{"id":26220,"date":"2026-09-30T01:41:31","date_gmt":"2026-09-30T01:41:31","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=26220"},"modified":"2026-09-30T02:06:45","modified_gmt":"2026-09-30T02:06:45","slug":"la-langue-de-lariana-par-albert-bebert-naccache","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-langue-de-lariana-par-albert-bebert-naccache\/","title":{"rendered":"La langue de l&rsquo;Ariana, par Albert Bebert Naccache"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><b>Mais quelle langue parlions nous?<\/b><\/p>\n<p><b>Pour les enfants, le francais etait la langue maternelle, la seule langue enseignee a 1&rsquo;ecole, tandis que I&rsquo;arabe etait la langue des vieux et des gens peu instruits.<\/b><\/p>\n<p><b>Pourtant, nous fumes pieges par la langue de I&rsquo;Ariana. Sans que nous le sachions, notre culture etait triple et metissee. Nous apprimes aussi I&rsquo;hebreu au kouttab et l&rsquo;arabe a la maison et dans la rue.<\/b><\/p>\n<p><b>L&rsquo;arabe et I&rsquo;hebreu faisaient aussi partie de notre etre le plus intime. Notre parle etait colore, deforme, ouvert a toutes les origines.<\/b><\/p>\n<p><b>Notre langage se musclait lorsque deux groupes de garnements se heurtaient. Tout le repertoire des insultes et des grossieretes etait debite en trois versions originates et simultanees : francaise, arabe et italo-sicilienne.<\/b><\/p>\n<p><b>Le francais que nous parlions s&rsquo;etait adapte a nous, a notre accent et aux expressions traditionnelles traduites directement de I&rsquo;arabe. Malgre les efforts et la vigilance de nos braves instituteurs metropolitains, nous disions \u00ab\u00a0une\u00a0\u00bb avion , les liquides \u00ab\u00a0inflammables\u00a0\u00bb ne brulaient pas et les filles etaient \u00ab\u00a0malelevaises\u00a0\u00bb<\/b><\/p>\n<p><b>Les enfants pensaient en francais, les parents en francais et en arabe et les grands-parents le plus souvent en arabe. Les deux langues coexistaient harmonieusement et se substituaient selon des regles subtiles.<\/b><\/p>\n<p><b>L&rsquo;utilisation simultanee des deux langues etait courante: par exemple nos grands-parents nous parlaient en arabe et nous leurs repondions en francais.<\/b><\/p>\n<p><b>Les enfants connaissaient par coeur les interpellations des marchands de fruits et legumes qui vantaient la qualite de leurs tomates, poivrons, melons et oranges.<\/b><\/p>\n<p><b>Nous appelions les oranges aigres ou douces \u00ab\u00a0Bordgane\u00a0\u00bb et les oranges ameres \u00ab\u00a0Arenj\u00a0\u00bb qui a donne le mot orange en francais.<\/b><\/p>\n<p><b>Nous ne connaissions que les noms arabes de certains fruits comme les \u00ab\u00a0zarours\u00a0\u00bb (pommettes) et \u00ab\u00a0anebs\u00a0\u00bb Jujube) et de certains legumes cornme le \u00ab\u00a0betengel\u00a0\u00bb ( aubergine) on la \u00ab\u00a0boutakala\u00a0\u00bb ( choux-rave ).<\/b><\/p>\n<p><b>Nous apprimes bien dautres mots chez Aouida, le vieux marchand de legumes juif, dont les prix modiques permettaient a nos meres de nourrir leurs familles souvent nombreuses..<\/b><\/p>\n<p><b>Une fois par an, au printemps, les couffins se remplissaient de fleurs de bigaradiers -(orangers amers). Nos meres sortaient alors leur alambic en fer blanc de la \u00ab\u00a0toulia\u00a0\u00bb (- soupente-) afin d&rsquo;obtenir par distillation le precieux \u00ab\u00a0mazar\u00a0\u00bb. (Eau de fleurs d&rsquo;oranger).<\/b><\/p>\n<p><b>L&rsquo;arabe tunisois avait integre depuis des siecles de tres nombreux termes dorigine hebraique, espagnole et<\/b> <b>italienne: comme \u00ab\u00a0rigalo\u00a0\u00bb pour cadeau, \u00ab\u00a0mercanti\u00a0\u00bb pour riche, \u00ab\u00a0lascoula\u00a0\u00bb pour l&rsquo;ecole, \u00ab\u00a0douro\u00a0\u00bb pourcent sous .( 5 francs)&#8230;<\/b><\/p>\n<p><b>Nous disions &lsquo;glibettes\u00a0\u00bb pour les pepites, sans savoir que c&rsquo;etait un mot arabe et les femmes utilisaient 1&rsquo;expression hebraique \u00ab\u00a0Sibah la-il\u00a0\u00bb (en hebreu, Dieu merci -) en pensant que c&rsquo;etait de l&rsquo;arabe.