{"id":2996,"date":"2011-11-01T17:44:00","date_gmt":"2011-11-01T17:44:00","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=2996"},"modified":"2011-11-01T17:44:00","modified_gmt":"2011-11-01T17:44:00","slug":"printemps-arabe-hiver-islamiste-par-alexandre-del-valle","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/printemps-arabe-hiver-islamiste-par-alexandre-del-valle\/","title":{"rendered":"Printemps arabe, hiver islamiste ? Par Alexandre del Valle"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n\t&quot;Printemps arabe, hiver islamiste&quot; ?<\/div>\n<div>\n<p align=\"center\">\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tLes le&ccedil;ons de la victoire ses islamistes d&#39;Ennahda aux &eacute;lections<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Par Alexandre del Valle<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>&quot;Printemps arabe, hiver islamiste&quot; ?<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tLa formule peut choquer. Elle n&rsquo;est pas de moi, mais je la trouve en partie pertinente. En partie seulement, car tout d&eacute;pend ce que l&rsquo;on entend par islamiste. Si l&rsquo;on d&eacute;finit par l&agrave; les mouvements terroristes ou totalitaires se r&eacute;clamant de l&rsquo;islamisme radical salafiste (dans le monde sunnite) ou de la r&eacute;volution islamique iranienne (chiite).<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>&quot;l&rsquo;hiver islamiste&quot;<\/strong> n&rsquo;est pas n&eacute;cessairement l&rsquo;expression appropri&eacute;e, en tout cas pour la Tunisie, o&ugrave; les anti-islamistes veillent au grain (car le parti Ennahda, qui vient de remporter les premi&egrave;res &eacute;lections libres tunisiennes, le 23 octobre dernier, devra composer avec eux). L&rsquo;expression peut para&icirc;tre &eacute;galement inappropri&eacute;e en Egypte, o&ugrave; une alliance a d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; scell&eacute;e entre les Fr&egrave;res musulmans, qui ont l&agrave; aussi le vent en poupe, et l&rsquo;Arm&eacute;e, qui accompagne ce mouvement d&#39;islamisation et l&#39;encadre en m&ecirc;me temps. Et a fortiori au Maroc, o&ugrave; l&rsquo;intelligent roi Mohamed VI a pour l&rsquo;instant r&eacute;ussi &agrave; pr&eacute;server sa l&eacute;gitimit&eacute; et son tr&ocirc;ne face aux r&eacute;volutionnaires inspir&eacute;s de l&rsquo;exemple tunisien, puis &agrave; contenir la pouss&eacute;e islamiste radicale en s&rsquo;appuyant sur les islamo-conservateurs soufis, puis ne c&eacute;dant pas &agrave; la tentation p&eacute;rilleuse de r&eacute;primer les islamistes du parti de la Justice et du D&eacute;veloppement.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tMais si l&#39;on entend par &quot;hiver islamiste&quot; tout simplement&nbsp;<strong>la progression de l&#39;islam politique<\/strong>, la r&eacute;islamisation des programmes, des discours, des lois, etc, elle d&eacute;signe une r&eacute;alit&eacute; incontournable dans tout le monde musulman: la r&eacute;ponse &agrave; une &quot;demande d&#39;islam&quot; g&eacute;n&eacute;ralis&eacute;e des masses et des nouvelles &eacute;lites post-coloniales exclues trop longtemps du pouvoir par les dictateurs soi-disant &quot;anti-islamistes&quot;. En ce sens, &quot;l&#39;hiver islamiste&quot; d&eacute;signe le second moment des r&eacute;volutions arabes, celui par lequel le dilemme longtemps insoluble: &quot;la peste de la dictature militaire face au chol&eacute;ra islamiste&quot; a &eacute;t&eacute; r&eacute;solu en faveur du &quot;moins pire&quot; des deux ph&eacute;nom&egrave;nes: la solution islamique, jug&eacute;e plus l&eacute;gitime, plus &quot;indig&egrave;ne&quot;, plus juste, plus sociale, moins corrompue, et, &agrave; l&#39;exemple du &quot;mod&egrave;le turc&quot;, plus &quot;d&eacute;mocratique&quot;.