{"id":2776,"date":"2011-10-04T17:35:37","date_gmt":"2011-10-04T17:35:37","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=2776"},"modified":"2011-10-04T17:35:37","modified_gmt":"2011-10-04T17:35:37","slug":"la-nouvelle-question-sioniste-par-yves-charles-zarka","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/la-nouvelle-question-sioniste-par-yves-charles-zarka\/","title":{"rendered":"La nouvelle question sioniste, par Yves Charles Zarka"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<table border=\"0\" cellpadding=\"0\" cellspacing=\"0\" width=\"100%\">\n<tbody>\n<tr valign=\"top\">\n<td class=\"titreart\" width=\"100%\">\n\t\t\t\t<b>La nouvelle question sioniste, par Yves Charles Zarka<\/b><\/td>\n<\/tr>\n<tr>\n<td class=\"rubmilieux\" nowrap=\"nowrap\">\n\t\t\t\t<a class=\"rubmilieux\" href=\"http:\/\/dafina.net\/gazette\/node\/add\/article?page=articles_display\/detail_th_type&amp;thid=5\"><br \/>\n\t\t\t\t<\/a><\/td>\n<\/tr>\n<tr valign=\"top\">\n<td class=\"contenuart\" width=\"100%\">\n<p align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<table border=\"0\" cellpadding=\"0\" cellspacing=\"0\" width=\"100%\">\n<tbody>\n<tr>\n<td class=\"contenuart\" colspan=\"2\" height=\"73\" valign=\"top\" width=\"100%\">\n<p align=\"justify\">\n\t\t\t\t\tNous publions ci-dessous avec l&#39;aimable autorisation de son auteur, l&#39;&eacute;ditorial d&#39;Yves Charles Zarka, Professeur &agrave; la Sorbonne, universit&eacute; Ren&eacute;-Descartes, chaire de philosophie politique, &quot;La nouvelle question sioniste&quot;, pour les num&eacute;ros 47 et 48 (2011, PUF, 372 pages) de la revue Cit&eacute;s (philosophie, politique, histoire).<\/p>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\tVu de l&rsquo;ext&eacute;rieur, il est difficile de percevoir l&rsquo;importance, m&ecirc;me lorsqu&rsquo;on est inform&eacute;, des transformations qui ont affect&eacute; la soci&eacute;t&eacute; isra&eacute;lienne ces derni&egrave;res d&eacute;cennies. Isra&euml;l aujourd&rsquo;hui ne ressemble plus, ou si peu, &agrave; Isra&euml;l d&rsquo;il y a un peu plus de 60 ans, celui de la cr&eacute;ation de l&rsquo;Etat. On pourrait certes objecter qu&rsquo;aucun pays au monde ne s&rsquo;est maintenu &agrave; l&rsquo;identique depuis la fin de la deuxi&egrave;me guerre mondiale. Des probl&egrave;mes souvent radicalement nouveaux se sont &eacute;veill&eacute;s partout touchant les populations, les structures des soci&eacute;t&eacute;s, la disparition de certains r&eacute;gimes politiques et l&rsquo;apparition de nouveaux, la recomposition des rapports internationaux, le tout emport&eacute; par les mutations du capitalisme et la mondialisation. On pourrait compl&eacute;ter cette objection en soulignant que les r&eacute;volutions arabes de la fin 2010 et de 2011, qui renversent des r&eacute;gimes autoritaires que rien ne semblait pouvoir &eacute;branler, atteste que, m&ecirc;me au Proche Orient, rien n&rsquo;est rest&eacute; identique &agrave; soi et que des transformations tr&egrave;s profondes ont eu lieu ou sont en cours. Il semblerait m&ecirc;me que, pour certains analystes, Isra&euml;l, &agrave; l&rsquo;inverse, serait le seul Etat &agrave; rester globalement le m&ecirc;me quels que soient ses changements de gouvernement. Une m&ecirc;me logique politique se serait maintenue selon les m&ecirc;mes analystes : spoliation des palestiniens et poursuite de l&rsquo;occupation de leur territoire. D&rsquo;ailleurs, l&rsquo;incapacit&eacute; du gouvernement actuel &agrave; modifier sa politique &eacute;trang&egrave;re en fonction de ce qui se passe dans les pays arabes en serait le sympt&ocirc;me incontestable. Or cette impression d&rsquo;une permanence d&rsquo;Isra&euml;l est une illusion qui tient soit &agrave; un d&eacute;faut d&rsquo;exp&eacute;rience directe, soit &agrave; un aveuglement id&eacute;ologique.