{"id":3002,"date":"2011-11-02T21:51:43","date_gmt":"2011-11-02T21:51:43","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=3002"},"modified":"2011-11-02T21:51:43","modified_gmt":"2011-11-02T21:51:43","slug":"steve-jobs-raconte-par-sa-petite-soeur","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/steve-jobs-raconte-par-sa-petite-soeur\/","title":{"rendered":"Steve Jobs racont\u00e9 par sa petite soeur"},"content":{"rendered":"<p>\n\t<span class=\"Apple-style-span\" style=\"font-family: Georgia, 'Times New Roman', Times, serif; font-size: 30px; line-height: 36px; \">Steve Jobs racont&eacute; par sa petite soeur<\/span><\/p>\n<div style=\"padding-top: 25px; position: relative;\">\n\t&nbsp;<\/div>\n<div style=\"padding-top: 25px; position: relative;\">\n\tEXCLUSIF. Mona Simpson a rendu un hommage tr&egrave;s personnel au cr&eacute;ateur d&#39;Apple r&eacute;cemment disparu. Le Point.fr vous en propose la traduction.<\/div>\n<div class=\"article zoomable\">\n<div class=\"col_article\">\n<div class=\"bloc a_lire\" id=\"mustread\">\n<p>\n\t\t\t\t<a href=\"http:\/\/ad.fr.doubleclick.net\/click;h=v8\/3bb3\/0\/0\/%2a\/l;44306;0-0;0;44442704;1007-190\/60;0\/0\/0;;~sscs=%3f\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" alt=\"Click here to find out more!\" border=\"0\" src=\"http:\/\/s0.2mdn.net\/viewad\/817-grey.gif\" \/><\/a><\/p>\n<\/p><\/div>\n<p><script><\/script><!-- COL A05 2 --><!-- \/COL A05 2 -->\t<\/div>\n<p><!-- \/Col article -->\t<\/p>\n<p>\n\t\tSteve Jobs n&#39;est pas Dieu, loin s&#39;en faut. Mais parmi les nombreux hommages qui ont &eacute;t&eacute; rendus apr&egrave;s sa mort, celui de sa soeur m&eacute;rite l&#39;int&eacute;r&ecirc;t. Non seulement parce que c&#39;est une des rares personnes &agrave; qui il s&#39;est ouvert, mais aussi parce qu&#39;elle est au coeur du drame qui a le plus marqu&eacute; Steve Jobs. Si les parents de Steve l&#39;ont abandonn&eacute;, ils ont choisi d&#39;&eacute;lever sa petite soeur Mona. Quand il l&#39;a d&eacute;couvert, il en a &eacute;t&eacute; boulevers&eacute;. Au point de ne jamais vouloir reprendre contact avec Abdullfatah John Jandalli, son p&egrave;re naturel. L&#39;hommage de Mona a &eacute;t&eacute; prononc&eacute; le jour de l&#39;enterrement de Steve Jobs, le 16 octobre, et il a depuis &eacute;t&eacute; reproduit dans le <i>New York Times<\/i>. Mais ce discours n&#39;avait jamais &eacute;t&eacute; traduit en fran&ccedil;ais. Le Point.fr vous le propose en exclusivit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t&quot;J&#39;ai grandi comme une fille unique, avec une m&egrave;re c&eacute;libataire. Parce que nous &eacute;tions pauvres et que je savais que mon p&egrave;re avait &eacute;migr&eacute; de Syrie, je pensais qu&#39;il ressemblait &agrave; Omar Sharif. J&#39;esp&eacute;rais qu&#39;il serait riche et gentil et surgirait dans nos vies (et dans notre appartement non encore meubl&eacute;) pour nous aider.