{"id":2716,"date":"2013-10-22T22:34:55","date_gmt":"2013-10-22T22:34:55","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=2716"},"modified":"2013-10-23T02:02:08","modified_gmt":"2013-10-23T02:02:08","slug":"tel-aviv-la-bulle-creative","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/tel-aviv-la-bulle-creative\/","title":{"rendered":"Tel Aviv, la bulle cr\u00e9ative"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<h2>\n\tTel Aviv, la bulle cr&eacute;ative<\/h2>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div class=\"author\">\n\tPar <strong>ANNE-MARIE F&Egrave;VRE<\/strong><\/div>\n<div class=\"author\">\n\t&nbsp;<\/div>\n<div class=\"author\">\n\t&nbsp;<\/div>\n<p class=\"subtitle\">\n\t&Agrave; l&rsquo;occasion de l&rsquo;exposition Promisedesign, visite dans la ville isra&eacute;lienne, jadis havre du Bauhaus et aujourd&rsquo;hui vivier de dizaines d&rsquo;architectes et de jeunes designers.<\/p>\n<div class=\"legende\">\n\t&nbsp;<\/div>\n<div class=\"legende\">\n\t&nbsp;<\/div>\n<div class=\"object-content\">\n<p>\n\t\t<em>&laquo;Toute la ville ressemblait &agrave; une sauterelle g&eacute;ante. On y planait, on bondissait, comme Neil Armstrong sur la Lune.&raquo;<\/em> Enfant, l&rsquo;&eacute;crivain Amos Oz fantasmait d&eacute;j&agrave; Tel Aviv (1). J&eacute;r&eacute;mie Hoffmann, conservateur du patrimoine de la ville, pourrait lui r&eacute;pondre : <em>&laquo;Certains b&acirc;timents Bauhaus ont des formes de bateaux, ils bougent, d&rsquo;autres flottent!&raquo;.<\/em> La culture du mouvement n&rsquo;a pas quitt&eacute; Tel Aviv, pionni&egrave;re centenaire surgie des dunes en 1909 apr&egrave;s s&rsquo;&ecirc;tre extirp&eacute;e des remparts de Jaffa. Elle reste une foisonnante place &eacute;conomique et culturelle de 292 000 habitants, entre spirale de la guerre et pragmatisme cr&eacute;atif. <em>&laquo;Nous ne sommes pas qu&rsquo;un pays guerrier&raquo;,<\/em> mart&egrave;lent des cr&eacute;ateurs isra&eacute;liens. Pour conjurer la trag&eacute;die, le petit pays exporte cette ann&eacute;e son art de vivre avec l&rsquo;exposition Promisedesign pr&eacute;sent&eacute;e &agrave; Milan, Paris et Bruxelles (2).<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;architecture et le design isra&eacute;liens trouvent une partie de leurs racines dans la cit&eacute; Bauhaus, inscrite par l&rsquo;Unesco au patrimoine de l&rsquo;humanit&eacute; depuis 2003. De 1930 &agrave; 1947, pr&egrave;s de 2 000 maisons d&rsquo;habitation, dont 400 exceptionnelles, sont con&ccedil;ues par des architectes allemands et europ&eacute;ens qui fuient le nazisme. &Eacute;l&egrave;ves de l&rsquo;&eacute;cole Bauhaus de Walter Gropius, ces &eacute;mules du fonctionnaliste Erich Mendelsohn ont adapt&eacute; le dogme de Dessau ou du Corbusier au climat du Proche-Orient pour mieux se mettre au service de l&rsquo;homme nouveau, sioniste et socialiste. Ils s&rsquo;ins&egrave;rent dans le plan de cit&eacute;-jardin dessin&eacute; en 1927 par l&rsquo;urbaniste &eacute;cossais Patrick Geddes.