{"id":291,"date":"2015-07-07T03:23:56","date_gmt":"2015-07-07T03:23:56","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=291"},"modified":"2015-07-08T04:20:06","modified_gmt":"2015-07-08T04:20:06","slug":"les-chaises-de-la-marina-par-lionel-levy","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/les-chaises-de-la-marina-par-lionel-levy\/","title":{"rendered":"Les chaises de La Marina, par Lionel LEVY"},"content":{"rendered":"<p>\n\tLes chaises de La Marina<\/p>\n<div id=\"Blog1\">\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\tLionel LEVY<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\tA&laquo; Parto, vado a Livorno<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\te se ritorno, ti porto un corno. &raquo;<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t(Chanson populaire)<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\tLes chaises de La Marina<\/p>\n<div id=\"Blog1\">\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\tLionel LEVY<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\tA&laquo; Parto, vado a Livorno<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\te se ritorno, ti porto un corno. &raquo;<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t(Chanson populaire)<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\tCes premiers mots d&#39;une vieille chanson me poursuivent. Les ai-je h&eacute;rit&eacute;s de ma grand-m&egrave;re ou d&#39;une de nos bonnes d&#39;enfants ? Le jeu de mot est intraduisible : &laquo; Je pars, je vais &agrave; Livourne, et si je reviens je te rapporte une corne. &raquo; Il tient au double sens de corno qui d&eacute;signe la petite corne en corail, petit bijou porte-bonheur ou cornino, sp&eacute;cialit&eacute; de la ville de Livourne ; mais, au sens figur&eacute;, corno s&#39;emploie pour : &laquo; rien du tout &raquo;, et pourrait &ecirc;tre traduit par l&#39;argot : &laquo; que dalle &raquo;. La plaisanterie vise-t-elle l&#39;avarice traditionnelle des Livournais ? Elle se rapprocherait alors de ce dicton de d&eacute;rision, quand il y avait trop de monde quelque part, comme dans la &laquo; cabine des fr&egrave;res Marx &raquo; de nos classiques : &laquo; &Egrave; la carroza degli Ebrei, quando non sono in cinque sono in sei. &raquo; &ndash; C&#39;est la voiture des Juifs, s&#39;ils ne sont pas &agrave; cinq, c&#39;est qu&#39;ils sont six.<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\tJuif, ici, signifiait bien Livournais, et non point Tunisien. Il est vrai que Grana<a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/post-create.g?blogID=7052638139406533348#_ftn1\" name=\"_ftnref1\" title=\"\">[1]<\/a>, dans l&#39;image que s&#39;en formaient les autres Juifs de Tunis, passaient pour pingres, alors que ceux-ci, &agrave; peine arriv&eacute;s &agrave; un semblant d&#39;aisance, sacrifiaient volontiers au faste. Les Livournais, encore un peu les h&eacute;ritiers d&#39;anciennes r&egrave;gles communautaires strictes et puritaines proscrivant le luxe excessif, critiquaient ce qu&#39;ils tenaient pour de l&#39;ostentation, selon le jugement s&eacute;v&egrave;re des anciennes bourgeoisies sur les nouvelles. La situation mat&eacute;rielle de plusieurs d&#39;entre eux avait certes d&eacute;clin&eacute; depuis le d&eacute;but du XIXe si&egrave;cle. Il s&#39;agissait pourtant plus d&#39;&eacute;conomie que d&#39;avarice, consid&eacute;rant le gros effort d&eacute;ploy&eacute; par les principales familles livournaises de Tunis &agrave; financer les h&ocirc;pitaux italien et isra&eacute;lite, les &eacute;coles de l&#39;Alliance Isra&eacute;lite Universelle, les coll&egrave;ges italiens, la maison de l&#39;association culturelle Dante Alighieri. Mais un fond de v&eacute;rit&eacute;, amplifi&eacute; d&#39;auto-d&eacute;rision, suffisait &agrave; p&eacute;renniser ces chansons et proverbes dans la culture intime de chacun. Mieux, ces plaisanteries, d&eacute;pouill&eacute;es par le temps de leur signification premi&egrave;re, n&#39;&eacute;taient plus gu&egrave;re connues que des Livournais eux-m&ecirc;mes.