{"id":2722,"date":"2015-10-03T23:28:14","date_gmt":"2015-10-03T23:28:14","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=2722"},"modified":"2015-10-04T05:44:34","modified_gmt":"2015-10-04T05:44:34","slug":"la-ceramique-chez-les-chemla-une-histoire-de-famille","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-ceramique-chez-les-chemla-une-histoire-de-famille\/","title":{"rendered":"La c\u00e9ramique chez les Chemla : une histoire de famille"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p align=\"center\">\n\t<strong>La c&eacute;ramique : une histoire de famille<\/strong><\/p>\n<p align=\"center\">\n\t<br \/>\n\tCompl&eacute;ments &agrave; <a href=\"http:\/\/www.harissa.com\/news\/article\/l%E2%80%99histoire-de-la-c%C3%A9ramique-des-chemla\">l&rsquo;histoire racont&eacute;e &nbsp;par Andr&eacute; Chemla<\/a> par Monique Goffard, Lucette Valensi et Jacques Chemla<\/p>\n<p>\n\tLa c&eacute;ramique, chez les Chemla, est une histoire de famille, mais c&#39;est aussi, en pointill&eacute;, une partie de l&#39;Histoire de la Tunisie.<\/p>\n<p>\n\tCommenc&eacute;e sous les Beys en 1860 avec Ha&iuml; &#8211; Abraham Chemla, l&#39;histoire se poursuit avec le protectorat en 1881 quand Jacob Chemla fonde la poterie El Qallaline puis, aid&eacute; des ses fils (Victor, Albert et Mouche) celle des &quot; fils de J. Chemla &quot; ; de 1938 &agrave; 1954 Victor (ou Ha&iuml;) et Mouche (ou encore Moshe), travaillent ensemble &agrave; la poterie situ&eacute;e sur la route du Bardo. &Agrave; la mort de Victor, Mouche poursuit seul et ach&egrave;te en 1956 &agrave; Albert et aux successeurs de Victor ce qui reste de la poterie.<\/p>\n<p>\n\tC&#39;est alors la p&eacute;riode de l&#39;ind&eacute;pendance de la Tunisie et en 1960 l&#39;architecte du pr&eacute;sident Habib Bourguiba, Cacoub commande &agrave; Mouche la d&eacute;coration des palais de Carthage et Skan&egrave;s. Ce que ce dernier fera jusqu&#39;en 1966, date &agrave; laquelle il s&#39;installera d&eacute;finitivement &agrave; La Garde Freinet, en France, o&ugrave; il poss&egrave;de depuis 1960 un atelier ; Mouche Chemla meurt en 1977 ; la quatri&egrave;me g&eacute;n&eacute;ration des &quot; potiers-c&eacute;ramistes &quot; Chemla continue en France avec Andr&eacute; Chemla.<\/p>\n<p>\n\t<strong>1860<\/strong><br \/>\n\tAu 19&egrave;me si&egrave;cle, le Bey prend l&#39;habitude d&#39;affermer les imp&ocirc;ts : il demande ainsi &agrave; des personnes qui ont des ressources financi&egrave;res de lui faire l&#39;avance du produit des imp&ocirc;ts ; ces personnes r&eacute;cup&egrave;rent ensuite l&#39;imp&ocirc;t aupr&egrave;s des sujets ; Ha&iuml;- Abraham Chemla a eu la ferme des imp&ocirc;ts sur les potiers de Tunis qui &eacute;taient install&eacute;s &agrave; Qallalin, quartier de la m&eacute;dina de Tunis. On peut en voir une photo sur le site :<br \/>\n\thttp:\/\/photoanciennetunisie.blogspot.com\/2011\/06\/tunisie-place-potiers.html<\/p>\n<p>\n\tAujourd&#39;hui, ce quartier a disparu. En effet, pour des raisons d&#39;hygi&egrave;ne, il n&#39;&eacute;tait plus possible de faire fonctionner de four &agrave; c&eacute;ramique &agrave; l&#39;int&eacute;rieur de la m&eacute;dina. Les potiers de Qallalin versaient donc leurs imp&ocirc;ts en nature &agrave; Ha&iuml; &#8211; Abraham qui avan&ccedil;ait l&#39;argent au Bey de Tunis, et c&#39;est ainsi que l&#39;affaire a commenc&eacute; vers 18601.