{"id":2798,"date":"2015-09-17T23:10:44","date_gmt":"2015-09-17T23:10:44","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=2798"},"modified":"2015-09-18T00:19:10","modified_gmt":"2015-09-18T00:19:10","slug":"kol-nidre-le-cantique-son-histoire-et-ses-legendes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/kol-nidre-le-cantique-son-histoire-et-ses-legendes\/","title":{"rendered":"Kol Nidr\u00e9 : le cantique, son histoire et ses l\u00e9gendes"},"content":{"rendered":"<p>\n\t<span class=\"headline\">Kol Nidr&eacute; : le cantique, son histoire et ses l&eacute;gendes<\/span><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\t<span class=\"text\">La t&eacute;fila de Kol Nidr&eacute; est sans le moindre doute l&#39;un des moments les plus &eacute;mouvants de la journ&eacute;e de Yom Kippour gr&acirc;ce &agrave; sa m&eacute;lodie tr&egrave;s poignante, plus populaire encore que la pri&egrave;re elle-m&ecirc;me. Parmi les Juifs qui ne fr&eacute;quentent pas r&eacute;guli&egrave;rement la synagogue, nombreux sont ceux qui mettent un point d&#39;honneur &agrave; assister &agrave; cette introduction au rituel du jour le plus saint de l&#39;ann&eacute;e. Et pourtant, ce texte est somme toute tr&egrave;s &laquo; sec &raquo;, puisqu&#39;il s&#39;agit d&#39;une formule juridique d&#39;annulation des v&oelig;ux prononc&eacute;s par toute la communaut&eacute;, &agrave; l&#39;instar de la fameuse &laquo; hatarat n&eacute;darim &raquo; r&eacute;cit&eacute;e la veille de Roch Hachana. Comment ces quelques phrases, en partie en aram&eacute;en, sont-elles donc devenues une v&eacute;ritable pi&egrave;ce ma&icirc;tresse de la liturgie juive ? La l&eacute;gende raconte que des compositeurs de renomm&eacute;e mondiale, comme Beethoven lui-m&ecirc;me, se rendaient une fois par an &agrave; la synagogue pour assister &agrave; ce moment liturgique.<br \/>\n\tOn ne sait rien de l&#39;auteur de ce texte et son identit&eacute; est sujette &agrave; sp&eacute;culation. M&ecirc;me la date de la r&eacute;daction de ce cantique n&#39;est pas certaine. Le premier texte recens&eacute; du Kol Nidr&eacute; est &eacute;crit par rav Amram Gaon, dans son Ma&#39;hzor, dans lequel il ne cite cette pri&egrave;re que pour affirmer qu&#39;il s&#39;agit d&#39;une &laquo; coutume sotte &raquo; (Minhag Chtoute), suivant ainsi l&#39;opinion de Rav Natrona&iuml; Gaon, de Rav &lsquo;Ha&iuml; bar Na&rsquo;hchon de Soura et d&#39;autres Gu&eacute;onim qui craignaient que le public ne voie dans ce texte une autorisation &agrave; formuler des v&oelig;ux sans v&eacute;ritablement avoir l&#39;intention de les r&eacute;aliser. Rav Yehouda&iuml; Gaon, contemporain de cette &eacute;poque, va m&ecirc;me jusqu&rsquo;&agrave; interdire l&rsquo;&eacute;tude du trait&eacute; de Nedarim tandis que rav Saadia Gaon, se prononce en faveur du Kol Nidr&eacute; tout en limitant son usage aux v&oelig;ux extorqu&eacute;s &agrave; la congr&eacute;gation en temps de pers&eacute;cution.<br \/>\n\tMais ces interdictions ou restrictions auront peu d&#39;effet, la coutume de r&eacute;citer le Kol Nidr&eacute; s&#39;&eacute;tant d&eacute;j&agrave; propag&eacute;e un peu partout dans les communaut&eacute;s juives, qu&#39;elles soient s&eacute;farades ou ashk&eacute;nazes.