<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\tLa carroza de mon enfance, c&#39;est le fiacre de Carmelo &ndash; prononcer Carm&#39;lo &ndash;, cocher maltais &ndash; mais n&#39;&eacute;tait-ce point un pl&eacute;onasme &agrave; Tunis ? &ndash; qui venait nous chercher soit avec notre bonne, soit nos grands-parents, ma s&oelig;ur Loly et moi, pour la promenade rituelle du Belv&eacute;d&egrave;re. Nous pr&eacute;f&eacute;rions de loin sa cal&egrave;che au tramway &ndash; prononcer &laquo; tramva&iuml; &raquo; &ndash;, mais sans motivations &eacute;cologistes bien nettes. Les trams &eacute;taient inqui&eacute;tants et bond&eacute;s. Amelia nous faisait tricher sur l&#39;&acirc;ge, ce qui nous laissait une impression d&#39;ins&eacute;curit&eacute; et d&#39;humiliation. Aucune merveille de la m&eacute;canique ne remplacera un cheval, ni surtout deux. Les chevaux, plus que les chiens, sont quasi-humains. Carmelo leur parlait un idiome connu seulement d&#39;eux. Il les nourrissait parfois de f&egrave;ves dont il emplissait une sorte de museli&egrave;re de toile, comme pour un pique-nique portatif. Sur la banquette avant adoss&eacute;e au cocher, mais retourn&eacute;s sur nos genoux pour ne rien perdre, les chevaux nous offraient un spectacle peu vari&eacute;. La large croupe au mouvement rythm&eacute; s&#39;animait chroniquement d&#39;un balancement de queue annon&ccedil;ant une salve de crottin dont nous ne nous lassions pas, dans un claquement de sabots et de fouet. De m&ecirc;me, les effluves invisibles et les bruits indiscrets qui pr&eacute;c&eacute;daient la chose, ne manquaient-ils pas d&#39;&eacute;veiller cr&ucirc;ment notre hilarit&eacute;, plus ou moins contenue par la crainte du jugement de Carmelo.<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\tLa Toscane, dans le Tunis de notre enfance, c&#39;&eacute;tait la Marina. Ainsi nommions-nous l&rsquo;avenue Jules Ferry, large promenade bord&eacute;e de ficus, s&#39;&eacute;tendant du centre, o&ugrave; se faisaient face la cath&eacute;drale et la R&eacute;sidence G&eacute;n&eacute;rale, jusqu&#39;au port. L&#39;avenue de France la prolongeait vers la ville arabe au point o&ugrave; se dressait, comme un symbole colonial, la statue du cardinal Lavigerie. A l&#39;oppos&eacute;, le troisi&egrave;me terre-plein accueillait, sur les chaises lou&eacute;es, les bonnes d&#39;enfants des familles livournaises. Pendant que nous jouions &agrave; la marelle, aux billes ou au cerceau, sous leur surveillance efficace et discr&egrave;te, elles faisaient salon en plein-air, retrouvant leurs parentes ou payses des villages toscans. Nous les identifions toutes par le nom des enfants qu&#39;elles accompagnaient. Marfisa, s&oelig;ur de notre Amelia Giuntoli, &eacute;tait la bonne de Lili et Giacomo Nunez, ce qui cr&eacute;ait avec eux une sorte de parent&eacute;. Le mot bonne &ndash; donna en italien &ndash; n&#39;&eacute;veillait en nous nulle barri&egrave;re sociale. Nous portions &agrave; Amelia une affection chaleureuse et pay&eacute;e de retour. De ces petits orphelins en manque d&#39;amour maternel, elle b&eacute;n&eacute;ficiait d&#39;un transfert qu&#39;elle acceptait comme exutoire sans r&eacute;volte, r&eacute;sign&eacute;e &agrave; cette monstruosit&eacute; d&#39;&ecirc;tre priv&eacute;e des siens. Elle nous expliquait sa vie, la pauvret&eacute;, l&#39;oppression des ma&icirc;tres terriens, i signori, pesant sur ces petits m&eacute;tayers ; les femmes contraintes de s&#39;expatrier pour l&#39;appoint d&#39;un petit salaire. Ce ne fut jamais sur nous que s&#39;exer&ccedil;a son amertume. Nous d&eacute;couvr&icirc;mes plus tard ce sentiment chez le plus jeune de ses enfants, Ilio, que nous conn&ucirc;mes en vacances &agrave; Viareggio. Sans qu&#39;il e&ucirc;t besoin de s&#39;expliquer, nous avions vite compris ce qu&#39;il ne nous pardonnait pas, lui qui portait mes vieux v&ecirc;tements : de lui avoir pris sa m&egrave;re pour la seule raison qu&#39;il &eacute;tait pauvre et que nous &eacute;tions riches.