{"id":29464,"date":"2026-09-30T15:47:50","date_gmt":"2026-09-30T15:47:50","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=29464"},"modified":"2026-09-30T15:47:50","modified_gmt":"2026-09-30T15:47:50","slug":"le-baton-et-leau-chaude-un-roman-de-robert-modigliani","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-baton-et-leau-chaude-un-roman-de-robert-modigliani\/","title":{"rendered":"Le b\u00e2ton et l&rsquo;eau chaude, un roman de Robert Modigliani"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><strong>Le<\/strong> <b>b\u00e2ton<\/b><strong> et l&rsquo;eau chaude<\/strong><\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" height=\"536\" src=\"https:\/\/harissa.com\/D_Arts\/images\/1.%20Visuel.jpg\" width=\"714\"\/><\/p>\n<p><b> Texte de pr\u00e9sentation du livre<\/b><\/p>\n<p><b>C&rsquo;est au son des vagues d\u00e9ferlant sur la plage du Kram, dans la villa de sa grand-m\u00e8re, que na\u00eet Nathana\u00ebl au sein d&rsquo;une famille juive de Tunis, \u00e0 la fin des ann\u00e9es trente. Il grandit entre une m\u00e8re tounsi, d&rsquo;une bienveillance universelle et un p\u00e8re gorni, libraire, obs\u00e9d\u00e9 par la r\u00e9ussite de son fils : il doit \u00eatre le 1<sup>er<\/sup> car \u00ab\u00a0c&rsquo;est par le haut que s&rsquo;int\u00e8gre un petit Juif italo-tunisien en France !\u00a0\u00bb clame-t-il. C&rsquo;\u00e9taient les derni\u00e8res ann\u00e9es du protectorat fran\u00e7ais et de sa soci\u00e9t\u00e9 haute en couleur, d\u00e9sormais effac\u00e9e par l&rsquo;histoire, o\u00f9 catholiques fran\u00e7ais, italiens, et siciliens, juifs tunisiens et italiens, et musulmans coexistaient dans une cordialit\u00e9 parfois forc\u00e9e, voire franchement hostile. Les langues s&rsquo;entrem\u00ealaient en toute libert\u00e9 en un parler populaire savoureux, largement illustr\u00e9 dans le roman, notamment au chapitre 2. <\/b><\/p>\n<p><b>Au lyc\u00e9e, Nathana\u00ebl travaille avec acharnement et sa vie coule, un peu fade. Il ne re\u00e7oit pas d&rsquo;\u00e9ducation religieuse. Il se d\u00e9couvre vite ath\u00e9e et peine \u00e0 d\u00e9nouer la perplexit\u00e9 qu&rsquo;\u00e9veille en lui sa jud\u00e9it\u00e9. Le spectacle de la mer, que ce soit simplement \u00e0 partir de la plage, ou des hauteurs voisines l&#8217;emplit d&rsquo;une \u00e9motion confinant au bonheur, comme cela survient \u00e0 plusieurs reprises dans le roman. C&rsquo;est tout pr\u00e8s de la mer qu&rsquo;il assistera \u00e0 l&rsquo;arriv\u00e9e de la d\u00e9l\u00e9gation fran\u00e7aise venue pr\u00e9senter les conventions d&rsquo;autonomie interne de la Tunisie au Bey, dans son palais de Carthage. Son v\u00e9ritable adieu \u00e0 la Tunisie se d\u00e9roule lors de cette nuit pass\u00e9e sur la plage de Raouad \u2013 o\u00f9 il sympathisera avec un vieux p\u00e9cheur tunisien \u2013 plus qu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;a\u00e9roport d&rsquo;El-Aouina.