<\/p>\n<p>\n\t\tPlus tard quand j&#39;ai rencontr&eacute; mon p&egrave;re, j&#39;ai voulu croire qu&#39;il avait chang&eacute; son num&eacute;ro et n&#39;avait pas laiss&eacute; son adresse parce que c&#39;&eacute;tait un r&eacute;volutionnaire, complotant pour un monde nouveau pour le peuple arabe. Bien que f&eacute;ministe, j&#39;ai pass&eacute; ma vie &agrave; attendre un homme &agrave; aimer, et qui m&#39;aime. Durant des d&eacute;cennies, j&#39;ai cru que cet homme pourrait &ecirc;tre mon p&egrave;re. Quand j&#39;ai eu 25 ans, j&#39;ai rencontr&eacute; cet homme, c&#39;&eacute;tait mon fr&egrave;re.<\/p>\n<p>\n\t\t&Agrave; l&#39;&eacute;poque, j&#39;habitais &agrave; New York, o&ugrave; j&#39;essayais d&#39;&eacute;crire mon premier roman. Je travaillais dans un petit magazine dans un bureau de la taille d&#39;un placard avec trois &quot;aspirants &eacute;crivains&quot;. Un jour, quand un avocat m&#39;a appel&eacute;e &#8211; moi, la fille de classe moyenne californienne qui harcelait son patron pour qu&#39;il nous fasse souscrire &agrave; une assurance maladie -, il m&#39;a dit avoir un client riche et c&eacute;l&egrave;bre et qu&#39;il s&#39;agissait de mon fr&egrave;re perdu de vue depuis longtemps.<\/p>\n<p>\n\t\tLes jeunes journalistes sont devenus fous. Nous &eacute;tions en 1985 et travaillions pour un magazine litt&eacute;raire tr&egrave;s avant-gardiste, mais moi j&#39;&eacute;tais tomb&eacute;e dans une intrigue &agrave; la Dickens, et nous adorions &ccedil;a. L&#39;avocat a refus&eacute; de me dire le nom de mon fr&egrave;re et mes coll&egrave;gues ont commenc&eacute; &agrave; prendre des paris. Le candidat le plus en vue : John Travolta. J&#39;esp&eacute;rais secr&egrave;tement un descendant litt&eacute;raire d&#39;Henry James &#8211; quelqu&#39;un de plus talentueux que moi, un homme naturellement brillant.<\/p>\n<p>\n\t\t<b>&quot;Il souhaitait &ecirc;tre incompris&quot;<\/b><\/p>\n<p>\n\t\tQuand j&#39;ai rencontr&eacute; Steve, c&#39;&eacute;tait un type de mon &acirc;ge, en jeans, avec un look d&#39;arabe ou de juif, et plus beau qu&#39;Omar Sharif. Nous avons fait une longue marche &#8211; il se trouve que nous aimions tous les deux cela. Je me rappelle peu de choses de ce que nous nous sommes dit ce jour-l&agrave;, seulement qu&#39;il ressemblait &agrave; quelqu&#39;un que j&#39;aurais aim&eacute; avoir comme ami. Il m&#39;a appris qu&#39;il travaillait dans les ordinateurs. Je ne connaissais pratiquement rien aux ordinateurs, je travaillais encore sur une Olivetti &agrave; ruban. J&#39;ai dit &agrave; Steve que j&#39;envisageais depuis peu d&#39;acheter mon premier ordinateur, un Cromemco. Steve m&#39;a dit que c&#39;&eacute;tait bien que j&#39;aie attendu, qu&#39;il &eacute;tait en train de mettre au point quelque chose de furieusement beau.<\/p>\n<p>\n\t\tJe voudrais vous faire partager deux ou trois choses que j&#39;ai apprises de Steve &agrave; trois p&eacute;riodes distinctes au cours des 27 ann&eacute;es o&ugrave; je l&#39;ai connu. Ce ne sont pas des p&eacute;riodes qui se comptent en ann&eacute;es, mais en &eacute;tat d&#39;esprit. Sa vie bien remplie. Sa maladie. Son d&eacute;c&egrave;s. Steve travaillait &agrave; ce qu&#39;il adorait. Il travaillait vraiment dur. Chaque jour&#8230; C&#39;est incroyablement simple, mais vrai. Il &eacute;tait tout sauf distrait. Cela ne l&#39;emb&ecirc;tait jamais de travailler dur, m&ecirc;me si cela se soldait par un &eacute;chec. Si quelqu&#39;un d&#39;aussi intelligent que Steve n&#39;avait pas honte d&#39;admettre qu&#39;il t&acirc;tonnait, peut-&ecirc;tre ne devais-je pas avoir honte non plus.