{"id":2718,"date":"2011-09-26T17:54:28","date_gmt":"2011-09-26T17:54:28","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=2718"},"modified":"2011-09-26T17:54:28","modified_gmt":"2011-09-26T17:54:28","slug":"sophie-bessis-le-danger-de-la-restauration-du-regime-autoritaire-en-tunisie-nest-pas-le","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/sophie-bessis-le-danger-de-la-restauration-du-regime-autoritaire-en-tunisie-nest-pas-le\/","title":{"rendered":"Sophie Bessis : \u00abLe danger de la restauration du r\u00e9gime autoritaire en Tunisie n\u2019est pas le plus imm\u00e9diat\u00bb"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tSophie Bessis : &laquo;Le danger de la restauration du r&eacute;gime autoritaire en Tunisie n&rsquo;est pas le plus imm&eacute;diat&raquo;<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tQue sera la Tunisie de l&rsquo;apr&egrave;s-&eacute;lections du 23 octobre ? L&rsquo;historienne, journaliste et militante des droits de l&rsquo;homme, Sophie Bessis, directrice de recherche &agrave; l&rsquo;IRIS, ancienne r&eacute;dactrice en chef de Jeune Afrique, a tent&eacute; de cerner, dans sa conf&eacute;rence de samedi soir, les enjeux de la transition d&eacute;mocratique en Tunisie et dresser un &eacute;tat des lieux d&rsquo;avant les &eacute;lections de la Constituante du 23 octobre prochain.<\/p>\n<div class=\"texte\" id=\"texte\">\n<p>\n\t\tIssue d&rsquo;une grande famille juive tunisienne, directrice g&eacute;n&eacute;rale adjointe de la FIDH, Sophie Bessis plante le d&eacute;cor, d&rsquo;abord, de la singularit&eacute; de la transition tunisienne compar&eacute;e aux transitions en cours en Libye, Egypte et Maroc : &laquo;En Tunisie, dit-elle d&rsquo;embl&eacute;e, le processus (de transition) est pacifique. Non guerrier, en tout cas, et non initi&eacute; ou contr&ocirc;l&eacute; par un pouvoir rest&eacute; plus ou moins en place.&raquo; En Egypte, le processus s&rsquo;est born&eacute;, selon elle, au &laquo;renvoi&raquo; du dictateur avec mise en &oelig;uvre des processus de d&eacute;mocratisation et un contexte de changement, mais &laquo;en maintenant le syst&egrave;me, puisque l&rsquo;arm&eacute;e reste le ma&icirc;tre du processus&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tEt en Libye, on est en pr&eacute;sence d&rsquo;un &laquo;processus de transition arm&eacute;, guerrier, avec des inconnues tr&egrave;s grandes sur ce que sera le futur r&eacute;gime&raquo;. Quant au Maroc, il s&rsquo;agit plus d&rsquo;une &laquo;ouverture institutionnelle contr&ocirc;l&eacute;e et balis&eacute;e par la monarchie&raquo;. En Tunisie, ce n&rsquo;est pas le cas. &laquo;Nous avons connu une chute de la dictature avec un effondrement d&rsquo;un syst&egrave;me, vieux non pas de 23 ans (du pouvoir Ben Ali), mais de 55 ans de l&rsquo;autoritarisme bourguibien. Je dis bien effondrement, car les risques de restauration dans ce type de syst&egrave;me ne sont jamais &eacute;cart&eacute;s.