{"id":29501,"date":"2026-09-30T15:47:44","date_gmt":"2026-09-30T15:47:44","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=29501"},"modified":"2026-09-30T15:47:44","modified_gmt":"2026-09-30T15:47:44","slug":"lhistoire-de-la-ceramique-des-chemla-par-andre-chemla","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lhistoire-de-la-ceramique-des-chemla-par-andre-chemla\/","title":{"rendered":"L&rsquo;HISTOIRE DE LA C\u00c9RAMIQUE DES CHEMLA, par Andre Chemla"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><b><\/p>\n<p> R\u00e9dig\u00e9e par Andr\u00e9 Chemla, c\u00e9ramiste <\/p>\n<p> A mon Grand P\u00e8re Jacob Chemla <br \/> Homme tenace \u00e0 la volont\u00e9 de fer, allant jusqu&rsquo;au bout de ses projets quelque peu insens\u00e9s, et qui, relevant ce d\u00e9fi, arriva apr\u00e8s bien des vicissitudes \u00e0 r\u00e9nover l&rsquo;art de la c\u00e9ramique Tunisienne. <\/p>\n<p> A mon P\u00e8re Victor Chemla <br \/> Qui a \u00e9t\u00e9 mon ma\u00eetre, qui a su m&rsquo;initier \u00e0 cet art si difficile mais tellement passionnant, travailleur acharn\u00e9, technicien incomparable tant sur le plan professionnel que sur le plan artistique, d&rsquo;un humanisme et d&rsquo;une gentillesse l\u00e9gendaire. <\/p>\n<p> A mes Oncles Albert &amp; Mo\u00efse Chemla <br \/> Qui ont pris part \u00e0 cette Aventure \u00e9tonnante avec la volont\u00e9 et la rage qui ont fait l&rsquo;apanage de tous les Chemla, et le don hors du commun de d\u00e9corateur de l&rsquo;Oncle \u00a0\u00bb Mouche \u00a0\u00bb qui a cr\u00e9\u00e9 la plupart des dessins et d\u00e9cors de la \u00a0\u00bb Poterie d&rsquo;Art \u00ab\u00a0. <\/p>\n<p> Je le d\u00e9die \u00e9galement \u00e0 mes Enfants : Franck Ha\u00ef Victor Robin et Delphine Elise, \u00e0 mes Petits-Enfants : Ruben, Pinhas, Benyamin, Elodie et Pauline et mon Arri\u00e8re Petit-Fils Yeouda, afin qu&rsquo;ils ne puissent m\u00e9conna\u00eetre l&rsquo;Histoire et l&rsquo;Aventure de trois g\u00e9n\u00e9rations de c\u00e9ramistes passionn\u00e9s qui se sont totalement investis dans ce m\u00e9tier plein d&#8217;emb\u00fbches, de tracas et de soucis, mais qui leur aura aussi apport\u00e9 des moments d&rsquo;excitation et de satisfaction incomparables. <\/p>\n<p> Cet ouvrage n&rsquo;est ni un livre, ni un roman, mais plut\u00f4t un compte- rendu le plus objectif possible sur la c\u00e9ramique des Chemla. <\/p>\n<p> Il m&rsquo;a \u00e9t\u00e9 difficile de d\u00e9velopper la partie relative \u00e0 la p\u00e9riode de Tunis et de l&rsquo;avant-guerre par manque de documentation, mais j&rsquo;esp\u00e8re avoir fourni l&rsquo;essentiel de notre Histoire. <\/p>\n<p> Paris Octobre 2002. <\/p>\n<p> Andr\u00e9 Chemla <\/p>\n<p> Le pr\u00e9curseur fut JACOB (fils de HAI CHEMLA et de HANAH COHEN BOULAKIA) n\u00e9 en 1857 et d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 1938 \u00e0 l&rsquo;age de 81 ans. <\/p>\n<p> Il se maria avec RACHEL NATAF et ils eurent quatre enfants : JULIE (d\u00e9c\u00e9d\u00e9e en 1912 \u00e0 l&rsquo;age de 21 ans ), VICTOR (1892\u20131954), ALBERT (1894-1963 ) et MOISE dit MOUCHE (1897-1978). <\/p>\n<p> A l&rsquo;arriv\u00e9e des fran\u00e7ais en 1881, lorsque le Protectorat se mit en place, il s&rsquo;agissait pour le gouvernement fran\u00e7ais de cr\u00e9er une administration \u00e0 l&rsquo;image de celle existant dans la m\u00e9tropole. Plusieurs architectes furent sollicit\u00e9s pour construire les diff\u00e9rents minist\u00e8res (Palais de justice, Minist\u00e8re des finances, Minist\u00e8re de l&rsquo;agriculture, etc\u2026). <\/p>\n<p> Ces grands architectes ont voulu donner \u00e0 ces r\u00e9alisations un cachet oriental avec des rev\u00eatements de carreaux et de panneaux semblables \u00e0 ceux qui d\u00e9corent le Palais du Bardo, la mosqu\u00e9e de Kairouan et plusieurs belles demeures Tunisiennes. <\/p>\n<p> Malheureusement, il n&rsquo;existait plus alors en Tunisie aucune entreprise artisanale, ni d&rsquo;artisans capables de recr\u00e9er les superbes c\u00e9ramiques de Qallaline du 17\u00e8me et 18\u00e8me si\u00e8cle de l&rsquo;\u00e9poque Ottomane. <\/p>\n<p> En 1881, M. Saladin, architecte de l&rsquo;Office Postal, charg\u00e9 de la restauration du Palais du Bardo, dut la mort dans l&rsquo;\u00e2me faire appel \u00e0 la fabrication europ\u00e9enne pour couvrir des surfaces murales qu&rsquo;il e\u00fbt souhait\u00e9 voir rev\u00eatues d&rsquo;authentiques carreaux arabes <\/p>\n<p> Jacob Chemla \u00e9tait un homme s\u00e9v\u00e8re, \u00e9rudit et conscient du prix de la r\u00e9ussite. Ouvert \u00e0 tout et \u00e0 tous, il touchait avec bonheur \u00e0 toutes les formes d&rsquo;art et de cr\u00e9ation, oukil (avocat aupr\u00e8s du tribunal Rabbinique de Tunis), \u00e9crivain de talent (il avait \u00e9crit des pi\u00e8ces de th\u00e9\u00e2tre dont \u00a0\u00bb Amour et Malice \u00ab\u00a0, journaliste (il avait traduit de l&rsquo;italien, qu&rsquo;il ma\u00eetrisait parfaitement, \u00a0\u00bb Le Comte de Monte-Cristo \u00ab\u00a0, qu&rsquo;il faisait para\u00eetre sous forme de feuilleton dans une revue en jud\u00e9o-arabe), il traduisit aussi en jud\u00e9o-arabe Cervant\u00e8s et s&rsquo;essayait \u00e9galement aux traductions de textes fran\u00e7ais en arabe et en jud\u00e9o-arabe. Toujours \u00e0 l&rsquo;aff\u00fbt d&rsquo;informations et d&rsquo;innovations, curieux de tout, il se prit d&rsquo;amiti\u00e9 avec les architectes Saladin, Roy, Blondel, Sadoux et surtout Rapha\u00ebl Guy qui lui firent part de leur d\u00e9sarroi et de leur d\u00e9ception de ne pouvoir d\u00e9corer toutes ces nouvelles administrations. <\/p>\n<p> Jacob Chemla, sans jamais avoir fait le moindre m\u00e9tier de potier ou de c\u00e9ramique, promit \u00e0 ses nouveaux amis de r\u00e9soudre leur probl\u00e8me. <\/p>\n<p> Il installa Place des Potiers \u00e0 Tunis un atelier, il y construisit un four arabe \u00e0 flamme directe suivant des plans archa\u00efques qu&rsquo;il releva dans des livres tr\u00e8s anciens, et les cascades d&rsquo;ennuis, de probl\u00e8mes et de catastrophes se succ\u00e9d\u00e8rent \u00e0 un rythme acc\u00e9l\u00e9r\u00e9. Apr\u00e8s bien des t\u00e2tonnements, car la t\u00e2che \u00e9tait ardue, il obtint quelques r\u00e9sultats. <\/p>\n<p> Plus les difficult\u00e9s apparaissaient, plus Jacob s&rsquo;obstinait, et plus sa fortune fondait comme neige au soleil. Des fourn\u00e9es enti\u00e8res \u00e9taient br\u00fbl\u00e9es ou sous-cuites, les \u00e9maux et les couleurs ne r\u00e9ussissaient gu\u00e8re, parfois elles boursouflaient ou alors elles coulaient ou se d\u00e9lavaient. <\/p>\n<p> Apr\u00e8s un travail acharn\u00e9 et avec une obstination rare, Jacob trouva enfin ce qu&rsquo;il avait tellement cherch\u00e9 : de magnifiques carreaux aux couleurs chatoyantes lui apparurent enfin. Ils \u00e9taient tr\u00e8s proches des anciens \u00e9maux, car, comme les anciens, Jacob n&rsquo;avait utilis\u00e9 que des produits locaux (sable de M\u00e9grine pour la silice, cuivre, \u00e9tain et plomb \u00e9taient oxyd\u00e9s et broy\u00e9s sur place). <\/p>\n<p> Donc, Jacob Chemla \u00e9tant compl\u00e8tement ruin\u00e9, son fils a\u00een\u00e9 Victor d\u00fbt quitter l&rsquo;\u00e9cole \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 13 ans pour aider la famille qui traversait une p\u00e9riode tr\u00e8s dure : sa fille Julie tomba malade et contracta la tuberculose, les frais m\u00e9dicaux tr\u00e8s on\u00e9reux absorb\u00e8rent les derniers francs de Jacob. <\/p>\n<p> Il faut dire que ce choix fut la perte du bien-\u00eatre mat\u00e9riel de cet homme passionn\u00e9 et de celui de sa famille. <\/p>\n<p> Victor \u00e9tait le chimiste et technicien c&rsquo;est lui qui d&rsquo;une mani\u00e8re plus moderne et plus rationnelle parvint un jour avec son p\u00e8re \u00e0 ma\u00eetriser la fabrication des \u00e9maux, \u00e0 r\u00e9ussir les cuissons et \u00e0 am\u00e9liorer la technique, il \u00e9tait \u00e9galement un bon d\u00e9corateur et signait ses pi\u00e8ces par une fleur . <\/p>\n<p> Les pi\u00e8ces artistiques de cette \u00e9poque firent rapidement l&rsquo;admiration des tunisiens, puis celle de leurs voisins des pays frontaliers : Alg\u00e9rie, \u00c9gypte, Libye. <\/p>\n<p> Jacob ne pouvant plus assurer les \u00e9tudes de ses deux autres fils, il les fit participer \u00e0 ses projets. <\/p>\n<p> Albert, son deuxi\u00e8me fils, \u00e9tait dou\u00e9 pour le commerce ; homme de contact, il suivait la derni\u00e8re mode occidentale. C&rsquo;\u00e9tait le \u00a0\u00bb public-relations \u00a0\u00bb de la famille (il quitta plus tard l&rsquo;entreprise familiale pour s&rsquo;\u00e9tablir \u00e0 Alger, o\u00f9 il s&rsquo;engagea avec succ\u00e8s dans diverses importantes affaires commerciales ) ; il participa aussi \u00e0 la d\u00e9coration de nombreuses pi\u00e8ces de poteries, de panneaux et de