<\/p>\n<p>\n\t\tQuand il fut vir&eacute; de chez Apple, il en souffrit. Il m&#39;a parl&eacute; d&#39;un d&icirc;ner o&ugrave; 500 leaders de la Silicon Valley rencontr&egrave;rent le pr&eacute;sident d&#39;alors. Steve n&#39;avait pas &eacute;t&eacute; invit&eacute;. Il &eacute;tait bless&eacute; mais continuait &agrave; travailler chez Next. Chaque jour. La nouveaut&eacute; n&#39;&eacute;tait pas la valeur essentielle de Steve. C&#39;&eacute;tait la beaut&eacute;. Pour un innovateur, Steve &eacute;tait d&#39;une fid&eacute;lit&eacute; rare. S&#39;il aimait une chemise, il pouvait en commander 10 ou 100. Dans sa maison de Palo Alto, il y a certainement autant de cols roul&eacute;s en coton noir que de paroissiens &agrave; l&#39;&eacute;glise. Il &eacute;tait insensible aux tendances et aux gimmicks. Il aimait les gens de son &acirc;ge. Sa philosophie de l&#39;esth&eacute;tisme me rappelle une citation du genre &quot;la mode est ce qui a l&#39;air beau mais devient moche plus tard, l&#39;art peut &ecirc;tre horrible au d&eacute;part mais devient beau plus tard&quot;. Steve aspirait toujours au &quot;beau plus tard&quot;. Il souhaitait &ecirc;tre incompris.<\/p>\n<p>\n\t\tEn dehors du syst&egrave;me, il se rendait toujours dans la m&ecirc;me voiture de sport chez Next, o&ugrave; lui et son &eacute;quipe inventaient tranquillement la plate-forme sur laquelle Tim Berners-Lee &eacute;crirait le programme du World Wide Web. Comme une fille, Steve passait un temps fou &agrave; parler d&#39;amour. L&#39;amour &eacute;tait sa valeur supr&ecirc;me, son Dieu parmi les dieux. Il questionnait, s&#39;inqui&eacute;tait de la vie sentimentale des gens qui travaillaient avec lui. Chaque fois qu&#39;il croisait un homme qu&#39;une femme pouvait trouver craquant, il l&#39;interpellait : &quot;Tu es c&eacute;libataire ? Tu veux venir d&icirc;ner avec ma soeur ?&quot; Je me rappelle son coup de fil le jour o&ugrave; il a rencontr&eacute; Laurene. &quot;Il y a cette belle femme et elle est vraiment intelligente, et elle a un chien, et je vais l&#39;&eacute;pouser.&quot;<\/p>\n<p>\n\t\t<b>&quot;Il connaissait par coeur les roses&quot;<\/b><\/p>\n<p>\n\t\tQuand Reed est n&eacute;, il a vraiment commenc&eacute; &agrave; s&#39;attendrir et ne s&#39;est jamais arr&ecirc;t&eacute;. C&#39;&eacute;tait un p&egrave;re attentif avec chacun de ses enfants. Il s&#39;inqui&eacute;tait de tout, des petits copains de Lisa, des voyages et de la longueur des jupes d&#39;Erin, des dangers que courait Eve pr&egrave;s des chevaux qu&#39;elle adorait. Aucun de ceux qui ont assist&eacute; &agrave; la f&ecirc;te de remise de dipl&ocirc;me de Reed n&#39;oubliera la sc&egrave;ne o&ugrave; Reed et Steve dansent doucement ensemble. Son amour total pour Laurene l&#39;a soutenu. Il pensait que l&#39;amour surgissait &agrave; chaque instant, partout. Sur ce sujet, Steve n&#39;&eacute;tait jamais ironique, jamais cynique, jamais pessimiste. J&#39;essaie, encore, de faire mienne cette attitude.