<\/p>\n<p>\n\tIl y avait alors beaucoup d&#39;ateliers de c&eacute;ramique en Tunisie, avec une certaine sp&eacute;cialisation : Djerba, Nabeul, Testour, le massif des Kroumirs2; chacun avait ses techniques, ses motifs d&eacute;coratifs et ses objets privil&eacute;gi&eacute;s. &Agrave; cette &eacute;poque, la poterie est utilitaire et sert &agrave; la conservation ou &agrave; la cuisson des aliments. Les jarres conservaient tout, donc le mobilier &eacute;tait, en grande partie, fourni par des potiers. Il y avait des ateliers ouverts un peu partout en Tunisie : &agrave; chaque fois que de l&#39;argile &eacute;tait trouv&eacute;e, il suffisait de savoir construire des fours et tourner la poterie.<\/p>\n<p>\n\t<strong>1881 et les premi&egrave;res ann&eacute;es 1900 (jusqu&#39;&agrave; la crise de 29)<\/strong><\/p>\n<p>\n\tLes premi&egrave;res poteries sign&eacute;es Chemla datent de 1881, au moment de l&#39;&eacute;tablissement du protectorat. Avec ses associ&eacute;s Troniet et Bellanger, Jacob Chemla installe en 1880 la poterie &quot; El Qallaline &quot;, route de la plage &agrave; la Goulette (proche banlieue de Tunis). Il y produisait des poteries &quot; Imitation Vieux Tunis &quot; et surtout des carreaux c&eacute;ramique3. Cette production alimentait un d&eacute;p&ocirc;t de vente sis 5, place des Potiers &agrave; Tunis.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&Agrave; la fin du 19&egrave;me si&egrave;cle et au d&eacute;but du 20&egrave;me, diff&eacute;rents courants architecturaux se d&eacute;veloppent en Tunisie4, notamment un courant orientaliste, avec Henri Saladin ou Rapha&euml;l Guy. Ces architectes prennent contact avec Jacob et lui demandent de retrouver la mani&egrave;re de fabriquer les couleurs et &eacute;maux des panneaux anciens de c&eacute;ramique. Il s&#39;agit des &eacute;maux plombo &#8211; stannif&egrave;res et du bleu cobalt pr&eacute;sents dans les anciennes c&eacute;ramiques Hafsides (XIII-XVIe si&egrave;cles) jusqu&#39;au XIXe si&egrave;cle.<\/p>\n<p>\n\tLe d&eacute;veloppement de cette recherche et son opini&acirc;tret&eacute; entra&icirc;nent doucement Jacob dans la mis&egrave;re et, pour couronner le tout, sa fille a&icirc;n&eacute;e, atteinte de la tuberculose, est sur avis m&eacute;dical, oblig&eacute;e de quitter la capitale pour Nabeul, ville situ&eacute;e &agrave; 70 km de Tunis au sud du Cap Bon. Le climat y est temp&eacute;r&eacute; tout au long de l&#39;ann&eacute;e. Nabeul est le haut lieu de la c&eacute;ramique en Tunisie. On y rencontre d&eacute;j&agrave; le &quot; gratin &quot; de la poterie. Du cot&eacute; tunisien : les fr&egrave;res Abderrazak, Gacem Kharraz, les fr&egrave;res Ben Sedrine, El &#8211; Mejdoub &hellip; Du cot&eacute; fran&ccedil;ais : Ferdinand Louis Tissier, Pierre de Verclos5&hellip;<\/p>\n<p>\n\t&Agrave; la suite de cet &eacute;v&eacute;nement impr&eacute;vu Jacob Chemla, retire ses trois fils, Victor (18 ans), Albert (16 ans) et Mo&iuml;se (13 ans), de l&#39;Alliance Isra&eacute;lite et du coll&egrave;ge &Eacute;mile Loubet avec l&#39;intention de leur faire partager son aventure et ils partent &agrave; Nabeul vers 1908 o&ugrave;, avec son contrema&icirc;tre Ben Amhed, Jacob se trouve dans le milieu id&eacute;al pour ses recherches (fours, officines laboratoires, argiles diverses). A la m&ecirc;me &eacute;poque (en 1908), il participe &agrave; l&#39;exposition coloniale de Paris (Nogent sur Marne) et y obtient une m&eacute;daille d&#39;or6.