{"id":2652,"date":"2011-09-16T17:35:53","date_gmt":"2011-09-16T17:35:53","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=2652"},"modified":"2011-09-16T17:35:53","modified_gmt":"2011-09-16T17:35:53","slug":"yvan-attal-ne-plaisante-plus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/yvan-attal-ne-plaisante-plus\/","title":{"rendered":"Yvan Attal ne plaisante plus"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<h2>\n\tYvan Attal ne plaisante plus<\/h2>\n<div class=\"author\">\n\tPar <strong>FRAN&Ccedil;OISE-MARIE SANTUCCI<\/strong><\/div>\n<div class=\"author\">\n\t&nbsp;<\/div>\n<div class=\"author\">\n\t&nbsp;<\/div>\n<div class=\"author\">\n\t<span class=\"Apple-style-span\" style=\"font-size: 17px; line-height: 29px; \">Il a explos&eacute; dans &laquo;Un monde sans piti&eacute;&raquo;, encha&icirc;n&eacute; les r&ocirc;les de &laquo;bad boy&raquo; en demi-teinte, dirig&eacute; deux fois sa femme Charlotte Gainsbourg et fait trois enfants. Mais ce fils unique aimerait grandir encore. Alors qu&rsquo;il s&rsquo;appr&ecirc;te &agrave; remettre sa casquette de cin&eacute;aste, rencontre avec un ex-baratineur angoiss&eacute;.<\/span><\/div>\n<div class=\"legende\">\n\t<br \/>\n\t&nbsp;<\/div>\n<div class=\"legende\">\n\t&nbsp;<\/div>\n<div class=\"object-content\">\n<p>\n\t\tC&rsquo;&eacute;tait une journ&eacute;e d&rsquo;&eacute;t&eacute; &agrave; Paris, il pleuvait &agrave; verse et Yvan Attal a gar&eacute; sa Smart sur le trottoir pour s&rsquo;engouffrer dans le bistrot. Il voulait qu&rsquo;on se rencontre afin d&rsquo;&eacute;voquer sa pr&eacute;sence dans <em>Next.<\/em> La directrice du style, l&rsquo;auteur de ces lignes, lui. On s&rsquo;attendait &agrave; un type un peu distant, m&eacute;fiant, mais c&rsquo;est un f&eacute;lin qui s&rsquo;est assis, souple dans ses v&ecirc;tements sobres et de bonne facture, tr&egrave;s dr&ocirc;le dans sa mani&egrave;re de planter ses griffes. <em>&laquo; Je suis pr&ecirc;t &agrave; parler des heures, j&rsquo;adore &ccedil;a. Les images, en revanche, me mettent mal &agrave; l&rsquo;aise. Ces photographes qui te d&eacute;guisent, te disent de pencher la t&ecirc;te par l&agrave;, te mitraillent ind&eacute;finiment ! Je ne suis pas une actrice, je ne suis pas comme ma femme <\/em>[Charlotte Gainsbourg] <em>qui elle, y prend un grand plaisir. &raquo; <\/em><\/p>\n<p>\n\t\tOn a bu des caf&eacute;s, on a ri plus d&rsquo;une fois. Yvan Attal pratique une m&eacute;chancet&eacute; r&eacute;jouissante, presque enfantine. Il dit ce qu&rsquo;il pense de certains de ses films (faits pour l&rsquo;argent \/ mauvais sc&eacute;nario), de quelques-uns de ses coll&egrave;gues acteurs (vaguement sympas \/ pr&eacute;tentieux quand le succ&egrave;s s&rsquo;en m&ecirc;le). Dans le milieu confit d&rsquo;hypocrisie o&ugrave; il &eacute;volue, cette franchise doit le faire passer pour un homme qui crache dans la soupe, m&ecirc;me s&rsquo;il ne s&rsquo;&eacute;pargne pas dans la liste, &agrave; &eacute;voquer d&eacute;boires, r&ecirc;ves inaboutis, regrets (et il en a). On a promis que les photos seraient rapides, qu&rsquo;on ne lui demanderait pas de sourire (<em>&laquo;Y&rsquo;a rien de plus con, non ?&raquo;<\/em>), et quelques jours apr&egrave;s, comme promis, il est arriv&eacute; au rendez-vous seul, assez tendu de se retrouver face &agrave; tant d&rsquo;inconnus (maquilleurs, coiffeurs, assistants), mais aimable.