<\/p>\n<p>\n\t\tSteve a rencontr&eacute; le succ&egrave;s tr&egrave;s jeune, et il avait l&#39;impression que cela l&#39;avait isol&eacute;. La plupart des choix faits depuis que je l&#39;avais retrouv&eacute; &eacute;taient destin&eacute;s &agrave; faire tomber les barri&egrave;res autour de lui. Jeune homme de la classe moyenne de Los Altos, il est tomb&eacute; amoureux d&#39;une fille de la classe moyenne du New Jersey. C&#39;&eacute;tait important pour tous les deux d&#39;&eacute;lever Lisa, Reed, Erin et Eve comme des enfants normaux, les pieds sur terre. La maison n&#39;&eacute;tait pas intimidante, ne croulait pas sous les oeuvres d&#39;art ou les dorures ; en r&eacute;alit&eacute;, pendant les premi&egrave;res ann&eacute;es o&ugrave; j&#39;ai connu Steve et &quot;Lo&quot; ensemble, le d&icirc;ner &eacute;tait servi sur l&#39;herbe, et souvent il s&#39;agissait d&#39;un seul l&eacute;gume. En quantit&eacute;, certes, mais un seul. Du brocoli. De saison. Pr&eacute;par&eacute; simplement. Avec des herbes fra&icirc;chement cisel&eacute;es.<\/p>\n<p>\n\t\tJeune millionnaire, Steve venait tout de m&ecirc;me me chercher &agrave; l&#39;a&eacute;roport. Il attendait l&agrave;, en jeans. Quand un de ses enfants l&#39;appelait au travail, sa secr&eacute;taire, Linetta, r&eacute;pondait : &quot;Votre papa est en rendez-vous. Voulez-vous que je l&#39;interrompe ?&quot; Quand Reed insistait pour se d&eacute;guiser en sorci&egrave;re &agrave; chaque Halloween, Steve, Laurene, Erin et Eve, tous se transformaient en sorci&egrave;re.<\/p>\n<p>\n\t\tIls ont voulu s&#39;embarquer dans un total remaniement de la cuisine : cela a pris des ann&eacute;es. Ils cuisinaient sur une plaque chauffante dans le garage. Le b&acirc;timent Pixar, en construction &agrave; cette p&eacute;riode, fut termin&eacute; en moiti&eacute; moins de temps. Et voil&agrave; pour la maison de Palo Alto. Les salles de bains rest&egrave;rent d&#39;&eacute;poque. Mais &#8211; et la distinction est capitale &#8211; cela &eacute;tait une tr&egrave;s belle maison. Steve y avait veill&eacute;. Cela ne veut pas dire qu&#39;il ne se r&eacute;jouissait pas de son succ&egrave;s : il en profitait, mais sans en faire des tonnes. Il m&#39;a racont&eacute; &agrave; quel point il adorait aller chez le marchand de cycles de Palo Alto et, l&agrave;, d&eacute;couvrir avec un brin de malice qu&#39;il pouvait s&#39;offrir le meilleur v&eacute;lo. Et il l&#39;a fait.<\/p>\n<p>\n\t\tSteve &eacute;tait humble. Steve aimait apprendre sans arr&ecirc;t. Un jour, il m&#39;a dit que s&#39;il avait grandi autrement, il serait devenu math&eacute;maticien. Il parlait avec r&eacute;v&eacute;rence des universit&eacute;s et adorait marcher autour du campus de Stanford. La derni&egrave;re ann&eacute;e de sa vie, il a &eacute;tudi&eacute; un livre de peinture de Mark Rothko, un artiste dont il n&#39;avait jamais entendu parler, se demandant ce que ses oeuvres, affich&eacute;es sur les murs du futur campus Apple, pourraient inspirer aux visiteurs. Steve cultivait un c&ocirc;t&eacute; fantaisie. Quel autre P-DG conna&icirc;t les roses anglaises et les roses chinoises, et a pour fleur favorite une rose sign&eacute;e David Austin ?