<\/p>\n<p>\n\tSelon Jacques Chemla, fils d&#39;Albert, et collectionneur passionn&eacute; de poteries Chemla, l&#39;ann&eacute;e 1910 marque un tournant. En effet, un jour de l&#39;ann&eacute;e 1910, c&#39;est la victoire, Jacob ma&icirc;trise le &quot; bleu cobalt &quot; ! Il est reconnu comme &quot; un ma&icirc;tre&hellip; qui, par un travail acharn&eacute;, seul et sans aide, red&eacute;couvrit les &eacute;maux d&#39;Asie Mineure.7&quot;<\/p>\n<p>\n\tDe retour &agrave; Tunis, Jacob concr&eacute;tise et p&eacute;rennise sa d&eacute;couverte. Il s&#39;installe 32, route du Bardo &agrave; Tunis (l&#39;actuelle rue du 20 mars 1956). Ainsi na&icirc;t la Soci&eacute;t&eacute; Tunisienne de C&eacute;ramique d&#39;Art : &quot;Les Fils de J. CHEMLA&quot;. &Agrave; partir de cette &eacute;poque, on trouve la signature, soit au revers des poteries, avec un poin&ccedil;on &quot;les fils de J. Chemla&quot;, soit, avec la signature, &quot;Aouled Chemla, Tounes&quot; (en arabe : &quot;les fils de J. Chemla : Tunis&quot;).<\/p>\n<p>\n\tDans cette entreprise, les fils jouent chacun leur r&ocirc;le : Victor est l&#39;ing&eacute;nieur technicien sp&eacute;cialis&eacute; dans les aspects techniques, les &eacute;maux, la cuisson, il participe &agrave; la d&eacute;coration en signant d&#39;une grappe de raisin ; Albert est le &quot;public relations&quot;, qui lorsqu&#39;il d&eacute;core signe d&#39;un chat ; Mouche, le d&eacute;corateur, signe d&#39;un poisson, et apr&egrave;s le d&eacute;part d&#39;Albert en 1929 pour l&#39;Alg&eacute;rie, s&#39;occupe des relations ext&eacute;rieures avec les banques, les clients, les services de l&#39;Artisanat mis en place par les autorit&eacute;s du protectorat. L&#39;atelier recrutait des ouvriers, qui venaient notamment de Djerba, passaient quelques ann&eacute;es &agrave; Tunis puis repartaient sur leur &icirc;le, Guellala &eacute;tant le village sp&eacute;cialis&eacute; dans la poterie et, en particulier dans le tournage ; d&#39;autres ouvriers venaient de Nabeul. Les uns et les autres envoyaient des jeunes capables de les remplacer &agrave; Tunis quand ils rentraient chez eux.<\/p>\n<p>\n\tLa p&eacute;riode de gloire de la poterie a &eacute;t&eacute; celle des ann&eacute;es 1920 o&ugrave; les 3 fr&egrave;res travaillaient ensemble. L&#39;entreprise s&#39;agrandit ; les exportations s&#39;&eacute;tendent &agrave; l&#39;Alg&eacute;rie voisine et aux &Eacute;tats-Unis d&#39;Am&eacute;rique, comme par exemple &agrave; San Francisco ou &agrave; Santa Barbara en 1920-25. Les &quot; fils de J. Chemla &quot; participent aux expositions coloniales et internationales de 1922 &agrave; Marseille et de 1925 &agrave; Paris. Ils y obtiennent deux grand prix, ainsi qu&#39;une m&eacute;daille d&#39;argent, en 1925, dans la cat&eacute;gorie &quot; c&eacute;ramique &quot;. &Agrave; cette date, les ateliers Kharraz et De Verclos sont aussi nomm&eacute;s. &Agrave; l&#39;occasion de ces expositions, des rencontres se font avec d&#39;autres entreprises de c&eacute;ramique et naissent des amiti&eacute;s ; cela permet &agrave; Mouche, de 1925 &agrave; 1931, de voyager et de s&#39;exercer chaque fois &agrave; dessiner ses d&eacute;cors sur de nouveaux supports, &agrave; Vierzon et Limoges ou en Angleterre et en Italie, o&ugrave; il se lie avec des c&eacute;ramistes de la fabrique Cantagalli8.