<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\tAu bout du dernier terre-plein de l&#39;Avenue, s&#39;&eacute;levait la statue du grand homme de la Troisi&egrave;me, Jules Ferry. Autour du bienfaiteur, reconnaissants, des &eacute;coliers, des &laquo; indig&egrave;nes &raquo; ;des livres, des lauriers. Imaginions-nous qu&#39;il e&ucirc;t &agrave; prendre un jour le bateau de l&#39;exil ? Les plus nostalgiques de l&#39;Empire colonial sont aujourd&#39;hui les ennemis de la la&iuml;cit&eacute;. Rares sont ceux qui prennent Jules Ferry &laquo; en bloc &raquo;. Il reste le t&eacute;moin des premi&egrave;res amours de g&eacute;n&eacute;rations d&#39;adolescents. En fin de soir&eacute;e, les promeneurs &eacute;taient rares &agrave; cet endroit. Les gar&ccedil;ons et les filles qui commen&ccedil;aient un &laquo; flirt &raquo; s&#39;y donnaient rendez-vous comme pour observer un rite, mais tout restait plut&ocirc;t platonique. C&#39;&eacute;tait d&eacute;j&agrave; assez compromettant pour une jeune fille, selon les m&oelig;urs locales, que de s&#39;afficher ainsi seule, en compagnie d&#39;un amoureux.<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\tInsensiblement l&#39;Avenue avait cess&eacute; d&#39;&ecirc;tre la Marina. A partir de 1938, Tunis perdit chaque jour un peu de son Italie. Nos amis ou cousins des coll&egrave;ges italiens fr&eacute;quent&egrave;rent les lyc&eacute;es fran&ccedil;ais. L&#39;italien ne fut plus utilis&eacute; que pour quelques anciens de la famille. Il nous fallut longtemps pour savoir que ce silence d&#39;une langue &eacute;tait une blessure. Il n&#39;y avait plus de bonnes d&#39;enfants toscanes ou non sur le deuxi&egrave;me terre-plein. Nous n&#39;avions plus de grands-parents. Nous n&#39;entendrions plus jamais chanter : &laquo; parto, vado a Livorno, e se ritorno ti porto un corno. &raquo; Peu &agrave; peu s&#39;espac&egrave;rent, puis disparurent, les d&eacute;fil&eacute;s des cal&egrave;ches des mariages siciliens qui, de la cath&eacute;drale au port, donnaient &agrave; l&#39;Avenue des airs de Palerme en f&ecirc;te, les chevaux caracolant, orn&eacute;s de tulle, sous les bruyants vivats d&#39;une foule endimanch&eacute;e. Quelques traits communs unissaient les deux peuples pauvres &ndash; Juifs et Siciliens &ndash; jaug&eacute;s par nous d&#39;un &oelig;il critique, et d&#39;abord la tyrannie du faste des d&eacute;penses ruineuses &agrave; l&#39;occasion de chaque mariage. Il y avait des &eacute;chappatoires pour les Siciliens. Quand les temps &eacute;taient trop durs pour les noces somptuaires, le fianc&eacute; simulait l&#39;enl&egrave;vement de la promise. Elle le rejoignait &agrave; bord d&#39;une cal&egrave;che qui disparaissait en trombe. Aussit&ocirc;t le ravisseur offrait r&eacute;paration au beau-p&egrave;re, et le mariage &eacute;tait c&eacute;l&eacute;br&eacute; discr&egrave;tement, vari&eacute;t&eacute; de noces o&ugrave; l&#39;honneur, l&#39;amour et les finances trouvaient leur compte, et qu&#39;on appelait : &laquo; far carrozella &raquo;.