{"id":26312,"date":"2026-09-30T01:41:37","date_gmt":"2026-09-30T01:41:37","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=26312"},"modified":"2026-09-30T02:08:06","modified_gmt":"2026-09-30T02:08:06","slug":"les-mauvaises-rues-a-la-peripherie-de-la-hara-par-avraham-bar-shay","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-mauvaises-rues-a-la-peripherie-de-la-hara-par-avraham-bar-shay\/","title":{"rendered":"Les mauvaises rues a la peripherie de la Hara, par Avraham Bar-Shay"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p> <b>\u00a0 Le commerce de la chair \u00e9tait omnipr\u00e9sent autour de notre adolescence au ghetto. Loin d\u2019etre des consommateurs nous en avions subi l\u2019existence sans trop de ressentiments. Les adolescents en parlaient ouvertement. Ils \u00e9changeaient leurs exp\u00e9riences et leurs avis devant les plus jeunes. <\/b><\/p>\n<p> <b>\u00a0 C\u2019est sans malaise que je vais d\u00e9crire ici\u00a0 certaines de ces institutions qui \u00e9taient aux limites de la\u00a0 <i>Hara<\/i>. Il y avait aussi des <i>maisons<\/i> <i>closes<\/i> qui ressemblaient, disait-on, \u00e0 celles de Marseille ou de Paris d\u2019avant la deuxi\u00e8me guerre, mais c\u2019est sans int\u00e9ret pour notre r\u00e9cit.<\/b><\/p>\n<p> <b>\u00a0 Etait ce \u00e0 cause de ce voisinage que ses dames \u00e9taient rarement appel\u00e9es <i>Kahba <\/i>(prostitu\u00e9e) mais <i>Douniya<\/i> (mauvaise), entendant par l\u00e0, une fille de mauvaises conduites .<\/b><\/p>\n<p> <b>\u00a0 Ce sujet pouvait paraitre banal, si ce n\u2019\u00e9tait la diversit\u00e9 de classes de ces \u00e9tablissements. Il y en avait pour tous les gouts et toutes les bourses.<\/b><\/p>\n<p> <b>Le plus grand s\u2019appelait <i>Sidi Abdellah Guesh<\/i>. (A-G sur le plan) C\u2019\u00e9tait un labyrinthe de ruelles tr\u00e8s \u00e9troites qui, des fois, permettaient \u00e0 peine \u00e0 2 personnes qui se croisent, de passer sans se froler. Des deux cot\u00e9s de ces ruelles s\u2019alignaient, des centaines de petites cellules carr\u00e9es, l\u2019une apr\u00e8s l\u2019autre. Ce quartier tentaculaire avait son centre entre la rue<i> Zarkoun<\/i>, la rue de <i>la verrerie<\/i> et la rue des <i>glaci\u00e8res<\/i>. Les familles n\u2019habitaient pas ces ruelles, mais les jeunes prenaient un malin plaisir de les traverser en <i>prenant un raccourci<\/i> et se rincer les yeux.\u00a0 La dame \u00e9tait, presque toujours, assise \u00e0 la porte de sa cellule dans une tenue tr\u00e8s l\u00e9g\u00e8re, l\u2019hiver elle portait dessus une robe de chambre aux couleurs criardes. Elle \u00e9tait le plus souvent accompagn\u00e9e d\u2019un petit chien. L\u2019int\u00e9rieur n\u2019avait pas de traits personnels. Le n\u00e9cessaire, ou l\u2019obligatoire, se trouvait chez toutes. Il y avait un lit, et des ustensiles de toilette, comme, un \u00e9vier ou quelque chose qui servait d\u2019\u00e9vier, une jarre d\u2019eau et un broc. L\u2019eau courante n\u2019existait pas, dans la plupart des cas. Il y avait du savon et beaucoup de papiers de toilette, parce que la s\u00e9ance commen\u00e7ait et finissait toujours par une ablution obligatoire, pratiqu\u00e9e par la maitresse du lieu. Les plus c\u00e9l\u00e8bres portaient des noms d\u2019artistes de cin\u00e9ma de l\u2019\u00e9poque. Il y avait de tous les ages, de toutes les formes et de toutes les races. <\/b><\/p>\n<p> <b>Le controle m\u00e9dical et hygi\u00e9nique \u00e9tait tr\u00e8s stricte. Certains matins, sur notre chemin d\u2019\u00e9colier (les \u00e9coles secondaires \u00e9taient hors du ghetto), on les voyait, portant leurs meilleurs habits, partir en fiacre pour passer la visite m\u00e9dicale hebdomadaire.<\/b><\/p>\n<p><b> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" height=\"288\" src=\"https:\/\/harissa.com\/D_Souvenirs\/images\/hariss11.jpg\" width=\"258\"\/><\/b><\/p>\n<p> <b> <u>Plan de la Hara, avec localisation approximative des places cit\u00e9es<\/u>.<\/b><\/p>\n<p> <b>La l\u00e9gende disait qu\u2019il y avait une dame sp\u00e9cialis\u00e9e dans <i>l\u2019Initiation<\/i>, \u00e0 qui les adolescents avanc\u00e9s\u00a0 prenaient les jeunes <i> Bar Mitsva<\/i> pour gouter, avec la premi\u00e8re cigarette, le fruit d\u00e9fendu. Etait-ce vrai? Je n\u2019ai jamais eu l\u2019occasion de le v\u00e9rifier .