<\/p>\n<p>\n\tLa crise de 1929 porte un coup s&eacute;v&egrave;re &agrave; la poterie ; celle-ci ne pouvant plus soutenir trois familles, Albert s&#39;installe &agrave; Alger et cr&eacute;e, en 1930, une importante soci&eacute;t&eacute; pharmaceutique. Jacob, Victor et Mouche s&#39;occupent, ensemble, de faire fonctionner la poterie qui produit tuiles, carreaux, panneaux, enseignes, vasques et fontaines, bancs, jarres et bibelots d&#39;art. C&#39;est alors la seule entreprise c&eacute;ramiste fonctionnant sous l&#39;&eacute;gide du gouvernement tunisien pour la reproduction des &eacute;maux arabes. La poterie emploie plus de cinquante ouvriers et fournit la direction des Travaux publics et le gouvernement tunisien9. Elle participe &agrave; la restauration des panneaux anciens des principales mosqu&eacute;es de Tunis et de Kairouan, comme celle du Barbier (mausol&eacute;e de Sidi Sahbi). Le gouvernement fran&ccedil;ais d&eacute;<\/p>\n<p>\n\tcerne &agrave; Jacob la croix de la L&eacute;gion d&#39;Honneur le 26 Juin 1926.<\/p>\n<p>\n\t<strong>Les ann&eacute;es 30<\/strong><\/p>\n<p>\n\tApr&egrave;s la crise de 1929, les exportations cessent vers les &Eacute;tats-Unis mais non autour de la M&eacute;diterran&eacute;e ; les commandes concernent l&#39;&Eacute;gypte, la Lybie, l&#39;Alg&eacute;rie (les h&ocirc;tels Transatlantiques, l&#39;H&ocirc;tel Saint-George, le Palais du Gouvernement, la poste d&#39;El Biar en 193510, etc.). La gare de Skikda (ancienne Philippeville), construite en 1937, class&eacute;e monument historique, garde encore de belles traces des panneaux d&eacute;cor&eacute;s par les &laquo;&nbsp; Fils de J. Chemla&nbsp;&raquo; (http:\/\/skikda.boussaboua.free.fr\/skikda_gare.htm). Les commandes essentielles sont pass&eacute;es, bien &eacute;videmment, en Tunisie comme, par exemple le Palais de Justice, l&#39;H&ocirc;tel de Ville, le coll&egrave;ge Alaoui, l&#39;Institut Pasteur, &agrave; Tunis, le th&eacute;&acirc;tre de Sfax, les villas de l&#39;architecte Valensi, des fr&egrave;res L&eacute;vy, l&#39;h&ocirc;tel Dar Zarrouk, les ornements muraux de la villa du Comte d&#39;Erlanger &agrave; Sidi-Bou-Sa&iuml;d11.<\/p>\n<p>\n\tL&#39;atelier Chemla participe, en tant que membre du Jury (et ne re&ccedil;oit donc pas de prix), &agrave; l&#39;Exposition Coloniale Internationale et des Pays d&#39;Outre Mer de Paris de 1931 et obtient, comme la compagnie Kharraz, &agrave; l&#39;exposition Internationale des Arts et Techniques dans la vie Moderne de 1937, une m&eacute;daille d&#39;or et une d&#39;argent. En 1936 Mouche est reconnu comme Meilleur Artisan de Tunisie et nomm&eacute; au grade de Commandeur dans l&#39;Ordre du Nichan Iftikar.<\/p>\n<p>\n\t<strong>Vers la fin de la poterie &quot; les Fils de J. Chemla &quot;<\/strong><\/p>\n<p>\n\tApr&egrave;s la mort de Jacob, en 1938, Victor et Mouche font survivre la poterie avec un nombre de plus en plus r&eacute;duit d&#39;ouvriers, &acirc;g&eacute;s et infirmes. Les commandes sont essentiellement locales ; diff&eacute;rents travaux sont effectu&eacute;s dans des maisons ou palais de la banlieue nord de Tunis, comme la maison d&#39;Andr&eacute; L&eacute;vy-Despas (fondateur de Monoprix) &agrave; Sidi-Bou-Sa&iuml;d ou d&#39;autres &agrave; La Marsa, Gammarth, etc. &Agrave; cette &eacute;poque, la client&egrave;le fran&ccedil;aise et les techniciens fran&ccedil;ais ont fait bifurquer la poterie, de la tradition, tunisienne de c&eacute;ramique utilitaire, vers une production diff&eacute;rente d&#39;objets d&eacute;coratifs : d&#39;une part, les inspirations turque et persane sont devenues plus perceptibles, d&#39;autre part, des formes nouvelles ont &eacute;t&eacute; int&eacute;gr&eacute;es : pieds de lampe, pots de fleurs, plats d&eacute;coratifs, tables en c&eacute;ramique port&eacute;es par du fer forg&eacute;.