carreaux, il signait ses pi\u00e8ces d&rsquo;un petit chat \u00e0 l&rsquo;allure humoristique. <\/p>\n<p> Le troisi\u00e8me fils de Jacob Chemla, Mo\u00efse (dit Mouche), \u00e9tait un d\u00e9corateur hors pair ; il excellait de fa\u00e7on remarquable dans tous les genres de d\u00e9cors : panneaux muraux, grandes jarres d\u00e9cor\u00e9es, calligraphie arabe, mais il y ajouta son talent pour transformer l&rsquo;esprit et l&rsquo;influence du r\u00e9pertoire turc, persan et tunisien ce qui fait qu&rsquo;il \u00e9tait ais\u00e9 de reconna\u00eetre facilement le style Chemla (Mouche signait d&rsquo;un petit poisson stylis\u00e9). <\/p>\n<p> Mais la situation financi\u00e8re devenant de plus en plus catastrophique, on \u00e9tait tr\u00e8s loin des r\u00eaves grandioses qu&rsquo;avait caress\u00e9s Jacob. Il quitta la place des potiers pour cr\u00e9er une association \u00e0 Nabeul (ville situ\u00e9e \u00e0 50 kilom\u00e8tres de Tunis) o\u00f9 il existait de nombreux potiers, fabriquant des c\u00e9ramiques grossi\u00e8res et ordinaires, utilitaires ; il voulait y faire participer des artisans et apprentis \u00e0 la cr\u00e9ation de c\u00e9ramiques artistiques de qualit\u00e9. <\/p>\n<p> Il n&rsquo;arrivera pas \u00e0 mener \u00e0 bien ce nouveau projet car la subvention promise par le gouvernement ne fut jamais vers\u00e9e. Ce fut provisoirement la fin de l&rsquo;aventure, il \u00e9tait question que les enfants reviennent \u00e0 leurs \u00e9tudes ou entrent dans la vie active sous d&rsquo;autres horizons. Ce furent des heures de doute et de d\u00e9sespoir, o\u00f9 la mis\u00e8re s&rsquo;\u00e9tait install\u00e9e dans le foyer. <\/p>\n<p> Heureusement, Monsieur Guy vint au secours ; connaissant le talent des Chemla, et ayant la certitude de la r\u00e9ussite de l&rsquo;entreprise, il tenta de nouveaux efforts aupr\u00e8s du gouvernement, sans r\u00e9sultats. Et c&rsquo;est sur ses propres deniers qu&rsquo;il permit finalement \u00e0 Jacob de subsister. <\/p>\n<p> C&rsquo;est alors que quelques industriels de Tunis, amis de Jacob, l&rsquo;aid\u00e8rent \u00e0 s&rsquo;installer Route de la Goulette. <\/p>\n<p> Puis sept ann\u00e9es pass\u00e8rent, sept longues ann\u00e9es durant lesquelles aucune personnalit\u00e9 gouvernementale ne fit la moindre visite et n&rsquo;apporta une aide quelconque. De son c\u00f4t\u00e9, Monsieur Guy en fut r\u00e9duit \u00e0 obliger des clients personnels \u00e0 utiliser les c\u00e9ramiques de Jacob : et, gr\u00e2ce \u00e0 son obstination, la Gare de Bizerte fut d\u00e9cor\u00e9e par des carrelages Chemla, mais le rel\u00e8vement permis par ce travail fut \u00e0 peine sensible. <\/p>\n<p> Le R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral de France semblait s&rsquo;int\u00e9resser \u00e0 l&rsquo;art de la c\u00e9ramique tunisienne, mais apr\u00e8s bien des discours et des promesses verbales, \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, il n&rsquo;y eut aucune concr\u00e9tisation, jamais, jamais. <\/p>\n<p> Durant ces ann\u00e9es si difficiles, Jacob, aid\u00e9 de son fils a\u00een\u00e9 Victor, poussait de plus en plus son art, la technique s&rsquo;am\u00e9liorait de jour en jour et gagnait en certitude, les choses \u00e9taient enfin au point. <\/p>\n<p> H\u00e9las ! trois fois H\u00e9las ! La grande guerre de 1914 survint&#8230; <\/p>\n<p> Avec la Guerre, in\u00e9vitablement, les rares commandes cessent. Les associ\u00e9s de Jacob d&rsquo;alors ne veulent plus entendre parler de nouveaux frais. Ils ont en mains le meilleur de l&rsquo;\u0153uvre des Chemla , mais se soucient peu du caract\u00e8re sentimental de cette affaire. Ils licencient la presque totalit\u00e9 des ouvriers, bien qu&rsquo;ils soient tous excellents et form\u00e9s apr\u00e8s tant d&rsquo;efforts, et engagent Jacob et Cie \u00e0 chercher d&rsquo;autres emplois. <\/p>\n<p> Cette fois encore, la fatalit\u00e9 les prenait \u00e0 la gorge. <\/p>\n<p> Et une fois de plus, M. Guy s&rsquo;obstina. A aucun prix, il ne voulut consentir \u00e0 un arr\u00eat de la fabrication des c\u00e9ramiques Chemla ; il recommen\u00e7a en son nom des d\u00e9marches aupr\u00e8s de Gouvernement qui lui promit une fois de plus son aide, mais une aide qui serait efficace. <\/p>\n<p> M. Guy revint tout confiant, Jacob quitta ses associ\u00e9s, leur abandonnant tout : actif, passif, et inventaire de toute garantie. <\/p>\n<p> Quelles \u00e9taient les promesses du Gouvernement, et que valaient-elles ? <\/p>\n<p> Elles \u00e9taient : <\/p>\n<p> 1\u00b0 Payer le loyer d&rsquo;une usine artisanale pour la fabrication des produits Chemla. <\/p>\n<p> 2\u00b0 Aider l&rsquo;usine p\u00e9cuniairement, par une large subvention . <\/p>\n<p> Que valaient-elles ?? <\/p>\n<p> Rien, moins que rien, puisque aucune promesse ne fut tenue. <\/p>\n<p> C&rsquo;est \u00e0 ce moment qu&rsquo;un grand malheur frappa la famille Chemla : la fille a\u00een\u00e9e de Jacob, Julie qui souffrait de la tuberculose vint \u00e0 mourir. Jacob, d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9, se culpabilisa en pensant qu&rsquo;il n&rsquo;avait pas toujours eu les moyens de nourrir sa fille pour la fortifier et l&rsquo;aider \u00e0 lutter contre cette redoutable maladie. Toute la famille fut constern\u00e9e. Jacob ne voulait plus rien entreprendre, ce deuil qui le frappait si durement lui enleva toute volont\u00e9. Son \u00e9pouse Rachel sombra dans une profonde d\u00e9pression dont elle ne se releva jamais. Elle mourut quelques ann\u00e9es plus tard de chagrin et de d\u00e9sespoir. <\/p>\n<p> Jacob devint veuf. Il engagea une femme, Ma\u00efcha, avec ses deux filles, Rachel et Aim\u00e9e ; celle-ci devint une tr\u00e8s grande d\u00e9coratrice en travaillant \u00e0 la Poterie. <\/p>\n<p> C&rsquo;\u00e9tait de braves gens, qui s&rsquo;occup\u00e8rent de Jacob avec d\u00e9vouement et affection jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort. Ma\u00efcha s&rsquo;\u00e9teignit \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 95 ans \u00e0 Bercheva en Isra\u00ebl. Un jour Andr\u00e9 rencontra \u00e0 l&rsquo;occasion d&rsquo;une f\u00eate familiale la fille de Aim\u00e9e, Michoue Bellilis ; il fut frapp\u00e9 par sa ressemblance avec sa m\u00e8re, ils \u00e9chang\u00e8rent des histoires sur leurs familles et depuis ils ont gard\u00e9s d&rsquo;excellentes relations. Ce fut d&rsquo;ailleurs Michoue, conseill\u00e8re juridique et fiscale, qui s&rsquo;occupa de la vente du fond d&rsquo;Andr\u00e9 quand il prit sa retraite. <\/p>\n<p> Ce fut alors Victor qui releva le d\u00e9fi ; il remua ciel et terre ; et confiant, il avait trouv\u00e9 la disponibilit\u00e9 d&rsquo;une Usine (celle d&rsquo;ailleurs o\u00f9 ils exerc\u00e8rent leur art jusqu&rsquo;\u00e0 la fin des ann\u00e9es 58, o\u00f9 l&rsquo;activit\u00e9 s&rsquo;\u00e9teignit d\u00e9finitivement). <\/p>\n<p> Le propri\u00e9taire de cette nouvelle usine exigea un loyer d&rsquo;avance, soit 3000 francs. ainsi qu&rsquo;une caution de plusieurs milliers de francs. C&rsquo;\u00e9tait beaucoup trop lourd et \u00e0 nouveau les beaux r\u00eaves allaient s&rsquo;envoler. <\/p>\n<p> Tout de m\u00eame, M. Guy s&rsquo;obstina vers la r\u00e9ussite, et s&rsquo;entourant de l&rsquo;appui d&rsquo;un ancien Tr\u00e9sorier G\u00e9n\u00e9ral, et du Colonel Flick, ancien Pr\u00e9sident du conseil de Guerre, M. Guy avec son beau courage habituel r\u00e9clama \u00e0 plusieurs instances, aux Services Economiques et Indig\u00e8nes et \u00e0 la Direction de l&rsquo;Enseignement l&rsquo;aide promise, et non r\u00e9alis\u00e9e. <\/p>\n<p> Pour toute r\u00e9ponse, il entendit : nous ne pouvons tenir aucun engagement, c&rsquo;est la guerre. Le seul moyen de soutenir les Chemla est de leur accorder une subvention annuelle de 500 francs. <\/p>\n<p> D\u00e9cid\u00e9 \u00e0 ne pas \u00e9chouer si pr\u00e8s du but, Monsieur Guy, toujours en avant, t\u00e9l\u00e9graphia donc \u00e0 une de ses connaissances am\u00e9ricaines, Miss B.B. Hooker, \u00e0 laquelle il demanda d&rsquo;entrer en relations commerciales avec les Chemla, la priant de prendre des commandes aupr\u00e8s d&rsquo;architectes am\u00e9ricains de la c\u00f4te ouest des Etats-Unis, friands de carreaux d\u00e9coratifs de style Hispano-Mauresque. Il demanda aussi \u00e0 Miss Hooker de verser une avance sur l&rsquo;ex\u00e9cution des commandes. <\/p>\n<p> Miss Hooker consentit en avan\u00e7ant la somme de 5.000 francs. <\/p>\n<p> Il fallait, pour en finir, indemniser les ouvriers cong\u00e9di\u00e9s par les ex associ\u00e9s ; Miss Hooker exp\u00e9dia donc trois mille autres francs. <\/p>\n<p> Avec ces premi\u00e8res sommes, ils purent payer au propri\u00e9taire de l&rsquo;usine 6 mois de loyer d&rsquo;avance, et ils commenc\u00e8rent la construction d&rsquo;un premier four . <\/p>\n<p> Cependant un malheur plus grand, plus