<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\tLa mis&egrave;re et l&#39;Orient &eacute;taient tenus &eacute;loign&eacute;s de la Marina. Des personnages sympathiques en &eacute;taient chass&eacute;s sans m&eacute;nagements. Enfants, nous comprenions mal la brusque panique des marchands de caques sal&eacute;s &agrave; la vue d&rsquo;un uniforme lointain. Des explications recueillies j&#39;apprenais que ces malheureux ne poss&eacute;daient pas de patente. Mais pourquoi ne pas leur en accorder ? Ils savaient, bien avant les &eacute;tudes modernes de marketing, que les enfants &eacute;taient la meilleure cible commerciale. Ils nous attiraient en agitant une sorte de semelle de bols munie d&#39;un poign&eacute;e de fer articul&eacute;e produisant, de tr&egrave;s loin, un grand bruit de cr&eacute;celle, comme s&#39;il s&#39;agissait de chasser des passereaux. Les bonnes c&eacute;daient &agrave; nos caprices, mais, parfois, nous disposions d&#39;une petite autonomie financi&egrave;re nous permettant librement nos achats. Ces petits marchands, panier sur la t&ecirc;te, tr&eacute;teaux sous le bras, &eacute;taient capables de courir &agrave; la vitesse d&#39;un li&egrave;vre, sans jamais rien faire tomber de leur fardeau, Rien que pour ce talent, ils m&eacute;ritaient, pensions-nous, leur droit au commerce. Ils &eacute;taient tous des Juifs venus de la Hara, que distinguaient non seulement leur vieille casquette &agrave; la Jacky Cogan, mais leur accent. Certains proposaient des &laquo; gauffrettes &raquo;, des sucres d&#39;orge ou autres merveilles. Parfois l&#39;un d&#39;eux, sa vigilance en d&eacute;faut, &eacute;tait rejoint par un policier plus efficace. Il &eacute;veillait notre pleine compassion. On raconte cette histoire d&#39;un pauvre vendeur &agrave; la sauvette aux prises avec un redoutable agent de police tunisien portant moustaches et proc&eacute;dant &agrave; un impitoyable interrogatoire :<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t&ndash; Ashesmek ? (comment t&#39;appelles-tu ?)<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\tEt l&#39;autre, esp&eacute;rant contre toute logique gagner du temps :<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t&ndash; Shkoun ana ? (Qui cela, moi ?)<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\tLe policier s&#39;impatientant d&eacute;j&agrave; :<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t&ndash; Ei, enti ! (Oui, toi !)<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t( Et le vendeur de d&eacute;cliner sans enthousiasme ses noms et pr&eacute;noms).<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t&ndash; Ton domicile !<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t&ndash; Shkoun ana ?<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t&ndash; Ei enti !<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t(Et le malheureux de r&eacute;v&eacute;ler son adresse).<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t&ndash; Ton &acirc;ge !<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\tEt, sans se d&eacute;courager, le d&eacute;linquant de reposer sa question incongrue :<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t&ndash; Shkoun, ana ?<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\tAlors, le policer exc&eacute;d&eacute; :<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t&ndash; L&eacute;h, ana ! (Non, moi !)<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\tEt l&rsquo;autre, sans se d&eacute;monter, prenant la balle au bond :<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t&ndash; Andek hamsin, settin. (Tu as entre cinquante et soixante.)<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\tLes &laquo; Arabes &raquo; &ndash; seuls les &laquo; Fran&ccedil;ais de France &raquo; disaient : indig&egrave;nes &ndash; ne venaient pas dans les nouveaux quartiers. La Marina avait &eacute;t&eacute; gagn&eacute;e apr&egrave;s le Protectorat sur les mar&eacute;cages bordant la ville ancienne. Que de sp&eacute;culations sur ces terrains vagues ! D&#39;habiles entrepreneurs, pour la plupart italiens, avaient cr&eacute;&eacute; l&agrave; une ville d&#39;Europe, sans mesquinerie. Les seuls musulmans du d&eacute;cor &eacute;taient ceux que leur travail appelait &agrave; traverser la ville nouvelle, si l&#39;on excepte les s&eacute;dentaires : ceux du march&eacute; aux