{"id":2998,"date":"2015-07-14T23:51:49","date_gmt":"2015-07-14T23:51:49","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=2998"},"modified":"2015-07-14T23:49:55","modified_gmt":"2015-07-14T23:49:55","slug":"moi-viviane-nee-scemama-souvenirs-dune-judeo-tunisienne","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/moi-viviane-nee-scemama-souvenirs-dune-judeo-tunisienne\/","title":{"rendered":"Moi Viviane, n\u00e9e Scemama. Souvenirs d\u2019une jud\u00e9o-tunisienne."},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tMoi Viviane, n&eacute;e Scemama. Souvenirs d&rsquo;une jud&eacute;o-tunisienne.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t* 11 octobre 1977<\/p>\n<p>\n\tAu centre de r&eacute;adaptation fonctionnelle de la r&eacute;gion lyonnaise dans lequel je me trouvais pour neuf jours, les convalescents de type europ&eacute;ens, pour la majorit&eacute; d&rsquo;entre eux, se r&eacute;unissaient autour du biblioth&eacute;caire letton qui disait venir de nulle part, du &laquo; para &raquo; unijambiste qui racontait, &agrave; qui voulait l&rsquo;entendre, ses batailles perdues. Certains, plus taciturnes, se tenaient &agrave; l&rsquo;&eacute;cart, lisant et relisant le quotidien r&eacute;gional command&eacute; la veille &agrave; l&rsquo;amicale.<\/p>\n<p>\n\tD&rsquo;autres, encore plus isol&eacute;s, regroup&eacute;s dans leur solitude, les maghr&eacute;bins, se retrouvaient dans une autre salle surnomm&eacute;e &laquo; le ch&acirc;teau &raquo;.<\/p>\n<p>\n\tL&agrave;, Naceur, le photographe se projetait &agrave; haute voix son cin&eacute;ma, Nourredine le silencieux, plein de son accent des mis&eacute;rables pentes de la Croix-Rousse et enfin, ceux plus &acirc;g&eacute;s jouant aux cartes ou se pr&ecirc;tant &agrave; r&ecirc;ver d&rsquo;un soleil imaginaire.<\/p>\n<p>\n\tOstensiblement, le plus naturellement du monde, je me dirigeais vers eux. Je pr&eacute;f&eacute;rais leur compagnie. J&rsquo;aime tant &laquo; parler l&rsquo;arabe &raquo;, retrouver mes mots, nos proverbes, les histoires intraduisibles qui nous font partir d&rsquo;un rire franc ?<\/p>\n<p>\n\tAinsi tous les soirs, je rejoignais mon ghetto jud&eacute;o-arabe ; au d&eacute;part, accompagn&eacute;e d&rsquo;une certaine appr&eacute;hension, une certaine retenue que nous avaient impos&eacute; soixante-dix ans de protectorat fran&ccedil;ais.<\/p>\n<p>\n\tCette fois-ci j&rsquo;&eacute;clatais : je d&eacute;clinais mon identit&eacute;. Je suis juive, tunisienne et profond&eacute;ment orientale.<\/p>\n<p>\n\tNos conversations allaient dans tous les sens. Nous &eacute;voquions l&rsquo;Alg&eacute;rie, celle de Boumedienne, mais Abdallah le vieux disait qu&rsquo;il ne fallait pas y toucher. Je lui coupais la parole et lui demander si Monsieur Boumedienne lui a bien envoy&eacute; son mandat le mois dernier. Un gros &eacute;clat de rire s&rsquo;ensuivit accompagn&eacute; d&rsquo;une tape amicale sur mon &eacute;paule.<\/p>\n<p>\n\tAli que l&rsquo;on surnommait Bouddha &agrave; cause d&rsquo;une barbichette insolite m&rsquo;interpella un soir que je le croquais &agrave; la sanguine, me regarda fixement et s&rsquo;exclama : &laquo; mais elle est d&rsquo;Isra&euml;l ! Elle a une &eacute;toile &agrave; son collier&hellip; &raquo; &Agrave; la suite il me confia : &laquo; tu sais ici, il n&rsquo;y a qu&rsquo;une personne qui vient me voir, c&rsquo;est mon ami Raymond, il est comme toi. On s&rsquo;est toujours &eacute;crit depuis son d&eacute;part d&rsquo;Alg&eacute;rie et on s&rsquo;est revu en France &raquo;.