<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;habit du bougon\/r&eacute;tif lui faisant une seconde peau, il lance &agrave; la cantonade que la cantonade aurait tr&egrave;s bien pu rester chez elle puisqu&rsquo;il n&rsquo;a gu&egrave;re besoin de fards ni de laque sur les cheveux. Sur le ton de la plaisanterie &agrave; moiti&eacute; vraie, bien s&ucirc;r. On comprendra que ce ton-l&agrave; est sa marque de fabrique, celle d&rsquo;un grand gar&ccedil;on de 46 ans qui attend encore plein de choses. La naissance de son troisi&egrave;me enfant (qui interviendra quelques jours plus tard) ; le d&eacute;but du tournage de son troisi&egrave;me film comme r&eacute;alisateur, en septembre ; le succ&egrave;s, un jour (mais cela s&rsquo;appelle l&rsquo;insatisfaction, c&rsquo;est une autre affaire et c&rsquo;est parfois un moteur &ndash; ici crucial). Yvan Attal attend et tourne en rond, &ccedil;a se voit &eacute;galement sur ses ongles rong&eacute;s, sur la nervosit&eacute; qui d&eacute;coule de l&rsquo;arr&ecirc;t (tr&egrave;s r&eacute;cent) de la cigarette (il fera semblant avec plaisir pour les photos), et ses pointes d&rsquo;humour noir cachent mal un questionnement radical exprim&eacute; sous la forme de la r&acirc;lerie\/pitrerie autod&eacute;pr&eacute;ciative, l&rsquo;un des grands traits existentiels de l&rsquo;homme blanc occidental &ndash; voir &eacute;galement Woody Allen, Jean-Pierre Bacri.<\/p>\n<p>\n\t\tEn plus de ces deux-l&agrave;, Attal prom&egrave;ne un c&ocirc;t&eacute; play-boy caboss&eacute; (oreille fendue, coquetterie dans le regard), qui invite &agrave; plein de suppositions. Qu&rsquo;y a-t-il derri&egrave;re la fanfaronnade un peu triste, la masculinit&eacute; aussi rentr&eacute;e qu&rsquo;explosive, la d&eacute;ception qui s&rsquo;efforce de rester joyeuse ? Yvan Attal fait partie de ces gens qui donnent envie (de les filmer, d&rsquo;&eacute;crire pour eux). On se demande pourquoi personne ne l&rsquo;a mieux, et plus souvent, utilis&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Au commencement, donc&hellip;<\/strong><br \/>\n\t\tJ&rsquo;aimais bien l&rsquo;&eacute;cole, j&rsquo;&eacute;tais m&ecirc;me assez bon &eacute;l&egrave;ve. Mais en seconde j&rsquo;ai l&acirc;ch&eacute; prise. Seconde C, premi&egrave;re D, acteur. L&rsquo;&eacute;chec, l&rsquo;id&eacute;e m&ecirc;me d&rsquo;&eacute;chouer, je n&rsquo;imaginais pas ce que c&rsquo;&eacute;tait&hellip; Quand je vois mon fils de 14 ans, je me demande comment il se projette dans l&rsquo;avenir. Moi je sortais d&rsquo;une adolescence magnifique et j&rsquo;ai l&rsquo;impression que tout &eacute;tait moins dur. L&rsquo;angoisse est apparue lors des le&ccedil;ons de th&eacute;&acirc;tre au cours Florent, j&rsquo;avais dans les 18 ans. Je me disais : <em>&laquo; Oui mais apr&egrave;s ? &raquo;<\/em> Et apr&egrave;s j&rsquo;ai eu une chance inou&iuml;e. <em>Un monde sans piti&eacute;,<\/em> le C&eacute;sar du meilleur espoir, boum.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>D&rsquo;o&ugrave; veniez-vous ?