fleurs. Ceux l&agrave; payaient bien patente. Sous leurs turbans et leurs f&egrave;s leur dignit&eacute; professionnelle tranchait avec les angoisses et les courses de nos vendeurs en casquette. Ceux qui ressemblaient le plus aux marchands de caques, par leur forme de n&eacute;goce, &eacute;taient les jeunes youleds. Aux abords de la gare, ils proposaient &agrave; l&#39;unit&eacute; des halouz (cigarettes de bas de gamme dont le nom s&#39;appliquait par image &agrave; tout ce qui &eacute;tait de mauvaise qualit&eacute;, y compris parfois les hommes eux-m&ecirc;mes), des lames de rasoir, et par la suite, quand les tramways furent abandonn&eacute;s, des tickets de trolleybus. Mais leurs stocks tenaient dans leur poche ou sous leur ch&eacute;chia, et leurs sourires espi&egrave;gles ne les quittaient pas. Pour &eacute;chapper aux policiers ils jouissaient d&#39;une mobilit&eacute; remarquable.<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\tNous perdions de vue que notre monde et notre quartier n&#39;&eacute;taient qu&#39;illusion nous masquant cette r&eacute;alit&eacute; concr&egrave;te : &agrave; quelques centaines de m&egrave;tres de nous existait une grande ville fourmillante et multiple, vrai labyrinthe, devenue depuis peu &eacute;trang&egrave;re et exotique. Une ville vivante, joyeuse, captivante, habit&eacute;e par un vieux peuple n&#39;ayant rien perdu de sa diff&eacute;rence ; une ville dont nous n&#39;&eacute;puiserions jamais toutes les venelles, les maisons, les palais. En de rares occasions, lors des f&ecirc;tes du Ramadan, et comme l&#39;on entreprendrait un lointain voyage, on s&#39;aventurait &agrave; passer une soir&eacute;e dans la ville &laquo; arabe &raquo;, et cela nous offrait le d&eacute;paysement des Mille et une Nuits, voyage spectacle, voyage r&ecirc;v&eacute;, chaque m&egrave;tre, chaque instant offrant un nouveau tableau, des montagnes dor&eacute;es de la zlebia, dentelles de p&acirc;te l&eacute;g&egrave;re enrobant un miel liquide, aux macroud, g&acirc;teaux de semoule et de dattes cuits &agrave; grande friture et blondis toujours de miel ; aux Roh&#39; l Bey ou &laquo; tricolores &raquo;, losanges de p&acirc;te d&#39;amande color&eacute;e en strates vertes, jaunes et rouges, le tout sous de violents &eacute;clairages ; les marionnettes de karakous, spectacle populaire un rien pornographique, sans doute h&eacute;rit&eacute; des Turcs, cr&eacute;ant ces attroupements hilares o&ugrave; se m&ecirc;laient les Siciliens, friands de ce folklore qu&#39;ils appelaient Caracuso et dont le nom, ainsi latinis&eacute;, devenait chez eux synonyme d&#39;escroc un peu brouillon. Touristes dans notre propre pays, nous d&eacute;couvrions &agrave; Halfaouine<a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/post-create.g?blogID=7052638139406533348#_ftn2\" name=\"_ftnref2\" title=\"\">[2]<\/a> un monde refoul&eacute;, &agrave; la fois n&ocirc;tre et lointain, et les promeneurs, les commer&ccedil;ants nous voyaient avec une bonhomie curieuse, comme on c&ocirc;toie des touristes, et non point des occupants install&eacute;s &agrave; leurs portes.<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\tIl suffisait, traversant la rue Al-Djazira jalonn&eacute;e d&#39;anciens commerces fonctionnels, quincaillers, bourreliers, &eacute;trangers aux &eacute;l&eacute;gances des nouveaux quartiers, de prendre l&#39;une des rues adjacentes, pour d&eacute;couvrir la rue de la Commission, ses villas patriciennes &agrave; la g&eacute;noise, et revivre ainsi dans le cadre de la petite colonie des Nations d&#39;avant 1881, quand marchands marseillais et g&eacute;nois, concurrents qu&#39;unissaient d&eacute;j&agrave; de multiples mariages, jouissaient d&#39;importants privil&egrave;ges. Au del&agrave; commen&ccedil;ait l&#39;Orient inchang&eacute;, voyage o&ugrave; quelques m&egrave;tres nous faisaient franchir un