<br \/>\n\tSelon le rav Y&eacute;houda Ayache, dans son livre Beth Y&eacute;houda, Alger fut d&#39;ailleurs la seule communaut&eacute; &agrave; avoir conserv&eacute; pendant tr&egrave;s longtemps le minhag de ne pas prononcer le Kol Nidr&eacute;.<br \/>\n\tLe premier Kol Nidr&eacute; faisait donc partie du Sidour de rav Amram Gaon. R&eacute;dig&eacute; en h&eacute;breu, il constitue vraisemblablement le texte d&#39;origine, lu par les Juifs en Babylonie. Ce texte n&#39;incluait que les v&oelig;ux prononc&eacute;s durant l&#39;ann&eacute;e pass&eacute;e. Pour emp&ecirc;cher que les fid&egrave;les ne consid&egrave;rent avec l&eacute;g&egrave;ret&eacute; cette interdiction de s&#39;engager par le biais d&#39;un N&eacute;der, Rabb&eacute;nou Tam, au cours du 12e si&egrave;cle, d&eacute;cide de changer le rite et d&#39;annuler uniquement les v&oelig;ux qui seront prononc&eacute;s durant l&#39;ann&eacute;e &agrave; venir. Les communaut&eacute;s ashk&eacute;nazes adoptent cette version tandis que les s&eacute;farades la repoussent. Toutefois, de nos jours, quasiment tous utilisent la version allant du Yom Kippour pass&eacute; &agrave; celui &agrave; venir, en passant par le Yom Kippour pr&eacute;sent.<br \/>\n\tLe Ma&#39;hzor Vitry des Juifs de France du Nord et de Rh&eacute;nanie ne se contente pas de citer le texte du Kol Nidr&eacute;, puisqu&#39;il enjoint &eacute;galement le &#39;hazan (chantre) &agrave; r&eacute;citer cette pri&egrave;re sur un ton crescendo : &laquo; La premi&egrave;re fois, il doit l&#39;entonner tr&egrave;s doucement, comme une personne qui h&eacute;site &agrave; entrer dans le palais du roi afin d&#39;obtenir un pr&eacute;sent de Lui, qu&#39;il craint d&#39;approcher ; la deuxi&egrave;me fois, il peut parler un peu plus fort et la troisi&egrave;me fois, encore plus fort, comme une personne qui a ses habitudes &agrave; la cour et approche son souverain comme un ami &raquo;.<\/p>\n<p>\tQuant &agrave; la phrase d&#39;introduction, permettant de &laquo; prier avec les transgresseurs &raquo;, c&#39;est le Maharam de Rottenbourg (13e si&egrave;cle) qui en a impos&eacute; l&#39;usage.<\/p>\n<p>\tPlus encore que la pri&egrave;re elle-m&ecirc;me, c&#39;est la m&eacute;lodie chant&eacute;e par les ashk&eacute;nazes qui a fait du Kol Nidr&eacute; le summum de la &#39;hazanout de Yom Kippour.<br \/>\n\tLe Kol Nidr&eacute; s&#39;ouvre par un pneuma, le chantre &eacute;non&ccedil;ant les mots d&#39;ouverture avec un long ton soupirant descendant dans les graves avant de remonter, &agrave; la mani&egrave;re de sanglots. Ce sch&eacute;ma se r&eacute;p&egrave;te quatre ou cinq fois durant la pri&egrave;re.<br \/>\n\tSelon les musicologues, cette m&eacute;lodie ferait partie d&#39;une compilation de chants liturgiques r&eacute;unis sous le nom de &laquo; Nigoun&eacute; MiSina&iuml; &raquo;, issue des communaut&eacute;s d&#39;Allemagne du Sud et compos&eacute;e entre les 11e et 15e si&egrave;cles.<br \/>\n\tMais une l&eacute;gende persistante affirme que cette m&eacute;lodie si &eacute;mouvante a &eacute;t&eacute; &eacute;crite lors d&#39;une p&eacute;riode tr&egrave;s noire de l&#39;histoire de notre peuple, celle de l&#39;Inquisition.<br \/>\n\tEn 1492, les Juifs d&#39;Espagne sont somm&eacute;s par la reine Isabelle la Catholique de choisir entre la conversion par la force au christianisme, la mort ou l&#39;exil. Nombreux sont ceux qui se convertissent alors officiellement, mais qui, dans le plus grand secret, continuent &agrave; respecter du mieux qu&#39;ils peuvent certaines mitsvot, et particuli&egrave;rement Pourim, Pessa&rsquo;h et Yom Kippour.