irr\u00e9parable que nul autre devait les accabler cette ann\u00e9e l\u00e0. Monsieur Guy, leur Ange Gardien, leur soutien, leur R\u00e9chauffeur d&rsquo;enthousiasme (comme ils disent) tomba malade et s&rsquo;alita pour ne plus se relever. Lui qui, le premier, fut le partisan acharn\u00e9 de la r\u00e9novation des Arts Indig\u00e8nes, il disparut en pleine maturit\u00e9, \u00e0 la force de l&rsquo;\u00e2ge, sans avoir eu le bonheur de voir la r\u00e9ussite d&rsquo;un art auquel il avait donn\u00e9 sa foi toute enti\u00e8re. <\/p>\n<p> Quelques jours avant sa mort, il leur disait \u00a0\u00bb Je vais mourir, avec le regret de vous avoir pouss\u00e9 vers un art ingrat, et mourir, trop t\u00f4t, sans avoir vu votre r\u00e9ussite, dont je suis certain, r\u00e9ussite fille de mes conceptions et de mes certitudes. Je l&rsquo;ai pourtant promis \u00e0 votre P\u00e8re, cette r\u00e9ussite. H\u00e9las ! la mort ne me permettra pas d&rsquo;atteindre le but, celui que je vous avais destin\u00e9. Mon plus grand regret sera qu&rsquo;apr\u00e8s ma mort le Gouvernement restera toujours le Gouvernement, c&rsquo;est-\u00e0-dire qu&rsquo;il continuera de promettre sans jamais tenir ; si cela vous est possible, continuez votre \u0153uvre jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de vos moyens, je suis certain de votre r\u00e9ussite, et souvenez-vous de moi \u00ab\u00a0. <\/p>\n<p> Quelques jours plus tard, Monsieur Guy succombait, sa mort laissa la famille Chemla d\u00e9sempar\u00e9e et sans courage. Mais tout de m\u00eame, le m\u00eame jour un nouveau four \u00e9tait cuit et pleinement r\u00e9ussi, mais toutes leurs ressources \u00e9taient \u00e9puis\u00e9es. <\/p>\n<p> La famille Chemla n&rsquo;oublia jamais les bienfaits de Monsieur Guy, ils fleurirent sa tombe chaque ann\u00e9e lors des f\u00eates de la Toussaint. <\/p>\n<p> C&rsquo;est \u00e0 ce moment-l\u00e0 qu&rsquo;arriv\u00e8rent les 3.000 F de Miss Hooker ; presque en m\u00eame temps, Madame Guy, fid\u00e8le aux aspirations de son cher \u00e9poux d\u00e9funt, pr\u00e9leva sur sa modeste fortune un millier de francs qu&rsquo;elle leur pr\u00eata au nom de leur ami regrett\u00e9. <\/p>\n<p> Ces sommes leur permettaient de continuer leurs efforts et de poursuivre leur marche vers une r\u00e9alisation plus compl\u00e8te de l&rsquo;art de la c\u00e9ramique et de la poterie tunisienne. <\/p>\n<p> Jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent, on peut dire que si, parfois, le hasard s&rsquo;est montr\u00e9 un tant soit peu favorable et propice, jamais la chance ne leur a souri avec continuit\u00e9. Pour quelques rayons d&rsquo;espoir ensoleill\u00e9s, que d&rsquo;orages et que de jours sans entrain et d&rsquo;heures de doute et d&rsquo;angoisse. <\/p>\n<p> Tout comme l&rsquo;avait pr\u00e9dit M. Guy, les commandes commenc\u00e8rent \u00e0 affluer, Miss Hooker, affect\u00e9e par le d\u00e9c\u00e8s de son Grand Ami jura la pleine r\u00e9ussite de l&rsquo;entreprise et commen\u00e7a \u00e0 envoyer des ordres de commandes de plus en plus nombreux. Ce fut le d\u00e9but de la grande Aventure Am\u00e9ricaine. <\/p>\n<p> De grosses entreprises de n\u00e9goce de New-York commenc\u00e8rent \u00e0 importer des carrelages d\u00e9cor\u00e9s main, des panneaux de diff\u00e9rentes dimensions et diverses poteries. <\/p>\n<p> Ces articles firent fureur et furent de plus en plus demand\u00e9s. Il fallait faire de gros investissements pour r\u00e9pondre \u00e0 ce flot de commandes, les Chemla furent oblig\u00e9s de prendre de nouveaux associ\u00e9s, dont la briqueterie des Fr\u00e8res Bella\u00efche et Gozlan, et l&rsquo;entreprise s&rsquo;appela d\u00e9sormais Bella\u00efche et Chemla (on peut encore de nos jours voir \u00e0 l&rsquo;Ambassade du Royaume Uni, Porte de France \u00e0 Tunis, dont toute la d\u00e9coration int\u00e9rieure et ext\u00e9rieure fut r\u00e9alis\u00e9e \u00e0 cette \u00e9poque, une plaque sur laquelle est port\u00e9e la signature \u00a0\u00bb Bella\u00efche et Chemla \u00ab\u00a0). <\/p>\n<p> Au niveau local, il y eut la d\u00e9coration, lors de sa r\u00e9novation, de la Grande Synagogue de la Hara de Tunis, o\u00f9 l&rsquo;on pouvait admirer de magnifiques panneaux Chemla (malheureusement apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance de la Tunisie, une d\u00e9cision stupide et criminel ordonna la destruction de cet \u00e9difice, patrimoine des Juifs de Tunis). On peut \u00e9galement admirer encore \u00e0 Djerba une petite Synagogue d\u00e9cor\u00e9e avec go\u00fbt et amour par Jacob Chemla, le b\u00e2timent a \u00e9t\u00e9 class\u00e9 au patrimoine mondial de l&rsquo;humanit\u00e9 par l&rsquo;UNESCO. Il a \u00e9t\u00e9 demand\u00e9 \u00e0 Andr\u00e9 Chemla (c\u00e9ramiste et petit-fils de Jacob) de r\u00e9nover de nombreux carrelages manquants. <\/p>\n<p> Pour en revenir \u00e0 l&rsquo;Aventure Am\u00e9ricaine, Miss Hooker refusa l&rsquo;association avec les Bella\u00efche, elle passa de tr\u00e8s grosses commandes en faisant des avances importantes pour apporter de l&rsquo;oxyg\u00e8ne dans la tr\u00e9sorerie des Chemla. Les Bella\u00efche quitt\u00e8rent la soci\u00e9t\u00e9 qui s&rsquo;appellera d\u00e9sormais \u00a0\u00bb La Poterie D&rsquo;art, Les FILS DE J. CHEMLA \u00ab\u00a0, sise au 32 route du Bardo (pr\u00e8s Tunis). Il fut d\u00e9cid\u00e9 de construire deux autres fours et l&rsquo;usine compta jusqu&rsquo;\u00e0 72 d\u00e9corateurs. <\/p>\n<p> D&rsquo;Afrique du Nord aussi les commandes arriv\u00e8rent en masse, il y eut la d\u00e9coration de la Gare de Philippeville, de l&rsquo;H\u00f4tel Saint-Georges et du Palais du Gouverneur \u00e0 Alger. <\/p>\n<p> Ils firent de nombreuses Expositions : \u00e0 Marseille en 1922 o\u00f9 ils eurent le Grand Prix de l&rsquo;Exposition Coloniale, \u00e9galement le Grand Prix des \u00a0\u00bb Arts D\u00e9coratifs \u00a0\u00bb de Paris 1925, et ils furent membres du jury \u00e0 l&rsquo;Exposition Internationale de Paris en 1931 . <\/p>\n<p> Les am\u00e9ricains demand\u00e8rent de plus en plus de produits Chemla, les villas de nombreuses grandes stars de Hollywood furent d\u00e9cor\u00e9es, ainsi que le palais de justice de Santa-Barbara et le th\u00e9atre d&rsquo;Arlygton en Californie. Certains commer\u00e7ants de la c\u00f4te Ouest des Etats-Unis se d\u00e9plac\u00e8rent jusqu&rsquo;\u00e0 Tunis pour obtenir des c\u00e9ramiques Chemla ; il faut s&rsquo;imaginer ce qu&rsquo;\u00e9tait un voyage pareil dans les ann\u00e9es 1927 : il fallait traverser le pays d&rsquo;ouest en est par le train, puis prendre ensuite un paquebot Transatlantique New-York-Le Havre, faire le Havre-Marseille en chemin de fer et enfin la travers\u00e9e Marseille-Tunis en bateau. Tout cela \u00e9tait tr\u00e8s long et tr\u00e8s co\u00fbteux, et lorsque le malheureux commer\u00e7ant au terme de ce dur voyage s&rsquo;entendait dire qu&rsquo;il ne pouvait pas lui \u00eatre livr\u00e9 plus de trois \u00e0 quatre mille carreaux par mois, il disait souvent avec son inimitable accent am\u00e9ricain \u00a0\u00bb Mais, Messieurs les Fr\u00e8res Chemla, cela ne paye m\u00eame pas le prix de mon voyage !\u00a0\u00bb. <\/p>\n<p> Donc, ce succ\u00e8s fut immense, mais malheureusement comme toujours dans l&rsquo;histoire de cette famille, ce ne fut que de courte dur\u00e9e, car la grande crise de 1929 et le Crash de Wall Street mirent fin d\u00e9finitivement au commerce avec l&rsquo;Am\u00e9rique. Il y eut une modeste reprise apr\u00e8s la guerre dans les ann\u00e9es 46-47, mais qui ne donna pas grand chose. Par la suite, Miss Hooker mourut, apr\u00e8s avoir tenu la promesse faite \u00e0 son ami M. Guy, non sans avoir gagn\u00e9 beaucoup d&rsquo;argent et r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 largement sa mise de fond chez les Chemla, qui lui t\u00e9moign\u00e8rent une reconnaissance profonde. <\/p>\n<p> Gr\u00e2ce au commerce avec les am\u00e9ricains, les Chemla purent enfin devenir propri\u00e9taires de l&rsquo;Usine et des terrains attenants. Ils avaient consolid\u00e9 leur situation et les diff\u00e9rentes Expositions Internationales o\u00f9 ils furent prim\u00e9s leur donn\u00e8rent une notori\u00e9t\u00e9 tr\u00e8s large. L&rsquo;Exposition Internationale de Paris en 1931 fut un \u00e9norme succ\u00e8s, les visiteurs s&rsquo;arrachaient les pi\u00e8ces Chemla, leur stand \u00e9tait devenu l&rsquo;une des curiosit\u00e9s. Il faut dire que le jeune B\u00e9chir, tourneur de 13 ans, \u00e9patait par sa virtuosit\u00e9 en r\u00e9alisant \u00e0 toute allure toutes sortes de poteries, devant une foule admirant sa dext\u00e9rit\u00e9 ; de plus on d\u00e9corait de petites pi\u00e8ces en biscuit (brutes non \u00e9maill\u00e9es) devant les visiteurs avec le jus de caroubes, qui est une technique tr\u00e8s employ\u00e9e en Afrique du Nord. <\/p>\n<p> D&rsquo;autres