00bb Lah y lana lah y lana essayed icoun emaana\u00a0\u00bb. Certains rentraient dans l&rsquo;extase de la danse certaines femmes suivaient le rhytme, jusqu&rsquo;a perdre la t\u00eate. Dans ce chahut je me souviens aussi, du moment o\u00f9 comme un silence de l&rsquo;\u00e2me s&rsquo;accaparait de moi, je sentais le rayonnement qui emplissait tout l&rsquo;espace et mon \u00eatre. C&rsquo;est ainsi que je saisissais la croyance en une force supr\u00eame. De m\u00eame je comprenais que cette force jaillit d\u00e8s que nous nous trouvons dans la joie. Dans ces moments, tous les probl\u00e8mes qui nous accablaient tous les jours disparaissaient. Les visiteurs donnaient des offrandes sans r\u00e9serve. Certains distribuaient m\u00eame de l&rsquo;argent. Une atmosph\u00e8re de s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et d&rsquo;une douceur particuli\u00e8re remplissait nos coeurs. La bont\u00e9 et la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 abondaient. Nous nous sentions du coup des fr\u00e8res et des soeurs. Voici les souvenirs que l&rsquo;enseigne qui disait \u00ab\u00a0Testour\u00a0\u00bb avait reveill\u00e9e en moi. Tout ces souvenirs se d\u00e9roulaient dans le silence,&#8230;.. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Emile Tubiana\u00a0 <a href=\"mailto:LPILTD@AOL.COM\">LPILTD@AOL.COM<\/a> <\/strong><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&#8230;\u00a0\u00bbJe me souvenais des beaux p\u00e8lerinages de Testour, auquels j&rsquo;avais particip\u00e9 avec mes parents. Tous les ans on allait au p\u00e8lerinage de Rebbi Fraji Chaouat de B\u00e9ja, originaire d&rsquo;Espagne et qui \u00e9tait venu de Fez. 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