<\/b><\/p>\n<p><b>Sa scolarit\u00e9 achev\u00e9e, il s&rsquo;installe \u00e0 Paris \u2013 la ville ne tardera pas \u00e0 l&rsquo;envo\u00fbter \u2013 pour faire des \u00e9tudes m\u00e9dicales. Elles sont interrompues par une grave d\u00e9pression nerveuse que quelques comprim\u00e9s transforment en un bonheur jubilatoire. Qu&rsquo;une simple mol\u00e9cule produise un tel effet, qu&rsquo;il existe une voie chimique vers la f\u00e9licit\u00e9 et la volupt\u00e9 fascine Nathana\u00ebl, au point qu&rsquo;il change de voie, s&rsquo;engage avec passion et succ\u00e8s dans la recherche en neurobiologie afin d&rsquo;apporter sa pierre \u00e0 la compr\u00e9hension du fonctionnement du cerveau. Dans son laboratoire se trame une fraude scientifique; aid\u00e9 par la secr\u00e9taire avec laquelle il a une liaison, il d\u00e9couvre le pot aux roses. Lors d&rsquo;une nuit de vacances en Sicile, un relent port\u00e9 par le vent fait resurgir le pays d&rsquo;Islam originel, profond\u00e9ment ench\u00e2ss\u00e9 en lui, \u00e0 son insu. L&rsquo;histoire se termine o\u00f9 elle a commenc\u00e9, au bord de la M\u00e9diterran\u00e9e.<\/b><\/p>\n<p><b>EXTRAITS<\/b><\/p>\n<h1> Chapitre 2<\/h1>\n<p> &#8211; <b><i> Qu\u2019est-ce-c\u2019est<\/i><\/b><b> cette chaleur ? Mais <i>qu\u2019est-ce-c\u2019est<\/i> ? On va tous mourir, ma parole ! Fit Dadou, le plus jeune. Son mouchoir ne suffisait plus \u00e0 \u00e9ponger son front ; une serviette de bain, il aurait fallu\u00a0! <\/b><\/p>\n<p> &#8211; Pas un souffle de vent ! Rench\u00e9rit Kiki. Avec ce torride, moi, je vais en arri\u00e8re. Hier \u00e0 midi on pouvait faire bouillir de l&rsquo;eau sur le <i>balcan<\/i>. Ajoute les moustiques qui m&rsquo;ont bouff\u00e9 toute la nuit. La v\u00e9rit\u00e9, ce mois d&rsquo;ao\u00fbt, <i>klaakt fedite <\/i>(y&rsquo;en a marre)<i>.<\/i> Tu trouves pas, il est plus long que l&rsquo;an <i>dernieeeer<\/i> ?<\/p>\n<p> Ses phrases n&rsquo;en finissaient plus tant il tra\u00eenait sur les mots. Dadou, les yeux fix\u00e9s sur deux mouches accoupl\u00e9es : <\/p>\n<p> &#8211; <b><i> Look ! Look !<\/i><\/b><b> Elles niquent en dormant ; elles se l\u00e2chent, ma parole ! Tu vas voir comme je les attrape.<\/b><\/p>\n<p> Mais le couple s&rsquo;envola avant qu&rsquo;il n&rsquo;ait \u00e9bauch\u00e9 son mouvement.<\/p>\n<p> &#8211; Bon voyage ! <i>Chouf ! Chouf ada ! Ou Allah,<\/i> (Regarde ! Regarde celui-l\u00e0 ! Par Allah), c&rsquo;est Julot Bokobza, le<i> tahan <\/i>(cocu).<\/p>\n<p> &#8211; Ah <i>ban<\/i> ! Parce qu&rsquo;il est <i>tahan <\/i>?<\/p>\n<p> &#8211; Le plus grand <i>tahan<\/i> (cocu) du pays, le maillot jaune, <i>c&rsquo;t\u00e0djire<\/i>. <\/p>\n<p> La sueur d\u00e9goulinait sur les yeux de Dadou. Kiki poursuivit : <\/p>\n<p> &#8211; Tu la vois la boutique de Zizo Ta\u00efeb, avec le store <i>raase<\/i> (rose)?<\/p>\n<p> &#8211; Je la vois, la boutique oui ! Oui, mais <i>tan <\/i>Bokobza, inconnu au <i> bataillan<\/i>. <\/p>\n<p> &#8211; <b><i> Blechi <\/i>! (tant pis)C&rsquo;est celui sur le trottoir en face, l\u00e0 o\u00f9 le soleil y <i> s&rsquo;arr\u00ea\u00ea\u00eate<\/i> et l&rsquo;ombre elle commence. Dadou, ne me dis pas que tu l&rsquo;as jamais vu !<\/b><\/p>\n<p> &#8211; <b><i> Nan<\/i> ; pourquoi ? Il se visite ?<\/b><\/p>\n<p> &#8211; Alors, je <i>t&rsquo;annance<\/i>, il a une t\u00eate : tu la vois : tu meurs, <i> c&rsquo;t\u00e0djire.<\/i><\/p>\n<p> &#8211; <b><i> Yezi had !<\/i> (arr\u00eate ! )<i>.<\/i><\/b><\/p>\n<p> &#8211; <b>\u00c9coute ! Ses deux dents du haut, tu sais, elles <i>sant<\/i> \u00e0 un kilom\u00e8tre l&rsquo;une de l&rsquo;autre et elles lui sortent de la bouche par-devant. D&rsquo;ailleurs, on l&rsquo;appelle le lapin ; vampire aussi, il est un peu.