{"id":26118,"date":"2026-09-30T01:41:27","date_gmt":"2026-09-30T01:41:27","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=26118"},"modified":"2026-09-30T02:05:15","modified_gmt":"2026-09-30T02:05:15","slug":"hammam-lif-par-emile-tubiana","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/hammam-lif-par-emile-tubiana\/","title":{"rendered":"Hammam-Lif, par Emile Tubiana"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"hamam_lif.jpg (13251 bytes)\" height=\"261\" src=\"https:\/\/harissa.com\/harissa\/hamam_lif.jpg\" width=\"407\"\/><\/p>\n<p><strong><br \/> Ce mois de juillet ma m\u00e8re et mes soeurs avaient pris le train pour Tunis une semaine avant moi. Papa travaillait toute la semaine et le vendredi nous pr\u00eemes l&rsquo;autorail pour rejoindre la famille qui se trouvait d\u00e9ja \u00e0 Hammam-Lif. C&rsquo;\u00e9tait la premi\u00e8re fois que je restais avec papa car d&rsquo;habitude je restais avec maman. Papa nous rejoignait tous les vendredis\u00a0 soir et reprenait le samedi soir le train de retour. Ce jour-l\u00e0 j&rsquo;avais\u00a0 pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 rester \u00e0 B\u00e9ja et tenir compagnie \u00e0 papa qui ne voulait pas fermer son atelier durant les vacances. En effet il \u00e9tait le seul \u00e0 nourrir toute une grande famille. <\/p>\n<p> Apr\u00e8s une heure et demi de route papa et moi arriv\u00e2mes \u00e0 Tunis. La gare \u00e9tait bourr\u00e9e de monde, les uns couraient pour rattraper leur train, d&rsquo;autres se bousculaient pour sortir de la gare. Nous \u00e9tions tremp\u00e9s de sueur, le train d\u00e9marrait. <br \/> Papa n&rsquo;\u00e9tait pas s\u00fbr, s&rsquo;il fallait attendre le prochain train ou rattraper le train en marche. Il me regarda d&rsquo;un air d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9. A mon tour je lui retournai un regard avec un sourire et je me mis \u00e0 courir vers le train qui roulait encore lentement. Me voyant lanc\u00e9 pour prendre le train, il courut aussi et nous voil\u00e0 tous les deux sur le marchepied. J&rsquo;avais eu peur pour papa, surtout qu&rsquo;il \u00e9tait fatigu\u00e9 apr\u00e8s une semaine de travail. Une ann\u00e9e auparavant mon cousin D\u00e9d\u00e9 m&rsquo;avait appris \u00e0 prendre le tram et le train en marche. Nous respirions de l&rsquo;air pur \u00e0 pleins poumons. Il faisait chaud et papa avait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 rester sur la platforme arri\u00e8re ouverte. Il fumait tranquillement sa cigarette. Nous arrivions aussit\u00f4t \u00e0 Djebel Ejloud. Je regardais une fois les passagers qui \u00e9taient debout et une fois j&rsquo;observais le paysage qui filait devant mon nez. <\/p>\n<p> Au bout d&rsquo;un moment le train s&rsquo;arr\u00eata encore une fois: \u00ab\u00a0Megrine!\u00a0\u00bb <br \/> cria le contr\u00f4leur du train. Quand nous arrivions \u00e0 Rad\u00e8s plusieurs passagers descendaient, nous laissant ainsi plus de place. Notre compartiment devenait plus spacieux, papa me fit signe de m&rsquo;asseoir mais je pr\u00e9f\u00e9rais rester debout sur la platforme. Quelques minutes plus tard nous arrivions \u00e0 Saint Germain, la ville o\u00f9 les dimanches, Armand mon cousin et moi dansions jusqu&rsquo;au soir; c&rsquo;est l\u00e0 que j&rsquo;avais appris la samba, le spirou, le boogie-woogie et d&rsquo;autres danses de ce temps&#8230; Ya Hasra! J&rsquo;\u00e9tais \u00e0 peine plong\u00e9 dans ma m\u00e9moire que la voix festive du contr\u00f4leur se faisait \u00e0 nouveau entendre: \u00a0\u00bb Hammam-Lif!\u00a0\u00bb disait-il.<\/p>\n<p> Mon cousin nous attendait \u00e0 la gare, il tenait \u00e0 me montrer la ville; il me disait \u00ab\u00a0Tu vois la montagne c&rsquo;est le Bou Cornine, de l\u00e0-haut on voit toute la ville jusqu&rsquo;\u00e0 la mer!