<\/b><\/p>\n<p> <b>On croyait aussi que l\u2019acte m\u00eame, affaiblissait l\u2019homme et qu\u2019il fallait manger une banane tout de suite apr\u00e8s. Pour cette raison on trouvait des vendeurs ambulants qui proposaient ce fruit \u00e0 la sortie des ruelles. <\/b><\/p>\n<p> <b>Lors de ma visite \u00e0 Tunis en l\u2019an 2000, j\u2019ai os\u00e9 demander \u00e0 mon guide des d\u00e9tails sur le devenir de ce quartier. Il me r\u00e9pondit que tr\u00e8s peu a chang\u00e9 depuis. C\u2019\u00e9tait par respect pour nos compagnes que je ne lui ai pas demand\u00e9 de nous faire une visite guid\u00e9e, l\u00e0 bas.<\/b><\/p>\n<p> <b>\u00a0Derri\u00e8re le cin\u00e9ma <i>Od\u00e9on<\/i>, qui se trouvait \u00e0 la place <i>Bab Carthag\u00e9ne<\/i> (B-C sur le plan), juste \u00e0 la sortie de la <i> rue des oies<\/i>, il y avait trois ou quatre de ces dames. Comment les oublier, on les voyait chaque fois qu\u2019on passait par l\u00e0 bas pour sortir du ghetto. Ces pauvres cr\u00e9atures engendraient plutot la piti\u00e9 par leur age avanc\u00e9 et leur corps gros et difforme. Leur isolement faisait penser qu\u2019elles \u00e9taient les retrait\u00e9es de l\u00e0 bas.\u00a0 Leurs rares clients \u00e9taient les vendeurs ambulants de la rue <i>Sidi Bou Hdid<\/i>, qui \u00e9tait tr\u00e8s anim\u00e9e dans les ann\u00e9es 50.<\/b><\/p>\n<p> <b>\u00a0A moins de cinq cents m\u00e8tres de l\u00e0 et \u00e0 un autre bout du ghetto, se trouvait une autre institution qui \u00e9tait un peu sp\u00e9ciale. C\u2019est la <i>Houmet Ajraba<\/i> (H-J sur le plan), la rue des Djerbiens. Ce qui la distinguait\u00a0 c\u2019\u00e9tait sa \u2018puret\u00e9\u2019 (non hygi\u00e9nique mais, religieuse). Ces dames \u00e9taient <i>permises<\/i> seulement aux males Arabes. Les autres ne pouvaient circuler sans danger dans ce lieu. Seuls les gosses qui habitaient la rue <i>Sidi Khlef<\/i>, une rue parall\u00e8le, pouvaient voir cette ruelle \u00e0 partir des toits de leurs maisons.<\/b><\/p>\n<p> <b>\u00a0L\u2019institution la plus insolite \u00e9tait celle qu\u2019on chuchotait avec grimace et qui portait le nom de \u201c<i>Ali Ouaki<\/i>\u201d (A-O sur le plan). C\u2019\u00e9tait une petite maison close (et ferm\u00e9e) plac\u00e9e juste derri\u00e8re la rue <i>Sidi Bou Hdid<\/i>. On disait que l\u00e0 bas les hotes \u00e9taient des hommes. La rue \u00e9tait habit\u00e9e. La maison avait une porte bleue et au deuxi\u00e8me \u00e9tage quelques fen\u00e8tres de fer forg\u00e9, derri\u00e8re lesquelles apparaissait, furtivement, un visage dont on ne pouvait d\u00e9finir le sexe.<\/b><\/p>\n<p> <b>\u00a0La langue Jud\u00e9o Tunisienne a donn\u00e9 \u00e0 ces hommes un nom h\u00e9braique pris de la Bible. On les appelait les <i>To\u00e9\u2019yba<\/i> (les Abominables), d\u2019ailleurs pas tout le monde savait exactement le sens du mot, mais le d\u00e9gout et le m\u00e9pris \u00e9taient dans ce p\u00e9joratif qu\u2019on prof\u00e9rait des fois par col\u00e8re, dans une discussion anim\u00e9e. Dans le folklore super masculin des hommes du ghetto c\u2019\u00e9tait la pire des insultes. Il y avait peut etre des homosexuels parmi les membres de la communaut\u00e9, ils se cachaient bien\u00a0. Je ne me rappelle que d\u2019un seul qui se d\u00e9guisait en femme. Il \u00e9tait tr\u00e8s heureux quand une m\u00e9nag\u00e8re acceptait qu\u2019il l\u2019aide dans ses taches\u00a0 ou qu\u2019on le traitait de fille.<\/b><\/p>\n<p> <b>Je pense que dans tous les lointains souvenirs qu\u2019on raconte il y a un peu du subjectif\u00a0; surtout ceux qu\u2019on a v\u00e9cu durant une p\u00e9riode charg\u00e9e de nouvelles exp\u00e9riences comme l\u2019est l\u2019adolescence. Dans ces r\u00e9cits il ne manquera jamais une petite part de complaisance et d\u2019imagination qu\u2019on <i>brode<\/i> involontairement. Est ce ainsi que naissent les l\u00e9gendes? <\/b><\/p>\n<p> <b>\u00a0Pour moi, Tunis c\u2019est mon adolescence. Et elle a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par ce chapitre , comme par tant d\u2019autres, et je vous remercie de l\u2019avoir partag\u00e9e avec moi. <\/b><\/p>\n<p> <b>Texte par Abraham Bar Shay (Benattia), Tivon, Israel.  <\/b><\/p>\n<p> <b>Email <a href=\"mailto:absf@netvision.net.il\"> absf@netvision.net.il<\/a> <\/b><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0 Le commerce de la chair \u00e9tait omnipr\u00e9sent autour de notre adolescence au ghetto. Loin d\u2019etre des consommateurs nous en avions subi l\u2019existence sans trop de ressentiments. Les adolescents en parlaient ouvertement. 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