<\/p>\n<p>\n\t\tDe la place Dizengoff d&eacute;figur&eacute;e jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&eacute;l&eacute;gant boulevard Rothschild, de lignes d&rsquo;arbres en ruelles v&eacute;g&eacute;talis&eacute;es, les maisons g&eacute;om&eacute;triques blanches croisent harmonieusement angles droits et douces courbes. Ces machines &agrave; vivre, &agrave; &eacute;chelle humaine, abritent des petits appartements : il fallait &eacute;viter les diff&eacute;renciations socioculturelles. On entre alors dans le jeu des multiples toits plats, fen&ecirc;tres et terrasses ventil&eacute;es, parfois sur pilotis. Des cages d&rsquo;escalier, en briques de verre, sont des puits de lumi&egrave;re surnomm&eacute;s thermom&egrave;tres. Ils donnent la &laquo;temp&eacute;rature&raquo; d&rsquo;un art de vivre en reconqu&ecirc;te (3). <em>&laquo;Abandon&shy;n&eacute; dans les ann&eacute;es 60 et 70, ce petit Tel Aviv est redevenu tr&egrave;s &agrave; la mode, explique J&eacute;r&eacute;mie Hoffmann. Mais on a laiss&eacute; faire n&rsquo;importe quoi, Tel Aviv est devenue la ville des volets en plastique gris. Depuis dix ans, on r&eacute;nove beaucoup, ce qui pose toutes les questions passionnantes de la r&eacute;habilitation d&rsquo;un patrimoine r&eacute;cent. Faut-il refaire &agrave; l&rsquo;identique ou cr&eacute;er des extensions et sur&eacute;l&eacute;vations invisibles ?&raquo;<\/em><\/p>\n<p>\n\t\tLoin de son centre Bauhaus, Tel Aviv n&rsquo;est plus tout &agrave; fait blanche. Elle s&rsquo;&eacute;tale entre traditions ottomane et arabe, villas &eacute;clectiques europ&eacute;ennes du d&eacute;but du si&egrave;cle &ndash; n&eacute;o-Bauhaus &ndash;, et quatorze kilom&egrave;tres de plages. Nombre de b&acirc;timents et d&rsquo;enseignes sont &laquo;mondialis&eacute;s&raquo; au milieu de &laquo;non-lieux&raquo; d&eacute;labr&eacute;s. Difficile d&rsquo;y d&eacute;celer les prouesses contemporaines. Des tours &eacute;lev&eacute;es se dressent dont l&rsquo;historique Shalom de 1958, les trois Azrieli ou celles sign&eacute;es par Richard Meier et Ieoh Ming Pei ainsi qu&rsquo;un complexe am&eacute;nag&eacute; par Philippe Starck. Impossible de ne pas remarquer la synagogue Cymbalista o&ugrave; Mario Botta joue avec la quadrature du cercle, et le mus&eacute;e &laquo; arte povera &raquo; du Palmach, dessin&eacute; par Hecker et Segal. Dans ce contexte chaotique, l&rsquo;extension du Tel Aviv Art Museum of Art, r&eacute;alis&eacute;e par l&rsquo;Am&eacute;ricain Preston Scott Cohen, (l&rsquo;inauguration est pr&eacute;vue le 2 novembre) est d&rsquo;une belle qualit&eacute; architecturale. Le d&eacute;s&eacute;quilibre sculptural &agrave; l&rsquo;ext&eacute;rieur est ma&icirc;tris&eacute; et offre, &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur, un parcours limpide, sans cul-de-sac. Sur quatre niveaux, de plans inclin&eacute;s en escaliers, se d&eacute;voilent trois galeries rectangulaires &ndash; d&rsquo;art, d&rsquo;architecture et de design &ndash;, o&ugrave; l&rsquo;accrochage est possible (c&rsquo;est devenu rare), une biblioth&egrave;que et un foyer. Des sources de lumi&egrave;re permanentes et inattendues percent cet &eacute;crin de surprises. Ce nouvel outil redonnera de la tension au complexe culturel alentour o&ugrave; sont regroup&eacute;s Op&eacute;ra, th&eacute;&acirc;tre Cam&eacute;ri et biblioth&egrave;que.