<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\tIl serait, en effet, possible de montrer les mutations successives du pays sur tous les registres : la structure de la population (vagues successives d&rsquo;immigration, qui font d&rsquo;Isra&euml;l le pays sans doute le plus vari&eacute; au monde sur le plan ethnique), le d&eacute;veloppement des infrastructures (constructions urbaines, syst&egrave;me autoroutier, technique de purification de l&rsquo;eau, m&eacute;thodes d&rsquo;exploitation agricole, etc.) et de l&rsquo;&eacute;conomie (d&eacute;veloppement consid&eacute;rable des nouvelles technologies de l&rsquo;information et de la communication), l&rsquo;organisation politique (quasi-disparition de la gauche travailliste qui &eacute;tait &agrave; l&rsquo;origine de la fondation de l&rsquo;Etat, caract&egrave;re destructeur et paradoxalement antid&eacute;mocratique d&rsquo;un syst&egrave;me &eacute;lectoral &agrave; la proportionnelle int&eacute;grale qui donne un poids consid&eacute;rable aux petits partis, en particulier religieux, souvent contre la majorit&eacute;), mais aussi la culture (multiculturalisme qui ne consiste pas simplement en une juxtaposition de cultures diff&eacute;rentes, mais aussi en une multiplicit&eacute; divergentes de conceptions du pays), la religion (r&ocirc;le politique des extr&eacute;mistes religieux), la langue m&ecirc;me (Isra&euml;l n&rsquo;est pas seulement un pays bilingue h&eacute;breu\/arabe, mais trilingue h&eacute;breu\/arabe\/russe). C&rsquo;est cependant sur la question du sionisme que la dissemblance d&rsquo;Isra&euml;l d&rsquo;aujourd&rsquo;hui d&rsquo;avec celui d&rsquo;hier est la plus sensible. Tous les id&eacute;aux du sionisme des origines, celui qui a rendu possible la cr&eacute;ation de l&rsquo;Etat, soit se sont dissous purement et simplement, soit sont devenus l&rsquo;objet de doutes obs&eacute;dants qui vont jusqu&rsquo;&agrave; la remise en cause, en Isra&euml;l m&ecirc;me, des fondements de l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;un Etat juif.<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\tOn sait quels &eacute;taient les principes directeurs du protosionisme: 1\/ Arracher le peuple juif &agrave; une histoire d&rsquo;humiliation, de pers&eacute;cution et d&rsquo;oppression qui est all&eacute;e jusqu&rsquo;&agrave; l&rsquo;extermination, par la cr&eacute;ation d&rsquo;un Etat ouvert &agrave; tous les juifs et pas seulement &agrave; ses citoyens &agrave; un moment donn&eacute;. 2\/ Permettre par l&agrave; m&ecirc;me au peuple juif, transform&eacute; en nation, de retrouver la ma&icirc;trise de son destin et la libert&eacute; de d&eacute;velopper sa civilisation. La r&eacute;g&eacute;n&eacute;ration du peuple devait passer par la r&eacute;appropriation des activit&eacute;s qui &eacute;taient interdites aux juifs de l&rsquo;exil : l&rsquo;agriculture, l&rsquo;arm&eacute;e, etc. 3\/ Construire une soci&eacute;t&eacute; d&eacute;mocratique reposant sur le travail et la justice, c&rsquo;est-&agrave;-dire en rupture avec les soci&eacute;t&eacute;s capitalistes fond&eacute;es sur l&rsquo;argent et l&rsquo;exploitation. 4\/ Pour r&eacute;aliser ces trois orientations, construire un Etat-nation particulier : un Etat juif ayant des missions particuli&egrave;res touchant son lien au peuple juif.