<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Victoire de l&rsquo;islam conservateur et &eacute;chec de l&rsquo;islamisme radical<\/strong> ? Les partisans de la th&egrave;se selon laquelle la d&eacute;mocratie et l&rsquo;islamisme vont se r&eacute;concilier pacifiquement gr&acirc;ce aux r&eacute;volutions arabes et vont ainsi d&eacute;l&eacute;gitimer d&eacute;finitivement la voie &quot;islamo-terroriste&quot; est aujourd&rsquo;hui dominante, de la Turquie aux pays arabes, o&ugrave; la r&eacute;volution a d&eacute;j&agrave; balay&eacute; des dictateurs militaires la&iuml;ques. Nos experts et autres islamologues catholiques nous expliquent depuis f&eacute;vrier 2010 que, depuis 2007, de l&rsquo;Irak &agrave; l&rsquo;Alg&eacute;rie, la r&eacute;volution par le terrorisme, telle que propos&eacute;e par le d&eacute;funt Oussama ben Laden, n&rsquo;a pas s&eacute;duit les jeunesses des pays arabes. Car les despotes corrompus anti-islamistes ont &eacute;t&eacute; renvers&eacute;s non pas par les islamo-terroristes salafistes, mais par une jeunesse r&eacute;volutionnaire pacifique, moderne, &quot;facebook&eacute;e&quot; et &quot;twitteris&eacute;e&quot;. Fort de ce demi-constat, nos politiques et nos intellectuels habituels n&rsquo;ont pas arr&ecirc;t&eacute; de nous dire, avec autant de na&iuml;vet&eacute; que d&rsquo;enthousiasme parfois hypocrite, que le &quot;printemps arabe&quot; administrait la preuve que les jeunes arabes sont eux aussi pr&ecirc;ts que les Europ&eacute;ens pour la d&eacute;mocratie, la la&iuml;cit&eacute;, la modernit&eacute;, le progr&egrave;s, etc, qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de chromosome arabe int&eacute;griste, qu&rsquo;ils sont eux aussi capables d&rsquo;aspirer &agrave; la d&eacute;mocratie, etc&hellip; Mais une fois que l&rsquo;on a dit ce genre d&rsquo;&eacute;vidence, que seuls ceux qui en doutaient par m&eacute;pris post-colonial avaient besoin de rappeler, on n&#39;a pas dit grand-chose. C&#39;est qu&#39;entre f&eacute;vrier 2011 et le 23 octobre 2011, date de la premi&egrave;re victoire islamiste &eacute;lectorale en terre arabe lib&eacute;r&eacute;e, la tendance m&eacute;diatico-politique n&rsquo;&eacute;tait pas &agrave; l&rsquo;analyse lucide, prudente et objective, mais &agrave; l&rsquo;&eacute;motion &agrave; et l&rsquo;engouement r&eacute;volutionnaire. Le renversement des r&eacute;gimes tyranniques en place (Kadhafi en Libye, Ben Ali en Tunisie, Moubarak en Egypte, etc) ne pouvait qu&rsquo;&ecirc;tre positif et l&#39;on &eacute;tait d&egrave;s lors suspects de collaboration avec eux, d&egrave;s que l&rsquo;on &eacute;mettait des b&eacute;mols ou que l&rsquo;on alertait l&rsquo;opinion sur le fait que ces formidables jeunes r&eacute;volutionnaires tunisiens, &eacute;gyptiens ou libyens, risquaient de se faire voler tr&egrave;s vite leur r&eacute;volution &eacute;litiste, minoritaire et facebookienne par des r&eacute;volutionnaires professionnels bien mieux organis&eacute;s, plus populaires et plus nombreux : les islamistes. Ceux qui osaient craindre ce sc&eacute;nario pourtant fort pr&eacute;visible, comme par exemple le grand intellectuel et philosophe tunisien, ancien ambassadeur de Tunisie &agrave; l&#39;UNESCO, &eacute;taient d&rsquo;affreux complices des dictateurs en place