<\/strong><br \/>\n\t\tJe suis n&eacute; &agrave; Tel Aviv et j&rsquo;ai grandi &agrave; Cr&eacute;teil. Mes parents ont connu deux exodes. Originaires d&rsquo;Alg&eacute;rie, ils ont rejoint Isra&euml;l. Mon p&egrave;re &eacute;tait horloger, et sioniste, notamment parce qu&rsquo;il avait subi pas mal de racisme. Puis ils sont arriv&eacute;s en France. Isra&euml;l reste un pays qui compte pour moi car il est dans cette situation-l&agrave;, compliqu&eacute;e, mais si demain tout s&rsquo;arrangeait je n&rsquo;en aurais plus rien &agrave; foutre&#8230; Je n&rsquo;ai pas d&rsquo;autre pays que la France, je ne suis pas religieux, le jour de Shabbat on mange un couscous et voil&agrave;. Je me d&eacute;finirais comme un juif arabe. &Agrave; Cr&eacute;teil, on avait des voisins musulmans maghr&eacute;bins et la m&ecirc;me odeur flottait dans nos cuisines. Je suis un enfant unique mais dans la cit&eacute;, j&rsquo;ai grandi entour&eacute; de cousins, de copains. La vie &eacute;tait tellement gaie&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\tJe regardais les films de Scorsese ou Coppola, j&rsquo;admirais Pacino et son c&ocirc;t&eacute; petit brun que j&rsquo;avais aussi, que j&rsquo;entretenais. Et j&rsquo;&eacute;tais un vrai embobineur<em> [il rit]. <\/em>Quand je vois mes enfants qui vivent dans le septi&egrave;me arrondissement, &agrave; Paris, je me dis que c&rsquo;&eacute;tait bien plus marrant, ces HLM. Mais je ne renie pas mon embourgeoisement. Il &eacute;tait hors de question pour moi de rester &agrave; Cr&eacute;teil.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Apr&egrave;s <em>Un monde sans piti&eacute;,<\/em> comment vivez-vous le succ&egrave;s?<\/strong><br \/>\n\t\tOn m&rsquo;a propos&eacute; des choses que j&rsquo;ai refus&eacute;es, et qui ont march&eacute;. Les premiers r&ocirc;les te poursuivant toujours un peu, j&rsquo;ai jou&eacute; au mec d&eacute;contract&eacute;, je me suis r&eacute;fugi&eacute; derri&egrave;re un personnage pour justifier d&rsquo;&ecirc;tre un dilettante, alors que je ne suis pas un dilettante. Ou alors plus du tout. <em>[Ils sont rares ces mecs &agrave; la coule transform&eacute;s en quadrag&eacute;naires un peu flippants, parfois salauds, taciturnes, imposants m&ecirc;me dans le silence &ndash; <\/em>Rapt<em> de Lucas Belvaux &ndash;, n&eacute;anmoins s&eacute;ducteurs d&eacute;chir&eacute;s quand le r&ocirc;le l&rsquo;exige &ndash; <\/em>les Regrets<em> de C&eacute;dric Kahn.<\/em><em> Ainsi suit-on l&rsquo;avanc&eacute;e en noirceur d&rsquo;Yvan Attal, d&rsquo;<\/em><em>Un monde sans piti&eacute; jusqu&rsquo;&agrave;<\/em><em> Rapt, de l&rsquo;insousciance l&eacute;g&egrave;re des eighties &agrave; la relecture ultra-moderne, gla&ccedil;ante et sans piti&eacute;, tiens donc, d&rsquo;un drame terroristo-financier de la fin des ann&eacute;es 70 &ndash; l&rsquo;enl&egrave;vement du baron Empain. <\/em><\/p>\n<p>\n\t\tUn monde sans piti&eacute;<em> lui valut le C&eacute;sar du meilleur espoir en 1990 et<\/em><em> <\/em>Rapt,<em> dix-neuf ans plus tard, des applaudissements partout, ne serait-ce que pour avoir perdu vingt kilos en deux mois, ce qui en France &eacute;pate toujours (l&rsquo;effet Actor&rsquo;s studio). Au compteur Attal 2011, cela donne : une bonne quarantaine de films en tant qu&rsquo;acteur et deux comme r&eacute;alisateur, dont le faussement macho et bien balanc&eacute; <\/em>Ma femme est une actrice.<em> Car Yvan Attal est aussi le compagnon de Charlotte Gainsbourg. Ils ont deux enfants (un adolescent, Ben, une petite fille, Alice), bient&ocirc;t trois, avec ce b&eacute;b&eacute; &agrave; venir.]