<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\tOr, ces principes fondateurs du sionisme ont &eacute;t&eacute; remis en cause soit par la transformation de la soci&eacute;t&eacute;, soit par l&rsquo;id&eacute;ologie produite par une intelligentsia qui s&rsquo;est &eacute;vertu&eacute;e &agrave; remettre en cause les fondements m&ecirc;me de ce qui lui appara&icirc;t comme une bizarrerie anachronique : l&rsquo;id&eacute;e d&rsquo;un Etat juif. Ont &eacute;t&eacute; ainsi remis en cause : l&rsquo;histoire du peuple juif (ce peuple serait, para&icirc;t-il, une invention du XIX&egrave;me si&egrave;cle !), l&rsquo;histoire du sionisme et de l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra&euml;l (la nouvelle histoire d&rsquo;Isra&euml;l entend remettre en cause les mythes fondateurs du sionisme, lesquels cachent une r&eacute;alit&eacute; sordide : celle de la spoliation des palestiniens et la destruction de leur culture), le r&ocirc;le de l&rsquo;arm&eacute;e (dont les exactions suppos&eacute;es sont consid&eacute;r&eacute;es comme comparables, voire pires, que celles des nazis), les h&eacute;ros du sionisme jusqu&rsquo;au plus embl&eacute;matique, Ben Gourion, consid&eacute;r&eacute; comme un dictateur intraitable, le d&eacute;tournement id&eacute;ologique de la Shoah en vue de l&eacute;gitimer par la culpabilisation des actions condamn&eacute;es par le droit international, la construction d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;&eacute;puration ethnique et d&rsquo;apartheid qui s&rsquo;est exerc&eacute;e non seulement contre les arabes, mais &eacute;galement contre certaines cat&eacute;gories de Juifs, en particulier les s&eacute;pharades. La liste n&rsquo;est pas finie, elle pourrait &ecirc;tre tr&egrave;s longue. Ces critiques ne sont pas rest&eacute;es sur le plan intellectuel ou acad&eacute;mique, elles ont &eacute;t&eacute; &agrave; l&rsquo;origine de changements institutionnels importants touchant l&rsquo;&eacute;ducation et la l&eacute;gislation. Elles ont &eacute;galement donn&eacute; lieu &agrave; des propositions en vue de modifier les symboles de l&rsquo;Etat juif : l&rsquo;hymne national, le drapeau et les principes fondateurs comme le droit au retour. On voit donc l&rsquo;ampleur de la crise morale qui affecte la soci&eacute;t&eacute; isra&eacute;lienne.<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\tCe courant r&eacute;visionniste du sionisme ainsi que de l&rsquo;histoire et de la politique isra&eacute;liennes s&rsquo;est appel&eacute; postsionisme. Le postsionisme, c&rsquo;est donc la volont&eacute; de supprimer les oripeaux archa&iuml;ques de l&rsquo;Etat et de la soci&eacute;t&eacute; isra&eacute;lienne, c&rsquo;est-&agrave;-dire la sp&eacute;cificit&eacute; juive, pour ne garder que les caract&eacute;ristiques qui d&eacute;finissent un Etat d&eacute;mocratique. En effet, selon les postsionistes, il est impossible de concilier les notions d&rsquo;Etat juif et d&rsquo;Etat d&eacute;mocratique. On peut &ecirc;tre soit l&rsquo;un soit l&rsquo;autre, mais pas les deux. Comment l&rsquo;universalisme d&eacute;mocratique pourrait-il &ecirc;tre compatible avec un particularisme qu&rsquo;il soit ethnique ou religieux ? Comment un Etat qui est &agrave; la fois plus et moins que celui de ses citoyens pourrait-il &ecirc;tre d&eacute;mocratique ? A travers ces questions, on per&ccedil;oit que l&rsquo;inqui&eacute;tude morale se substitue &agrave; la confiance dans la l&eacute;gitimit&eacute; de leur cause qui animait les pionniers du sionisme et de l&rsquo;Etat. Le