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tDans ce processus de transition, Mme Bessis identifie trois &laquo;moments&raquo; : le&laquo;moment r&eacute;volutionnaire&raquo; du 17 d&eacute;cembre 2010 (immolation de Bouazizi et d&eacute;but du soul&egrave;vement populaire), jusqu&rsquo;&agrave; f&eacute;vrier 2011, durant lequel la Tunisie a connu des &laquo;insurrections populaires&raquo; &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur du pays puis un &laquo;soul&egrave;vement politique&raquo; dans Tunis, la capitale, suivis par les grandes manifestations de Kasbah I et II &agrave; Tunis au terme desquelles furent renvoy&eacute;s deux gouvernements de l&rsquo;&egrave;re post-Ben Ali. Le deuxi&egrave;me &laquo;moment&raquo; est celui de la mise en place des &laquo;instances de transition&raquo;, dont la Haute instance pour la r&eacute;alisation des objectifs de la r&eacute;volution et du gouvernement provisoire de B&eacute;j&agrave; Ca&iuml;d Essebsi.<\/p>\n<p>\n\t\tCe deuxi&egrave;me temps de transition prendra fin le 23 octobre prochain, jour des &eacute;lections. &laquo;Si les consensus laborieusement &eacute;labor&eacute;s ces derni&egrave;res semaines sont respect&eacute;s, car le 24 octobre nous entrerons dans une troisi&egrave;me p&eacute;riode qui devrait s&rsquo;&eacute;taler sur un an, la dur&eacute;e de vie de la Constituante, avant d&rsquo;arriver &agrave; des processus &eacute;lectoraux organis&eacute;s selon les modalit&eacute;s de la nouvelle Constitution adopt&eacute;e par l&rsquo;Assembl&eacute;e constituante.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Valse r&eacute;volutionnaire &agrave; trois &laquo;temps&raquo;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tLe d&eacute;roulement de la troisi&egrave;me p&eacute;riode sera elle-m&ecirc;me un enjeu, anticipe la conf&eacute;renci&egrave;re. Puisque le fonctionnement de la Constituante d&eacute;terminera, en partie, la nature du (futur) r&eacute;gime. Sophie Bessis dressera un &eacute;tat des lieux de la Tunisie et passera en revue les forces (politiques) en pr&eacute;sence avant les &eacute;lections. &laquo;La Tunisie, dit-elle, a connu &agrave; la fois un soul&egrave;vement social et une r&eacute;volution politique. Les deux ne sont pas antinomiques car il y a des interactions extr&ecirc;mement complexes, parfois conflictuelles&raquo;. Des impacts de la &laquo;secousse r&eacute;volutionnaire&raquo;, S. Bessis en d&eacute;nombre plusieurs, dont le plus visible est la prise de parole &laquo;g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e&raquo; de la population accompagn&eacute;e du &laquo;syndrome de la table rase&raquo;. &laquo;C&rsquo;est-&agrave;-dire la refondation de la R&eacute;publique.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tAu lendemain de la chute de Ben Ali, le 14 janvier, le choix d&rsquo;aller vers une Assembl&eacute;e constituante n&rsquo;&eacute;tait pas le plus &eacute;vident, rappelle-t-elle, car la Constitution de 1959 (amend&eacute;e) pr&eacute;voyait des &eacute;lections pr&eacute;sidentielle et l&eacute;gislatives anticip&eacute;es. Deuxi&egrave;me impact : l&rsquo;effondrement du syst&egrave;me n&rsquo;a pas entra&icirc;n&eacute; l&rsquo;effondrement de l&rsquo;Etat qui r&eacute;pond, d&rsquo;apr&egrave;s elle, d&rsquo;une &laquo;profondeur historique&raquo;.<br \/>\n\t\t&laquo;Ni l&rsquo;Etat ni l&rsquo;&eacute;conomie, affirme-t-elle, ne se sont effondr&eacute;s, et cela malgr&eacute; les impacts extr&ecirc;mement d&eacute;vastateurs de la guerre en Libye.