<\/em><\/p>\n<p>\n\t\t<strong>L&rsquo;ambiance du cin&eacute;ma fran&ccedil;ais ? <\/strong><br \/>\n\t\tOn est loin des affinit&eacute;s cr&eacute;atives &agrave; la Cassavetes, de cette magie-l&agrave;. Quelque chose nous en emp&ecirc;che, chacun &eacute;crit dans son coin. Ce n&rsquo;est pas pour autant un milieu tr&egrave;s crade. Disons qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas &eacute;norm&eacute;ment de rivalit&eacute;s &ndash; ce qu&rsquo;on croit au d&eacute;but, quand on est jeune et en col&egrave;re &ndash;, mais gu&egrave;re de partage non plus. Avec Eric Rochant, Hippolyte Girardot et Mireille Perrier par exemple (le r&eacute;alisateur et les acteurs d&rsquo;<em>Un monde sans piti&eacute;<\/em>), les liens se font et se d&eacute;font au fil des ann&eacute;es.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Pour vous : &ecirc;tre acteur ?<\/strong><br \/>\n\t\tJ&rsquo;avais tourn&eacute; avec Jacques Doillon il y a fort longtemps (<em>Amoureuse,<\/em> 1992), et je n&rsquo;ai pas support&eacute;. Pourquoi fallait-il encha&icirc;ner cinquante prises sans autre raison que : Dieu est sur le plateau, on lui ob&eacute;it sans comprendre pourquoi&hellip; M&ecirc;me s&rsquo;il a fait des films que j&rsquo;aime, je n&rsquo;ai pas chang&eacute; d&rsquo;avis quant &agrave; ce genre de m&eacute;thode. Aujourd&rsquo;hui, je ne tiendrais pas deux heures d&rsquo;un r&eacute;gime pareil&hellip; &Ecirc;tre acteur, c&rsquo;est magnifique si c&rsquo;est vivant. Et cela exige aussi de l&rsquo;impudeur. On a envie de pouvoir s&rsquo;ouvrir vraiment. Sauf qu&rsquo;on a int&eacute;r&ecirc;t &agrave; savoir jusqu&rsquo;o&ugrave;. Jouer dans <em>Antichrist<\/em> de Lars von Trier, comme l&rsquo;a fait Charlotte, il fallait oser.<\/p>\n<p>\n\t\tMoi je me suis souvent prot&eacute;g&eacute;, parfois un peu trop. J&rsquo;en avais besoin pour ne pas p&eacute;ter les plombs. Je ne pense pas qu&rsquo;on puisse faire ce m&eacute;tier sans souffrir. Au moment de <em>Rapt,<\/em> j&rsquo;&eacute;tais enfin content de mon travail. Mais la satisfaction ne dure pas. Ce m&eacute;tier engendre forc&eacute;ment de la frustration : il marche &agrave; l&rsquo;affect, la reconnaissance, le succ&egrave;s. La seule chose qui permet d&rsquo;en gu&eacute;rir, c&rsquo;est d&rsquo;arr&ecirc;ter. Et encore.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Mais vous continuez ?<\/strong><br \/>\n\t\tJe continue de courir apr&egrave;s le chef-d&rsquo;&oelig;uvre <em>[il sourit].<\/em> Mais y a-t-il encore de si grands films ? Oui, sauf que je ne suis pas dedans&#8230; Y croire encore, cela n&eacute;cessite deux choses : ne pas &ecirc;tre devenu cynique, ne pas &ecirc;tre devenu l&rsquo;acteur qu&rsquo;on s&rsquo;imaginait &agrave; la fin de l&rsquo;adolescence, avec l&rsquo;arrogance de cet &acirc;ge-l&agrave;. Au bout du compte, on se demande sans cesse &ndash; enfin, moi en tout cas : <em>&laquo;As-tu vraiment du talent ?&raquo;<\/em> Je sais que je ne suis pas Pacino, De Niro, mais je me dis parfois que si j&rsquo;avais &eacute;t&eacute; film&eacute; par Scorsese, Coppola, peut-&ecirc;tre serais-je un grand acteur.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Al Pacino, justement : l&rsquo;avez-vous rencontr&eacute; ? <\/strong><br \/>\n\t\tDeux fois. La premi&egrave;re avec Claude Berri, on &eacute;tait &agrave; New York et il me dit :<em> &laquo;Viens, j&rsquo;ai rendez-vous avec Pacino qui veut faire un remake de <\/em>Tchao Pantin<em>.