et des ennemis de la d&eacute;mocratie. D&rsquo;o&ugrave; les scandales m&eacute;diatiques plan&eacute;taires consistant &agrave; mener une v&eacute;ritable chasse aux sorci&egrave;res et &agrave; lyncher les ministres fran&ccedil;ais coupables d&rsquo;avoir pass&eacute; quelques jours de vacances &agrave; l&rsquo;invitation des despotes jadis grand alli&eacute;s de la France, mais devenus en 24 h nos ennemis oblig&eacute;s et qu&#39;il fallait par cons&eacute;quent conspuer et l&acirc;cher d&rsquo;un coup, sans transition, au m&eacute;pris m&ecirc;me des r&egrave;gles diplomatiques les plus &eacute;l&eacute;mentaires.<\/p>\n<p>\n\t\tA ceux, comme moi, qui &eacute;taient pr&ecirc;ts &agrave; encourager les r&eacute;volutionnaires, mais avertissaient que l&rsquo;on risquait, en allant trop vite en besogne, de d&eacute;stabiliser la r&eacute;gion et de porter au pouvoir les seules forces politiques et sociales bien organis&eacute;es, les islamistes, appuy&eacute;s par certains Etats du Golfe, les Fr&egrave;res musulmans et m&ecirc;me des r&eacute;seaux salafistes li&eacute;s &agrave; d&rsquo;anciens protagonistes Al-Qa&iuml;da, <strong>on r&eacute;pondait avec m&eacute;pris et v&eacute;h&eacute;mence que cet argument sert depuis des d&eacute;cennies &agrave; justifier la r&eacute;pression et la tyrannie<\/strong>. L&rsquo;argument n&rsquo;est pas faux en soi, car les dictateurs arabes les plus sanguinaires, y compris Kadhafi lui-m&ecirc;me, l&rsquo;ex-parrain du terrorisme recycl&eacute; dans la lutte contre Al-Qa&iuml;da, agitaient constamment l&rsquo;&eacute;pouvantail de l&rsquo;islamisme terroriste, pour justifier une dictature qui couvrait elle-m&ecirc;me une corruption de caste. Mais le fait que des dictateurs d&eacute;noncent l&rsquo;islamisme radical suffit-il &agrave; discr&eacute;diter d&eacute;finitivement toute alerte face &agrave; la mont&eacute;e de l&rsquo;islamisme ? Le fait que le parti tunisien Ennahda ou d&rsquo;autres groupes politiques islamistes tunisiens d&eacute;testaient Ben Ali et ont voulu sa chute, fait-il automatiquement d&rsquo;eux des gens fr&eacute;quentables et de bons r&eacute;volutionnaires ? Enfin, le fait qu&rsquo;Ennahda et son leader historique Rached Ghannouchi se r&eacute;f&egrave;rent au mod&egrave;le turc suppos&eacute; islamo-conservateur ou d&eacute;mocrate-musulman, &eacute;quivalent des d&eacute;mocrates-chr&eacute;tiens europ&eacute;ens, ne veut rien dire et il est une pure rh&eacute;torique politique visant &agrave; baisser les gardes des r&eacute;volutionnaires lib&eacute;raux et de l&rsquo;Occident oppos&eacute;s en principe &agrave; l&rsquo;islamisme radical.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Le mod&egrave;le turc et le bon &eacute;l&egrave;ve tunisien d&#39;Ennahda <\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tRappelons tout d&rsquo;abord que si les islamistes turcs n&rsquo;ont pas remis en cause la la&iuml;cit&eacute; turque, les droits des femmes turques, les alliances strat&eacute;giques avec les Etats, l&rsquo;OTAN et Isra&euml;l (de plus en plus contest&eacute;s dans les discours et les postures politiques), et certains acquis fondamentaux du k&eacute;malisme, ce n&rsquo;est pas parce qu&rsquo;ils ne voulaient pas mais d&rsquo;abord parce que le patronat turc, les classes moyennes stanbouliotes, les &eacute;lites intellectuelles et surtout l&rsquo;Arm&eacute;e ne l&rsquo;auraient pas permis. Bref, le secret de l&rsquo;islamisme mod&eacute;r&eacute; turc ne r&eacute;side pas dans une disposition propre des islamistes turcs au