<\/p>\n<p>\n\t\tIl avait des surprises cach&eacute;es plein les poches. Je suis s&ucirc;re que Laurene va d&eacute;couvrir des tr&eacute;sors &#8211; des chansons qu&#39;il adorait, un po&egrave;me d&eacute;coup&eacute; et rang&eacute; dans un tiroir -, m&ecirc;me apr&egrave;s 20 ans d&#39;un mariage exceptionnellement r&eacute;ussi. J&#39;ai d&ucirc; lui parler chaque jour ou presque, mais quand j&#39;ouvrais le <i>New York Times<\/i> et d&eacute;couvrais un article sur les brevets de l&#39;entreprise, j&#39;&eacute;tais toujours surprise et ravie de d&eacute;couvrir le croquis d&#39;un escalier parfait. Avec ses quatre enfants, avec sa femme, avec chacun de nous, Steve s&#39;amusait beaucoup. Il ch&eacute;rissait le bonheur.<\/p>\n<p>\n\t\t<b>&quot;Ressources insoup&ccedil;onn&eacute;es dans la maladie&quot;<\/b><\/p>\n<p>\n\t\tPuis Steve est tomb&eacute; malade et sa vie s&#39;est d&eacute;roul&eacute;e dans un cercle plus &eacute;troit. Mais avant, il aimait marcher dans Paris. Il avait d&eacute;couvert un petit magasin de soba (NDLR, p&acirc;tes japonaises) faites &agrave; la main &agrave; Kyoto. Il d&eacute;valait de mani&egrave;re gracieuse les pistes enneig&eacute;es, mais &eacute;tait maladroit sur des skis de fond. Rien de plus. Par la suite, m&ecirc;me les plaisirs simples, comme manger une bonne p&ecirc;che, il ne s&#39;y adonnait plus.<\/p>\n<p>\n\t\tPourtant, ce qui m&#39;a sid&eacute;r&eacute;e, et de ce que j&#39;ai appris de sa maladie, c&#39;est que m&ecirc;me tr&egrave;s diminu&eacute;, il lui restait des ressources insoup&ccedil;onn&eacute;es. Je me rappelle mon fr&egrave;re r&eacute;apprenant &agrave; marcher, avec un fauteuil roulant. Apr&egrave;s sa transplantation du foie, chaque jour il se mettait sur ses jambes qui semblaient trop minces pour le porter, les bras riv&eacute;s au dos d&#39;une chaise qu&#39;il poussait &agrave; travers le couloir de l&#39;h&ocirc;pital de Memphis jusqu&#39;au bureau des infirmi&egrave;res. Puis il s&#39;asseyait sur cette chaise, se reposait, la tournait, et recommen&ccedil;ait &agrave; marcher. Il comptait ses pas et chaque jour poussait un peu plus loin. Laurene s&#39;agenouillait et le regardait dans les yeux. &quot;Tu peux le faire, Steve&quot;, disait-elle. Il ouvrait grands les yeux et serrait fort les l&egrave;vres. Il essayait. Il essayait encore et toujours, l&#39;amour chevill&eacute; au corps. C&#39;&eacute;tait quelqu&#39;un d&#39;intens&eacute;ment &eacute;motif.<\/p>\n<p>\n\t\tJ&#39;ai r&eacute;alis&eacute; durant ces moments horribles que Steve ne supportait pas cette douleur pour lui seul. l&#39;endurait dans des buts pr&eacute;cis : le dipl&ocirc;me de son fils Reed, le voyage de sa fille Erin &agrave; Kyoto, la mise &agrave; l&#39;eau du bateau qu&#39;il faisait construire et sur lequel il avait pr&eacute;vu d&#39;embarquer sa famille pour un tour du monde et o&ugrave; il esp&eacute;rait bien se retirer un jour avec Laurene. M&ecirc;me malade, son go&ucirc;t, son discernement et son jugement demeuraient intacts. Il a connu 67 infirmiers avant de trouver des &quot;&acirc;mes soeurs&quot;, et ensuite a accord&eacute; sa totale confiance &agrave; trois d&#39;entre eux qui l&#39;ont accompagn&eacute; jusqu&#39;&agrave; la fin, Tracy, Arturo, Elham.