&raquo;<\/em> Je n&rsquo;ai pas dit un mot pendant le rendez-vous, et le film ne s&rsquo;est pas fait. La deuxi&egrave;me fois c&rsquo;&eacute;tait l&rsquo;an dernier, toujours &agrave; New York. J&rsquo;y &eacute;tais justement pour le voir jouer au th&eacute;&acirc;tre dans le Marchand de Venise, quand je croise un copain acteur qui m&rsquo;invite &agrave; un d&icirc;ner donn&eacute; en l&rsquo;honneur de Pacino&hellip; Quand j&rsquo;arrive, le copain me pr&eacute;sente comme <em>&laquo;the french Al Pacino&raquo;<\/em>, ce qui m&rsquo;a bien fichu la honte. Mais Pacino a &eacute;t&eacute; adorable, tr&egrave;s humble.<\/p>\n<p>\n\t\tOn a parl&eacute; cin&eacute;ma, de son film sur Oscar Wilde difficile &agrave; distribuer <em>[pr&eacute;sent&eacute; &agrave; la Mostra de Venise ces jours-ci],<\/em> de sa combativit&eacute; intacte. C&rsquo;&eacute;tait &eacute;mouvant, j&rsquo;&eacute;tais redevenu le gamin de 13 ans qui regardait ses films en r&ecirc;vant d&rsquo;&ecirc;tre acteur&#8230; Cela dit, en France, la comparaison entre nous finit par m&rsquo;agacer. <em>[Yvan Attal est aussi r&eacute;alisateur. Il dit : <\/em>&laquo;Faire l&rsquo;acteur est quelque chose d&rsquo;agr&eacute;able, mais la mise en sc&egrave;ne&hellip; C&rsquo;est de la drogue dure.&raquo; <em>Apr&egrave;s avoir r&eacute;-invent&eacute; en deux volets sa propre histoire de couple, les affres d&rsquo;un mari jaloux et les vertiges\/vestiges de l&rsquo;amour, soit <\/em>Ma femme est une actrice <em>puis<\/em> Ils se mari&egrave;rent et eurent beaucoup d&rsquo;enfants,<em> le voil&agrave; qui vient de passer cinq ans &agrave; tenter de monter les Sabines. Cette nouvelle de Marcel Aym&eacute; publi&eacute;e en 1943 raconte l&rsquo;histoire d&rsquo;une jeune femme de Montmartre dot&eacute;e du don d&rsquo;ubiquit&eacute;, et qui se d&eacute;multiplie dans les bras d&rsquo;hommes du monde entier. Mais ces cabrioles spacio-sexo-temporelles co&ucirc;taient cher&hellip;] <\/em><\/p>\n<p>\n\t\t<strong><em>Les Sabines<\/em> vous tenaient &agrave; c&oelig;ur ; pourquoi avoir abandonn&eacute; ?<\/strong><br \/>\n\t\tParce que je n&rsquo;ai pas pu r&eacute;unir les 14 millions d&rsquo;euros que le film aurait n&eacute;cessit&eacute;. Parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de cin&eacute;ma ind&eacute;pendant en France. Et parce que le &laquo;cin&eacute;ma d&rsquo;auteur&raquo; se doit d&rsquo;&ecirc;tre &laquo;cheap&raquo;. Or je voulais sortir des petites com&eacute;dies que j&rsquo;avais r&eacute;alis&eacute;es jusque-l&agrave;, et cette tr&egrave;s belle histoire, je le dis d&rsquo;autant mieux qu&rsquo;elle n&rsquo;est pas de moi, aurait s&ucirc;rement donn&eacute; un film assez po&eacute;tique&hellip; Ou comment ce qui rel&egrave;ve du fantasme &ndash; &ecirc;tre partout &agrave; la fois &ndash; s&rsquo;av&egrave;re aussi une mal&eacute;diction, car cette fille, &agrave; force de coucher &agrave; l&rsquo;infini, finit par se perdre. Mais les gens des studios, qui chaque ann&eacute;e se plaignent de voir les m&ecirc;mes films, n&rsquo;ont pas beaucoup d&rsquo;audace.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Vous n&rsquo;&eacute;tiez pourtant pas un d&eacute;butant.<\/strong><br \/>\n\t\tNon&hellip; Comme acteur, j&rsquo;ai fait un film &agrave; plus d&rsquo;un millions d&rsquo;entr&eacute;es (<em>Un monde sans piti&eacute;<\/em>), et comme metteur en sc&egrave;ne, &agrave; 950 000 entr&eacute;es (<em>Ma femme est une actrice<\/em>). Voil&agrave; les faits. Pas mal, mais pas assez. D&rsquo;autant que le c&ocirc;t&eacute; &laquo;cin&eacute;ma d&rsquo;auteur&raquo;, si important en France avec des gens aussi diff&eacute;rents que Catherine Corsini, Lucas Belvaux, C&eacute;dric Kahn, effraye les producteurs, qui se grattent la t&ecirc;te en regardant votre projet : <em>&laquo;Est-ce qu&rsquo;il n&rsquo;irait pas nous faire un film d&rsquo;auteur ?