expositions furent moins satisfaisantes, comme celle de 1937 \u00e0 Paris. En effet au lieu de placer les Souks Tunisiens, Alg\u00e9riens et Marocains au sein de l&rsquo;Exposition, ils furent inclus dans le Parc des Attractions, qui \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du complexe. Les c\u00e9ramistes Chemla eurent quand m\u00eame la m\u00e9daille d&rsquo;Or et furent class\u00e9s Hors Concours. <\/p>\n<p> Vers les ann\u00e9es 1928 \u00e0 1930, de nombreuses commandes furent r\u00e9alis\u00e9es : \u00a0\u00bb La Villa Persane \u00a0\u00bb ou Dar Merrion, sur la Route de Bizerte, pr\u00e8s du Bardo : une somptueuse demeure con\u00e7ue par le grand Architecte Victor Valensi (\u00e9galement auteur de la Grande Synagogue de Tunis de L&rsquo;Avenue de Paris). La Villa Persane avait \u00e9t\u00e9 construite pour M. Merrion, consul des Etats-Unis et milliardaire ; il y donna de grandioses soir\u00e9es dans ses magnifiques jardins d\u00e9cor\u00e9s de bassins, de jets d&rsquo;eau, de bancs recouverts de tr\u00e8s beaux carrelages d\u00e9cor\u00e9s. La biblioth\u00e8que \u00e9tait un vrai chef d&rsquo;\u0153uvre, tous les murs \u00e9taient recouverts de superbes boiseries sculpt\u00e9es, en \u00e9b\u00e8ne, dans le plus pur style oriental. <\/p>\n<p> Il y eut \u00e9galement, \u00e0 Sidi Bou-Sa\u00efd, la d\u00e9coration des superbes villas des propri\u00e9taires des Magasins Monoprix, grandioses avec leurs jardins des Mille et Une Nuits tr\u00f4nant au dessus du Golfe de Tunis. \u00c9galement, toujours \u00e0 Sidi Bou-Sa\u00efd, il y eut la d\u00e9coration du Restaurant \u00a0\u00bb Dar Zarouk \u00ab\u00a0, ainsi que quelques rev\u00eatements muraux dans la villa du baron d&rsquo;Erlanger. <\/p>\n<p> La presque totalit\u00e9 des mosqu\u00e9es construites en Tunisie \u00e9taient d\u00e9cor\u00e9es par des carreaux et panneaux Chemla. Il en fut de m\u00eame pour plusieurs demeures de la Famille Beylicale et de familles bourgeoises dans tout le pays. <\/p>\n<p> C&rsquo;est vers les ann\u00e9es 1930 qu&rsquo;Albert, le second fils de Jacob, d\u00e9cida de s&rsquo;installer \u00e0 Alger en abandonnant la poterie pour se lancer dans le n\u00e9goce ; il fonda La Pharm\u00e9dy ainsi que de nombreuses autres affaires, ce qui fit de Victor et Mouche, avec le vieux Jacob, les seuls prestataires de l&rsquo;affaire, Albert restant toujours propri\u00e9taire des terrains en indivis. <\/p>\n<p> Victor, souffrant du saturnisme qu&rsquo;il avait contract\u00e9 dans son jeune \u00e2ge en manipulant constamment pour ses recherches plusieurs produits plombeux et toxiques, fut souvent oblig\u00e9 de faire des cures en France, tant \u00e0 Vittel qu&rsquo;\u00e0 Royat pour soigner son insuffisance r\u00e9nale et sa tension art\u00e9rielle. A 21 ans, il \u00e9tait oblig\u00e9 de marcher avec une canne. Il mit constamment en garde son fils Andr\u00e9, c\u00e9ramiste comme lui, contre les dangers du saturnisme. <\/p>\n<p> C&rsquo;est en ao\u00fbt 1938 que mourut Jacob Chemla, homme exceptionnel, r\u00e9novateur de la C\u00e9ramique Tunisienne. Il avait eu la r\u00e9compense de son labeur infatigable et de sa t\u00e9nacit\u00e9, en recevant plusieurs d\u00e9corations prestigieuses, car le Gouvernement du Protectorat le fit Chevalier de la L\u00e9gion d&rsquo;Honneur, il fut promu grand commandeur du Nichard Iftihkar par sa Majest\u00e9 Le Bey de Tunis, il fut d\u00e9cor\u00e9 Officier d&rsquo;Acad\u00e9mie, il a \u00e9t\u00e9 membre fondateur de la Soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;ancien H\u00f4pital Isra\u00e9lite ; il \u00e9tait ancien secr\u00e9taire de la Soci\u00e9t\u00e9 de Secours Matrimoniaux et de la Soci\u00e9t\u00e9 de l&rsquo;Assistance Fraternelle ; il \u00e9tait cr\u00e9ateur de la Soci\u00e9t\u00e9 Musicale El Allal. Il fut l&rsquo;auteur de plusieurs ouvrages \u00e0 partir de 1887, et membre actif de la Soci\u00e9t\u00e9 d&rsquo;entraide des membres de la L\u00e9gion d&rsquo;Honneur. Toutes ces d\u00e9corations furent vol\u00e9es par un des ouvriers tunisiens pendant la guerre, au cours de pillage par les occupants allemands de l&rsquo;usine et de la tr\u00e8s belle villa attenante, habit\u00e9e par Victor et sa famille. <\/p>\n<p> La situation des Chemla s&rsquo;\u00e9tait \u00e0 pr\u00e9sent bien am\u00e9lior\u00e9e, mais h\u00e9las ! survint la guerre, avec la d\u00e9b\u00e2cle de 1940, les restrictions. Sous Vichy arriva le statut des juifs et son cort\u00e8ge de vexations. Une grande partie des ouvriers de l&rsquo;usine \u00e9taient des Italiens qui habitaient \u00e0 l&rsquo;usine et qui visaient la confiscation des biens des juifs. Le personnel tunisien marquait \u00e9galement son hostilit\u00e9 par les id\u00e9es nationalistes que lui inculquait le N\u00e9o-Destour et la propagande des r\u00e9gimes nazis. Il y r\u00e9gnait un tr\u00e8s mauvais esprit et l&rsquo;antis\u00e9mitisme battait son plein. Les nouvelles sur le sort des juifs dans les pays occup\u00e9s par les nazis devenaient de plus en plus mauvaises, et les Chemla, se souvenant de leurs relations Am\u00e9ricaines, se mirent en rapport avec leurs anciens clients. Ceux-ci r\u00e9pondirent positivement, et propos\u00e8rent de monter une unit\u00e9 de c\u00e9ramique d&rsquo;art en Caroline du Nord, r\u00e9gion temp\u00e9r\u00e9e qui eut convenu parfaitement aux Chemla. Les d\u00e9marches allaient bon train, et c&rsquo;est alors encore une fois que le destin vint troubler ces projets : l&rsquo;Am\u00e9rique entre en guerre \u00e0 la suite de l&rsquo;attaque surprise des Japonais sur Pearl Harbour. Et tous ces beaux projets tomb\u00e8rent \u00e0 l&rsquo;eau. <\/p>\n<p> Le G\u00e9n\u00e9ral De Lattre de Tassigny, alors Commandant en Chef des troupes de Tunisie, \u00e9tait un grand amateur de c\u00e9ramiques et de l&rsquo;artisanat d&rsquo;art en g\u00e9n\u00e9ral, il se rendit \u00e0 plusieurs reprise \u00e0 la Poterie o\u00f9 il aimait admirer la dext\u00e9rit\u00e9 d&rsquo;un tourneur ou celle d&rsquo;un d\u00e9corateur, \u00e0 la grande joie de ces derniers \u00e0 qui il distribuait de biens g\u00e9n\u00e9reux pourboires ; il acheta plusieurs poteries, plats et vases d\u00e9cor\u00e9s. <\/p>\n<p> Les nouvelles d&rsquo;Albert qui se trouvait \u00e0 Alger \u00e9taient alarmantes : le statut des juifs y \u00e9tait appliqu\u00e9 avec z\u00e8le et exag\u00e9ration, et bient\u00f4t sa situation devint intenable. Il faut dire que gr\u00e2ce au Bey de Tunis et de l&rsquo;Amiral Esteva, R\u00e9sident G\u00e9n\u00e9ral, les juifs de Tunisie \u00e9taient relativement mieux trait\u00e9s que leurs coreligionnaires de France et d&rsquo;Alg\u00e9rie. Il fut donc convenu de faire revenir \u00e0 Tunis Albert et sa famille. Quelques semaines seulement apr\u00e8s son installation, au d\u00e9but du mois de novembre 1942, les Alli\u00e9s d\u00e9barquaient en Alg\u00e9rie et au Maroc. Ce pauvre Albert se sentit pi\u00e9g\u00e9 et dut subir pendant six mois l&rsquo;occupation allemande en Tunisie. <\/p>\n<p> Cette occupation a \u00e9t\u00e9 durement ressentie par la population juive de Tunisie : prise d&rsquo;otages parmi les \u00e9lites, travail obligatoire (STO) pour tous les juifs de 18 \u00e0 50 ans, r\u00e9quisition de biens, d&rsquo;usines et de villas, versement de vingt millions aux troupes d&rsquo;occupations Italo-Allemandes, couvre-feu, et obligation faite \u00e0 la communaut\u00e9 juive d&rsquo;\u00e9quiper et de financer les travailleurs juifs ; il y eut \u00e9galement la d\u00e9portation de plusieurs dizaines de personnes de la Communaut\u00e9 vers les camps de la mort, d&rsquo;o\u00f9 certains ne revinrent jamais. <\/p>\n<p> Tunis subissait presque journellement de s\u00e9rieux bombardements des Alli\u00e9s, et il y eut de nombreuses victimes parmi la population civile. <\/p>\n<p> Or que se passait-il chez les Chemla ? Victor et sa famille furent chass\u00e9s de leur villa et les Allemands l&rsquo;occup\u00e8rent ainsi que l&rsquo;usine. Ils durent attendre la lib\u00e9ration pour reprendre une semi-activit\u00e9, car alors les troupes fran\u00e7aises prirent le relais en continuant \u00e0 occuper une partie importante de la fabrique. <\/p>\n<p> Ici, je veux raconter l&rsquo;anecdote qui nous d\u00e9barrassa de cette r\u00e9quisition abusive, qui aurait pu durer, comme \u00e0 l&rsquo;usine voisine de G.B.C., jusqu&rsquo;\u00e0 la fin de la guerre. Le commandant Fayeux, grand ami des Chemla, qui rentrait d&rsquo;Alg\u00e9rie avec le grade de Lieutenant-Colonel apr\u00e8s avoir combattu les troupes de l&rsquo;Axe au c\u00f4t\u00e9 des Alli\u00e9s, vint s&rsquo;inqui\u00e9ter pour savoir ce qu&rsquo;il en \u00e9tait advenu de ses chers amis. Quelle ne fut pas sa stupeur quand il vit ces soldats fran\u00e7ais dans l&rsquo;usine. Il demanda aussit\u00f4t \u00e0 leur chef, effray\u00e9 