pouvoir ou dans une appartenance &agrave; une &eacute;cole de pens&eacute;e islamique r&eacute;formiste-mod&eacute;r&eacute;e ou lib&eacute;rale, mais dans les rapports de force qui ne permettent pas au parti AKP du Premier Ministre R.T. Erdogan (au pouvoir) de changer et r&eacute;islamiser d&rsquo;un coup la Turquie. Mais depuis 2002, date de l&rsquo;accession au pouvoir de l&rsquo;AKP et d&rsquo;Erdogan, la strat&eacute;gie poursuivie avec succ&egrave;s par les islamistes turcs mod&eacute;r&eacute;s ou islamo-conservateurs, auxquels se r&eacute;f&egrave;rent les leaders du parti Ennahda en Tunisie et les Fr&egrave;res musulmans de la plupart des pays arabes et m&ecirc;me d&rsquo;Europe, a consist&eacute; &agrave; d&eacute;manteler uns par uns les acquis de la la&iuml;cit&eacute; turque (Laiklik) : nomination de juges anti-la&iuml;ques ; &eacute;lection d&rsquo;un nouveau Pr&eacute;sident turc issu du Parti islamiste (Abdullah G&uuml;l), diabolisation et affaiblissement des militaires les plus la&iuml;ques et k&eacute;malistes par des campagnes m&eacute;diatiques et des proc&egrave;s totalitaires ; mise au pas des grands groupes de presse confisqu&eacute;s aux seuls Magnats turcs oppos&eacute;s &agrave; Erdogan et connus pour leur d&eacute;fense des id&eacute;es la&iuml;ques (groupe Dogan, propri&eacute;taire des plus importants quotidiens la&iuml;ques ; groupe Uzan, membre de la minorit&eacute; al&eacute;vie, totalement spoli&eacute; de ses biens apr&egrave;s avoir cr&eacute;&eacute; un parti politique la&iuml;que-nationaliste anti-Erdogan et avoir fait publier dans sa revue Star une photo de ce dernier en compagnie d&rsquo;un chef islamo-terroriste afghan alli&eacute; des Talibans, attaques en diffamation des journalistes anti-islamistes; r&eacute;forme de la Constitution la&iuml;que, autorisation progressive du voile islamique jadis prohib&eacute; dans les lieux publics ; d&eacute;mant&egrave;lement de la plus importante institution k&eacute;maliste-la&iuml;que du pays, le MGK, qui bloquait les lois inspir&eacute;es de la Charia&#39;h mais que l&rsquo;Union europ&eacute;enne jugeait trop li&eacute;e aux militaires, etc). Quand on voit &agrave; quelle vitesse la Turquie islamiste mod&eacute;r&eacute;e du parti AKP au pouvoir s&rsquo;est r&eacute;islamis&eacute;e ces derni&egrave;res ann&eacute;es et &agrave; quel point les institutions et les partis la&iuml;ques ont &eacute;t&eacute; affaiblis, et quand on observe la violence des d&eacute;clarations des dirigeants turcs &agrave; l&rsquo;encontre de l&rsquo;ancien alli&eacute; majeur d&rsquo;Ankara, Isra&euml;l, puis le fait que la Turquie d&rsquo;Erdogan d&eacute;fend aujourd&rsquo;hui ouvertement les islamistes terroristes du Hamas &agrave; Gaza, ou lorsque que l&rsquo;on &eacute;coute Erdogan menacer militairement le voisin chypriote qui se voit interdire de proc&eacute;der &agrave; des forages p&eacute;troliers dans sa zone l&eacute;gale off shore par l&rsquo;Etat m&ecirc;me qui occupe ill&eacute;galement la partie Nord de l&rsquo;&icirc;le (Turquie), force est de constater que le mod&egrave;le turc d&#39;Erdogan n&rsquo;est pas celui d&rsquo;un islam mod&eacute;r&eacute; ou r&eacute;formiste pro-occicental et pacifiste, mais plut&ocirc;t un mod&egrave;le d&rsquo;islamisme politique habile qui se fait passer pour mod&eacute;r&eacute;, <strong>parce qu&#39;il proc&egrave;de par &eacute;tapes<\/strong>. Or proc&eacute;der par &eacute;tapes, infiltrer l&rsquo;administration, avancer partiellement masqu&eacute;, cr&eacute;er des fronts pluralistes pour tromper