<\/p>\n<p>\n\t\t&Agrave; Holon, ville-satellite et culturelle de Tel Aviv d&eacute;di&eacute;e &agrave; l&rsquo;enfance et &agrave; la BD, le mus&eacute;e du design inaugur&eacute; en 2009 a &eacute;t&eacute; confi&eacute; &agrave; Ron Arad. Cet architecte-designer star, enfant du pays mais vivant &agrave; Londres, a opt&eacute; pour un petit effet Guggenheim de Bilbao. Le roi de la spirale a pos&eacute; un bel objet, cinq rubans en Corten rouge, cet acier qui s&rsquo;autopatine. Cette dr&ocirc;le de structure offre une oasis de fra&icirc;cheur, d&rsquo;ombres et de lumi&egrave;res mais le b&acirc;timent reste banal. Le design isra&eacute;lien et international y &eacute;tait expos&eacute; tout comme celui de la nouvelle vague fran&ccedil;aise, cet &eacute;t&eacute;. Ron Arad est le repr&eacute;sentant du pays dans le monde entier. Son &eacute;criture en courbes pourrait &eacute;voquer les lettres de l&rsquo;alphabet h&eacute;breu ; lui n&rsquo;en est pas convaincu mais la flexibilit&eacute; de ses lignes a trouv&eacute; des &eacute;mules parmi les jeunes cr&eacute;ateurs.<\/p>\n<p>\n\t\tExiste-t-il un design qui serait sp&eacute;cifiquement isra&eacute;lien ? Nirith Nelson, directrice du centre de J&eacute;rusalem des arts visuels (JCVA), avance quelques cl&eacute;s : <em>&laquo;Il n&rsquo;y a pas de design juif, il serait plut&ocirc;t un <\/em>&ldquo;no-design&rdquo; <em>marqu&eacute; par l&rsquo;absence des images dans la religion juive et la destruction du Temple. Il a &eacute;t&eacute; aussi impr&eacute;gn&eacute; par la vie dans les kibboutz, l&rsquo;improvisation avec les mat&eacute;riaux au service d&rsquo;une vie quotidienne simple. Le design s&rsquo;inspire de toutes les cultures juives, de l&rsquo;Europe centrale au Maghreb. C&rsquo;est un <\/em>&ldquo;soap&rdquo;,<em> une fusion de traditions artisanales diverses, du m&eacute;tal, des bijoux, des tailleurs. L&rsquo;ing&eacute;nierie est plus importante en Isra&euml;l que l&rsquo;industrie, peu d&eacute;velopp&eacute;e, elle s&rsquo;organise autour du plastique, des chaussures, du m&eacute;dical, de l&rsquo;arm&eacute;e. Les jeunes designers seront diff&eacute;rents de leurs parents, ils ne veulent plus imiter. Ils peuvent aujourd&rsquo;hui r&eacute;interpr&eacute;ter les traditions, en &eacute;voluant entre mode et urgence. Et ironie.&raquo; <\/em><\/p>\n<p>\n\t\tLe designer isra&eacute;lien a bien un profil particulier, il a dans son barda de formation deux ans d&rsquo;arm&eacute;e pour les filles et trois pour les gar&ccedil;ons. Avant l&rsquo;&eacute;cole d&rsquo;art, il s&rsquo;est souvent confront&eacute; &agrave; des cr&eacute;ations li&eacute;es &agrave; l&rsquo;&eacute;quipement militaire. Ezri Tarazi, directeur de l&rsquo;entreprise d-Vision et enseignant &agrave; l&rsquo;&eacute;cole de Bezalel &agrave; J&eacute;rusalem, a con&ccedil;u une veste de combat rafra&icirc;chissante. <em>&laquo;L&rsquo;arm&eacute;e est un d&eacute;bouch&eacute;, explique-t-il, mais pas seulement. L&rsquo;&eacute;nergie solaire, les produits nautiques sont tr&egrave;s d&eacute;velopp&eacute;s, le high-tech commercial aussi, et les start-up li&eacute;es au num&eacute;rique et au graphisme pullulent.