<\/p>\n<p>\n\tEn 1954, Victor meurt, Mouche est nomm&eacute; Meilleur Ouvrier de France en 1955, et, en 1956, la poterie est vendue par Albert et les descendants de Victor &agrave; Mouche. La vente comprend : &quot; la client&egrave;le, l&#39;achalandage, l&#39;enseigne, le nom commercial, le mat&eacute;riel, le mobilier et les marchandises.12&quot;<\/p>\n<p>\n\t&Agrave; la fin des ann&eacute;es 50 la situation de Mouche, qui a donc repris l&#39;usine, &eacute;volue. Il d&eacute;core Dar Al Kamila13, la r&eacute;sidence de France &agrave; La Marsa, et pour lui, la soixantaine atteinte, l&#39;horizon de la retraite s&#39;&eacute;loigne jusqu&#39;&agrave; ses derniers jours.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<strong>Apr&egrave;s l&#39;ind&eacute;pendance de la Tunisie<\/strong><\/p>\n<p>\n\tEn 1959, M. J.-P. Bernard, ambassadeur de France adjoint en Tunisie, signale &agrave; Mouche que le nouveau maire de La Garde Freinet, Alfred Max, fondateur de Connaissance des Arts souhaite un d&eacute;veloppement artistique de sa commune. Alfred Max dispose d&#39;un monument religieux d&eacute;saffect&eacute;, la chapelle Saint &Eacute;loi, qui peut &ecirc;tre mis &agrave; la disposition d&#39;un c&eacute;ramiste souhaitant s&#39;&eacute;tablir en France.<\/p>\n<p>\n\tL&#39;ann&eacute;e 1960 marque un tournant dans l&#39;activit&eacute; de Mouche Chemla, successeur des &quot; Fils de J. Chemla &quot;. Mouche Chemla et sa femme se rendent, en Janvier 1960, &agrave; La Garde Freinet. Il s&#39;entend avec le maire et commence ses activit&eacute;s &agrave; La Garde Freinet &agrave; la fin du printemps de 1960. Or, en 1958-60, le pr&eacute;sident Bourguiba demande &agrave; l&#39;architecte O.- C. Cacoub d&#39;am&eacute;nager et agrandir le palais de Carthage pr&egrave;s de Tunis. &Agrave; la fin de l&#39;&eacute;t&eacute;, Mouche se h&acirc;te de rentrer &agrave; Tunis pour travailler &agrave; la commande pr&eacute;sidentielle. Il est charg&eacute; de r&eacute;aliser plusieurs panneaux de c&eacute;ramique qui contribuent &agrave; la d&eacute;coration des palais de Sayda (Carthage) et de Skan&egrave;s14.<\/p>\n<p>\n\tIl quitte d&eacute;finitivement la Tunisie en 1966. Entre ces deux dates, Mouche passe six mois en France de Mai &agrave; Novembre, et le restant de l&#39;ann&eacute;e, poursuit son activit&eacute; &agrave; Tunis, &agrave; la poterie du Bardo. La d&eacute;coration des palais de Bourguiba a occup&eacute; le plus clair de son temps en Tunisie et, aussi, provoqu&eacute; son d&eacute;part.<br \/>\n\tMouche, interrog&eacute; par le journaliste de Nice-Matin (9\/12\/1970) raconte ainsi les &eacute;v&eacute;nements : &quot; ayant effectu&eacute; un travail pour le beau-fr&egrave;re de celui-ci [Le pr&eacute;sident Bourguiba], son architecte vint un jour me solliciter afin de r&eacute;aliser un banc &agrave; l&#39;intention du pr&eacute;sident. Ce dernier fut enthousiasm&eacute; et j&#39;ai r&eacute;alis&eacute; toute la c&eacute;ramique de ses deux palais pr&eacute;sidentiels, celui de Carthage &eacute;tant une merveille du genre&hellip; &quot;.