l&rsquo;adversaire (en incluant par exemple la gauche), instrumentaliser la na&iuml;vet&eacute;, la cupidit&eacute; &eacute;conomique et la l&acirc;chet&eacute; occidentale, et manipuler les masses de fa&ccedil;on progressive pour arriver &agrave; terme au m&ecirc;me but que les islamistes radicaux: le r&egrave;gne de la Charia&#39;h, l&rsquo;an&eacute;antissement progressif des r&eacute;gimes et id&eacute;ologies &quot;la&iuml;cisantes&quot; import&eacute;es de l&rsquo;Occident imp&eacute;rialiste maudit: telle est la strat&eacute;gie th&eacute;oris&eacute;e et appliqu&eacute;e par les id&eacute;ologues des Fr&egrave;res musulmans. Il n&rsquo;est donc pas du tout &eacute;tonnant que les Fr&egrave;res musulmans tunisiens, qui ont d&eacute;j&agrave; d&eacute;rob&eacute; la r&eacute;volution aux jeunes la&iuml;ques r&eacute;unis aux appels des r&eacute;seaux facebook ou twitter, puis leurs homologues &eacute;gyptiens ou m&ecirc;me marocains, jordaniens ou syriens, se r&eacute;f&egrave;rent tous au mod&egrave;le turc.<strong>Car ce mod&egrave;leest faussement mod&eacute;r&eacute;<\/strong>. Il ne diff&egrave;re pas de l&rsquo;islamisme radical terroriste par les buts &agrave; longs terme (r&egrave;gne de la Charia&#39;h et destruction des r&eacute;gimes musulmans impies ou apostats), mais par les moyens qu&#39;il utilise. Pour ces islamistes l&agrave;, si habiles qu&#39;ils vont souvent jusqu&#39;&agrave; r&eacute;cuser le mot m&ecirc;me d&#39;islamiste, et comme l&rsquo;a souvent dit le Premier ministre turc Recep Taiyyp Erdogan dans ses discours, <strong>la d&eacute;mocratie n&rsquo;est pas une fin mais un moyen , c&rsquo;est un tramways qui me permet d&rsquo;aller &agrave; un endroit et je m&rsquo;arr&ecirc;te &agrave; la station que je veux<\/strong>.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Retour &agrave; la Tunisie domin&eacute;e par Ennahda <\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tDans un autre style encore plus explicite, celui qui se dit &ecirc;tre sur la m&ecirc;me ligne qu&rsquo;Erdogan, Rached Ghannouchi, leader de l&rsquo;islamisme mod&eacute;r&eacute; tunisien, dont le parti a remport&eacute; 40 % des voix aux &eacute;lections du 23 octobre, expliquait dans son ouvrage &quot;<strong>Les libert&eacute;s publiques dans l&rsquo;&Eacute;tat islamique&quot;<\/strong>, publi&eacute; par le Centre d&rsquo;&Eacute;tudes de l&rsquo;Unit&eacute; Arabe (Beyrouth, 1993, p. 48), que &quot;<em>l&rsquo;apostasie est le reniement [de l&rsquo;islam] apr&egrave;s qu&rsquo;on l&rsquo;a embrass&eacute; de plein gr&eacute;<\/em>&quot;. Des versets du Coran ont &eacute;nonc&eacute; le caract&egrave;re affreux de ce crime, et menac&eacute; quiconque s&rsquo;en rend coupable du plus atroce des supplices. Quant &agrave; la tradition, la sunna, elle a exig&eacute; la mise &agrave; mort [conform&eacute;ment au hadith] &quot;<em>Tuez quiconque change de religion<\/em>&quot;. Comment croire un instant la sinc&eacute;rit&eacute; des islamistes tunisiens d&rsquo;Ennahda, qui jurent depuis un an ne pas vouloir instaurer la Charia&#39;h, alors que leur leader &eacute;crit, comme tous les Fr&egrave;res musulmans, que la charia&#39;h est la<strong>&quot;<\/strong>source principale de toute l&eacute;gislation, que le r&ocirc;le d&rsquo;un chef d&rsquo;Etat est d&rsquo;accomplir la religion, d&rsquo;&eacute;duquer l&rsquo;oumma selon l&rsquo;islam <strong>et que le souverain doit &ecirc;tre imp&eacute;rativement musulman ?