&raquo;<\/em><\/p>\n<p>\n\t\tJe comprends parfaitement qu&rsquo;il s&rsquo;agisse d&rsquo;une industrie, sauf qu&rsquo;on s&rsquo;acharne &agrave; mettre des fortunes dans des films ultra-format&eacute;s qui font des flops, au moment m&ecirc;me o&ugrave; <em>Un proph&egrave;te<\/em> r&eacute;alise 1,5 million d&rsquo;entr&eacute;es. Et malgr&eacute; tout : z&eacute;ro &eacute;volution. Aujourd&rsquo;hui encore, si vous proposez autre chose qu&rsquo;une com&eacute;die, inutile d&rsquo;esp&eacute;rer un budget sup&eacute;rieur &agrave; 5 millions d&rsquo;euros. C&rsquo;est dingue, non ?<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Vous pr&eacute;parez un autre film, de commande cette fois-ci ?<br \/>\n\t\t<\/strong>UGC m&rsquo;a propos&eacute; de tourner le remake de <em>Humpday,<\/em> une com&eacute;die am&eacute;ricaine de Lynn Shelton sortie en 2009. C&rsquo;est l&rsquo;histoire de deux copains assez machos qui d&eacute;cident, un soir d&rsquo;ivresse, de concourir &agrave; un festival de porno amateur avec un court m&eacute;trage o&ugrave; ils couchent ensemble. Comme je joue aussi dedans, je vais me retrouver avec Fran&ccedil;ois Cluzet dans une chambre d&rsquo;h&ocirc;tel o&ugrave;, pendant une &eacute;ternit&eacute;, on va essayer de faire des trucs au lit&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\tIl y aura &eacute;galement Charlotte, Asia Argento, JoeyStarr. Et m&ecirc;me si le sc&eacute;nario est pr&eacute;texte aux blagues et aux quiproquos, &ccedil;a ne sera pas qu&rsquo;un film dr&ocirc;le. D&rsquo;abord parce que le sujet de l&rsquo;identit&eacute; sexuelle me titille : j&rsquo;ai &eacute;t&eacute; s&eacute;duit par des hommes, jadis, sans n&rsquo;avoir jamais franchi le pas, et je me demande o&ugrave; est la fronti&egrave;re ; aussi parce qu&rsquo;avec ce film, j&rsquo;ai envie de surprendre, de m&rsquo;affranchir un peu de la com&eacute;die, mon terrain &laquo;naturel&raquo;, et de privil&eacute;gier les plans longs, peu usit&eacute;s dans le registre comique o&ugrave; tout doit aller vite. <em>[Attal au lit avec un homme, on n&rsquo;est qu&rsquo;&agrave; moiti&eacute; &eacute;tonn&eacute;. Revient en m&eacute;moire la petite frappe brune qu&rsquo;il &eacute;tait dans <\/em>Aux yeux du monde, <em>en maillot de foot, fluet, nerveux, sexuel : un c&ocirc;t&eacute; Apr&egrave;s-midi de chien, Pacino fran&ccedil;ais jusqu&rsquo;au bout des ongles.]<\/em><\/p>\n<p>\n\t\t<strong>L&agrave;, vous &ecirc;tes tr&egrave;s occup&eacute; ; comment vit-on quand on ne tourne pas ?<\/strong><br \/>\n\t\tC&rsquo;est compliqu&eacute;. D&rsquo;un c&ocirc;t&eacute; je ne supporte pas les minauderies des acteurs et actrices qui sont tr&egrave;s dou&eacute;s pour se montrer entre chaque film ; de l&rsquo;autre je sais qu&rsquo;il y a des risques &agrave; se faire rare. Cette image qu&rsquo;on trimballe, qu&rsquo;on doit g&eacute;rer. Si tu refuses compl&egrave;tement ce jeu-l&agrave;, on te rep&egrave;re moins, donc tu tournes moins, donc la pression est plus grande quant au film avec lequel tu &laquo;reviens&raquo;. Avant, je vivais d&rsquo;amour et d&rsquo;eau fra&icirc;che. L&agrave;, il y a