si&egrave;cle. Le territoire &eacute;tait comme marqu&eacute; d&#39;une ceinture d&#39;odeurs o&ugrave; dominaient les plus exquises, celle des pois-chiches grill&eacute;s, mais aussi le parfum acide et subtil du hobs tabouna, pain plat incrust&eacute; de s&eacute;sames, et toutes les senteurs du souk El-Attarine, le Souk des &eacute;piciers : caroui, cumin, girofle, cannelle, muscade, piments. La grande biblioth&egrave;que install&eacute;e dans cette prestigieuse art&egrave;re, symbolisait, sans que nous l&#39;ayions su alors, l&#39;&acirc;ge d&#39;or de l&#39;Islam, celui des marchands-lettr&eacute;s, Arabes et Juifs, dont la vie se partageait entre les livres, les &eacute;pices et les pri&egrave;res.<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\tComment &laquo; l&rsquo;Avenue &raquo; pouvait-elle contenir tant de vie et tant de mondes en excluant celui-l&agrave; qui faisait l&rsquo;essence m&ecirc;me de Tunis ? Coupant en deux la &laquo; Marina &raquo;, deux grandes avenues la prolongeaient a angle droit : au nord l&#39;Avenue de Paris, au sud l&#39;avenue de Carthage. La premi&egrave;re conduisait au Lyc&eacute;e Carnot tout proche, puis au point qu&#39;on appelait &laquo; le Passage &raquo;, personne n&#39;usant du nom officiel : Place Anatole France. Sur cette place se situait la deuxi&egrave;me gare du T.G.M. conduisant &agrave; la Marsa : &laquo; Tunis-Nord &raquo;. L&#39;Avenue de Paris &eacute;tait devenue, dans sa premi&egrave;re partie, le quartier privil&eacute;gi&eacute; de la bourgeoisie juive. Dans son prolongement, apr&egrave;s le Passage, elle &eacute;tait habit&eacute;e d&#39;une population moins hupp&eacute;e, surtout &agrave; partir de la grande synagogue, apr&egrave;s la rue Lafayette qui donnait son nom au quartier. En dehors du caf&eacute; Patacchini, toujours anim&eacute;, lieu de rendez-vous corse, et si&egrave;ge des strat&eacute;gies &eacute;lectorales, l&#39;Avenue de Carthage contenait surtout le monde sicilien : la bourgeoisie nouvelle dans le premier tron&ccedil;on ; des &eacute;l&eacute;ments plus populaires au sud. C&#39;est plus &agrave; l&#39;est que se trouvaient tapis la Petite-Sicile et ses taudis, vers le port, quartier mis&eacute;rable parfois compar&eacute; &agrave; la Hara. Des prolongements parall&egrave;les faisaient pendant &agrave; ceux-l&agrave; du c&ocirc;t&eacute; de l&#39;avenue de Paris. A l&#39;ouest du Passage, en effet, l&#39;avenue de Londres menait au quartier juif pauvre, d&eacute;j&agrave; annonc&eacute; par ces gargottes aux grillades r&eacute;put&eacute;es, kebda (ou foie), merghez, servis avec un huiti&egrave;me de boukha<a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/post-create.g?blogID=7052638139406533348#_ftn3\" name=\"_ftnref3\" title=\"\">[3]<\/a> sur des terrasses mesquines o&ugrave; s&#39;encanaillait volontiers la bonne bourgeoisie juive, aussi bien tunisienne que livournaise.<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\tEh quoi ? Cette ville, en dehors &ndash; excusez du peu &ndash; de son noyau arabe, n&#39;&eacute;tait-elle que juive ou italienne ? C&#39;&eacute;tait un peu vrai en 1880, quand les Fran&ccedil;ais, les francaouis, se comptaient sur les doigts de la main, et que la population juive d&eacute;passait en nombre la population musulmane. D&eacute;j&agrave;, en 1892 &laquo; la Tunisie fran&ccedil;aise &raquo; &ndash; qui se d&eacute;fendait d&#39;&ecirc;tre antis&eacute;mite&hellip; &ndash;, trouvant les Juifs envahissants, leur reprochait de transformer Tunis &laquo; en une nouvelle J&eacute;rusalem &raquo;. Elle les aurait pr&eacute;f&eacute;r&eacute;s invisibles. A vrai dire, Tunis deviendrait fran&ccedil;aise beaucoup par la francisation de ses Juifs et de ses Italiens. A la colonie fran&ccedil;aise il manquait au d&eacute;part surtout une vraie bourgeoisie et un peuple. L&#39;&eacute;lite sociale se