{"id":2720,"date":"2016-08-12T00:07:22","date_gmt":"2016-08-12T00:07:22","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=2720"},"modified":"2016-08-12T00:08:32","modified_gmt":"2016-08-12T00:08:32","slug":"un-dimanche-dete-la-gouletteaout-60-par-albert-simeoni","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/un-dimanche-dete-la-gouletteaout-60-par-albert-simeoni\/","title":{"rendered":"UN DIMANCHE D\u2019ETE A LA GOULETTE\u2026\u2026..AOUT \u202660. par Albert Simeoni"},"content":{"rendered":"<p>\n\tUN DIMANCHE D&rsquo;ETE A LA GOULETTE&hellip;&hellip;..AOUT &hellip;60.<\/p>\n<p>\tLes hirondelles n&rsquo;ont point attendu ce mois pour s&rsquo;installer dans leur pr&eacute;c&eacute;dente demeure.<\/p>\n<p>\tLes bougainvilliers avaient d&eacute;j&agrave; pr&eacute;vu d&rsquo;&eacute;toffer leurs habits verts dans les jardins priv&eacute;s bien avant ce mois et l&rsquo;air sans rater son rendez vous s&rsquo;est par&eacute; d&rsquo;autres senteurs. Tout ce qui &eacute;tait cach&eacute; sous le sol, sous le sable se retrouve &agrave; la f&ecirc;te bien loin de l&rsquo;humidit&eacute; de la saison froide et pluvieuse. L&rsquo;hiver chez nous n&rsquo;a point de neige mais des averses et des vents venus de la mer, comme des pirates, semant de partout ce sable gris blancs qui obligeaient nos mamans &agrave; couvrir les interstices des seuils de nos portes d&rsquo;entr&eacute;es afin qu&rsquo;il ne p&eacute;n&egrave;tre pas nos chambres.<\/p>\n<p>\tLorsque la mer devenait rageuse, elle d&eacute;bordait parfois sur notre avenue et lorsque la pluie devenait torrent, nos &eacute;gouts d&eacute;bordaient et bonjour les inondations.<\/p>\n<p>\tAvec l&rsquo;arriv&eacute;e du printemps et de l&rsquo;&eacute;t&eacute;, chers &agrave; nos yeux, tout devient calme, beau et serein et le soleil s&rsquo;est mu&eacute; en un astre bienveillant, r&eacute;chauffant nos c&oelig;urs et nos esprits.<\/p>\n<p>\tNous avions bien quatre saisons bien distinctes &agrave; la Goulette et chacune d&rsquo;elle laissait son empreinte.<\/p>\n<p>\tL&rsquo;&eacute;t&eacute; la Goulette se transformait en une immense cit&eacute;e de vacances et cet apport nous le devons &agrave; nos amis tunisois qui ont comprit que, passer un trimestre &agrave; la Goulette, c&rsquo;est assur&eacute;ment vivre cette p&eacute;riode dans la joie et le bonheur.<\/p>\n<p>\tTout comme les hirondelles, certaines familles juives de Tunis retrouvaient leur ancienne maison de l&rsquo;&eacute;t&eacute; pass&eacute; soit face mer soit au centre ville. Mais toutes &eacute;taient log&eacute;es &agrave; la meilleur enseigne.<\/p>\n<p>\tLorsqu&rsquo; arrive le Dimanche, toutes les rues sont calmes au petit matin. Seuls les chants des chardonnerets, des pinsons ou les cui cui des moineaux chantaient en concert aux aubes merveilleuses d&rsquo;une ville empreinte de s&eacute;r&eacute;nit&eacute;.<\/p>\n<p>\tQue l&rsquo;on f&ucirc;t de la Goulette Casino, de Goulette neuve ou de la Piccolla Chichilia, le programme restait immuable.<\/p>\n<p>\tLe march&eacute;, bien matinale, &eacute;tait pr&ecirc;t &agrave; recevoir ses premiers clients et les boutiques relevaient leurs rideaux vers les 10 heures du mat.<\/p>\n<p>\tLes marchands de beignets &eacute;taient d&eacute;j&agrave; &agrave; pied d&rsquo;&oelig;uvre. Les amoureux de ces pates rondes faisaient la queue pour emporter ce kif chez eux tandis que d&rsquo;autres l&rsquo;appr&eacute;ciaient sur le toit de leur voiture accompagn&eacute; souvent de figues ( karmous verts ou violets).<\/p>\n<p>\tLes beignets au miel &eacute;taient aussi tr&egrave;s cot&eacute; tandis que les adorateurs du DR&Ocirc;&Ocirc; ( sorgo) s&rsquo;affichaient chez le fameux NAIM qui tenait boutique &agrave; qqs encablures du CASINO . Certains avec leur grande casserole &agrave; emporter, d&rsquo;autre consommant sur place en y rajoutant un tas d&rsquo;ingr&eacute;dients, halw&eacute;, harissa el louz, sucre glace et j&rsquo;en passe.<\/p>\n<p>\tLes maraichers ambulants sillonnaient les rues et proposaient leurs past&egrave;ques &lsquo;bel mouss&rsquo; au couteau) c&#39;est-&agrave;-dire au gout. Ils incisaient la past&egrave;que et ils vous faisaient gouter un petit c&ocirc;ne, un morceau afin de prouver que celle l&agrave; est bien sucr&eacute;e et surtout bien rouge. Le melon &eacute;chappait &agrave; cette cicatrice. Chez les autres maraichers, les boutiques, les tranches de past&egrave;ques s&rsquo;exposaient sur une table mise devant leur &eacute;tal. Et tout un chacun pouvait se rafraichir sur place.