<\/b><\/p>\n<p><b>L\u2019arabe etait la langue de l&rsquo;intimite familiale, de I&rsquo;affection et de I&rsquo;amour filial.<\/b><\/p>\n<p><b>Les enfants adoraient la comptine (qu&rsquo;ils comprenaient a moitie) chantee par leur mere. Celle de \u00ab\u00a0khnifcha ya khnifcha\u00a0\u00bb ( le petit cafard) on une autre, ou il est question de la souris \u00ab\u00a0far\u00a0\u00bb qui a petits pas , allait jusqu\u2019a la porte de la maison \u00ab\u00a0bab el dar\u00a0\u00bb du \u00ab\u00a0cadi\u00a0\u00bb. ( representant de I&rsquo;autorite dans les pays musulmans, comme le maire on le caid). La comptine s&rsquo;accompagnait de chatouilles et se terminait par un immense eclat de rire.<\/b><\/p>\n<p><b>Nos meres disposaient de tout un ensemble de formules magiques qui nous protegeaient de tous les dangers: Il y avait le rituel des eternuements, car l\u2019ame pouvait s&rsquo;envoler avec un eternuement trop fort: \u00ab\u00a0T&rsquo;aich\u00a0\u00bb (- que tu vives &#8211; ), \u00ab\u00a0Tfouz\u00a0\u00bb (- que tu prosperes ), \u00ab\u00a0Touoli Arouss\u00a0\u00bb ( &#8211; que tu te maries, a I&rsquo;adresse des garcons uniquement). &#8211; .<\/b><\/p>\n<p><b>La main de Fatma et le poisson nous protegeaient de tout danger potential. \u00ab\u00a0Hamsah on Khemis ala ouldi\u00a0\u00bb ( 5 sur 5 pour Mon fils) et \u00ab\u00a0Bel hout ala ouldi\u00a0\u00bb ( que le poisson te protege du coup d&rsquo;oeil) qui ont donne la version francaise abregee: \u00ab\u00a0Les cinq et les poissons\u00a0\u00bb que l&rsquo;on entend parfois a Belleville ou a Deauville.<\/b><\/p>\n<p><b>Nos meres acceptaient de s&rsquo;offrir en sacrifice pour nous proteger : \u00ab\u00a0Men yalch laia ouldi\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0Rani ndour -alick\u00a0\u00bb ; ces deux expressions voulaient dire pour nous: \u00a0\u00bb Mon pauvre cheri\u00a0\u00bb et (que je parte en sacrifice pour toi)<\/b><\/p>\n<p><b>Au dela de ces formules incantatoires la plus belle des expressions etait pour moi le \u00ab\u00a0Ya omri\u00a0\u00bb ( &#8211; Mon amour -) que me disait ma mere.<\/b><\/p>\n<p><b>La langue arabe nous poursuivait dans les rues ou les haut-parleurs des cafes diffusaient sans fin les chansons des grands chanteurs Egyptiens et tunisiens : Farid el Attrach, Ali Riahi, Asmahan, Oum Khaltoum, Abdel Halim Hafez, Raoul Journo et Saliha dont nous connaissions les chansons par coeur. La lecon d&rsquo;arabe se poursuivait au \u00ab\u00a0Saf-Saf\u00a0\u00bb ( Caf\u00e9 Maure de plein-air, etabli autour d&rsquo;un puits a 1&rsquo;eau bienfaisante, que puisait un chameau (aux yeux bandes), harnacha a un mecanisme en bois, qui toumait autour d&rsquo;une roue a laquelle etaient accrochees des outres en peau de chevre.<\/b><\/p>\n<p><b>Pendant les soirees estivales, 1&rsquo;esplanade se transfomiait en cinema et l&rsquo;on projetait le dernier film Egyptien en alternance avec Charlot, Tarzan on un western.<\/b><\/p>\n<p><b>N&rsquo;oublions pas de transmettre a nos enfants et a nos petits-enfants, la vraie langue de I&rsquo;Ariana, qui fut celle de la chaleur humaine et de I&rsquo;amour.<\/b><\/p>\n<p><b>Par Albert Bebert Naccache<\/b><\/p>\n<p><b>Tire de \u00ab\u00a0Du cafe Chadli au cafe des Roses\u00a0\u00bb, de l&rsquo;Amicale des Juifs de l&rsquo;Ariana, 20 rue du president Wilson, 94250 Gentilly<\/b><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Mais quelle langue parlions nous? Pour les enfants, le francais etait la langue maternelle, la seule langue enseignee a 1&rsquo;ecole, tandis que I&rsquo;arabe etait la langue des vieux et des gens peu instruits. Pourtant, nous fumes pieges par la langue de I&rsquo;Ariana. Sans que nous le sachions, notre culture etait triple et metissee. 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