<\/p>\n<p>\n\tNourredine, le jeune tunisien, avait l&rsquo;air d&rsquo;un &eacute;corch&eacute; vif au milieu de ses fr&egrave;res. Il aimait &ecirc;tre en leur compagnie mais n&rsquo;appr&eacute;ciait pas leur forme d&rsquo;humour, leur ironie, notamment quand ils le traite de touriste. Je lui fis remarquer combien je regrettais qu&rsquo;il s&rsquo;&eacute;loigne des traditions, de ses origines et ce, tous les jours un peu plus.<\/p>\n<p>\n\tUn soir je lui confiais : &laquo; entre nous, crois-tu que ta m&egrave;re sera contente le jour o&ugrave; tu lui ram&egrave;neras &agrave; la maison une petite blonde, garanti bon teint, bien fran&ccedil;aise, au lieu de faire le bonheur d&rsquo;une fille du pays qui n&rsquo;attend que &ccedil;&agrave; &raquo;. Cela l&rsquo;aga&ccedil;a et se sentait oblig&eacute; de me r&eacute;pondre : &laquo; d&rsquo;abord, la fille que je fr&eacute;quente n&rsquo;est pas fran&ccedil;aise, elle est su&eacute;doise ! &raquo;<\/p>\n<p>\n\tLa fin de mon s&eacute;jour approchait et je devais, encore une fois, quitter ma langue maternelle, mes voisins, mes amis de toujours. Le jour de mon d&eacute;part, Abdallah, l&rsquo;ami &laquo; intime &raquo; du Ra&iuml;s Boumedienne m&rsquo;interpella, jugeant qu&rsquo;il &eacute;tait de son devoir de me tenir au courant des derni&egrave;res nouvelles et me chuchote dans notre langue : &laquo; tu sais, &ccedil;a va mal entre Golda M&eacute;&iuml;r et Mosh&eacute; Dayan &raquo; comme s&rsquo;il &eacute;voquait une histoire d&rsquo;amour interrompue et il s&rsquo;&eacute;clipsa dans un grand &eacute;clat de rire.<\/p>\n<p>\n\tPourquoi, aussit&ocirc;t, me suis-je mis &agrave; penser &agrave; ce fameux bal de r&eacute;veillon donn&eacute; &agrave; Tunis, il y a vingt ans d&eacute;j&agrave;, o&ugrave; jeunes gens juifs et arabes dansaient sur l&rsquo;air de &laquo; Hava Naguila &raquo;, tube isra&eacute;lien, mille fois biss&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t* Viviane Scemama Lesselbaum : &laquo; Le passage &raquo; de la Hara au Belv&eacute;d&egrave;re. Editions Cosmogone. 1999<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Moi Viviane, n&eacute;e Scemama. Souvenirs d&rsquo;une jud&eacute;o-tunisienne. &nbsp; * 11 octobre 1977 Au centre de r&eacute;adaptation fonctionnelle de la r&eacute;gion lyonnaise dans lequel je me trouvais pour neuf jours, les convalescents de type europ&eacute;ens, pour la majorit&eacute; d&rsquo;entre eux, se r&eacute;unissaient autour du biblioth&eacute;caire letton qui disait venir de nulle part, du &laquo; para&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":16367,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[17,1,431],"tags":[],"class_list":["post-2998","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-souvenirs","category-uncategorized","category-viviane-scemama-lesselbaum"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2998","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=2998"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/2998\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16367"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=2998"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=2998"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=2998"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}