de se trouver tout d&rsquo;un coup face \u00e0 cet Officier Sup\u00e9rieur : \u00a0\u00bb Que faites-vous en ces lieux ? vous les occupez ? en emp\u00eachant une fabuleuse famille d&rsquo;artistes d&rsquo;exercer son art et en la faisant mourir de faim ? Je vous donne 24 heures pour d\u00e9guerpir \u00ab\u00a0. Ce fut chose faite, gr\u00e2ce \u00e0 ce brave Lieutenant-Colonel Fayeux. <\/p>\n<p> L&rsquo;arm\u00e9e am\u00e9ricaine avait demand\u00e9 aux Chemla s&rsquo;il \u00e9tait possible d&rsquo;aller dans quelques h\u00f4pitaux faire une d\u00e9monstration de c\u00e9ramique, afin de remonter un peu le moral aux nombreux grands bless\u00e9s. Ils le firent, on emporta par camions deux tours \u00e0 potier \u00e0 pieds, ainsi que des poteries brutes en biscuit non \u00e9maill\u00e9, et sous les yeux admiratifs de ces pauvres jeunes gens, nos deux tourneurs faisaient surgir de leurs doigts si agiles toutes sortes de poteries, vases et autres objets. Quant aux d\u00e9corateurs, ils marquaient sur les pi\u00e8ces dessin\u00e9es (au d\u00e9cor de jus de caroubes) les noms et pr\u00e9noms de ces braves soldats. Nous \u00e9tions contents d&rsquo;avoir fait une bonne action, mais surtout d&rsquo;aller ensuite dans les immenses d\u00e9p\u00f4ts r\u00e9serv\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Arm\u00e9e Am\u00e9ricaine pour y choisir gracieusement toutes sortes de friandises et nourritures rares, dont nous \u00e9tions tellement priv\u00e9s. <\/p>\n<p> Apr\u00e8s avoir pans\u00e9 toutes ses plaies, l&rsquo;usine tenta de red\u00e9marrer, le manque de mati\u00e8res premi\u00e8res et le pillage d\u00fb \u00e0 l&rsquo;occupation freina nettement la reprise. <\/p>\n<p> Albert retourna \u00e0 ses affaires \u00e0 Alger, et il fut question de moderniser l&rsquo;usine. Un soit-disant ing\u00e9nieur de S\u00e8vres, Monsieur Rondeau, voulut monter une unit\u00e9 de fabrication de vaisselle utilitaire, qui faisait d\u00e9faut en Tunisie. Mais ce monsieur n&rsquo;\u00e9tait nullement press\u00e9, des mois et des mois pass\u00e8rent avant qu&rsquo;on ne voit la moindre pi\u00e8ce sortir de toutes les machines fabriqu\u00e9es suivant ses plans, tant et si bien que ce gouffre financier engloutit rapidement une tr\u00e9sorerie d\u00e9j\u00e0 affaiblie par l&rsquo;occupation allemande . <\/p>\n<p> Par contre, il y avait une forte demande en carrelages, tuiles demies rondes verniss\u00e9es vertes, et poteries d\u00e9cor\u00e9es, car il y avait une p\u00e9nurie de cadeaux de tout genre. Ce Monsieur Rondeau resta plus de 2 ans \u00e0 l&rsquo;usine et lorsque les premi\u00e8res pi\u00e8ces de vaisselle ont enfin commenc\u00e9 \u00e0 \u00eatre fabriqu\u00e9es, ce fut la fin de la guerre et il y eut une importation massive, de France, de tous les produits divers qui avaient tant manqu\u00e9 en Tunisie. <\/p>\n<p> L&rsquo;erreur fut fatale, alors que la demande de produits traditionnels Chemla \u00e9taient toujours tr\u00e8s forte, tous ces investissements s&rsquo;av\u00e9raient inutiles. C&rsquo;\u00e9tait Victor qui avait eu raison, il aurait voulu plut\u00f4t moderniser le mode de cuisson, en passant des vieux fours arabes trop grands, d&rsquo;un co\u00fbt \u00e9lev\u00e9 en personnel (un four au bois demandait 3 jours et 2 nuits pour cuire, avec 3 ouvriers pour charrier les fagots d&rsquo;olivier) pour un r\u00e9sultat pas toujours satisfaisant, aux fours \u00e9lectriques modernes \u00e9quip\u00e9s d&rsquo;une pyrom\u00e9trie et d&rsquo;une r\u00e9gulation automatique avec 100 pour 100 de rendement. <\/p>\n<p> Andr\u00e9 \u00e9tait le second fils de Victor, dou\u00e9 en dessin et passionn\u00e9 de c\u00e9ramique (\u00e0 15 ans et pendant la guerre il composa et r\u00e9alisa tout seul la d\u00e9coration du Restaurant \u00a0\u00bb Le Bagdad \u00a0\u00bb sous la conduite de l&rsquo;architecte Victor Valensi, pour le compte de l&rsquo;impr\u00e9sario M. Maruani, qui s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9fugi\u00e9 en Tunisie pour \u00e9chapper \u00e0 l&rsquo;occupation en France ; on peut encore voir \u00e0 Tunis, sur l&rsquo;ancienne avenue Jules Ferry, un grand panneau ext\u00e9rieur repr\u00e9sentant une caravane, et qui est devenu une des curiosit\u00e9s touristiques de la ville). <\/p>\n<p> Il aurait voulu faire des \u00e9tudes d&rsquo;ing\u00e9nieur des travaux publics, mais en 1948 il arr\u00eata ses \u00e9tudes pour entrer en qualit\u00e9 de g\u00e9om\u00e8tre-topographe au Minist\u00e8re de l&rsquo;Agriculture, et plus tard aux Travaux Publics au service des Grands Travaux. <\/p>\n<p> Il participa \u00e0 quelques salons : Salon Tunisien de 1950 et 51, XVIII\u00e8me exposition de l&rsquo;Afrique Fran\u00e7aise en 1950. <\/p>\n<p> Monsieur Victor Boublil, qui avait une superbe boutique au Colis\u00e9e, au 55 avenue Jules Ferry : \u00a0\u00bb Aux tapis d&rsquo;Orient \u00ab\u00a0, proposa \u00e0 Andr\u00e9 de faire une exposition dans ses locaux. Ce qui fut fait au mois d&rsquo;avril 1951. L&rsquo;exposition eut beaucoup de succ\u00e8s, Monsieur Mzali, Ministre du commerce et de l&rsquo;industrie \u00e9tait pr\u00e9sent au vernissage, ainsi que le Repr\u00e9sentant de Son Altesse le Bey de Tunis, de nombreux journalistes et un public admiratif. <\/p>\n<p> Cela encouragea Andr\u00e9 qui d\u00e9cida de tenter sa chance \u00e0 Paris, il exp\u00e9dia toutes ses \u0153uvres et r\u00e9ussit \u00e0 organiser une exposition aux arcades du Lido sur les Champs-Elys\u00e9es, au mois de d\u00e9cembre 1952, au \u00a0\u00bb Palais de L&rsquo;Orient \u00ab\u00a0. <\/p>\n<p> Il y eut quelques articles \u00e9logieux sur diff\u00e9rentes revues, et il fut interview\u00e9 par Pierre Dumayet sur la radio de l&rsquo;O.R.T.F. ce qui fit venir pas mal de monde. <\/p>\n<p> Il participa \u00e9galement \u00e0 la troisi\u00e8me exposition d&rsquo;Arts Plastiques en avril 1953, \u00e0 la galerie \u00a0\u00bb Rom\u00e9o et Juliette \u00ab\u00a0, avenue Georges V. Mais Andr\u00e9 n&rsquo;avait qu&rsquo;un but, celui d&rsquo;ouvrir un jour son propre atelier. Les grosses charges de sa famille ne lui permirent pas durant toutes ces ann\u00e9es de faire les \u00e9conomies n\u00e9cessaires \u00e0 son installation. <\/p>\n<p> Il a fallu attendre ao\u00fbt 1954 pour que ce beau r\u00eave devienne r\u00e9alit\u00e9. En empruntant, en se serrant la ceinture, et en r\u00e9unissant les derni\u00e8res maigres \u00e9conomies de son p\u00e8re, il commanda en France un four \u00e9lectrique et loua une petite boutique au 55 Bis rue Kl\u00e9ber. Il remit sa d\u00e9mission aux Travaux Publics et se lan\u00e7a \u00e0 son compte pour enfin faire le m\u00e9tier de c\u00e9ramiste. <\/p>\n<p> Sa premi\u00e8re commande fut la d\u00e9coration de panneaux et de carrelages pour le Palais de La Beya (\u00e9pouse du Bey) \u00e0 Carthage. C&rsquo;\u00e9tait la grande joie, mais h\u00e9las, un mois \u00e0 peine apr\u00e8s son installation, le 20 octobre, le 23 tichri le jour de Simha Torah pour les Juifs (un jour de grande f\u00eate, car c&rsquo;est la f\u00eate de la Torah), son mod\u00e8le, son ma\u00eetre, son conseiller, son tr\u00e8s cher P\u00e8re Victor, mourut en quelques heures dans les bras des siens, emport\u00e9 par une h\u00e9morragie c\u00e9r\u00e9brale \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de 62 ans, apr\u00e8s un coma de quelques heures. Peine immense, consternation, et retour en catastrophe de Paris, de Jacques son fils, \u00e9tudiant en m\u00e9decine, pour assister \u00e0 l&rsquo;enterrement. <\/p>\n<p> Les hommes de loi mirent plus de deux ans pour r\u00e9gler cette difficile succession. <\/p>\n<p> Et que devint Andr\u00e9 pendant tout ce temps ? <\/p>\n<p> Il mena son petit bonhomme de chemin, malgr\u00e9 les probl\u00e8mes et la situation politique instable de la Tunisie ; il d\u00e9cora plusieurs villas ainsi qu&rsquo;un h\u00f4tel \u00e0 La Marsa, il avait des clients tant \u00e0 Tunis qu&rsquo;en province qui lui achetaient une partie de sa production, qui \u00e9tait diversifi\u00e9e car il excellait aussi bien dans le style oriental (Tunisien, Persan et autres ) que dans un style moderne figuratif ou abstrait. <\/p>\n<p> Il organisa plusieurs expositions : l&rsquo;une, en mars 1955 dans le hall du Journal \u00a0\u00bb La Presse \u00ab\u00a0, eut un r\u00e9el succ\u00e8s et un tr\u00e8s grand retentissement. En mai 1956, il exposa \u00e0 la Galerie \u00a0\u00bb L&rsquo;Art Pictural \u00a0\u00bb toujours avec le m\u00eame succ\u00e8s, et enfin en mai 1957 \u00e0 la Galerie \u00a0\u00bb L&rsquo;Atelier \u00ab\u00a0. Il exposa \u00e9galement \u00e0 Ferryville (pr\u00e8s de Bizerte). <\/p>\n<p> La situation se d\u00e9gradait de plus en plus, et apr\u00e8s l&rsquo;ind\u00e9pendance de la Tunisie les europ\u00e9ens commenc\u00e8rent \u00e0 quitter le pays en masse. Andr\u00e9 \u00e9tait le seul membre de sa famille encore \u00e0 Tunis, ils s&rsquo;\u00e9taient tous install\u00e9s \u00e0 Paris. <\/p>\n<p> Voyant tous ses parents, clients et amis d\u00e9serter Tunis, Andr\u00e9 d\u00e9cida d&rsquo;aller lui aussi s&rsquo;installer en France ; il aurait bien choisi le midi, vers la C\u00f4te d&rsquo;Azur, mais sa famille le pria de rester pr\u00e8s d&rsquo;eux \u00e0 Paris. L\u00e9o lui trouva un tout petit atelier au premier \u00e9tage, dans une cour au Passage De Dantzig, dans le XV\u00e8me arrondissement de Paris, pr\u00e8s de \u00a0\u00bb La Ruche \u00ab\u00a0, lieu c\u00e9l\u00e8bre o\u00f9 v\u00e9curent Modigliani, Soutine, Chagall et autres c\u00e9l\u00e9brit\u00e9s. Il se d\u00e9pla\u00e7a \u00e0 Paris au mois de juin pour signer l&rsquo;achat de cet atelier et retourna \u00e0 Tunis pour r\u00e9gler ses affaires. <\/p>\n<p> Compte tenu de la situation, la vente de la villa \u00e9tait devenue impossible, car les Tunisiens se donnaient le mot pour ne plus rien acheter aux gens qui partaient, afin de faire chuter les cours au plus bas. Ne pouvant attendre ind\u00e9finiment un client \u00e9ventuel qui ne se pr\u00e9sentait d&rsquo;ailleurs pas, ils d\u00e9cid\u00e8rent de louer la villa en attendant des jours meilleurs. Le locataire, un membre de la Famille Beylicale, ne r\u00e9gla qu&rsquo;un premier mois, puis refusa de payer le loyer. Il fallu le faire expulser, ce qui ne fut pas facile et prit un temps tr\u00e8s long ; finalement on trouva un acqu\u00e9reur en 1958. <\/p>\n<p> Il faut ici parler de la l\u00e9gende de cette villa, que l&rsquo;on appelait \u00a0\u00bb La Villa des Jasmins \u00a0\u00bb : aux dires de plusieurs personnes de bonne foi, on y sentait le jasmin car les propri\u00e9taires, qui \u00e9taient de grands artistes, avaient vers\u00e9 du parfum de cette fleur dans l&rsquo;eau qui avait servi \u00e0 couler le ciment. \u00c9videmment, ce n&rsquo;\u00e9tait qu&rsquo;une l\u00e9gende\u2026. <\/p>\n<p> Pour en revenir \u00e0 l&rsquo;usine, Mouche continua encore pendant quelques ann\u00e9es \u00e0 y travailler. Puis il s&rsquo;installa en France, dans une ancienne chapelle d\u00e9saffect\u00e9e, \u00e0 La Garde-Freinet dans le Var, o\u00f9 il continua son activit\u00e9 artistique jusqu&rsquo;\u00e0 sa mort en 1978. <\/p>\n<p> C&rsquo;\u00e9tait un tr\u00e8s grand artiste et il contribua beaucoup \u00e0 la renomm\u00e9e de la Poterie d&rsquo;Art. Mais aucune des trois filles de Mouche (Simone, Lucette et Monique) ne prit sa succession dans le m\u00e9tier de la c\u00e9ramique. <\/p>\n<p> Quant \u00e0 Albert, apr\u00e8s avoir subi pendant plusieurs ann\u00e9es les probl\u00e8mes tr\u00e8s graves li\u00e9s \u00e0 la guerre d&rsquo;ind\u00e9pendance de l&rsquo;Alg\u00e9rie, c&rsquo;est au cours d&rsquo;un de ses voyages \u00e0 Paris qu&rsquo;il mour\u00fbt en quelques heures d&rsquo;une crise cardiaque en 1963. Ce fut Andr\u00e9, \u00e0 3 heures du matin \u00e0 l&rsquo;h\u00f4pital, qui r\u00e9cita pour lui le \u00a0\u00bb Ch\u00e9ma Isra\u00ebl \u00ab\u00a0. <\/p>\n<p> Aucun des Chemla ne sait ce qu&rsquo;est devenue aujourd&rsquo;hui \u00a0\u00bb La Poterie d&rsquo;Art \u00a0\u00bb sur la route du Bardo, \u00e0 l&rsquo;entr\u00e9e de laquelle on pouvait lire, sur une arche : \u00a0\u00bb Poterie Chemla \u00ab\u00a0. <\/p>\n<p> Ainsi s&rsquo;\u00e9teignit la deuxi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration des Chemla. <\/p>\n<p> Andr\u00e9, s&rsquo;\u00e9tant donc install\u00e9 \u00e0 Paris en ao\u00fbt 1957, y poursuivit la tradition familiale en repr\u00e9sentant la troisi\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration de cette prestigieuse famille de c\u00e9ramistes d&rsquo;Art. <\/p>\n<p> Ses d\u00e9buts \u00e0 Paris ne furent pas faciles, il d\u00e9barqua en plein mois d&rsquo;ao\u00fbt o\u00f9 tout \u00e9tait ferm\u00e9 et il lui fallut attendre le d\u00e9but du mois de septembre pour r\u00e9cup\u00e9rer les cl\u00e9s de son atelier. <\/p>\n<p> Il contacta quelques fournisseurs, et commen\u00e7a \u00e0 produire quelques \u00e9chantillons de c\u00e9ramique. Il fit une tourn\u00e9e aupr\u00e8s de quelques commer\u00e7ants, sans trop de succ\u00e8s, car il n&rsquo;\u00e9tait pas dans la tendance de l&rsquo;\u00e9poque ; de plus il avait utilis\u00e9 ses derniers francs. Il envisageait son retour \u00e0 Tunis o\u00f9 il avait gard\u00e9, par prudence, son atelier de la rue Kl\u00e9ber en continuant d&rsquo;en r\u00e9gler le loyer ; c&rsquo;est alors que ce cher Monsieur Boublil, son grand ami de toujours, de passage \u00e0 Paris, lui r\u00e9gla trois tableaux de Miniatures Persanes qu&rsquo;il avait vendu sur les \u0153uvres laiss\u00e9es en consignation \u00e0 Tunis. Cette manne tomb\u00e9e du ciel lui permit de tenir et lui remonta le moral, il pr\u00e9para une belle collection de dessus de table en c\u00e9ramique, qui \u00e9taient tr\u00e8s \u00e0 la mode, et fit une tourn\u00e9e dans les belles boutiques et Grands Magasins de Paris. Le succ\u00e8s fut fulgurant, il eut de tr\u00e8s grosses commandes qu&rsquo;il fallait honorer de suite car c&rsquo;\u00e9tait la pleine saison des f\u00eates. Andr\u00e9 travaillait tout seul jusqu&rsquo;\u00e0 14 heures par jour, aid\u00e9 parfois avec gentillesse par son fr\u00e8re L\u00e9o. Malgr\u00e9 son acharnement il ne put honorer toutes ses commandes, mais il avait r\u00e9ussi en quelques semaines \u00e0 s&rsquo;imposer et \u00e0 se faire conna\u00eetre \u00e0 Paris, \u00e0 redresser une situation d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e et surtout retrouver un moral d&rsquo;acier qui \u00e9tait l&rsquo;apanage des Chemla. <\/p>\n<p> Mais comme toujours dans le destin des Chemla, d\u00e8s que les choses s&rsquo;arrangent, il se passe des \u00e9v\u00e8nements graves. Au d\u00e9but 1958, la situation en Alg\u00e9rie se d\u00e9grada en cr\u00e9ant une crise politique sans pr\u00e9c\u00e9dent, les gouvernements de l&rsquo;\u00e9poque ne purent faire face \u00e0 cette situation difficile, les affaires se mirent \u00e0 stagner et il fallut attendre le retour du G\u00e9n\u00e9ral de Gaulle au Gouvernement en mai 58 pour esp\u00e9rer une reprise \u00e9ventuelle. <\/p>\n<p> Pendant tout ce temps, Andr\u00e9 ne vendit pratiquement rien et dut attendre la fin des vacances pour voir ses gros clients se manifester \u00e0 nouveau, ce qui entama lourdement sa tr\u00e9sorerie ; mais pendant tout ce temps de crise, il ex\u00e9cuta les quelques rares commandes en cours, et il pr\u00e9para un stock important de marchandises et put ainsi faire face \u00e0 la forte demande \u00e0 l&rsquo;approche des F\u00eates de fin d&rsquo;ann\u00e9e. <\/p>\n<p> La mode du dessus de table en c\u00e9ramique battait son plein et les commandes des Grands Magasins d\u00e9passaient souvent les huit cents pi\u00e8ces par mois. En 1962, Andr\u00e9 quitta son atelier du Passage de Dantzig, pour un atelier et appartement situ\u00e9s Boulevard Mortier dans le XX\u00e8me arrondissement de Paris. <\/p>\n<p> Craignant de stagner dans cette routine monotone, et lass\u00e9 de cette production surtout alimentaire, Andr\u00e9 chercha d&rsquo;autres d\u00e9bouch\u00e9s aupr\u00e8s de d\u00e9corateurs et installateurs de magasins. Bient\u00f4t il agen\u00e7a un grand nombre de Boutiques, H\u00f4tels et Restaurants. Sa parfaite ma\u00eetrise de la d\u00e9coration de laves de Volvic, mat\u00e9riau ing\u00e9lif et id\u00e9al surtout en fa\u00e7ade lui apporta bient\u00f4t de belles commandes Il d\u00e9cora plusieurs \u00e9difices tant publics que priv\u00e9s, de tr\u00e8s beaux halls, salles de bain, cuisines, piscines etc\u2026pour de grandes personnalit\u00e9s et vedettes diverses. Il participa \u00e9galement \u00e0 la restauration d&rsquo;h\u00f4tels particuliers et de ch\u00e2teaux <\/p>\n<p> En 1966, il entreprit la d\u00e9coration du Restaurant Aron sur les grands boulevards dans le style oriental qu&rsquo;il aimait tant. Ce fut un retour aux sources, il put reprendre tous ses chers dessins familiaux, et pendant pr\u00e8s d&rsquo;une dizaine d&rsquo;ann\u00e9es collabora par d&rsquo;innombrables panneaux et des miniatures persanes \u00e0 l&#8217;embellissement de cet \u00e9tablissement. On a dit souvent que ce restaurant est un Mus\u00e9e Andr\u00e9 Chemla. <\/p>\n<p> En mai 1967 il y eut la Guerre des Six jours entre Isra\u00ebl et les Pays Arabes du moyen orient. Le c\u00f4t\u00e9 Sioniste d&rsquo;Andr\u00e9 le poussa \u00e0 envisager de s&rsquo;installer en Isra\u00ebl pour y cr\u00e9er un style National Isra\u00e9lien comme l&rsquo;avait fait jadis son illustre Grand P\u00e8re Jacob en Tunisie. Il se pr\u00e9senta \u00e0 l&rsquo;Agence Juive d&rsquo;immigration o\u00f9 il fut re\u00e7u par des ricanements et une incompr\u00e9hension totale. Il rentra d\u00e9go\u00fbt\u00e9 