\u00a0\u00bb Je resistais \u00e0 ces temptations car j&rsquo;avais h\u00e2te d&rsquo;arriver \u00e0 la maison et voir maman. Nous traversions la rue de la gare qui coupait la ville jusqu&rsquo;\u00e0 la mer. Comme dans une peinture j&rsquo;admirais la couleur bleue de la mer, et je me disais: \u00ab\u00a0C&rsquo;est justement cette couleur qui nous attire comme les belles fleurs qui attirent les abeilles. De temps \u00e0 autre nous rencontrions des jeunes filles et des jeunes gar\u00e7ons en maillots de bain, qui allaient \u00e0 la plage. Apr\u00e8s une courte marche \u00e0 travers la ville nous voil\u00e0 arriv\u00e9s \u00e0 la maison.\u00a0 <\/strong><\/p>\n<p><strong> Les membres de la famille, venaient de plusieurs villes. Nous passions tous les \u00e9t\u00e9s les vacances \u00e0 Hammam-Lif. Une cousine de maman, Bahla arrivait de Sliman, ma tante Julie, la soeur de maman venait avec sa famille de l&rsquo;Ariana, une autre tante et ma grand-m\u00e8re venaient de Tunis. Mes arri\u00e8re-grands-parents Rachelle et Sa&rsquo;adani habitaient avec mes tantes Marcelle et Koukina dans la m\u00eame maison. Celle-ci avaient plusieurs chambres donnant sur une grande cour carr\u00e9e avec un jet d&rsquo;eau au milieu et une grande cuisine. Chaque tante ou oncle avait une chambre reserv\u00e9e pour l&rsquo;ann\u00e9e. Une ville de plage et d&rsquo;ambiance agr\u00e9able, favoris\u00e9e par les hautes montagnes. Une fra\u00eecheur matinale calmait les gens qui fuiaient la chaleur de la grande ville. En plus c&rsquo;\u00e9tait la ville du Bey.<\/p>\n<p> Les soirs, sous un ciel clair aux \u00e9toiles enchanteresses, nous profitions du vent doux qui nous arrivait de la mer en groupes de petites bises. Notre grande famille se composait de tantes, oncles, cousins, cousines, grands et arri\u00e8re-grands- parents. Elle se joignait aux autres familles qui arrivaient lentement, chacune selon sa cadence. La plupart \u00e9taient charg\u00e9s de couvertures, de draps, de kelims, de hassiras (des nattes en paille) et des Qartalas (coufins) remplis de victuailles. Certains apportaient des instruments de musique. Tous s&rsquo;adossaient \u00e0 une barri\u00e8re construite en pierre d&rsquo;une hauteur d&rsquo;un enfant, qui s\u00e9parait la plage de la rue.<\/p>\n<p> Des centaines de familles venant de toutes parts remplissaient les trains, pour avoir une place dans cette ville du Bey et pour jouir enfin des vacances si longtemps attendues. Chacun selon ses moyens d\u00e9pensait toutes ses r\u00e9serves accumul\u00e9es durant l&rsquo;ann\u00e9e. Nous prenions des couleurs au soleil. Nous nous \u00e9talions au bord de la mer. Ce rythme dure depuis des milliers d&rsquo;ann\u00e9es, ces peuples, d\u00e9cendants des Berb\u00e8res, des Ph\u00e9niciens, des Grecs, des Romains, des H\u00e9breux, des Vandales, des Arabes, des Italiens, des Maltais et en dernier, des Fran\u00e7ais, vivent \u00e0 ses bords et se nourrissent de ses d\u00e9licieux fruits de mer.<\/p>\n<p> Chaque famille occupait sa place pr\u00e8s du mur le long de la plage, <br \/> dans l&rsquo;ordre de son arriv\u00e9e et formait un d\u00e9cor naturel qui l&rsquo;animait. Pendant que les parents installaient les places, nous les enfants profitions pour jouer. Personne ne nous introduisait. Le fait que nous \u00e9tions l\u00e0 suffisait pour aussit\u00f4t nous entendre. Les femmes arrivaient \u00e0 peine \u00e0 sortir les provisions. Nous interrompions notre jeux pour ne pas rater le premier go\u00fbter \u00e0 l&rsquo;air pur.<\/p>\n<p> Parmi les grandes personnes il y avait ceux qui s&rsquo;allongeaient, ceux qui profitaient pour prendre un bain et ceux qui bavardaient. Mon cousin Maurice accordait son luth sous le regard curieux des passants et des marchands. Les soir\u00e9es que nous n&rsquo;allions pas \u00e0 la plage, ma tante Koukina l&rsquo;accompagnait avec la darbouka et Lalou jouait du piano qu&rsquo;on installait tous les \u00e9t\u00e9s pr\u00e8s de la balustrade qui faisait le pourtour de la cour et formait un pr\u00e9au qui permettait de circuler d&rsquo;une chambre \u00e0 l&rsquo;autre et \u00e0 la cour. Le parterre de celle-ci \u00e9t\u00e9 en marbre qu&rsquo;on lavait tous les apr\u00e8s midi.