&quot;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tGhannouchi regrette m&ecirc;me explicitement que les constitutions de nombreux pays arabes ne contiennent pas d&rsquo;articles imposant la charia&#39;h comme source principale de toute l&eacute;gislation (Ghannouchi, idem, p. 54). Comment aussi croire les islamistes tunisiens qui affirment ne pas vouloir renverser l&rsquo;ordre constitutionnel instaur&eacute; par Bourghiba depuis 1956, mais qui fustigent dans le m&ecirc;me temps la la&iuml;cit&eacute; voulue par Bourguiba et expliquent que la lutte contre Ben Ali passe par la lutte contre les acquis de son pr&eacute;d&eacute;cesseur, Bourguiba ? Ghannouchi &eacute;crit &agrave; propos de la la&iuml;cit&eacute; que <em>l&rsquo;on ne saurait concevoir de soci&eacute;t&eacute; islamique la&iuml;que, ou de musulman la&iuml;c que si ce n&rsquo;est en renon&ccedil;ant &agrave; ce qui est essentiel en islam. Car une soci&eacute;t&eacute; ne peut &ecirc;tre islamique qu&rsquo;&agrave; condition de ne pas &ecirc;tre la&iuml;que et d&rsquo;accepter l&rsquo;unicit&eacute; de Dieu<\/em>&quot; (Interview au quotidien alg&eacute;rien Alg&eacute;rie actualit&eacute; du 12 octobre 1989). Certes, on peut nous r&eacute;pondre que, depuis les ann&eacute;es 1990, Ghannouchi a chang&eacute;. Mais plus r&eacute;cemment, alors qu&rsquo;il annon&ccedil;ait son &eacute;volution mod&eacute;r&eacute;e, Ghannouchi rendait hommage, dans une interview r&eacute;alis&eacute;e par Ala Iddin Al-Rachi, le 5 octobre 2005, au &quot;savantisme&quot; du cheikh Youssef El-Qaradawi, le tristement c&eacute;l&egrave;bre pr&eacute;dicateur salafiste d&rsquo;al-Jazira et auteur du livre &quot;<strong>Le Licite et l&rsquo;Illicite<\/strong>&quot; et de nombreuses fatwa justifiant les attentats suicides, les appels &agrave; la destruction d&rsquo;Isra&euml;l et l&rsquo;assassinat des musulmans apostats. Or le simple fait que El Qaradawi soit la r&eacute;f&eacute;rence th&eacute;ologique supr&ecirc;me des Fr&egrave;res musulmans et des Salafistes du monde entier d&eacute;ment toute pr&eacute;tention &agrave; &ecirc;tre assimil&eacute; &agrave; des d&eacute;mocrates-musulmans ou &agrave; des mod&eacute;r&eacute;s r&eacute;formistes. Exemple parmi tant d&rsquo;autres, Youssef El-Qaradawi affirmait, le 28 janvier 2009, sur Al-Jazira, que &quot;<em>tout au long de l&#39;histoire, Allah a impos&eacute; aux [Juifs] des personnes qui les puniraient de leur corruption. Le dernier ch&acirc;timent a &eacute;t&eacute; administr&eacute; par Hitler. Avec tout ce qu&#39;il leur a fait &#8211; et bien qu&#39;ils [les Juifs] aient exag&eacute;r&eacute; les faits -, il a r&eacute;ussi &agrave; les remettre &agrave; leur place. C&#39;&eacute;tait un ch&acirc;timent divin. Si Allah veut, la prochaine fois, ce sera par la main des musulmans. (&hellip;) j&#39;esp&egrave;re est qu&#39;&agrave; l&#39;approche de la fin de mes jours, Allah me donne l&#39;occasion d&#39;aller sur la terre du djihad et de la r&eacute;sistance, m&ecirc;me sur une chaise roulante. Je tirerai sur les ennemis d&#39;Allah, les Juifs, et ils me lanceront une bombe dessus et ainsi, je clorai ma vie en martyr<\/em>&quot; Pour ceux qui douteraient encore des id&eacute;es profondes de Ghannouchi et de ses liens avec al-Qaradawi et ses institutions affili&eacute;es, rappelons seulement qu&rsquo;il est le vice pr&eacute;sident du <strong>Conseil Europ&eacute;en de la Fatwa<\/strong> (structures des fr&egrave;res musulmans proche de l&#39;UOIF en France), dont le pr&eacute;sident et r&eacute;f&eacute;rence supr&ecirc;me n&rsquo;est autre que&hellip; al-Qaradawi. Ceci est &eacute;galement fort