postsionisme est donc un antisionisme : le d&eacute;passement du sionisme est en v&eacute;rit&eacute; une destruction de celui-ci. Il faudrait faire d&rsquo;Isra&euml;l un Etat sans sp&eacute;cificit&eacute; juive. Mais que serait cet Etat ? Pourquoi le nommer Isra&euml;l ? Si on d&eacute;truit la chose, il faut aller jusqu&rsquo;au bout et supprimer le nom. Perspective proprement effrayante quand on pense qu&rsquo;elle repose sur la croyance qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus de risque pour les Juifs d&rsquo;&ecirc;tre &agrave; nouveau pers&eacute;cut&eacute; dans le monde contemporain d&eacute;mocratique. Y a-t-il plus grande na&iuml;vet&eacute; ou plus grande mauvaise foi que cette croyance ? Qui ne voit que l&rsquo;existence d&rsquo;Isra&euml;l a compl&egrave;tement modifi&eacute; le sort des Juifs partout o&ugrave; ils se trouvent ? Qui ne voit que l&rsquo;antis&eacute;mitisme peut rena&icirc;tre &agrave; tout moment, y compris dans les Etats d&eacute;mocratiques ?<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\tMais ce n&rsquo;est pas sur ces points que je voudrais insister ici, mais sur deux autres qui rel&egrave;vent de la th&eacute;orie politique. 1\/ La critique de l&rsquo;id&eacute;e de nation ; 2\/ La croyance qu&rsquo;une d&eacute;mocratie peut &ecirc;tre d&eacute;finie en termes uniquement universalistes.<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\tSur la critique de l&rsquo;id&eacute;e de nation : celle-ci repose sur le lien suppos&eacute; entre la nation et le nationalisme. La premi&egrave;re serait par nature port&eacute;e au second et donc au conflit, &agrave; la guerre, &agrave; l&rsquo;hostilit&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;gard de l&rsquo;&eacute;tranger. Mais la nation est tout &agrave; fait autre chose que le nationalisme : si elle y tombe, c&rsquo;est par accident non par essence. Car la nation, c&rsquo;est aussi une unit&eacute; historique et une unit&eacute; de projet collectif, une organisation juridique, politique et sociale qui s&rsquo;est form&eacute;e pendant plusieurs d&eacute;cennies, voire plusieurs si&egrave;cles. Elle est, en outre, li&eacute;e &agrave; une langue, &agrave; une culture, &agrave; des modes de vie. Elle est n&eacute;e d&rsquo;une opposition aux soci&eacute;t&eacute;s aristocratiques o&ugrave; les individus &eacute;taient distingu&eacute;s selon leur rang et ne pouvaient en changer. Elle a permis de penser l&rsquo;unit&eacute; d&rsquo;un territoire, d&rsquo;une population, si diverse qu&rsquo;elle soit dans ses origines, d&rsquo;un droit et d&rsquo;un gouvernement commun. Quel concept pourrait-on substituer &agrave; celui de nation ? Celui de communaut&eacute; ? Mais justement la nation n&rsquo;est pas n&rsquo;importe quelle communaut&eacute;, c&rsquo;est une communaut&eacute; politique avec des traits particuliers touchant le lieu, la ou les populations, la culture, le droit, etc. Celui d&rsquo;individus ou d&rsquo;hommes ? mais qui ne voit qu&rsquo;un univers compos&eacute; d&rsquo;individus ne serait qu&rsquo;un d&eacute;sert sans diff&eacute;rences, sans distinction, sans diversit&eacute;, sans tradition et sans culture historiques. En outre, que constate-t-on &agrave; travers le monde ? Voit-on les peuples demander l&rsquo;abolition des nations ? Absurde ! Nous voyons exactement le contraire, y compris en Europe. Si l&rsquo;Europe politique a tant de mal &agrave; se faire, c&rsquo;est parce qu&rsquo;on l&rsquo;a pens&eacute;e comme une entit&eacute; supranationale, mais aussi comme une entit&eacute; postnationale. Pour