<\/p>\n<p>\n\tDeux types de travaux ont &eacute;t&eacute; command&eacute;s par le pr&eacute;sident Bourguiba pour les palais de Carthage et de Skan&egrave;s : l&#39;un semi-industriel, &eacute;quiper les palais en tuiles vertes, l&#39;autre, d&eacute;coratif : r&eacute;aliser, &agrave; Carthage, les panneaux qui ornent la cour d&#39;honneur, le patio, le salon et le promenoir, de m&ecirc;me pour Skan&egrave;s. Ces panneaux, inspir&eacute;s par les miniatures persanes, sont de grandes dimensions, plus de deux m&egrave;tres de long sur autant de hauteur pour certains. Ils sont en g&eacute;n&eacute;ral ins&eacute;r&eacute;s dans des arcades entour&eacute;es de frises et d&#39;arbres de vie. Au centre de l&#39;arcade est, le plus souvent, repr&eacute;sent&eacute; un motif avec personnages.<\/p>\n<p>\n\tMais, en 1966, Mouche doit livrer des panneaux de c&eacute;ramique pour le palais de Carthage et veiller &agrave; leur installation avant la f&ecirc;te nationale du 1er Juin, qui comm&eacute;more aussi bien le retour d&#39;exil de Bourguiba (1er juin 1955) que l&#39;instauration d&#39;une nouvelle constitution (1er juin 1959). La livraison tarde et les carreaux ne sont pas pos&eacute;s quand M. Chemla doit partir &agrave; La Garde Freinet. M&eacute;sentente avec le pr&eacute;sident de la R&eacute;publique tunisienne&hellip; Mouche voit son passeport fran&ccedil;ais retenu et doit rester &agrave; Tunis. Cette mesure administrative le conduit &agrave; quitter d&eacute;finitivement la Tunisie, une fois son passeport remis, et &agrave; abandonner la poterie du Bardo. Il y retourne toutefois &agrave; la veille de sa mort, en 1977, pour vendre ce qu&#39;il en reste.<\/p>\n<p>\n\t<strong>L&#39;activit&eacute; de Mouche Chemla &agrave; La Garde Freinet<\/strong><\/p>\n<p>\n\tA l&#39;&eacute;t&eacute; 1960, Mouche installe son atelier dans la vieille chapelle Saint &Eacute;loi, d&eacute;saffect&eacute;e, que la mairie a mise &agrave; sa disposition.<\/p>\n<p>\n\tEn arrivant &agrave; La Garde Freinet, il r&eacute;alise son r&ecirc;ve : poss&eacute;der un four &eacute;lectrique. Il ach&egrave;te, gr&acirc;ce &agrave; un pr&ecirc;t qu&#39;il se h&acirc;te de rembourser pour se sentir plus libre, un four de 14kW, puissance bien plus importante qu&#39;il n&#39;est n&eacute;cessaire pour un d&eacute;but, mais Mouche pr&eacute;voit une grande production. Ce four occupe une grande place dans le local glacial, non am&eacute;nag&eacute; et d&eacute;pourvu de tout d&eacute;cor qu&#39;est cette tr&egrave;s ancienne chapelle. Les panneaux de c&eacute;ramiques que Mouche cr&eacute;e, la tournette qui lui permet de tracer des cercles parfaits &agrave; main lev&eacute;e, la table couverte des r&eacute;cipients contenant les diff&eacute;rentes couleurs qui servent pour le d&eacute;cor des c&eacute;ramiques, permettent de l&#39;agr&eacute;menter, de la rendre &quot; habitable &quot; et de mettre les visiteurs en contact avec la production artisanale.<\/p>\n<p>\n\tLes &quot; biscuits &quot; (cuillers, bols ronds ou carr&eacute;s, assiettes&hellip;) ne sont pas pr&eacute;par&eacute;s par Mouche dans son atelier mais achet&eacute;s &agrave; Aubagne. Le d&eacute;cor reste fid&egrave;le &agrave; son inspiration orientale. Il utilise un pinceau traditionnel tunisien en crin de mulet, avec son r&eacute;servoir. Apr&egrave;s la d&eacute;coration, il utilise les couleurs qu&#39;il fabrique lui m&ecirc;me selon des secrets de famille et n&#39;emploie qu&#39;exceptionnellement des produits colorants du commerce. Une fois par mois, environ, il proc&egrave;de &agrave; l&#39;&eacute;maillage avant d&#39;enfourner ses poteries et de les faire cuire vers 950&deg;C.