<\/p>\n<p> A la plage des amiti\u00e9s se nouaient durant les vacances. Les jeunes c\u00e9libataires trouvaient leur compagnes, les filles sortaient leurs meilleures toilettes pour plaire aux jeunes gens. Normalement pour les jeunes c&rsquo;\u00e9tait encore une occasion de faire des nouvelles connaissances et encore plus, en maillot de bain. Les plages leur offraient un lieu merveilleux pour de telles rencontres. <\/p>\n<p> Sa&rsquo;adani et Rahel mes arri\u00e8re-grands-parents, se joignaient eux <br \/> aussi, comme un jeune couple. Tous leurs enfants \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 des grands-p\u00e8res et des grands-m\u00e8res. Je m&rsquo;amusais beaucoup \u00e0 les voir marcher lentement. Je faisais plusieurs fois l&rsquo;aller-retour de la maison \u00e0 la plage pour leur permettre d&rsquo;arriver lentement. Pour cel\u00e0 je recevais des compliments comme:<br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Ya&rsquo; a&rsquo;tik essahah\u00a0\u00bb (Bravo) J&rsquo;\u00e9tais trop jeune pour comprendre<br \/> ces expressions, mais je souriais en signe de satisfaction. En r\u00e9alit\u00e9 ces compliments \u00e9taient des b\u00e9n\u00e9dictions. <\/p>\n<p> On entendait les chants et les slogans des marchands ambulants qui sillonnaient la plage, chacun d\u00e9crivait les qualit\u00e9s de ses friandises par sa petite chansonnette. Les odeurs des grillades des restaurants de la rue qui longeait la plage se m\u00e9langeaient avec celles des briks et des bonbolonis qui nous parvenaient tout chauds par les jeunes marchands. A cel\u00e0 s&rsquo;ajoutait le go\u00fbt sal\u00e9 des glibettes et des pois chiches cuits au sable. La soif des jeunes vidait les gargoulettes \u00e0 peine raffra\u00eechies. La nuit \u00e9talait ses voiles et peu-\u00e0-peu, un silence laissait enfin la place \u00e0 Maurice, qui sortait les premi\u00e8res m\u00e9lodies de son luth. Les voisins qui nous c\u00f4toyaient s&rsquo;approchaient petit-\u00e0-petit pour mieux \u00e9couter. En quelques instants ceux qui \u00e9taient assis pr\u00e8s de nous, femmes et hommes finissaient par se conna\u00eetre. Chacun partageait ses provisions avec les autres. Une atmosph\u00e8re familiale se cr\u00e9ait spontan\u00e9ment. Nous, les enfants nous nous r\u00e9jouissions encore plus.<\/p>\n<p> Les marchands de jasmin, attir\u00e9s par la musique sortaient de <br \/> l&rsquo;obscurit\u00e9 Ils s&rsquo;assoyaient sur la plage, assez proche pour jouir des m\u00e9lodies qu&rsquo;ils connaissaient. Aussit\u00f4t qu&rsquo;une chanson se terminait, ils nous tendaient des bouquets de jasmin tr\u00e9ss\u00e9s, en signe de remerciement.<\/p>\n<p> De temps en temps Sa&rsquo;adani se levait pour se degourdir les pieds et il disait: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Chah! Chah! En Nesma!\u00a0\u00bb (Quelle fra\u00eecheur). Personne n&rsquo;\u00e0 jamais vu Sa&rsquo;adani prendre un bain dans la mer. Tout au plus, il restait debout juste au bord de la mer et laissait les vagues douces caresser ses pieds. <br \/> Yerhamou! Nous les enfants mettions aussi les pieds dans l&rsquo;eau et nous disions ensemble \u00ab\u00a0Chah! Chah! En Nesma!\u00a0\u00bb. Quel Kif! <\/p>\n<p> Emile Tubiana<br \/> (Extrait du livre: \u00ab\u00a0Les tr\u00e9sors cach\u00e9s\u00a0\u00bb)<br \/> <\/strong><br \/> <strong> <br \/> <a href=\"mailto:LPILTD@aol.com\">LPILTD@aol.com<\/a><\/strong><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Ce mois de juillet ma m\u00e8re et mes soeurs avaient pris le train pour Tunis une semaine avant moi. Papa travaillait toute la semaine et le vendredi nous pr\u00eemes l&rsquo;autorail pour rejoindre la famille qui se trouvait d\u00e9ja \u00e0 Hammam-Lif. 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