{"id":26195,"date":"2026-09-30T01:41:30","date_gmt":"2026-09-30T01:41:30","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=26195"},"modified":"2026-09-30T02:06:24","modified_gmt":"2026-09-30T02:06:24","slug":"la-conquete-de-louest-de-tunis-par-jean-pierre-chemla","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-conquete-de-louest-de-tunis-par-jean-pierre-chemla\/","title":{"rendered":"La conqu\u00eate de l\u2019Ouest\u2026 de Tunis, par Jean-Pierre Chemla"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<\/div><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p> Fallait pas me prier\u00a0! <\/p>\n<p> 1959\u00a0: je devais avoir 6 ou 7 ans. La perspective d\u2019un tour de piste sur les chevaux de bois de l\u2019avenue Jules Ferry me remplissait d\u2019une jubilation int\u00e9rieure que personne ne pouvait deviner et que je m\u2019effor\u00e7ais de camoufler de peur d\u2019en faire monter le prix. Qui sait\u00a0? Aurait-il fallu, la semaine suivante, ramener un 10\/10 en dict\u00e9e pour b\u00e9n\u00e9ficier du droit \u00e0 la chevauch\u00e9e fantastique\u00a0? Mieux valait recevoir la proposition avec une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 feinte et r\u00e9pondre par un blas\u00e9\u00a0: \u00ab\u00a0Pourquoi pas\u00a0?\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p> Je sentais bien que ma s\u0153ur Annie, qui n\u2019avait que trois ans de plus que moi, partageait cette m\u00eame fi\u00e8vre hippique et qu\u2019elle avait choisi le m\u00eame stratag\u00e8me que moi aupr\u00e8s de Papa et Maman. <\/p>\n<p> Il s\u2019agissait, assis sur une carriole, de <i>driver<\/i> le cheval en bois mont\u00e9 sur roues devant soi. Nous disposions de r\u00eanes pour faire pivoter la roue ant\u00e9rieure et d\u2019un p\u00e9dalier de v\u00e9lo. Le site de l\u2019attraction \u00e9tait situ\u00e9, je crois, non loin de la gare de d\u00e9part du TGM de l\u2019avenue Jules Ferry. La piste n&rsquo;\u00e9tait pas goudronn\u00e9e et le parcours \u00e9tait fait de deux longues lignes droites avec virages en \u00e9pingle \u00e0 cheveux aux extr\u00e9mit\u00e9s. <\/p>\n<p> Une fois install\u00e9, le western pouvait d\u00e9marrer. Je me disais que je faisais bien de ne pas d\u00e9voiler \u00e0 mes parents les dangers qui me guettaient en prenant les r\u00eanes de ma diligence. D\u00e9j\u00e0, les hirondelles qui se pressaient dans les feuillages des arbres qui bordaient l\u2019avenue Jules Ferry s&rsquo;\u00e9taient m\u00e9tamorphos\u00e9es en autant de vautours guettant le cow-boy bient\u00f4t vaincu par la soif apr\u00e8s la travers\u00e9e de la Vall\u00e9e de la mort. Je d\u00e9cidai de leur sourire en guise de d\u00e9fi. <\/p>\n<p> Apr\u00e8s quelques m\u00e8tres, je pouvais, en longeant la gare TGM, rebaptis\u00e9e gare de Santa F\u00e9, apercevoir le visage du chef de gare\u00a0: Gary Cooper, vieilli, fuyait mon regard, conscient de sa d\u00e9ch\u00e9ance. Il aurait d\u00fb, pourtant, \u00eatre assur\u00e9 de ma mansu\u00e9tude, persuad\u00e9 que j&rsquo;\u00e9tais d\u00e9j\u00e0 que <em>\u00ab\u00a0les h\u00e9ros ne meurent jamais\u00a0\u00bb.<\/em> <\/p>\n<p> Mais tr\u00eave de sensiblerie\u00a0: la mission qui m\u2019avait \u00e9t\u00e9 confi\u00e9e \u00e9tait des plus p\u00e9rilleuses, mais comme je n\u2019avais \u00e9t\u00e9 confront\u00e9, au cin\u00e9ma, qu&rsquo;\u00e0 des <i>happy end<\/i>, j&rsquo;\u00e9tais gonfl\u00e9 de confiance et persuad\u00e9 que la cargaison d\u2019armes et de munitions que j\u2019avais charg\u00e9e au d\u00e9part parviendrait bien aux forces nordistes qui m\u2019attendaient de pied ferme. <\/p>\n<p> La premi\u00e8re partie du parcours se d\u00e9roula sans encombre. Il y eut bien quelques coyotes venant de la gauche comme porteurs de mauvais pr\u00e9sages. Mais il y avait longtemps que j\u2019avais choisi\u00a0de ne plus \u00eatre superstitieux pensant que \u00e7a portait malheur. <\/p>\n<p> J\u2019avais choisi la meilleure monture de la r\u00e9gion. Sa robe