que l&rsquo;Europe politique puisse se faire, il convient de montrer aux citoyens de chaque Etat que la sp&eacute;cificit&eacute; nationale sera le fondement et non l&rsquo;obstacle &agrave; la construction de l&rsquo;&eacute;difice. Que s&rsquo;est-il pass&eacute; apr&egrave;s la chute de l&rsquo;empire sovi&eacute;tique, sinon un retour des nations et pour le coup des nationalismes ? Mais il n&rsquo;est pas besoin d&rsquo;aller chercher des exemples si loin de notre objet de r&eacute;flexion. Car que demande les Palestiniens sinon de disposer d&rsquo;un Etat national qui leur permette de d&eacute;velopper leur territoire, leur culture et leur vie d&rsquo;une mani&egrave;re libre et ind&eacute;pendante ? Ce en quoi ils ont parfaitement raison, pour autant que cet Etat coexiste avec celui d&rsquo;Isra&euml;l.<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\tSur la d&eacute;finition purement universaliste de la d&eacute;mocratie, il va de soi que cette dimension est essentielle. La d&eacute;mocratie ne saurait exister sans reconnaissance universelle des droits des individus, de la citoyennet&eacute;, de l&rsquo;&eacute;galit&eacute; devant la loi et de la constitution qui prot&egrave;ge les droits individuels et collectifs. Mais il serait illusoire de penser que la d&eacute;mocratie peut se d&eacute;finir uniquement en ces termes. Les plus grands penseurs modernes de la d&eacute;mocratie l&rsquo;ont vu et maintes fois soulign&eacute;. Aussi bien pour Rousseau que pour Tocqueville, et quelles que soient leurs diff&eacute;rences qui sont consid&eacute;rables, la d&eacute;mocratie ne peut se d&eacute;finir en termes simplement universels, il faut consid&eacute;rer l&rsquo;histoire, la population, le lieu, la structure sociale, les m&oelig;urs, les traditions. Il suffirait de suivre l&rsquo;analyse rousseauiste de la notion de peuple pour constater comment le peuple abstrait, sujet de la volont&eacute; g&eacute;n&eacute;rale, ne d&eacute;finit qu&rsquo;un niveau de consid&eacute;ration, qui doit &ecirc;tre compl&eacute;t&eacute; par un second, le peuple r&eacute;el avec ses qualit&eacute;s et ses d&eacute;fauts, son go&ucirc;t de la libert&eacute; ou son degr&eacute; de corruption. Il faudrait reprendre la lecture du Contrat social pour voir comment la perspective abstraite et universaliste doit renvoyer &agrave; la r&eacute;alit&eacute; historique d&rsquo;un peuple donn&eacute;.<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\tC&rsquo;est pourquoi, je conseillerai aux postsionistes de relire sinon la totalit&eacute; de l&rsquo;&oelig;uvre de Rousseau du moins quelques textes de celui-ci. Ils verraient en outre l&rsquo;immense sympathie que l&rsquo;auteur du Discours sur l&rsquo;origine et les fondements de l&rsquo;in&eacute;galit&eacute; avait pour les Juifs &agrave; une &eacute;poque o&ugrave; cela n&rsquo;&eacute;tait absolument pas fr&eacute;quent. Rousseau pensait 1\/ que le peuple juif existe malgr&eacute; sa dispersion, contrairement aux opinions de certains postsionistes isra&eacute;liens r&eacute;cents ; 2\/ il pensait aussi que l&rsquo;existence d&rsquo;un Etat juif &eacute;tait n&eacute;cessaire, &agrave; la confusion des m&ecirc;mes postsionsites ou d&rsquo;autres.