<\/b><\/p>\n<p> &#8211; \u00c9coute, Kiki, tu causes si lentement que quand tu as fini ta phrase, moi j&rsquo;ai oubli\u00e9 le d\u00e9but.<\/p>\n<p><b> Kiki, en lui passant une datte<a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_Arts\/Lebatonetleauchaude.htm#_ftn1\">[1]<\/a> : <\/b><\/p>\n<p> &#8211; Et alors, y&rsquo;a pas d&rsquo;urgence ! <\/p>\n<p> Dadou, l&#8217;empoignant au cou : <\/p>\n<p> &#8211; Pas de \u00e7a ! Tu es franchement d\u00e9gueulasse ! Et <i>de d&rsquo;o\u00f9<\/i> il sort, ton Bokobza ? <\/p>\n<p> &#8211; <b><i> Schkoun n&rsquo;aref ?<\/i><\/b><b> (Qui le sait ? )<i>.<\/i> Sa m\u00e8re, Couka, une <i>putaine<\/i> de folie. C&rsquo;\u00e9tait pas le feu genre <i>kanoun<\/i> (petit fourneau en poterie) qu&rsquo;elle avait au cul ; c&rsquo;\u00e9tait un volcan en <i>\u00e9ructian<\/i>. Il n&rsquo;y avait que le TGM qui ne lui \u00e9tait pas pass\u00e9 dessus ! Alors, le p\u00e8re de Juloooot\u2026 Et l\u00e0, il va se faire la belote au caf\u00e9 de Paris avec l&rsquo;ob\u00e8se Guez de Sfax, le libraire Montefiore, et je sais plus qui.<\/b><\/p>\n<p> &#8211; Et pour le <i>shabbat<\/i>, ils font comment ? <\/p>\n<p> &#8211; Va-t&rsquo;en savoir !<\/p>\n<p> &#8211; Ah ! Un peu de vent, enfin ! <\/p>\n<p> &#8211; <b>Oui, mais, tu sens, le vent il vient de devant ; il entre dans l&rsquo;appartement par la fen\u00eatre : \u00e7a c&rsquo;est le sirocco du Sud. Il nous am\u00e8ne encore plus de chaleur ! <\/b><\/p>\n<p> &#8211; Plus que \u00e7a, pas possible !<\/p>\n<p> <b>Dadou fit un mouvement de rotation des mains ; son visage s&rsquo;\u00e9panouit dans la pl\u00e9nitude de son ahurissement. Ils \u00e9taient l\u00e0 tous les deux, Kiki et Dadou, accoud\u00e9s \u00e0 la fen\u00eatre, des fr\u00e8res peut-\u00eatre, le maillot de bain suintant entre les cuisses, m\u00e2chant du chewing-gum, souriants, berc\u00e9s par la rumeur confuse de la ville qui sortait avec peine de la l\u00e9thargie de la sieste, heureux peut-\u00eatre, puisqu&rsquo;il para\u00eet que c&rsquo;est possible. Fouett\u00e9e par l&rsquo;\u00e9t\u00e9, l&rsquo;haleine stagnante et f\u00e9tide du lac planait sur la ville. En face, sur un balcon \u00e0 balustres du second \u00e9tage, une femme secouait une nappe sur l&rsquo;avenue, puis se mit \u00e0 battre un tapis de Kairouan avec une grosse tapette. Soudain, interrompant sa besogne, elle leva les bras au ciel et, face \u00e0 la rang\u00e9e de ficus de l&rsquo;avenue, s&rsquo;\u00e9cria \u00ab\u00a0la charge est trop lououourde pour mes pauvres \u00e9paules ! Trop lououourde\u00a0\u00bb. Elle voulait faire conna\u00eetre son sort peu enviable et ainsi couper l&rsquo;herbe sous le pied du mauvais \u0153il qu&rsquo;elle entendait gronder de plus en plus fort depuis le boom des affaires de son mari. Elle abandonna vite tapis et tapette sur le balcon et regagna son appartement, rass\u00e9r\u00e9n\u00e9e. Au-dessus, un enfant faisait des bulles de savon. Le slogan de la marchande de fruits, une vieille juive \u00e9dent\u00e9e et boiteuse, s&rsquo;\u00e9leva de la rue : \u00ab\u00a0la beaut\u00e9 et la qualit\u00e9 ! La beaut\u00e9 c&rsquo;est moi et la qualit\u00e9 c&rsquo;est la marchandise ! \u00ab\u00a0Elle fut suivie du <i>populaire sandviz \u00e0 diz<\/i>\u00a0\u00bb qui proposait des sandwiches aux