de cette entrevue en ratant ce rendez-vous qui aurait chang\u00e9 peut \u00eatre le cours de sa vie. Il y trouva une similitude avec celui aussi rat\u00e9 par ses parents pour la Caroline du Nord. <\/p>\n<p> Il d\u00e9cora le Restaurant \u00a0\u00bb Le Djerba \u00a0\u00bb \u00e0 Biarritz par une s\u00e9rie de panneaux et de tableaux de miniatures persanes en avril 1968. Il ex\u00e9cuta toute une s\u00e9rie de personnages japonais inspir\u00e9s d&rsquo;estampes anciennes pour le salon de coiffure de Jacques Dessange de la rue des Saints P\u00e8res \u00e0 Paris, ainsi que plusieurs salons de coiffure avec l&rsquo;installateur \u00a0\u00bb Beautex \u00a0\u00bb rue de l&rsquo;\u00c9chelle \u00e0 Paris. <\/p>\n<p> Il fut contact\u00e9 \u00e0 cette p\u00e9riode par l&rsquo;un des plus important \u00e9tablissement de sanitaires et carrelages de France \u00a0\u00bb C.M.R. \u00a0\u00bb qui lui proposa d&rsquo;exposer dans leur show room ses diff\u00e9rentes productions.Ils firent de gros investissements de publicit\u00e9 pour promouvoir et le faire conna\u00eetre (il y eut dans le m\u00e9tro de grandes affiches avec des c\u00e9ramiques d&rsquo;Andr\u00e9), il faut dire que cela leur permettait de toucher une client\u00e8le \u00e0 la recherche de carrelages originaux et haut de gamme. <\/p>\n<p> C&rsquo;est ainsi qu&rsquo;Andr\u00e9 d\u00e9cora de tr\u00e8s belles demeures d&rsquo;artistes, de Ministres (dont des P.D.G. de tr\u00e8s grosses soci\u00e9t\u00e9s, des personnalit\u00e9s diverses, des princes \u00e9trangers ayant des biens en France, etc, etc..) <\/p>\n<p> Son ami Monsieur Manent, artiste peintre, lui proposa de partager sa salle d&rsquo;exposition dans une galerie \u00e0 Troyes dans l&rsquo;Aube au printemps 1975 ; il pr\u00e9para pas mal de pi\u00e8ces et panneaux, ainsi que des tableaux de c\u00e9ramique et il vendit la presque totalit\u00e9 des \u0153uvres expos\u00e9es. Quant \u00e0 ce pauvre monsieur Manent, il ne fit aucune vente, ce qui g\u00eana beaucoup Andr\u00e9 qui voulut prendre \u00e0 son compte tous les frais de l&rsquo;exposition, mais Monsieur Manent refusa obstin\u00e9ment de changer quoi que ce soit \u00e0 ce qui avait \u00e9t\u00e9 convenu . <\/p>\n<p> En 1976, il re\u00e7u en son atelier la visite d&rsquo;un grand acteur, qui \u00e0 cette \u00e9poque avait un succ\u00e8s fou au th\u00e9\u00e2tre, afin de lui commander pour sa salle de bain plus de quarante m2 de lave \u00e9maill\u00e9e dans les tons de bleus nuances, ainsi que la cr\u00e9dence et les murs de sa cuisine \u00e0 Paris avec un tr\u00e8s joli d\u00e9cor de style anglais. La m\u00eame ann\u00e9e, il d\u00e9cora \u00e9galement la salle de bain et la cuisine d&rsquo;un tr\u00e8s grand chanteur. <\/p>\n<p> A partir des ann\u00e9es 75, il trouva son atelier trop petit pour pouvoir \u00e9voluer et se mit en qu\u00eate de chercher un atelier plus grand ; il trouva un beau local en rez-de-chauss\u00e9e, avec un petit appartement (qu&rsquo;il transforma en bureau et salle d&rsquo;exposition) <\/p>\n<p> Il fit un emprunt aupr\u00e8s des banques pour y faire de gros travaux de remise en \u00e9tat. <\/p>\n<p> En 1978 les grands d\u00e9corateurs qu&rsquo;\u00e9taient les Fr\u00e8res Mercier du Faubourg Saint Antoine, qui d\u00e9cor\u00e8rent avant guerre le palais de L&rsquo;Empereur du Japon, d\u00e9couvrirent le travail d&rsquo;Andr\u00e9 au Restaurant Aron ; ils cherchaient un c\u00e9ramiste capable de d\u00e9corer le hall d&rsquo;un grand H\u00f4tel qui accueilait de tr\u00e8s hautes personnalit\u00e9s \u00e0 Ryad en Arabie Saoudite. C&rsquo;est ainsi que commen\u00e7a la grande Aventure avec les \u00c9mirats du Golfe . <\/p>\n<p> La premi\u00e8re commande d&rsquo;Andr\u00e9 fut 12 grands panneaux qui orn\u00e8rent le hall de ce grand H\u00f4tel (Andr\u00e9 eut le plaisir un jour, de voir \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision Le Pr\u00e9sident Chirac faire un discours, lors d&rsquo;un voyage en Arabie, avec en toile de fond un de ses panneaux ; il r\u00e9ussit \u00e0 l&rsquo;enregistrer avec son magn\u00e9toscope ) . <\/p>\n<p> A partir de ce jour, ce ne fut qu&rsquo;une suite de commandes importantes et toujours tr\u00e8s urgentes avec les Pays du Golfe (Palais, villas, h\u00f4tels avec piscines, vasques et jets d&rsquo;eau). En I980 il d\u00e9cora d&rsquo; une grande fresque de pr\u00e8s de 10 m. de long le lyc\u00e9e Pablo Neruda par une des citations de ce po\u00e8te, dans la ville de Roncq dans le Nord. <\/p>\n<p> Il termina l&#8217;embellissement du troisi\u00e8me \u00e9tage du restaurant Aron par un soubassement tout autour de la salle surmont\u00e9 d&rsquo;une douzaine de tr\u00e8s belles miniatures persanes rehauss\u00e9es d&rsquo;or et de platine. <\/p>\n<p> Le 20 septembre 1981, Elise Chemla, celle que tout le monde appelait \u00a0\u00bb Maman Chemla \u00ab\u00a0, la veuve de Victor, s&rsquo;\u00e9teignait \u00e0 l&rsquo;age de 81 ans, plongeant toute la famille dans une profonde tristesse. C&rsquo;\u00e9tait une femme exceptionnelle, tant par son d\u00e9vouement, sa gentillesse, sa d\u00e9licatesse, sa t\u00e9nacit\u00e9. Elle repose \u00e0 Troyes, \u00e0 deux pas du pavillon de son fils Jacques, ce qui permet \u00e0 ses enfants et petits enfants de se rendre souvent sur sa tombe. Tous ceux qui l&rsquo;aimaient ne l&rsquo;oublieront jamais\u2026 <\/p>\n<p> En 1981 et 82, Andr\u00e9 Chemla d\u00e9cora le grand salon de l&rsquo;H\u00f4tel du Golfe \u00e0 Qatar et eut une nouvelle commande pour le salon de coiffure de Jacques Dessange \u00e0 Paris. <\/p>\n<p> Il ex\u00e9cuta toutes les fresques du complexe Emsalem \u00e0 la Porte de la Villette, dont une vue repr\u00e9sentant la ville de J\u00e9rusalem, ainsi que des panneaux avec des animaux de la ferme. Il d\u00e9cora \u00e9galement un tr\u00e8s gros complexe de boucherie musulmane par de grandes fresques d\u00e9coratives et calligraphies diverses. <\/p>\n<p> En 1983, il fut contact\u00e9 par les \u00a0\u00bb \u00c9ditions de la Diff\u00e9rence \u00a0\u00bb pour reproduire, sur de la c\u00e9ramique en carreaux de gr\u00e8s c\u00e9rame de 5X5, deux tableaux de Jean-Michel Folon repr\u00e9sentant \u00a0\u00bb La Pens\u00e9e dans la Ville \u00a0\u00bb et \u00a0\u00bb La Fum\u00e9e \u00a0\u00bb en soixante exemplaires num\u00e9rot\u00e9s, il ex\u00e9cuta aussi un triptyque du peintre Andr\u00e9 Masson sur carreaux de fa\u00efence. Il \u00e9tait \u00e9galement pr\u00e9vu de reproduire trois tableaux de Salvador Dali, mais de gros probl\u00e8mes de tr\u00e9sorerie de l&rsquo;\u00e9diteur ne permirent pas de poursuivre ce projet. <\/p>\n<p> Durant l&rsquo;ann\u00e9e 1984, les fr\u00e8res Mercier lui demand\u00e8rent de fournir des c\u00e9ramiques pour la Mosqu\u00e9e du Sultan d&rsquo;Oman, elle fut surnomm\u00e9e \u00a0\u00bb La Petite Mosqu\u00e9e Bleue \u00a0\u00bb par ses d\u00e9cors dans les tons de turquoises et de bleus intenses qui ornaient le Mirhab et le soubassement qui courait tout autours de la salle. En 84 et 85 il d\u00e9cora des Palais et des Villas en Arabie Saoudite. Il fit \u00e9galement \u00e0 cette \u00e9poque une grande composition abstraite pour le hall d&rsquo;un bureau de poste en banlieue Sud de Paris. Il d\u00e9cora trois grandes boutiques dans la Ville Nouvelle d&rsquo;Evry . Dans cette m\u00eame ann\u00e9e le grand D\u00e9corateur Alfredo Pinto lui passa commande de toute une s\u00e9rie de panneaux et de calligraphies pour l&rsquo;\u00c9mirat de Bahrein. <\/p>\n<p> Plus tard, pour un cin\u00e9ma de Charleville-M\u00e9zi\u00e8res, il reproduisit des panneaux de fa\u00efence d&rsquo;apr\u00e8s des affiches de l&rsquo;\u00e9poque de plusieurs films : Les Orgueilleux, Les Oiseaux d&rsquo;Alfred Hitchcock, Marius de Marcel Pagnol illustr\u00e9 par Dubout, Mon Oncle de Jacques Tati, Sept Ans de R\u00e9flexion avec la c\u00e9l\u00e8bre photo de Marilyn Monroe sur la bouche de m\u00e9tro, etc\u2026. <\/p>\n<p> Dans les ann\u00e9es 87 il \u00e9tudia et r\u00e9alisa \u00e0 la demande d&rsquo;un grand d\u00e9corateur, rue Blanche \u00e0 Paris, de grandes plaques de laves \u00e9maill\u00e9es dans le style \u00e9gyptien ancien avec des personnages et des hi\u00e9roglyphes pour habiller une tr\u00e8s grande salle de bain. <\/p>\n<p> Ici, il faut faire un retour vers les ann\u00e9es 1977 pour insister sur la passion et l&rsquo;admiration d&rsquo;Andr\u00e9 pour les C\u00e9ramiques d'\u00a0\u00bb Iznik \u00a0\u00bb de Turquie du XV\u00e8me Si\u00e8cle. Il \u00e9tait fascin\u00e9 par leur magnifique couleur Rouge tomate, en relief, in\u00e9gal\u00e9e \u00e0 ce jour. Sa visite au Palais de Topkapi \u00e0 Istanbul fut un \u00e9merveillement, quand il se trouva enfin en pr\u00e9sence de ces merveilleux panneaux muraux avec leurs turquoises et bleus intenses et surtout ce fameux Rouge qui fit la gloire