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\tLes voyants socio&eacute;conomiques sont au rouge, constate-t-elle. &laquo;La situation est extr&ecirc;mement fragile, cors&eacute;e par une r&eacute;exacerbation des luttes de classes et l&rsquo;impatience de la demande sociale tombant dans un contexte de ralentissement &eacute;conomique. Et comme nous n&rsquo;avons pas de rente, nous ne pouvons acheter la paix sociale&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tLe &laquo;retour&raquo; du r&eacute;gionalisme constitue un autre &eacute;l&eacute;ment de fragilisation : &laquo;Non pas la A&acirc;rouchia (tribalisme), mais le r&eacute;gionalisme, car il n&rsquo;y a que des fantasmes de r&eacute;gionalisme en Tunisie.&raquo; Cet &eacute;tat de fragmentation sociale a r&eacute;v&eacute;l&eacute;, d&rsquo;apr&egrave;s Bessis, la profonde fracture entre la &laquo;Tunisie de l&rsquo;int&eacute;rieur&raquo; et la &laquo;Tunisie c&ocirc;ti&egrave;re&raquo;, une fracture tr&egrave;s ancienne qui a &laquo;rythm&eacute; la vie politique de ce pays pendant pr&egrave;s de deux si&egrave;cles (&hellip;) Je ne dis pas entre la Tunisie rurale et urbaine. Car cette cat&eacute;gorie de lecture n&rsquo;est pas pertinente, d&egrave;s lors que 75% de la Tunisie est urbaine, et ce sont, pr&eacute;cise-t-elle, les petites villes de l&rsquo;int&eacute;rieur, comme Sidi Bouzid, Tala, Kasserine, etc., qui se sont r&eacute;volt&eacute;es et non pas la campagne&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tLes dipl&ocirc;m&eacute;s ch&ocirc;meurs de ces petites villes, explique Mme Bessis, n&rsquo;ont pas les m&ecirc;mes opportunit&eacute;s de travail que ceux de la &laquo;Tunisie utile&raquo;, de la &laquo;Tunisie c&ocirc;ti&egrave;re&raquo; plus &laquo;riche&raquo; par les produits de son &laquo;type d&rsquo;&eacute;conomie extraverti&raquo;. A ces nombreux facteurs de fragilit&eacute; s&rsquo;ajoute la capacit&eacute; de nuisance de l&rsquo;appareil de l&rsquo;ancien r&eacute;gime, coupl&eacute; &agrave; la faiblesse, si non &agrave; l&rsquo;absence d&rsquo;un cadre s&eacute;curitaire l&eacute;gitime. &laquo;Lorsqu&rsquo;un syst&egrave;me policier de plus de 50 ans s&rsquo;effondre, c&rsquo;est en queue de com&egrave;te. La Tunisie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui est difficile &agrave; g&eacute;rer, car toutes les institutions ont une l&eacute;gitimit&eacute; bancale, puisque elles sont transitoires par d&eacute;finition.&raquo;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Les &laquo;p&eacute;rils&raquo; de la transition<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tPour ce qui est des principales forces politiques en pr&eacute;sence, Bessis les regroupe en trois p&ocirc;les. Le parti Ennahda (islamiste dit mod&eacute;r&eacute;) avec tout son attelage d&rsquo;organisations et mouvements islamistes. La sp&eacute;cialiste s&rsquo;interroge comment Ennahda, &laquo;parti minoritaire dans la soci&eacute;t&eacute;, absent durant le moment r&eacute;volutionnaire&raquo;, para&icirc;t h&eacute;g&eacute;monique apr&egrave;s la r&eacute;volution. C&rsquo;est une &laquo;vraie question&raquo;. Le deuxi&egrave;me p&ocirc;le est celui du RCD, dissous, mais en voie de reconstitution. L&rsquo;ancien parti au pouvoir est de retour, sous de nouveaux sigles puisqu&rsquo;il s&rsquo;agit de plusieurs partis politiques cr&eacute;&eacute;s par les hi&eacute;rarques de l&rsquo;ancien