inqui&eacute;tant pour l&rsquo;islam europ&eacute;en, dont de tr&egrave;s nombreuses associations, centres islamiques et mosqu&eacute;es li&eacute;es au Fr&egrave;res musulmans ou &agrave; l&rsquo;Arabie saoudite sont affili&eacute;es au <strong>Conseil Europ&eacute;en de la Fatwa<\/strong>. Enfin, Ghannouchi d&eacute;plorait en 1996, lors du voyage de Jean Paul II en Tunisie en Avril 1996, que <strong>&quot;<em>la visite du chef de l&rsquo;Eglise catholique co&iuml;ncide avec la r&eacute;ception du repr&eacute;sentant commercial de l&rsquo;entit&eacute; sioniste &agrave; Tunis<\/em>&quot;,<\/strong> et que cela prouverait qu&rsquo;il y a une invasion crois&eacute;e et sioniste de la Tunisie (journal islamiste marocain ARRAYA, 23 avril 1996).<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>La seconde phase des r&eacute;volutions arabes : l&rsquo;hiver islamiste<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tC&rsquo;est dans cette perspective r&eacute;aliste qu&rsquo;il faut analyser la seconde phase des r&eacute;volutions arabes. Et c&rsquo;est l&agrave; que la formule &quot;printemps arabe, hiver islamiste&quot; prend tout son sens. En effet, si l&rsquo;on entend par &quot;hiver islamiste&quot;, la perc&eacute;e g&eacute;n&eacute;rale des partis politiques r&eacute;clamant une r&eacute;islamisation partielle, totale ou progressive (par &eacute;tapes) de la soci&eacute;t&eacute; et de l&rsquo;Etat, c&rsquo;est-&agrave;-dire qui escomptent r&eacute;pondre &agrave; la demande d&rsquo;islam constat&eacute;e partout au sein des masses des pays musulmans depuis plusieurs d&eacute;cennies apr&egrave;s le discr&eacute;dit croissant des id&eacute;ologies la&iuml;ques et lib&eacute;rales assimil&eacute;es &agrave; l&rsquo;imp&eacute;rialisme occidental, il est clair qu&rsquo;aucun pays arabe gagn&eacute; ou pas par la r&eacute;volution n&rsquo;est &eacute;pargn&eacute; par cette demande d&rsquo;Islam, qui ne concerne d&rsquo;ailleurs pas que les pays arabes mais l&rsquo;ensemble du monde islamique et m&ecirc;me les banlieues de l&rsquo;Islam de France ou d&rsquo;ailleurs en Europe. Car dans le monde entier, en terre arabe, musulmane non-arabe ou en terre europ&eacute;enne ou am&eacute;ricaine, le r&eacute;f&eacute;rent identitaire majeur des populations d&rsquo;origine musulmane, jadis moins r&eacute;ceptives au message islamiste, a de plus en plus tendance &agrave; &ecirc;tre la religion, non pas uniquement comme pi&eacute;t&eacute; priv&eacute;e ou mystique personnelle, mais comme r&eacute;f&eacute;rent identitaire premier, comme appartenance et ciment politico-religieux et social. Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des banlieues de l&rsquo;islam ou des pays musulmans arabes ou non-arabes, de la Turquie d&rsquo;Erdogan &agrave; la Tunisie d&rsquo;Ennahda, on constate en effet que, partout l&rsquo;islamisme au sens large d&rsquo;islam politique, mod&eacute;r&eacute; ou radical, est per&ccedil;u par des masses croissantes et des nouvelles &eacute;lites &eacute;conomiques et politiques, <strong>comme La R&eacute;ponse, La Solution aux probl&egrave;mes, et surtout, la seule fa&ccedil;on de se diff&eacute;rencier radicalement de l&rsquo;Autre honni, l&rsquo;Occident jud&eacute;o-chr&eacute;tien ex-colonial qui a apport&eacute; avec ses colons les id&eacute;es perverses et impies, de mixit&eacute; des sexes, d&rsquo;individualisme, de la la&iuml;cit&eacute;, de libert&eacute; sexuelle<\/strong>.