<\/p>\n<p>\n\tMouche essaie tr&egrave;s vite de s&#39;int&eacute;grer &agrave; la vie de la cit&eacute; varoise. Quand, en 1960, est organis&eacute; un concours des villes, villages et maisons fleuries, il offre une poterie comme l&#39;un des prix de ce concours. Dans tous les articles qui paraissent dans la presse locale chaque &eacute;t&eacute;, les auteurs louent son amabilit&eacute; et invitent les touristes &agrave; visiter son atelier. Ils soulignent sa dext&eacute;rit&eacute; &agrave; faire jaillir, sous les yeux des visiteurs, alors qu&#39;il discute avec eux, &quot; le li&egrave;vre rieur, l&#39;oiseau &agrave; huppette et les poissons qui sortent tout vivants du minuscule pinceau anim&eacute; par les doigts d&#39;une adresse infaillible&hellip; &quot;. Ils s&#39;&eacute;tonnent des mat&eacute;riaux traditionnels que M. Chemla emploie &#8211; le pinceau en crin de mulet, le jus de caroube avec lequel il dessine &#8211; et de l&#39;assortiment des couleurs : les feuilles sont de verts diff&eacute;rents, tunisien, turquoise ou bronze, jamais ne sont mis c&ocirc;te &agrave; c&ocirc;te deux verts diff&eacute;rents, ni un rouge &agrave; c&ocirc;t&eacute; d&#39;un bleu&hellip; Les r&eacute;sultats sont le plus souvent lumineux et enchantent la plupart des visiteurs. Certains lui passent des commandes qu&#39;il r&eacute;alise, le plus souvent, en dehors de la saison touristique. Mouche est toujours curieux de nouvelles techniques : par exemple, un ing&eacute;nieur, passant par la Chapelle, lui parle d&#39;un article qu&#39;il a lu sur les &eacute;maux &eacute;gyptiens. Mouche lui demande de lui communiquer la documentation, essaye ensuite, et produit des c&eacute;ramiques bleues &agrave; base d&#39;oxyde de cuivre, son four &eacute;lectrique lui permettant d&#39;atteindre des temp&eacute;ratures voisines de 900&deg;C.<\/p>\n<p>\n\tR&eacute;guli&egrave;rement, jusqu&#39;en 1977, des journalistes, passant par La Garde Freinet, &eacute;crivent pour engager les touristes &agrave; faire le d&eacute;tour vers le nid d&#39;aigle perdu alors dans le massif des Maures et vers la chapelle o&ugrave; op&egrave;re un &quot; homme tr&egrave;s accueillant, esprit de 20 ans&hellip; dans un corps de grand-p&egrave;re &quot;. Les visiteurs sont effectivement nombreux : simples touristes faisant connaissance avec la Provence ou clients plus connus, comme Jeanne Moreau, qui habite le village voisin, ainsi qu&#39;Anna Karina ou Ronald Searle qui prend la peine de d&eacute;corer un carreau qu&#39;il laisse en souvenir.<\/p>\n<p>\n\tLorsque Mouche quitte d&eacute;finitivement la Tunisie, ses s&eacute;jours &agrave; La Garde Freinet sont plus longs. Il s&#39;y installe d&egrave;s les vacances de P&acirc;ques et y reste jusqu&#39;&agrave; la Toussaint. Durant ses s&eacute;jours qui s&#39;allongent, il initie les jeunes de La Garde Freinet ou du village de La Mourre &agrave; la c&eacute;ramique sous le regard vigilant des instituteurs et institutrices. Son initiative est salu&eacute;e par tous les journaux locaux. De m&ecirc;me &agrave; Paris, durant l&#39;hiver, il s&#39;emploie b&eacute;n&eacute;volement &agrave; instruire les handicap&eacute;s et les d&eacute;ficients, par exemple aux Invalides o&ugrave; est ouvert un atelier tr&egrave;s bien &eacute;quip&eacute;.