miettes de thon, quartiers d&rsquo;\u0153uf dur, rondelles de concombre, huile d&rsquo;olive et harissa. Sur le trottoir en plein soleil un enfant poussait un cerceau. Les bouff\u00e9es de sirocco, lourdes des relents corrompus du lac, balayaient maintenant la ville, attisaient la fournaise et soulevaient des tourbillons de poussi\u00e8re. <\/b> <\/p>\n<p> \u2026\u2026<\/p>\n<h1> Chapitre 3<\/h1>\n<p><i> Contexte: rentr\u00e9e scolaire; Nino, p\u00e8re de Nathana\u00ebl, accompagne son fils au lyc\u00e9e.<\/i><\/p>\n<p> Quand Nino referma la porte en quittant l&rsquo;appartement, le p\u00eane coulissa dans la g\u00e2che sans grincer. En sautillant de marche en marche dans l&rsquo;odeur sure de la cage d&rsquo;escalier, Nathana\u00ebl r\u00eavait de prendre l&rsquo;ascenseur, r\u00e9serv\u00e9 par mesure d&rsquo;\u00e9conomie aux occupants des \u00e9tages sup\u00e9rieurs. La silhouette blanche du hadj, intercal\u00e9e entre les taches bistre de son visage et de ses pieds nus, surgit soudain dans la p\u00e9nombre de l&rsquo;escalier. Nathana\u00ebl \u00e9vita ses yeux charbonneux surmont\u00e9s d&rsquo;une cicatrice et se rapprocha de son p\u00e8re. Seul un p\u00e8lerinage \u00e0 La Mecque conf\u00e8re l&rsquo;appellation de <i>hadj<\/i>. Dans la ville pourtant, le mot d\u00e9signait prosa\u00efquement les gardiens d&rsquo;immeuble. Son silence obstin\u00e9, sa fiert\u00e9 farouche, sa vie solitaire dans une obscure grotte quasi troglodyte encastr\u00e9e \u00e0 mi-hauteur du premier \u00e9tage renfor\u00e7ait l&rsquo;\u00e9nigme du personnage. Quand sa voix grave r\u00e9sonnait dans la cage d&rsquo;escalier, Nathana\u00ebl s&rsquo;enfermait \u00e0 clef dans les cabinets. Il le soup\u00e7onnait de collusion avec le Babaou, \u00eatre mythique et patibulaire dont ses parents le mena\u00e7aient pour le contraindre. <\/p>\n<p> La rue de Sparte, bariol\u00e9e du bleu d\u00e9lav\u00e9 des persiennes encore closes, des bandes multicolores des stores d\u00e9ploy\u00e9s sur les balcons et du linge qui s\u00e9chait au soleil, n&rsquo;\u00e9tait pas loin du\u00a0 lyc\u00e9e. Les immeubles commen\u00e7aient \u00e0 d\u00e9verser dans la ville leur coude \u00e0 coude de solitudes. Nino, feutre inclin\u00e9 sur la droite et rabattu vers l&rsquo;avant, Surfine au coin des l\u00e8vres, plissant les paupi\u00e8res pour prot\u00e9ger ses yeux des volutes de fum\u00e9e, consulta sa montre r\u00e9gl\u00e9e avec cinq minutes d&rsquo;avance ; il dit \u00e0 son fils : <\/p>\n<p> &#8211; Alors, fils, aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est le b\u00e2ton et l&rsquo;eau chaude, hein ? <\/p>\n<p> &#8211; Maman m&rsquo;a dit pareil;m\u00e9m\u00e9 aussi. \u00c7a veut dire que c&rsquo;est dur, alors ? <\/p>\n<p> &#8211; Oh ! Tu sais, la onzi\u00e8me est une classe facile.<\/p>\n<p> \u2026<\/p>\n<p> Dans la rue des Entrepreneurs, \u00e9troite et peu fr\u00e9quent\u00e9e, flottaient des remugles de pauvret\u00e9 sale. Des immondices stagnaient dans le caniveau central, offertes \u00e0 la bacchanale des moineaux et des mouches. Nathana\u00ebl redoutait d&rsquo;y croiser Na\u00efma, une vieille Arabe difforme, accabl\u00e9e d&rsquo;existence, au corps cass\u00e9 en \u00e9querre. Son tronc horizontal dans son corsage blanc se projetait vers l&rsquo;avant, \u00e0 angle droit avec