constituerait progressivement par promotions internes, acclimatation des fonctionnaires, plus que par une immigration bourgeoise. La France, avenue Jules Ferry, c&#39;&eacute;tait ses symboles : la R&eacute;sidence, la Cath&eacute;drale, la statue de Jules-Ferry, celle du Cardinal Lavigerie, la Maison Mod&egrave;le, maison de mode fran&ccedil;aise prestigieuse, de noble architecture, sp&eacute;ciale pour francaouis BCBG. Mais peut-&ecirc;tre plus encore le grand b&acirc;timent de style n&eacute;o-classique de la &laquo; D&eacute;p&ecirc;che &raquo; &ndash; comme on abr&eacute;geait la &laquo; D&eacute;p&ecirc;che Tunisienne &raquo; &ndash; journal-institution de la pr&eacute;sence fran&ccedil;aise. Je revois souvent la bande lumineuse au sommet de l&#39;immeuble, o&ugrave; d&eacute;filaient les derni&egrave;res nouvelles, hypnotisant sur elle les regards comme reli&eacute;s &agrave; une France mythique dont nous attendions tout : le d&eacute;senclavement ; la fin des castes, de grandes id&eacute;es, de grands hommes, tout ce que nous avait promis le Lyc&eacute;e Carnot de nos jeunes ann&eacute;es.<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\tLes Fran&ccedil;ais se rendaient plus visibles l&agrave; o&ugrave; ils se groupaient ; le bar &laquo; Le Charentais &raquo; dans la premi&egrave;re partie de l&#39;Avenue de Paris ; la p&acirc;tisserie Chambon, bien fran&ccedil;aise, et ses Saint-Honor&eacute;s, le restaurant &laquo; Le Strasbourg &raquo; ;les charcuteries aux vitrines fastueuses, les grands libraires fran&ccedil;ais sous les Arcades de l&#39;Avenue de France : Tournier, Barlier ; franco-maltais comme Saliba, Namura, Bonici ; fran&ccedil;ais juifs &ndash; pr&eacute;cisait-on &ndash; comme Georges L&eacute;vy et sa &laquo; Cit&eacute; des livres &raquo;. Ma&iuml;s les foules les dissimulaient ou les isolaient parce qu&#39;ils comptaient peu de petites gens, si l&rsquo;on en omettait les Siciliens ou les Maltais naturalis&eacute;s, ou m&ecirc;me le petit peuple corse. Nos camarades de classe fran&ccedil;ais de m&eacute;tropole, &eacute;taient, sauf exception, fils de fonctionnaires. Ils habitaient souvent des banlieues r&eacute;sidentielles. Les fils de colons &eacute;taient pensionnaires. La pr&eacute;sence de la France, puissante, &eacute;clatante, c&#39;&eacute;tait les d&eacute;fil&eacute;s militaires, zouaves magnifiques, portant large et rouge ch&eacute;chia, musique martiale en t&ecirc;te, invincible arm&eacute;e, la premi&egrave;re du monde, celle de 1914, parcourant nos rues en un vibrant spectacle o&ugrave; le plaisir des yeux, des oreilles et du c&oelig;ur inspirait s&eacute;curit&eacute; et fiert&eacute;. Les Tunisiens n&#39;ont commenc&eacute; &agrave; croire vraiment &agrave; leur possible ind&eacute;pendance qu&#39;en juin 1940, quand l&#39;incroyable se fit r&eacute;alit&eacute; : la premi&egrave;re arm&eacute;e du monde, celle que nous admirions pench&eacute;s sur nos balcons ou mass&eacute;s sur les trottoirs, avait &eacute;t&eacute; vaincue en deux semaines.<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\tDe ce grand th&eacute;&acirc;tre nous f&ucirc;mes, selon les jours, des figurants heureux ou tourment&eacute;s. Ces rues, ces avenues, nous les avons emprunt&eacute;es, arpent&eacute;es, v&eacute;cues. Elles vivent en nous, peupl&eacute;es d&#39;amis, de parents, de peuples divers en foules qui restent ensemble notre famille perdue. Nous les portons encore &agrave; nos semelles, mais elles ont tout oubli&eacute; de nous. Que de fois nos interminables discussions d&#39;adolescents, quand chacun, d&eacute;ambulant sans fin, raccompagnait l&#39;autre, m&#39;ont-elles port&eacute; de l&#39;un &agrave; l&#39;autre bout de ces parcours ? Est-ce l&#39;inconfort de ce pays &ndash; patrie non sue &ndash; qui nous faisait r&ecirc;ver de patries absolues ; nous faisait refaire les mondes ; nous laissait un monde abstrait ? Notre ancienne patrie n&#39;est plus qu&#39;une m&eacute;moire. Mais n&#39;est-ce pas l&#39;essence de la vie ? La vie des hommes, en effet, c&#39;est leur histoire.