<\/p>\n<p>\n\tEn 1977, Mouche fait un dernier voyage &agrave; Tunis pour vendre sa poterie, ou ce qu&#39;il en reste. Alors que G. Foreau rappelle, dans Var Matin R&eacute;publique, qu&#39;&agrave; quatre-vingts ans, il a derri&egrave;re lui soixante-sept ans de travail, qu&#39;il a d&eacute;cor&eacute; du palais pr&eacute;sidentiel en Tunisie &agrave; la salle de bains d&#39;Odette Joyeux ou de Jeanne Moreau &agrave; La Mourre, et qu&#39;il a pour projet de travailler &agrave; celle d&#39;Anna Karina &quot; en septembre, quand la saison sera termin&eacute;e et qu&#39;(il) aura moins de visiteurs &quot;, Mouche revient de Tunis pour &ecirc;tre hospitalis&eacute;. Il meurt le 14 ao&ucirc;t 1977, sans jamais r&eacute;aliser la commande d&#39;Anna Karina&hellip;<\/p>\n<p>\n\tDes articles annoncent qu&#39;une page artistique se tourne &agrave; La Garde Freinet, ou que &quot; le p&egrave;re de la c&eacute;ramique tunisienne a disparu &quot; apr&egrave;s avoir re&ccedil;u &agrave; Tunis un accueil tr&egrave;s chaleureux.<\/p>\n<ol>\n<li>\n\t\tD&#39;apr&egrave;s l&#39;&eacute;mission &quot; &agrave; voix nue &quot; avec Lucette Valensi &agrave; France &#8211; Culture le 27 novembre 2009.<\/li>\n<li>\n\t\tOn pourra trouver une &eacute;tude sur les productions de Moknine, Djerba et Nabeul dans : H&eacute;l&egrave;ne BALFET, Poterie artisanale en Tunisie. Cahiers de Tunisie. 23-24 pp. 317-347, 1958.<\/li>\n<li>\n\t\tLisse P. et Louis, A. (1956). Les potiers de Nabeul, Tunis. Imprimerie Bascone &amp; Muscat. page 132 note 80.<\/li>\n<li>\n\t\tVoir : Bilas, C. et Bilanges, T. (2010). Tunis, l&#39;orient de la modernit&eacute;. Paris. Editions de l&#39;&eacute;clat.<\/li>\n<li>\n\t\tD&#39;apr&egrave;s Jacques Chemla : Parcours d&#39;une vie (non publi&eacute;).<\/li>\n<li>\n\t\tSelon l&#39;extrait du bulletin mensuel de l&#39;office du gouvernement tunisien, Janvier 1908, 2&egrave;me ann&eacute;e. Information aimablement communiqu&eacute;e par Laurent Chemla.<\/li>\n<li>\n\t\tLisse P. et Louis, A. (1956) op. cit&eacute;, note page 124.<\/li>\n<li>\n\t\tOn peut voir au mus&eacute;e du Bargello &agrave; Florence, une c&eacute;ramique &agrave; d&eacute;cor turco-persan du 19&egrave;me si&egrave;cle, tr&egrave;s semblable &agrave; ce que produisait les Chemla.<\/li>\n<li>\n\t\tD&#39;apr&egrave;s Jacques Chemla : Parcours d&#39;une vie (non publi&eacute;).<\/li>\n<li>\n\t\tCertains de ces b&acirc;timents, ayant &eacute;t&eacute; totalement r&eacute;nov&eacute;s, ne conservent plus les panneaux r&eacute;alis&eacute;s par la famille Chemla.<\/li>\n<li>\n\t\tL&agrave; encore, certains b&acirc;timents comme par exemple, l&#39;ancienne ambassade d&#39;Angleterre &agrave; la place des Victoires (ancienne porte de France), ne conservent plus les panneaux r&eacute;alis&eacute;s par la famille Chemla.<\/li>\n<li>\n\t\tJournal officiel tunisien du 8 mai 1956.<\/li>\n<li>\n\t\tP&eacute;rez, J. (dir) (2004) Dar Al Kamila, R&eacute;sidence de France &agrave; La Marsa, Photographies de Jacques P&eacute;rez, Textes de Le&iuml;la Ladjimi Seba&iuml;, dessins d&#39;architecture Mathieu Julien. Tunis : Dunes &eacute;ditions.<\/li>\n<\/ol>\n<p>\n\t14 La r&eacute;sidence de Monsieur le Pr&eacute;sident de la R&eacute;publique Tunisienne Habib Bourguiba, &agrave; Carthage. Brochure illustr&eacute;e. 1964.&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; La c&eacute;ramique : une histoire de famille Compl&eacute;ments &agrave; l&rsquo;histoire racont&eacute;e &nbsp;par Andr&eacute; Chemla par Monique Goffard, Lucette Valensi et Jacques Chemla La c&eacute;ramique, chez les Chemla, est une histoire de famille, mais c&#39;est aussi, en pointill&eacute;, une partie de l&#39;Histoire de la Tunisie. 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