sa jupe violette qui descendait jusqu&rsquo;aux chevilles. Elle marchait pieds nus, mamelles ballantes au-dessus du trottoir, regard au sol. Elle ne pouvait en d\u00e9tacher les yeux qu&rsquo;au prix d&rsquo;une grima\u00e7ante torsion du cou, insuffisante pour apercevoir la t\u00eate d&rsquo;un interlocuteur ou un coin de ciel. Malgr\u00e9 sa disgr\u00e2ce, elle gardait une allure digne. Nathana\u00ebl n&rsquo;y \u00e9tait pas sensible ; pour lui c&rsquo;\u00e9tait une sorci\u00e8re et elle le terrifiait. Il avait h\u00e2te de quitter la ruelle teigneuse.<\/p>\n<p> Fumant Surfine sur Surfine, Nino glissait de temps \u00e0 autre sa main entre la chemise et le cou de l&rsquo;enfant, pour s&rsquo;assurer qu&rsquo;il ne transpirait pas car un vent aigrelet soufflait ce matin-l\u00e0. <\/p>\n<p> \u2212  Tu n&rsquo;as pas froid, fils ? Assez couvert ? Il ne manquerait plus que tu m&rsquo;attrapes une <i>bendada<\/i> (une cr\u00e8ve) dans ce\u00a0 lyc\u00e9e qui fourmille de courants d&rsquo;air. Je l&rsquo;ai connu avant toi, tu sais. <\/p>\n<p> \u2026\u2026<\/p>\n<p> <b>Chapitre 7<\/b><\/p>\n<p><i> Contexte: Nathana\u00ebl part prochainement faire ses \u00e9tudes m\u00e9dicales \u00e0 Paris.<\/i><\/p>\n<p> Ne pas quitter le pays sans revoir Raouad, y vivre, d&rsquo;une aube \u00e0 l&rsquo;autre. Y vivre et s&rsquo;y baigner nu, sentir encore la main l\u00e9g\u00e8re de l&rsquo;\u00e9t\u00e9 passer sur son corps et, solitaire, \u00e9couter \u00e0 nouveau la jubilation de la mer. Y pisser nu, le jet \u00e0 la face du soleil. Y compter les fourmis en colonnes sans fin. S&rsquo;y livrer sans r\u00e9serve, \u00e9tancher sa soif de jouissance de sa nudit\u00e9 immerg\u00e9e. La t\u00eate \u00e0 perte de souffle entre la surface dansante de l&rsquo;eau et le lent tremblement de la lumi\u00e8re sur le fond de sable, il nageait vite et ses brasses faisaient onduler sa chevelure vers l&rsquo;arri\u00e8re. En quittant la mer \u00e0 pas lents, il embrassa du regard la plage \u00e9tal\u00e9e \u00e0 perte de vue, sable et mer regardant l&rsquo;orient ; l&rsquo;horizon parfait, vide, imperceptiblement courbe, sans au-del\u00e0 imaginable, un horizon de bout du monde. L\u00e0, sur cette plage m\u00e8re, noces de la terre, du ciel, du soleil et de la mer, le ronronnement de la turbine qui rongeait son \u00e2me faisait silence. La mer o\u00f9 viennent finir les fleuves et se cacher le soleil \u00e9talait sous les yeux de l&rsquo;adolescent, presque un enfant encore, sa jeunesse \u00e9ternelle, \u00e9ternellement soulev\u00e9e de vagues qui, s&rsquo;effa\u00e7ant inexorablement en recourbant l&rsquo;\u00e9cume de leur cr\u00eate, pour rena\u00eetre aussit\u00f4t, tiennent le d\u00e9compte des heures. Il est des instants qui ne doivent pas passer.<\/p>\n<p> <b>Chapitre 9<\/b><\/p>\n<p> A Paris <\/p>\n<p><i> Contexte: Nathana\u00ebl lit dans le m\u00e9tro, une lettre de son ami Zizo Z\u00e9rah. La lettre fait suite \u00e0 une conversation o\u00f9 Nathana\u00ebl n&rsquo;avait pas montr\u00e9 de nostalgie excessive \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de la Tunisie et fait \u00e9tat de son ath\u00e9isme.<\/i><\/p>\n<p><i> Nathana\u00ebl, <\/i><\/p>\n<p><i> La religion, c&rsquo;est personnel ; mais pour le reste, j&rsquo;ai besoin d&rsquo;\u00e9claircissements. Explique-moi.