<\/p>\n<p>\t\t\t\t\t\t\tD&#39;autres soci&eacute;t&eacute;s, sur ces lieux, ont v&eacute;cu puis sont mortes, d&#39;une fin plus tragique. Delenda Carthago est. Scipion l&#39;Emilien, dit-on, pleura sur le sort de ses ennemis, massacr&eacute;s, r&eacute;duits en esclavage, leur ville d&eacute;truite, labour&eacute;e, leur terre sem&eacute;e de sel. Il pr&eacute;voyait le sort futur de Rome. Une Carthage romaine prit naissance, vaste m&eacute;tropole, et rien n&#39;y rappela plus les hommes et les femmes qui y avaient v&eacute;cu sept si&egrave;cles. Cette nouvelle Carthage, &agrave; son tour, grenier de Rome, fut oubli&eacute;e. Les communaut&eacute;s juives et chr&eacute;tiennes, h&eacute;riti&egrave;res les unes et les autres des Puniques et Berb&egrave;res juda&iuml;s&eacute;s, puis christianis&eacute;s, furent d&eacute;truites au XIIe si&egrave;cle par les int&eacute;gristes almohades venus de Mauritanie imposer leur dure loi &agrave; l&#39;Occident arabe. Tour &agrave; tour, ces mondes ont quitt&eacute; la m&eacute;moire pour l&#39;imaginaire. Bient&ocirc;t les n&ocirc;tres rejoindront, dans l&#39;infini, d&#39;autres fant&ocirc;mes de l&#39;histoire. Je repense soudain &agrave; la Grammaire des Civilisations de Braudel :<br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t&laquo; &agrave; des degr&eacute;s divers, l&#39;actualit&eacute; prolonge d&#39;autres exp&eacute;riences beaucoup plus &eacute;loign&eacute;es dans le temps. Elle se nourrit des si&egrave;cles r&eacute;volus et m&ecirc;me de toute l&#39;&eacute;volution historique v&eacute;cue par l&#39;humanit&eacute; jusqu&#39;&agrave; nos jours. &raquo;<a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/post-create.g?blogID=7052638139406533348#_ftnref1\" name=\"_ftn1\" title=\"\"><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t\t\t[1]<\/a> Grana, terme arabe, pluriel de Gorni, Livournais, de la ville de El Ghorn, Livourne ; cf. espagnol Ligorne et anglais Leghorn.<a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/post-create.g?blogID=7052638139406533348#_ftnref2\" name=\"_ftn2\" title=\"\"><br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t[2]<\/a> Place centrale tr&egrave;s fr&eacute;quent&eacute;e de la Medina ou ville arabe.<a href=\"http:\/\/www.blogger.com\/post-create.g?blogID=7052638139406533348#_ftnref3\" name=\"_ftn3\" title=\"\"><br \/>\n\t\t\t\t\t\t\t[3]<\/a> Boukha, eau-de-vie de figues, sp&eacute;cialit&eacute; des Juifs de Djerba, servie souvent en petites bouteilles carr&eacute;es d&#39;un huiti&egrave;me de litre. Le nom &laquo; boukha &raquo; vient, &agrave; travers la Turquie, du russe vodka.<\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les chaises de La Marina &nbsp; Lionel LEVY &nbsp; A&laquo; Parto, vado a Livorno e se ritorno, ti porto un corno. &raquo; (Chanson populaire)<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":15143,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[441,10,20,334,384,17,13,1],"tags":[],"class_list":["post-291","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-alliance-israeacutelite-universelle","category-france","category-juif","category-jules-ferry","category-livourne","category-souvenirs","category-tunis","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/291","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=291"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/291\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/15143"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=291"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=291"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=291"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}