moins d&rsquo;eau fra&icirc;che&hellip;<\/p>\n<p>\n\t\tJe vais avoir un troisi&egrave;me enfant. Je me pose des questions. Je vois un psy. J&rsquo;avais d&eacute;j&agrave; consult&eacute; il y a longtemps, quand j&rsquo;&eacute;tais tr&egrave;s hypocondriaque. On rit facilement mais &ccedil;a n&rsquo;est pas dr&ocirc;le. Je m&rsquo;endormais en prenant mon pouls, ce genre de trucs&hellip; Mais &ccedil;a s&rsquo;&eacute;tait r&eacute;gl&eacute; tr&egrave;s vite. <em>[Voil&agrave; vingt ans que Charlotte et Yvan sont ensemble. Rencontre sur le tournage d&rsquo;<\/em>Aux yeux du monde,<em> existence en retrait (relatif) du monde. Ils ne partagent pas grand-chose en public, elle l&rsquo;&eacute;g&eacute;rie mode &ndash; notamment Balenciaga &ndash; d&rsquo;un milieu que lui n&rsquo;appr&eacute;cie gu&egrave;re ; lui l&rsquo;ex-frimeur qui semble aspirer &agrave; une autre vie. Cet &eacute;t&eacute;, la famille s&rsquo;est pos&eacute;e en Bretagne, il a souvent navigu&eacute; en bateau, fier de <\/em>&laquo;devenir marin&raquo;<em>.] <\/em><\/p>\n<p>\n\t\t<strong>&Ecirc;tre le gendre Gainsbourg ?<\/strong><br \/>\n\t\tJe ne sais pas quoi te dire. Oui c&rsquo;est chiant les familles d&rsquo;artistes, o&ugrave; le moindre de ses membres existe m&eacute;diatiquement. Et il n&rsquo;y a que des femmes&hellip; Ah, Lulu aussi. Cela dit, quand je me retrouve &agrave; manger chez ma belle-m&egrave;re, c&rsquo;est ma belle-m&egrave;re, point<em> [silence]<\/em>. Non, le plus dur est de vivre avec Charlotte Gainsbourg&hellip; C&rsquo;est de l&rsquo;humour bien s&ucirc;r ; enfin, pas totalement innocent <em>[long silence]. <\/em><\/p>\n<p>\n\t\tCharlotte est proche de mes parents et il y a beaucoup de chaleur entre les deux familles, mais ce sont quand m&ecirc;me deux univers totalement diff&eacute;rents. Quand j&rsquo;ai commenc&eacute; &agrave; la fr&eacute;quenter, mes parents ont mis des photos d&rsquo;elle partout, les miennes avaient disparu, j&rsquo;&eacute;tais devenu leur gendre et elle leur fille <em>[il sourit].<\/em> Et pourtant ils n&rsquo;avaient jamais &eacute;t&eacute; fascin&eacute;s par tout &ccedil;a, avec leurs deux exodes, leur c&ocirc;t&eacute; bien droit.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Charlotte\/Yvan : avez-vous trouv&eacute; un &eacute;quilibre ? <\/strong>Non, il n&rsquo;y en a pas. Elle a un statut d&rsquo;actrice, elle peut dire qu&rsquo;elle a &eacute;t&eacute; fantastique dans ce grand grand film qu&rsquo;est <em>Antichrist.<\/em> Elle a eu des succ&egrave;s qui nous ont forc&eacute;ment d&eacute;s&eacute;quilibr&eacute;s. Moi, bon an mal an, je m&rsquo;en sors. Si on a trouv&eacute; une bonne mesure, c&rsquo;est dans le fait de laisser travailler l&rsquo;autre comme il l&rsquo;entendait. Je n&rsquo;ai jamais &eacute;t&eacute; tent&eacute; de la garder &agrave; la maison, m&ecirc;me si aujourd&rsquo;hui je pourrais y penser<em> [il rit ; on doute que ce soit vraiment une blague].<\/em> On n&rsquo;a jamais &eacute;t&eacute; un couple d&rsquo;acteurs, ce lien-l&agrave; n&rsquo;existe pas entre nous.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>L&rsquo;amour ?