<\/i><\/p>\n<p><i> Ce pays de sable, de caps et de golfes, de cr\u00e9puscules soudains, de mouches et de moustiques, d&rsquo;\u00e9manations naus\u00e9abondes et d&rsquo;ar\u00f4mes magiques, de siestes torrides aux couleurs pr\u00e9cises chuchotantes \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt du plaisir, de gourbis et de mendiants, de femmes secr\u00e8tes sous leur voile se faufilant sous les vo\u00fbtes de ruelles tortueuses, d&rsquo;enfants aveugles, de taches blanches jet\u00e9es aux cimeti\u00e8res musulmans en pente douce vers la mer, d&rsquo;\u00e9cheveaux de langues et d&rsquo;\u00eatres que l&rsquo;histoire aveugle m\u00e9lange puis dissocie et disperse, est-ce bien l\u00e0 qu&rsquo;\u00e0 ton commencement tu as trac\u00e9 ton sillon ? Est-ce bien l\u00e0 que vivent encore tes parents ? Peut-on bannir la plus inali\u00e9nable part de soi-m\u00eame ? Suffit-il, pour se d\u00e9partir de la gl\u00e8be o\u00f9 le sort t&rsquo;a jet\u00e9, de fermer la porte du jardin derri\u00e8re toi et de balancer tout \u00e7a par-dessus un pont en attendant qu&rsquo;il se noie dans la Manche ou l&rsquo;Atlantique (je ne sais pas, j&rsquo;ai fait l&rsquo;impasse sur les fleuves de France ; ils ont trop d&rsquo;affluents) ? Est-ce une d\u00e9cision d\u00e9lib\u00e9r\u00e9e, ou la France t&rsquo;a-t-elle insidieusement envo\u00fbt\u00e9 par anticipation ?<\/i><\/p>\n<p><i> \u00ab\u00a0Quoi ! Vous ne perdrez point cette cruelle envie ?\u00a0\u00bb <\/i><\/p>\n<p><i> Tibi<\/i><\/p>\n<p><i> Zizo<\/i><\/p>\n<p> Nathana\u00ebl leva les yeux. Station Vavin. Il est unique, ce Zizo, pensa-t-il ! Il parle comme Julot Bokobza et <\/p>\n<div>\n<hr\/>\n<div>\n<p><b> <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_Arts\/Lebatonetleauchaude.htm#_ftnref1\"> [1]<\/a> Geste obsc\u00e8ne consistant \u00e0 appliquer le m\u00e9dius fl\u00e9chi dans la raie des fesses, \u00e0 hauteur de l&rsquo;anus.<\/b><\/p>\n<p><b>Robert Modigliani <\/b><\/p>\n<p><a href=\"mailto:modibob@noos.fr\">modibob@noos.fr<\/a> <\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le b\u00e2ton et l&rsquo;eau chaude Texte de pr\u00e9sentation du livre C&rsquo;est au son des vagues d\u00e9ferlant sur la plage du Kram, dans la villa de sa grand-m\u00e8re, que na\u00eet Nathana\u00ebl au sein d&rsquo;une famille juive de Tunis, \u00e0 la fin des ann\u00e9es trente. Il grandit entre une m\u00e8re tounsi, d&rsquo;une bienveillance universelle et un p\u00e8re&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":0,"featured_media":30072,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[493],"tags":[],"class_list":["post-29464","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-arts"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29464","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=29464"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29464\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":30344,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/29464\/revisions\/30344"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/30072"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=29464"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=29464"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=29464"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}