r&eacute;gime, les moins proches du clan familial Ben Ali-Trabelsi. Une reconfiguration possible, favoris&eacute;e par un &laquo;maillage&raquo; de plus de 50 ans de la soci&eacute;t&eacute;. Le troisi&egrave;me p&ocirc;le est celui de la gauche &laquo;&eacute;clat&eacute;e&raquo; et &laquo;h&eacute;t&eacute;rog&egrave;ne&raquo;. L&rsquo;&eacute;clatement de cette derni&egrave;re est une donne &laquo;tr&egrave;s pr&eacute;occupante&raquo;, estime-t-elle. Dans cette galaxie de partis qui va du centre gauche &agrave; l&rsquo;extr&ecirc;me gauche en passant par les nationalistes arabes autoproclam&eacute;s de gauche, aucun n&rsquo;a r&eacute;ussi &agrave; forger un discours politique coh&eacute;rent et mobilisateur.<\/p>\n<p>\n\t\tLa fragmentation des p&ocirc;les en comp&eacute;tition &ndash; quelque 1500 listes &eacute;lectorales &ndash; constitue un danger et profite au p&ocirc;le le plus organis&eacute; : &laquo;Ennahda, qui, m&ecirc;me s&rsquo;il ne remporte pas la majorit&eacute;, aura le plus grand groupe (d&rsquo;&eacute;lus) &agrave; l&rsquo;Assembl&eacute;e constituante.&raquo;<br \/>\n\t\tParmi les &laquo;enjeux de soci&eacute;t&eacute;&raquo; identifi&eacute;s et qui occupent l&rsquo;essentiel des &eacute;lites, la conf&eacute;renci&egrave;re cite le &laquo;faux d&eacute;bat&raquo; sur l&rsquo;identit&eacute; nationale, l&rsquo;arabit&eacute;, la la&iuml;cit&eacute;, &laquo;alors qu&rsquo;ils &eacute;taient absents durant le moment r&eacute;volutionnaire&raquo; et que la Tunisie est le seul pays arabe o&ugrave; le mot charia n&rsquo;appara&icirc;t nulle part, ni dans la Constitution ni dans aucune autre loi.<\/p>\n<p>\n\t\tSecond enjeu &laquo;central&raquo; : le statut des femmes. Si tous les projets politiques sont articul&eacute;s autour, c&rsquo;est d&rsquo;abord parce que la femme tunisienne a &eacute;t&eacute; &laquo;plus pr&eacute;sente&raquo;, &laquo;plus visible&raquo; que dans les autres r&eacute;volutions et qu&rsquo;elle b&eacute;n&eacute;ficie depuis 1958 d&rsquo;un corpus de droit dont elle est b&eacute;n&eacute;ficiaire. Le troisi&egrave;me grand d&eacute;bat qui surgira durant cette phase est celui en rapport avec le choix et mod&egrave;le &eacute;conomique et social de la Tunisie post-r&eacute;volutionnaire, et posera la question de la &laquo;r&eacute;conciliation&raquo; entre les deux Tunisie. &laquo;Quel contrat politique, soci&eacute;tal ? Sur quels principes et sur quelles valeurs vont se d&eacute;terminer les diff&eacute;rents acteurs politiques ?&raquo; Trop t&ocirc;t pour y r&eacute;pondre. &laquo;La Tunisie, conclut Sophie Bessis, est en pleine exp&eacute;rimentation, de pratiques et de formes, sur quoi d&eacute;bouchera-t-elle, on ne le sait pas. Maintenant, une chose est s&ucirc;re : le danger de la restauration du r&eacute;gime autoritaire n&rsquo;est pas le plus imm&eacute;diat dans la Tunisie d&rsquo;aujourd&rsquo;hui.&raquo;<\/p>\n<\/div>\n<p><!--texte--><\/p>\n<h5 class=\"signature\">\n\tMohand Aziri<\/h5>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Sophie Bessis : &laquo;Le danger de la restauration du r&eacute;gime autoritaire en Tunisie n&rsquo;est pas le plus imm&eacute;diat&raquo; &nbsp; Que sera la Tunisie de l&rsquo;apr&egrave;s-&eacute;lections du 23 octobre ? 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