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tEt c&rsquo;est parce que l&rsquo;islamisme politique &agrave; l&rsquo;iranienne comme &agrave; la turque est avant tout une r&eacute;ponse politico-religieuse et identitaire &agrave; l&rsquo;Occident honni et &agrave; ses valeurs universelles jug&eacute;es dangereuses, une volont&eacute; de revanche et d&rsquo;en d&eacute;coudre avec l&rsquo;ennemi juif et crois&eacute;s d&eacute;peints tant par Oussama Ben Laden que Al-Qaradawi ou Ghannouchi, que toute forme de progression, m&ecirc;me &eacute;dulcor&eacute;e de cette id&eacute;ologie totalitaire revancharde fond&eacute;e sur le narcissisme collectif de la Oumma et la haine des non-musulmans ne peut rassurer. Certes, pour l&rsquo;instant, les &laquo; islamo-conservateurs &raquo; comme on les appelle n&rsquo;ont pas encore expuls&eacute; tous les juifs et tous les chr&eacute;tiens de Tunisie ou d&rsquo;Egypte. Ils n&rsquo;ont pas mis en prison les rares filles qui osent encore mettre des jupes courtes et les rares hommes qui osent ne pas observer le je&ucirc;ne du Ramadan, comme cela &eacute;tait encore possible il y a des d&eacute;cennies. Mais ce n&rsquo;est qu&rsquo;une question de temps. Et m&ecirc;me si le pire n&rsquo;est jamais certain, et si les forces la&iuml;ques, encore peu organis&eacute;es, faute de temps, n&rsquo;ont pas encore di leur dernier mot et pourront un jour gagner des &eacute;lections, il est clair que dans les pays arabes gagn&eacute;s par les r&eacute;volutions, les la&iuml;ques et les libres penseurs oppos&eacute;s &agrave; toute forme de th&eacute;ocratie ont du souci &agrave; se faire. Le meilleur exemple est la Libye, o&ugrave; le pr&eacute;sident du Conseil national de transition (CNT) Mustapha Abdel Jalil a confirm&eacute; &agrave; plusieurs reprises, que la future &laquo; Libye libre &raquo;, proclam&eacute;e ces derniers jours apr&egrave;s la mort de Kadhafi, aura une l&eacute;gislation fond&eacute;e sur la chari&agrave;. Citons un extrait on ne peut plus clair d&rsquo;Abdel Jalil du discours prononc&eacute; &agrave; l&rsquo;occasion de la c&eacute;r&eacute;monie de proclamation de la &quot;lib&eacute;ration&quot; de la Libye: &quot;<strong>en tant que pays islamique, nous avons adopt&eacute; la charia&#39;h comme loi essentielle et toute loi qui violera la charia sera l&eacute;galement nulle et non avenue<\/strong>&quot;.<\/p>\n<p>\n\t\tA l&rsquo;instar des islamistes mod&eacute;r&eacute;s de Tunisie ou d&rsquo;Egypte, les composantes islamistes de la Libye nouvelle lib&eacute;r&eacute;e par les avions de l&rsquo;Otan et les Kalachnikovs, tentent de rassurer leurs parrains occidentaux en jurant que les Libyens ont un islam tol&eacute;rant, de rite mal&eacute;kite, et qu&rsquo;ils rejettent toute &quot;id&eacute;ologie extr&eacute;miste&quot;. Mais au m&ecirc;me moment, le Pr&eacute;sident du CNT rappelle qu&rsquo;en mati&egrave;re statut familial, par exemple, la Charia&#39;h, bient&ocirc;t (re)devenue source de la loi, permettra de l&eacute;galiser la polygamie, interdite sous le r&eacute;gime de Kadhafi, tandis que la loi sur le mariage et le divorce, jug&eacute;e trop lib&eacute;rale sous Kadhafi, pourra &ecirc;tre supprim&eacute;e en tant que non-islamique&#8230;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &quot;Printemps arabe, hiver islamiste&quot; ? &nbsp; Les le&ccedil;ons de la victoire ses islamistes d&#39;Ennahda aux &eacute;lections &nbsp; Par Alexandre del Valle &nbsp; &quot;Printemps arabe, hiver islamiste&quot; ? La formule peut choquer. Elle n&rsquo;est pas de moi, mais je la trouve en partie pertinente. 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