<\/strong><br \/>\n\t\tPlus &ccedil;a avance, plus tu es inquiet. J&rsquo;ai compris que tout peut arriver du jour au lendemain, que tout est fragile. Quand tu es avec quelqu&rsquo;un depuis un mois, tu te sens invincible, l&rsquo;histoire est facile. Apr&egrave;s vingt ans, tu as des enfants, une carri&egrave;re, et puis, c&rsquo;est terrible &agrave; dire, tu vieillis&hellip; Et parfois des choses viennent pervertir ta relation, ce qui peut te faire regarder en arri&egrave;re, penser aux d&eacute;cisions prises, en concevoir des regrets. Je ne sais pas&hellip; La vie avance vite, tu as envie de comprendre apr&egrave;s quoi tu cours, ce qui t&rsquo;apaise, comment on peut se faire un peu moins mal.<\/p>\n<p>\n\t\tLa session photo se d&eacute;roule bien, et vite.A chaque pose, il demande :<em> &laquo;Pourquoi en prendre encore ?&raquo;<\/em> C&rsquo;est l&eacute;ger, ironique, &agrave; peine aga&ccedil;ant et m&ecirc;me bienveillant envers les assistants qu&rsquo;il a condamn&eacute;s au ch&ocirc;mage technique et qui s&rsquo;amusent &agrave; voir &eacute;voluer de pr&egrave;s ce type connu, qui semble tellement normal. Quelques semaines apr&egrave;s, on le rappelle pour son oreille cass&eacute;e, &agrave; ce point visible qu&rsquo;on avait oubli&eacute; de l&rsquo;&eacute;voquer. Un reliquat de bagarre ? Il r&eacute;pond au bout de plusieurs jours et autant de messages laiss&eacute;s, depuis la Bretagne. Son p&egrave;re va mal. Sa fille est n&eacute;e, qui s&rsquo;appelle Joe. Il reste sobre : <em>&laquo;Les enfants, c&rsquo;est l&agrave;, &ccedil;a vit.&raquo; <\/em><\/p>\n<p>\n\t\tOn &eacute;voque le film qu&rsquo;il a tourn&eacute; au Havre avec Lucas Belvaux, &agrave; sortir en f&eacute;vrier, un polar qui n&rsquo;a pas l&rsquo;air gai ; on parle de ses doublages de Tom Cruise (il a &eacute;t&eacute; sa voix fran&ccedil;aise), l&rsquo;identification troublante qu&rsquo;il ressentait &agrave; force de re-re-voir chaque sc&egrave;ne, notamment pour <em>Eyes Wide Shut<\/em>, et la d&eacute;couverte d&rsquo;un acteur <em>&laquo;&eacute;tonnement fin, qui fait des choses tr&egrave;s int&eacute;ressantes&raquo;.<\/em> On en arrive &agrave; l&rsquo;oreille. <em>&laquo;Ah&hellip;&raquo;<\/em> Il rit de son rire mi-figue mi-raisin annon&ccedil;ant la distance n&eacute;cessaire qu&rsquo;il installe entre lui et le monde &ndash; une distance raccourcie par un tutoiement quasi-syst&eacute;matique. <em>&laquo;Quand je suis en grande forme, je raconte n&rsquo;importe quoi, des trucs farfelus. Mais je donne de moins en moins dans le baratin&#8230; Peut-&ecirc;tre le signe d&rsquo;une vitalit&eacute; en baisse ? Bon, je vais te faire une r&eacute;v&eacute;lation : je suis n&eacute; comme &ccedil;a, voil&agrave;.&raquo;<\/em> C&rsquo;est aussi, notamment parce qu&rsquo;on n&rsquo;est pas s&ucirc;r qu&rsquo;elle soit v&eacute;ridique, une dr&ocirc;le d&rsquo;histoire.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":16218,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[33,10,14,47,1,186,471],"tags":[],"class_list":["post-2652","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-cinema","category-france","category-paris","category-tel-aviv","category-uncategorized","category-woody-allen","category-yvan-attal"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2652","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2652"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2652\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16218"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2652"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2652"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2652"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}