<br \/>\n\tLa reine Isabelle emploie l&#39;un de ces Marranes : il s&#39;agit de Da Silva, son tr&eacute;sorier en qui elle a enti&egrave;re confiance et qu&#39;elle ne soup&ccedil;onne bien entendu pas d&#39;avoir conserv&eacute; sa foi juive et continu&eacute; de respecter les mitsvot.<br \/>\n\tDeux fois l&#39;an, le soir du S&eacute;der et le soir de Kippour, bravant leurs peurs, les Marranes prennent l&#39;habitude de se r&eacute;unir dans des caves pour y prier. Deux fois l&#39;an, ils retirent les lourdes croix en or qu&#39;ils sont contraints de porter. Deux fois l&#39;an, ils peuvent enfin agir en tant que Juifs.<br \/>\n\tMais comment entamer les pri&egrave;res de Kippour, le jour du Grand pardon, alors que l&#39;on s&#39;est durant toute l&#39;ann&eacute;e agenouill&eacute; devant des crucifix, que l&#39;on a fait le signe de la croix, que l&#39;on a pri&eacute; dans des &eacute;glises et que l&#39;on a mang&eacute; des nourritures interdites ? Comment se purifier et renouer la cha&icirc;ne de la filiation juive ?<br \/>\n\tC&#39;est l&agrave; qu&#39;intervient le Kol Nidr&eacute;.<br \/>\n\tSon introduction d&#39;abord : &laquo; Au nom du conseil d&#39;en Haut et au nom du conseil d&#39;en bas, avec le consentement d&#39;Hachem et avec le consentement de cette sainte congr&eacute;gation, nous d&eacute;clarons qu&#39;il est permis de prier avec les transgresseurs &raquo;. Les transgresseurs, ce sont eux-m&ecirc;mes, les Marranes, qui s&#39;empressent de prier le Kol Nidr&eacute; &agrave; proprement dit et d&#39;annuler tous les v&oelig;ux, et tous les mensonges et tous les engagements qu&#39;ils ont &eacute;t&eacute; contraints de prendre cette ann&eacute;e alors que l&rsquo;&oelig;il de l&#39;Inquisiteur surveillait leurs moindres gestes.<br \/>\n\tDurant cette pri&egrave;re, les Marranes &eacute;panchent toute la douleur enferm&eacute;e au plus profond de leurs c&oelig;urs. C&#39;est ainsi qu&#39;ils entament la journ&eacute;e de Yom Kippour, le c&oelig;ur bris&eacute;.<br \/>\n\tCette tradition se poursuit et en 1497, comme chaque ann&eacute;e, les Marranes, et Da Silva avec eux, se r&eacute;unissent dans une cave pour prier l&#39;office de Kippour. Mais au moment o&ugrave; ils entament la Amida, les soldats de l&#39;Inquisition, habill&eacute;s de blanc, font irruption et arr&ecirc;tent tous les fid&egrave;les. Ils sont imm&eacute;diatement enferm&eacute;s dans les cachots les plus sombres et les plus r&eacute;pugnants d&#39;Espagne.<br \/>\n\tLorsqu&#39;Isabelle la Catholique entend que son fid&egrave;le tr&eacute;sorier a &eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute;, elle se tourne vers l&#39;&eacute;v&ecirc;que et use de tout son pouvoir pour sauver Da Silva des flammes de l&#39;autodaf&eacute;.<br \/>\n\tL&#39;&eacute;v&ecirc;que &eacute;crit alors une lettre &agrave; Torquemada, le grand Inquisiteur. Cette missive arrive juste au moment o&ugrave; les Marranes sont conduits au b&ucirc;cher. Le bourreau annonce alors &agrave; Da Silva que selon la volont&eacute; de la reine, il est graci&eacute;, &agrave; condition bien entendu qu&#39;il jure sur la croix qu&#39;il sera d&eacute;sormais un fid&egrave;le chr&eacute;tien, adepte de la foi de celle qui l&#39;a sauv&eacute;.