<\/p>\n<p>\tLes marchands de HINDIS (figues de barbaries) sillonnaient les rues tout en hurlant ce HARA BDOUROU. Les quatre &agrave; cinq millimes. Ils avaient soit des charrettes, soit alors des brouettes de ma&ccedil;on. Il suffisait de leur laisser le plat pour qu&rsquo;il soit rempli par la quantit&eacute; demand&eacute;e. La consommation sur place &eacute;tait compt&eacute;e selon le nombre d&rsquo;&eacute;pluchures.<\/p>\n<p>\tLe march&eacute; du poisson &eacute;tait prit d&rsquo;assaut et les harangues pleuvaient drues sur la qualit&eacute; du poisson frais.<\/p>\n<p>\tLes boucheries n&rsquo;&eacute;taient pas en reste et chaque famille avait ses habitudes chez tel ou tel coupeur de viande.<\/p>\n<p>\tA 15 ans, j&rsquo;&eacute;tais celui qui, pied nus et en short, &eacute;tait d&eacute;j&agrave; dans l&rsquo;eau avec qqs amis &agrave; p&ecirc;cher au mouchoir la guimbre alors que d&rsquo;autres posaient la bouteille fum&eacute;e ou blanche, au fond trou&eacute;, remplie de mie de pain pour pi&eacute;ger le petit mulet. D&rsquo;autres arm&eacute;s d&rsquo;un pic d&eacute;nichaient les pieuvres dont l&rsquo;habitat naturel consistait en une boite de fer. Et c&rsquo;est parmi les barri&egrave;res de protection faites de ceps de vigne qui se prolongeaient jusqu&rsquo;&agrave; 50 m&eacute;tr&eacute;s de distance du rivage, que les &lsquo;piqueurs de pieuvres et de s&egrave;ches, tiraient leur butin.<\/p>\n<p>\tLes plus t&eacute;m&eacute;raires d&rsquo;entre nous se transformaient en sous mariniers pour tirer la grosse dorade, le m&eacute;rou etc avec leur harpon. Les plus hardis allaient p&eacute;cher aux blocs, l&agrave; o&ugrave; passaient les paquebots en partance pour Marseille.<\/p>\n<p>\tLa p&ecirc;che &eacute;tait une grande passion pour les jeunes goulettois qui se flattaient d&rsquo;&ecirc;tre les meilleurs au monde. Parmi mes amis, ces habitu&eacute;s de la p&ecirc;che pr&eacute;paraient les amorces depuis la veille. Les &lsquo;trimoulignas&rsquo;( vers de terre) &eacute;taient mis dans des feuilles de vignes mouill&eacute;es et plac&eacute;es dans un endroit humide. D&rsquo;autres pr&eacute;f&eacute;raient les TOUBOUS ( ces vers assez &eacute;pais) qu&rsquo;ils d&eacute;nichaient au bord de la mer car ces derniers &eacute;taient invisibles &agrave; l&rsquo;&oelig;il nu.<\/p>\n<p>\tSeuls les connaisseurs savaient les rep&eacute;rer et lorsqu&rsquo;ils tombaient sur ce fameux trou, l&rsquo;habitat naturel du toubou, nos chasseurs posaient qqs grains de sel sur l&rsquo;orifice du trou afin de faire remonter &agrave; la surface du sable la t&ecirc;te de l&rsquo;intrus et &agrave; ce moment l&agrave;, nos fins limiers plongeaient leur truelle profond&eacute;ment afin de couper la fuite du gros vers et ainsi trancher son corps mou.<\/p>\n<p>\tUn dimanche &agrave; la Goulette, c&rsquo;est les ap&eacute;ros dans les brasseries. C&rsquo;est les s&eacute;ances matinales du cin&eacute;ma Rex. C&rsquo;est la messe dans le quartier italien. C&rsquo;est les promenades sur les avenues, les communions des jeunes vierges italiennes, le caf&eacute; prit au Caf&eacute; VERT sous un parasol, c&rsquo;est le pick-fot chez BEN GACEM, c&rsquo;est la pr&eacute;paration des tables et des chaises pour les restaurateurs, c&rsquo;est Antoine qui donne rendez vous aux blocs &agrave; sa jeune Marie. Ceux sont les plages envahies et les &eacute;pluchures de past&egrave;ques et de melons qui jonchent le sable apr&egrave;s la lev&eacute;e du camp. C&rsquo;est aussi Deidou qui s&rsquo;en va au paradis, c&rsquo;est Nathalie qui n&eacute;e, c&rsquo;est la bande qui joue au foot sur la plage, c&rsquo;est celui l&agrave; qui se fait embrocher par un train, c&rsquo;est la f&ecirc;te sur les terrasses c&rsquo;est LA GOULETTE EN COULEUR. Cette Goulette qui a tant marqu&eacute; les esprits 70 ans apr&egrave;s, et que j&rsquo;en parle.<\/p>\n<p>\tPlus tard, c&rsquo;est Guilou Krief qui sort sa planche &agrave; voile, le corps bien bronz&eacute; et la d&eacute;marche assur&eacute;e.<\/p>\n<p>\tSur mon balcon de Maisons Alfort, le rideau vient de tomber alors que les cloches de l&rsquo;&eacute;glise viennent de se taire. Au loin.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>UN DIMANCHE D&rsquo;ETE A LA GOULETTE&hellip;&hellip;..AOUT &hellip;60. Les hirondelles n&rsquo;ont point attendu ce mois pour s&rsquo;installer dans leur pr&eacute;c&eacute;dente demeure. Les bougainvilliers avaient d&eacute;j&agrave; pr&eacute;vu d&rsquo;&eacute;toffer leurs habits verts dans les jardins priv&eacute;s bien avant ce mois et l&rsquo;air sans rater son rendez vous s&rsquo;est par&eacute; d&rsquo;autres senteurs. 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