des poteries et carreaux \u00a0\u00bb Iznik \u00ab\u00a0. Comme son p\u00e8re Victor (qui s&rsquo;en \u00e9tait rapproch\u00e9 un peu), Andr\u00e9 r\u00eavait de retrouver un jour ce magnifique Rouge ; il ne manquait pas, presque \u00e0 chaque cuisson, de tester avec tous les colorants nouveaux la recherche de cette couleur. Et un jour ! Oh miracle ..! quelle ne f\u00fbt pas son \u00e9motion et sa stupeur, quand \u00e0 la sortie du four il prit dans ses mains ce petit plat qui enfin, sur son d\u00e9cor insignifiant d&rsquo;\u00e9chantillon, refl\u00e9tait ce magnifique Rouge tant recherch\u00e9. Il eut alors une pens\u00e9e \u00e9mue pour son cher P\u00e8re, il aurait voulu le lui dire sur sa tombe, qu&rsquo;il avait enfin trouv\u00e9 ce qu&rsquo;il avait tant cherch\u00e9, mais h\u00e9las Victor \u00e9tait enterr\u00e9 \u00e0 Tunis ; mais il eut l&rsquo;occasion de le faire plusieurs ann\u00e9es apr\u00e8s lors d&rsquo;un de ses voyages en Tunisie. Pendant pr\u00e8s d&rsquo;une semaine, Andr\u00e9 a admir\u00e9 ce petit plat aussi bien depuis son r\u00e9veil qu&rsquo;\u00e0 la fin du jour, car avant de dormir il le posait avec respect sur sa table de nuit, il ne le quittait ni pendant son petit d\u00e9jeuner ni toute la journ\u00e9e, et m\u00eame en travaillant sur sa table de dessin il y portait sans cesse son regard jusqu&rsquo;au soir. Bref ! ce fut un moment de satisfaction intense. <\/p>\n<p> Tous les panneaux et carreaux \u00a0\u00bb Iznik \u00a0\u00bb qu&rsquo;il d\u00e9corait d\u00e9sormais \u00e9taient rehauss\u00e9s de cette magnifique couleur, et ressemblaient \u00e0 s&rsquo;y m\u00e9prendre \u00e0 ceux du XV\u00e8me si\u00e8cle. Les architectes et d\u00e9corateurs sp\u00e9cialistes de motifs orientaux en \u00e9taient demandeurs, et \u00e9tant en admiration devant ces coloris, ils firent des commandes de plus en plus importantes. <\/p>\n<p> En f\u00e9vrier 88, Andr\u00e9 habilla le fond de la piscine d&rsquo;un palais de F\u00e8s au Maroc, par un magnifique tapis en carrelage de plus de 90 m2. <\/p>\n<p> Bruno Pittini, le premier coiffeur de Jacques Dessange, qui voulait ouvrir un salon de coiffure \u00e0 New-York, lui commanda une fresque murale de pr\u00e8s de 20m\u00b2, repr\u00e9sentant des personnages japonais de pr\u00e8s de deux m\u00e8tres de haut, avec des kimonos tr\u00e8s travaill\u00e9s rehauss\u00e9s d&rsquo;or et de platine sur un fond jaune paille avec des paillettes d&rsquo;or et des lustres d&rsquo;or. <\/p>\n<p> Monsieur Didier Bariani, maire du Xx\u00e8me arrondissement de Paris, avait propos\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises \u00e0 Andr\u00e9 de faire une exposition de c\u00e9ramique dans sa Mairie . Il se d\u00e9cida un jour de mener \u00e0 bien ce projet et de pr\u00e9parer pour la circonstance toute une s\u00e9rie de vases, poteries, plats et coupes, ainsi que des tableaux et panneaux. L&rsquo;exposition ouvrit ses portes du 26 septembre au 9 octobre 1991. Ce fut un \u00e9norme succ\u00e8s, il y eut un nombre consid\u00e9rable de visiteurs et la presse s&rsquo;int\u00e9ressa \u00e9galement \u00e0 cet \u00e9v\u00e9nement, qui eut de grandes r\u00e9percussions . <\/p>\n<p> Le succ\u00e8s fut tel qu&rsquo;il l&rsquo;encouragea \u00e0 faire d&rsquo;autres expositions, c&rsquo;est ainsi qu&rsquo;il exposa au \u00a0\u00bb Centre des Arcades \u00a0\u00bb \u00e0 Troyes en juin 93. C&rsquo;est \u00e0 cette \u00e9poque \u00e9galement qu&rsquo;il r\u00e9alisa avec le grand peintre Olivier Debr\u00e9 la d\u00e9coration d&rsquo;une station du m\u00e9tro de Toulouse. <\/p>\n<p> En d\u00e9cembre 1994 s&rsquo;ouvrait \u00e0 l&rsquo;Institut du Monde Arabe \u00e0 Paris une tr\u00e8s grande Exposition : \u00a0\u00bb Couleurs de Tunisie \u00a0\u00bb (25 Si\u00e8cles de C\u00e9ramique) ; elle fut organis\u00e9e gr\u00e2ce \u00e0 Madame Mouli\u00e9rac Secr\u00e9taire G\u00e9n\u00e9rale de l&rsquo;Institut et surtout par la volont\u00e9 tenace de Alain Loviconi auteur du livre \u00a0\u00bb Fa\u00efences de Tunisie \u00a0\u00bb o\u00f9 il parle longuement des c\u00e9ramiques Chemla ; mais o\u00f9 on y rel\u00e8ve malheureusement plusieurs erreurs dues \u00e0 un manque de documentation . <\/p>\n<p> Cette exposition \u00e0 l&rsquo;Institut du Monde Arabe rendit un grand hommage \u00e0 Jacob Chemla et \u00e0 ses descendants en exposant de nombreuses pi\u00e8ces historiques, une vitrine enti\u00e8re, et la majorit\u00e9 des pi\u00e8ces du XIX et XX si\u00e8cle expos\u00e9es \u00e9taient pour la plupart des poteries et carreaux Chemla. A cette occasion, Madame Mouli\u00e9rac et Andr\u00e9 Chemla furent interview\u00e9s par le journaliste Jos\u00e9 Arthur pour la Radio \u00a0\u00bb France-Inter \u00ab\u00a0. <\/p>\n<p> Par la suite Andr\u00e9 fut interview\u00e9 \u00e0 trois reprises par le journaliste Bernard Deutch pour \u00a0\u00bb Radio-Bleue \u00a0\u00bb . <\/p>\n<p> Il organisa encore deux autres expositions, \u00e0 L&rsquo;Ermitage en d\u00e9cembre 94, \u00e0 Rueil-Malmaison, sous le Patronage de monsieur Jacques Baumel, d\u00e9put\u00e9-maire ; et au Mus\u00e9e Vera Jardin des Arts, \u00e0 Saint-Germain-En-Laye en d\u00e9cembre 95, sous le haut patronage de monsieur Michel P\u00e9ricard, maire et d\u00e9put\u00e9 des Yvelines. Il fut interview\u00e9 pour ces deux expositions par le journaliste St\u00e9phane Calvo pour les Radios Juives : Radio J. et Radio Chalom. <\/p>\n<p> En cette m\u00eame ann\u00e9e, Monsieur Emsalem lui demanda une seconde fois de d\u00e9corer son nouveau grand local dans le XIX\u00e8me arrondissement. de Paris, ce fut un tr\u00e8s gros travail car il y avait une tr\u00e8s longue frise qui faisait le tour complet du complexe, ainsi qu&rsquo;une \u00e9norme enseigne portant le nom \u00a0\u00bb EMSALEM \u00a0\u00bb flanqu\u00e9 de deux tr\u00e8s grandes M\u00e9noras. Les murs du long et large couloir de l&rsquo;entr\u00e9e \u00e9taient orn\u00e9s de motifs repr\u00e9sentant les grandes f\u00eates juives ; il d\u00e9cora \u00e9galement la boutique attenante, \u00a0\u00bb La M\u00e9nora \u00ab\u00a0. <\/p>\n<p> Le 30 juin 1996, Andr\u00e9 Chemla d\u00e9cida enfin de prendre sa retraite apr\u00e8s 48 ans de travail continu. <\/p>\n<p> Il continua toutefois de faire de la c\u00e9ramique sous toutes ses formes, dans sa petite maison de campagne situ\u00e9e dans l&rsquo;Aisne, o\u00f9 il monta un petit atelier et fabriqua un four \u00e0 gaz lui permettant ainsi de cuire ses \u0153uvres. <\/p>\n<p> Il donna pendant plus de trois ans et b\u00e9n\u00e9volement deux fois par semaine \u00e0 pr\u00e8s de dix \u00e9l\u00e8ves, des cours de c\u00e9ramique dans son ancien atelier qu&rsquo;il avait c\u00e9d\u00e9 \u00e0 Madame Amado. Plusieurs de ses \u00e9l\u00e8ves s&rsquo;install\u00e8rent \u00e0 leur compte. <\/p>\n<p> En novembre 2000 et pendant tout le mois, il exposa ses c\u00e9ramiques avec Myriam Franck sculpteur, et Mariza Jonath artiste peintre, au \u00a0\u00bb Viaduc des Arts \u00ab\u00a0, au 55 Avenue Daumesnil, dans le XII\u00e8me arrondissement de Paris ; il fut interview\u00e9 par la Journaliste Fannia P\u00e9rez pour la radio Juive, Radio Juda\u00efca. Cette exposition eut un grand succ\u00e8s, on en parla sur plusieurs journaux, et nos trois artistes d\u00e9cid\u00e8rent de renouveler l&rsquo;exp\u00e9rience en mai 2002 ; le succ\u00e8s fut \u00e0 nouveau au rendez-vous, malgr\u00e9 l&rsquo;agitation d\u00fb aux \u00e9lections pr\u00e9sidentielles et l\u00e9gislatives, ainsi que la situation tendue au Moyen-Orient. <\/p>\n<p> Les deux enfants d&rsquo;Andr\u00e9 Chemla Franck Ha\u00ef et Delphine n&rsquo;ont pas pris la rel\u00e8ve : comme dans beaucoup de familles juives, le premier se dirigea vers la m\u00e9decine et la seconde vers le droit. <\/p>\n<p> Ici s&rsquo;arr\u00eate momentan\u00e9ment cette Histoire de la C\u00e9ramique des Chemla, mais ce n&rsquo;est pas un point final, car Andr\u00e9 nous r\u00e9serve encore de nouvelles surprises, et qui sait ? il y aura la cinqui\u00e8me g\u00e9n\u00e9ration, ou sixi\u00e8me (puisqu&rsquo;il vient d&rsquo;avoir un arri\u00e8re petit fils pr\u00e9nomm\u00e9 Yeouda) qui prendront peut-\u00eatre la rel\u00e8ve ??\u2026.<\/b><\/p>\n<p><b>Le site des Chemla : <a href=\"http:\/\/www.chemla.org\"> http:\/\/www.chemla.org<\/a> <\/b><\/p>\n<p> <b> <a href=\"mailto:andreceramica@erenis.fr\">andreceramica@erenis.fr<\/a><\/b> <\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9dig\u00e9e par Andr\u00e9 Chemla, c\u00e9ramiste A mon Grand P\u00e8re Jacob Chemla Homme tenace \u00e0 la volont\u00e9 de fer, allant jusqu&rsquo;au bout de ses projets quelque peu insens\u00e9s, et qui, relevant ce d\u00e9fi, arriva apr\u00e8s bien des vicissitudes \u00e0 r\u00e9nover l&rsquo;art de la c\u00e9ramique Tunisienne. 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