<br \/>\n\tMais &agrave; la surprise de tous, Da Silva refuse. Il veut mourir en tant que Juif. Plus encore, il court vers le b&ucirc;cher et s&#39;immole lui-m&ecirc;me par le feu par crainte de c&eacute;der &agrave; la derni&egrave;re minute.<br \/>\n\tUn homme est pr&eacute;sent, parmi la nombreuse foule venue assister &agrave; l&#39;ex&eacute;cution. Il est Marrane &eacute;galement. Compositeur, il assiste &agrave; la sc&egrave;ne et les premi&egrave;res notes du Kol Nidr&eacute; se jouent d&eacute;j&agrave; dans sa t&ecirc;te, ce m&ecirc;me Kol Nidr&eacute; que Da Silva a r&eacute;cit&eacute; quelques jours auparavant.<br \/>\n\tC&#39;est cet air qui, jusqu&#39;&agrave; aujourd&#39;hui, ouvre les T&eacute;filot de Yom Kippour. Kol Nidr&eacute;, le cantique des Marranes, ces &laquo; transgresseurs &raquo; auxquels non seulement D.ieu a permis de prier, mais dont les pri&egrave;res prononc&eacute;es dans la crainte et la peur sont mont&eacute;es directement jusqu&#39;au tr&ocirc;ne divin.<\/p>\n<p>\n\tLa traduction du Kol Nidr&eacute;<\/p>\n<p>\tLa pri&egrave;re de Kol Nidr&eacute; est r&eacute;cit&eacute;e en aram&eacute;en. Voici une traduction de ce texte en fran&ccedil;ais (rite ashk&eacute;naze) :<\/p>\n<p>\tAu nom du conseil d&#39;en Haut<br \/>\n\tet au nom du conseil d&#39;en bas,<br \/>\n\tavec le consentement<br \/>\n\tde l&#39;Omnipr&eacute;sent &mdash; lou&eacute; soit-Il &mdash;<br \/>\n\tet avec le consentement<br \/>\n\tde cette sainte congr&eacute;gation,<br \/>\n\tnous d&eacute;clarons<br \/>\n\tqu&#39;il est permis de prier avec les transgresseurs.<\/p>\n<p>\tTous les v&oelig;ux que nous pourrions faire<br \/>\n\ttoute interdiction ou sentence d&#39;anath&egrave;me<br \/>\n\tque nous prononcerions contre nous-m&ecirc;mes,<br \/>\n\ttoute privation ou renonciation que,<br \/>\n\tpar simple parole, par v&oelig;u ou par serment<br \/>\n\tnous pourrions nous imposer,<br \/>\n\tdepuis le jour de Kippour pass&eacute;<br \/>\n\t&agrave; ce jour de Kippour<br \/>\n\tet depuis ce jour de Kippour<br \/>\n\tjusqu&#39;&agrave; celui de l&#39;ann&eacute;e prochaine<br \/>\n\t(qu&#39;il nous soit propice),<br \/>\n\tnous les r&eacute;tractons d&#39;avance ;<br \/>\n\tqu&#39;ils soient tous d&eacute;clar&eacute;s non valides,<br \/>\n\tannul&eacute;s, dissous, nuls et non avenus ;<br \/>\n\tqu&#39;ils n&#39;aient ni force ni valeur ;<br \/>\n\tque nos v&oelig;ux ne soient pas regard&eacute;s comme v&oelig;ux,<br \/>\n\tet nos interdictions comme interdictions<br \/>\n\tni nos serments comme serments<\/p>\n<p>\tEt il sera pardonn&eacute;<br \/>\n\t&agrave; toute la communaut&eacute; des enfants d&#39;Isra&euml;l<br \/>\n\tet &agrave; l&#39;&eacute;tranger qui s&eacute;journe parmi eux ;<br \/>\n\tcar l&#39;erreur a &eacute;t&eacute; commune &agrave; tout le peuple.&nbsp;<\/span><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\thttp:\/\/www.hamodia.fr\/<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Kol Nidr&eacute; : le cantique, son histoire et ses l&eacute;gendes &nbsp; La t&eacute;fila de Kol Nidr&eacute; est sans le moindre doute l&#39;un des moments les plus &eacute;mouvants de la journ&eacute;e de Yom Kippour gr&acirc;ce &agrave; sa m&eacute;lodie tr&egrave;s poignante, plus populaire encore que la pri&egrave;re elle-m&ecirc;me. 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