&raquo;<\/em><\/p>\n<p>\n\t\tDes &eacute;coles de Shenkar &agrave; Bezalel, de la galerie Paradigma au Design Space dans une friche p&eacute;riph&eacute;rique, on d&eacute;c&egrave;le les courants d&rsquo;une cr&eacute;ation &eacute;mergente, domin&eacute;e par un ma&icirc;tre, Yaacov Kaufman, n&eacute; en Russie en 1945. S&rsquo;il con&ccedil;oit des lampes &agrave; l&rsquo;usage clair, il adopte aussi une d&eacute;marche d&rsquo;artiste, de ses masques en bois agglom&eacute;r&eacute; aux &eacute;tag&egrave;res-tours, plus sculptures que supports. Son primitivisme expressif se retrouve chez Ami Drach et Dov Ganchrow qui ornent de manches en plastique des armes en pierres taill&eacute;es. L&rsquo;artisanat est revisit&eacute; par Ayala Serfaty avec ses Floor Lamp r&eacute;alis&eacute;es en laine mohair. La nature est inspiratrice pour Gal Ben Arav et son Bamboo Bench, tel un banc en fagots de bambou. Adi Zaffran Weisler fusionne plastique et bois pour le meuble organique RAWtation. Talia Wiener r&eacute;invente l&rsquo;art des bijoux et ses pendentifs voyageurs adoptent finement le plan de toutes les villes du monde. L&rsquo;&eacute;conomie du pays pousse &agrave; l&rsquo;auto-production en petites s&eacute;ries, ce que pratique l&rsquo;entreprise d-Vision, regroupement de cr&eacute;ateurs qui explorent le plastique. Mais ce qui domine est in&eacute;vitablement la r&eacute;cup&eacute;ration &eacute;colo : le bidon transform&eacute; en rocking-chair par le studio Junktion en est un parfait exemple.<\/p>\n<p>\n\t\t<em>&laquo;S&rsquo;il y a un design isra&eacute;lien, c&rsquo;est un secret bien gard&eacute; &raquo;, blague l&rsquo;industriel Zvi Yemini, fabricant heureux de bo&icirc;tes &agrave; outils en plastique. Il conseille : &laquo; Allez visiter le plus grand et le plus beau showroom du monde, il est &agrave; Tel Aviv !&raquo;.<\/em> On doute&hellip; Mais l&rsquo;entreprise, au style Bauhaus, de l&rsquo;&eacute;diteur-distributeur Kastiel, s&rsquo;av&egrave;re immense et remplie de meubles et objets &eacute;tranges, au minimalisme pr&eacute;cieux et oriental. Joshua Kastiel explique : &laquo; Ici, le design vient forc&eacute;ment de partout, on est tellement enferm&eacute;s, alors on voyage en permanence. Tel Aviv, c&rsquo;est un peu New York, cosmopolite, c&rsquo;est toujours l&rsquo;israelian dream. &raquo;<br \/>\n\t\tTout pr&egrave;s, Jaffa l&rsquo;ancienne o&ugrave; des artistes se sont install&eacute;s, regarde, du haut de ses l&eacute;gendes et de ses trois mille ans, la &laquo;bulle&raquo; Tel Aviv croire qu&rsquo;elle est le (petit) centre du monde.<\/p>\n<p>\t\t(1) Amos Oz, Une histoire d&rsquo;amour et de t&eacute;n&egrave;bres, Folio.<br \/>\n\t\t(2) www.promisedesign.org. Du 8 au23 septembre, Espace Pierre Berg&eacute; et Associ&eacute;s, place du Grand Sablon, 1 000 Bruxelles, + 32 (0) 504 80 30. www.sablonbruxelles.com<br \/>\n\t\t(3) Des maisons sur le sable, Nitza Metzger-Szmuk, 2004 Lib&eacute;ration du 7 mai 2008.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Tel Aviv, la bulle cr&eacute;ative &nbsp; &nbsp; Par ANNE-MARIE F&Egrave;VRE &nbsp; &nbsp; &Agrave; l&rsquo;occasion de l&rsquo;exposition Promisedesign, visite dans la ville isra&eacute;lienne, jadis havre du Bauhaus et aujourd&rsquo;hui vivier de dizaines d&rsquo;architectes et de jeunes designers. &nbsp; &nbsp; &laquo;Toute la ville ressemblait &agrave; une sauterelle g&eacute;ante. 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