<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\tSur le peuple juif : &laquo; Mais un spectacle &eacute;tonnant et vraiment unique est de voir un peuple expatri&eacute; n&rsquo;ayant plus ni lieu ni terre depuis pr&egrave;s de deux mille ans, un peuple alt&eacute;r&eacute;, charg&eacute;, m&ecirc;l&eacute; d&rsquo;&eacute;trangers depuis plus de temps encore, n&rsquo;ayant plus peut-&ecirc;tre un seul rejeton des premi&egrave;res races, un peuple &eacute;pars, dispers&eacute; sur la terre, asservi, pers&eacute;cut&eacute;, m&eacute;pris&eacute; de toutes les nations, conserver pourtant ses coutumes, ses lois, ses m&oelig;urs, son amour patriotique et sa premi&egrave;re union sociale quand tous les liens en paraissent rompus. Les Juifs nous donnent cet &eacute;tonnant spectacle, les lois de Solon, de Numa, de Lycurgue sont mortes, celles de Mo&iuml;se bien plus antiques vivent toujours. Ath&egrave;nes, Sparte, Rome ont p&eacute;ri et n&rsquo;ont plus laiss&eacute; d&rsquo;enfants sur la terre. Sion d&eacute;truite n&rsquo;a pas perdu les siens, ils se conservent, ils se multiplient, s&rsquo;&eacute;tendent par tout le monde et se reconnaissent toujours, ils se m&ecirc;lent chez tous les peuples et ne s&rsquo;y confondent jamais ; ils n&rsquo;ont plus de chefs et sont toujours peuple, ils n&rsquo;ont plus de patrie et sont toujours citoyens &raquo;.<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\tSur la n&eacute;cessit&eacute; d&rsquo;un Etat pour les Juifs : &laquo; Je ne croirai jamais avoir bien entendu les raisons des Juifs qu&rsquo;ils n&rsquo;aient un &Eacute;tat libre, des &eacute;coles, des universit&eacute;s o&ugrave; ils puissent parler et discuter sans risque. Alors seulement nous pourrons savoir ce qu&rsquo;ils ont &agrave; dire &raquo;.<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\tVoil&agrave; ce qu&rsquo;&eacute;crivait l&rsquo;inventeur de la d&eacute;mocratie moderne. Je laisse chacun m&eacute;diter ces propos!<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t<b>Notes :<\/b><\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t1. Cf. L&rsquo;ouvrage particuli&egrave;rement instructif de Yoram Hazony, L&rsquo;Etat juif : sionisme, postsionisme et destins d&rsquo;Isra&euml;l, Paris, &eacute;ditions de l&rsquo;Eclat, Paris, 2007.<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t2. Jean-Jacques Rousseau, Fragments politiques, &laquo; Des Juifs &raquo;, &OElig;uvres compl&egrave;tes, Paris, Gallimard, Pl&eacute;iade, vol III, p. 499.<\/div>\n<div align=\"justify\">\n\t\t\t\t\t3. Jean-Jacques Rousseau, Emile, Livre IV, &OElig;uvres compl&egrave;tes, Paris, Gallimard, Pl&eacute;iade, vol IV, p. 621.<\/div>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; La nouvelle question sioniste, par Yves Charles Zarka &nbsp; Nous publions ci-dessous avec l&#39;aimable autorisation de son auteur, l&#39;&eacute;ditorial d&#39;Yves Charles Zarka, Professeur &agrave; la Sorbonne, universit&eacute; Ren&eacute;-Descartes, chaire de philosophie politique, &quot;La nouvelle question sioniste&quot;, pour les num&eacute;ros 47 et 48 (2011, PUF, 372 pages) de la revue Cit&eacute;s (philosophie, politique, histoire). &nbsp;&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":16271,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[197,19,14,1],"tags":[],"class_list":["post-2776","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-ben-gourion","category-europe","category-paris","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2776","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2776"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2776\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16271"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2776"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2776"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2776"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}