blanche tachet\u00e9e de noir lui procurait une classe dont elle devait \u00eatre consciente et c\u2019est sans doute \u00e0 sa r\u00e9sistance hors du commun que je dois ma survie et le privil\u00e8ge de pouvoir vous narrer cette aventure aujourd\u2019hui. <\/p>\n<p> Tr\u00e8s t\u00f4t, nos affaires\u00a0\u00e0 Glibette \u2013 c&rsquo;\u00e9tait son nom \u2013 et moi allaient vite d\u00e9g\u00e9n\u00e9rer. Il n\u2019y avait pas que les Sudistes qui avaient int\u00e9r\u00eat \u00e0 voir mon entreprise \u00e9chouer. Les Apaches, dont je devais traverser le territoire, convoitaient, eux aussi, mon chargement. Ils avaient compris la sup\u00e9riorit\u00e9 des armes \u00e0 feu sur leurs fl\u00e8ches, lances et autres tomahawks. <\/p>\n<p> C\u2019est pourtant avec une fl\u00e8che empoisonn\u00e9e que leur comit\u00e9 d\u2019accueil me souhaita la bienvenue. Je perdis vite connaissance, non sans avoir pr\u00e9alablement vu d\u00e9filer, dans mon subconscient, le Casino de la Goulette, un Frigolo au chocolat et le num\u00e9ro 125 de Spirou. <\/p>\n<p> A mon r\u00e9veil, une gentille infirmi\u00e8re me souriait. Curieusement, elle se pr\u00e9senta comme \u00e9tant une certaine Corinne Zerbib, ce qui ne faisait pas tr\u00e8s couleur locale. Je ne compris rien \u00e0 ses explications mais toujours \u00e9tait-il que mon bras \u00e9tait pans\u00e9 et que la plaine \u00e9tait jonch\u00e9e des cadavres de ces pauvres Apaches dont je n\u2019appris que beaucoup plus tard qu\u2019ils n&rsquo;\u00e9taient pas les sauvages sanguinaires que j\u2019imaginais. <\/p>\n<p> Le paysage avait chang\u00e9. Les Rocheuses avaient remplac\u00e9 le d\u00e9sert et Glibette et moi avancions avec les plus grandes difficult\u00e9s. <\/p>\n<p> Nous d\u00fbmes affronter les \u00e9boulements de la montagne, une temp\u00eate de neige, l\u2019attaque d\u2019un puma qui avait cru pouvoir faire de Glibette son sandwich et de votre serviteur son dessert. C\u2019est moi, finalement, qui poss\u00e8de aujourd\u2019hui une magnifique descente de lit. <\/p>\n<p> La fi\u00e8vre, par malheur, allait me vaincre, si pr\u00e8s du but. Je pouvais, en effet, apercevoir les contreforts de la Sierra Madre o\u00f9 se morfondait le G\u00e9n\u00e9ral Lee dans l\u2019attente de ma venue. Mais cet horizon qui paraissait si proche \u00e9tait encore \u00e0 deux jours de cheval. Les antibiotiques n\u2019existant malheureusement pas en cette fin de\u00a019e si\u00e8cle, je savais que c&rsquo;\u00e9tait la fin. Les vautours de l\u2019avenue Jules Ferry tournoyaient de plus belle. Corinne Zerbib \u00e9tait rest\u00e9e dans les environs d\u2019Apache City et ma r\u00e9serve de Whisky \u00e9tait \u00e9puis\u00e9e. <\/p>\n<p> C\u2019est pourtant encore cette merveilleuse Glibette qui parvint seule \u00e0 destination, devinant ma d\u00e9ficience et le trajet \u00e0 suivre. Recevant \u00e0 Fort Faith les soins adapt\u00e9s, je pus repartir tr\u00e8s vite, ma mission accomplie. <\/p>\n<p> Je me rendis vers le village de San Francisco o\u00f9, paraissait-il, on trouvait de l\u2019or \u00e0 gogo. <\/p>\n<p> A l\u2019entr\u00e9e du bourg, j\u2019aper\u00e7us avec \u00e9tonnement Papa et Maman. Comment avaient-ils fait pour \u00eatre l\u00e0 avant moi\u00a0? <\/p>\n<p> Je d\u00e9cidai de rejoindre mes parents et de confier Glibette \u00e0 un fermier s\u00fbr, moustachu et qui, bizarrement, \u00e9tait coiff\u00e9 d\u2019une ch\u00e9chia. <\/p>\n<p> J&rsquo;\u00e9vitai de leur dire le moindre mot de mes p\u00e9rip\u00e9ties aventureuses et de la mort que j\u2019avais fr\u00f4l\u00e9e. <\/p>\n<p> Pourquoi les inqui\u00e9ter inutilement\u00a0? <\/p>\n<p> Jean-Pierre Chemla<\/p>\n<p> <strong>Ci-dessous: ma ni\u00e8ce, Muriel, drivant Bomboloni, le fr\u00e8re jumeau de Glibette<\/strong><v:shape> <v:imagedata><\/v:imagedata> <\/v:shape><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Fallait pas me prier\u00a0! 1959\u00a0: je devais avoir 6 ou 7 ans. 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