<\/p>\n<p>\n\t\tUn jour Steve a contract&eacute; une pneumonie si grave que son docteur lui a tout interdit, y compris la glace. Nous &eacute;tions dans une unit&eacute; de soins intensifs standard. Steve, qui en g&eacute;n&eacute;ral refusait les passe-droits ou m&ecirc;me de jouer de son nom, admit que, pour une fois, il aimerait recevoir un traitement un peu sp&eacute;cial. Je lui ai fait savoir : Steve, c&#39;est un traitement sp&eacute;cial. Il s&#39;est pench&eacute; sur moi et a dit : &quot;Je le veux un peu plus sp&eacute;cial encore.&quot;<\/p>\n<p>\n\t\tIntub&eacute;, alors qu&#39;il ne pouvait pas parler, il a r&eacute;clam&eacute; un bloc-notes. Il a mis au point un appareil pour tenir un iPad dans son lit d&#39;h&ocirc;pital. Il a dessin&eacute; des syst&egrave;mes de perfusion et un &eacute;quipement radiologique. Il r&eacute;inventait cette unit&eacute; m&eacute;dicale pas assez sp&eacute;ciale &agrave; son go&ucirc;t. Et, &agrave; chaque fois que sa femme rentrait dans la chambre, je voyais son sourire revenir sur son visage. Pour les choses vraiment graves, vous devez me croire, il &eacute;crivait sur un bloc. Et nous regardait. Cela signifiait : vous devez le faire. En faisant cela, il voulait dire que nous devions d&eacute;sob&eacute;ir aux m&eacute;decins et lui donner de la glace.<\/p>\n<p>\n\t\t<b>&quot;La mort n&#39;a pas frapp&eacute; Steve, il est all&eacute; vers elle&quot;<\/b><\/p>\n<p>\n\t\tAucun de nous ne pouvait dire avec certitude combien de temps il serait l&agrave;. Les jours o&ugrave; Steve allait mieux, y compris au cours de la derni&egrave;re ann&eacute;e, il s&#39;embarquait dans des projets et obtenait des promesses de ses amis chez Apple pour les mener &agrave; bien. En Hollande, des constructeurs de bateaux gardent une coque en acier inoxydable qui n&#39;attend que son rev&ecirc;tement de bois. Ses trois filles ne sont toujours pas mari&eacute;es, ses deux plus jeunes ne sont que des toutes jeunes filles, et il voudrait marcher &agrave; leur c&ocirc;t&eacute; comme il l&#39;a fait le jour de mon mariage.<\/p>\n<p>\n\t\tAu final, nous mourrons tous <i>in media res<\/i>. Au milieu de l&#39;histoire. De beaucoup d&#39;histoires. J&#39;imagine qu&#39;on ne peut pas dire que la mort de quelqu&#39;un qui souffre d&#39;un cancer depuis des ann&eacute;es est une surprise. Mais la mort de Steve &eacute;tait inattendue pour nous. Ce que la mort de mon fr&egrave;re m&#39;a appris, c&#39;est que le caract&egrave;re est d&eacute;terminant : il est mort comme il a v&eacute;cu.<\/p>\n<p>\n\t\tMardi matin, il m&#39;avait appel&eacute; pour me demander d&#39;arriver &agrave; toute vitesse &agrave; Palo Alto. Son ton &eacute;tait affectueux, tendre, aimant, mais comme celui de quelqu&#39;un dont les bagages sont d&eacute;j&agrave; dans le coffre de la voiture, dont le voyage vient de commencer, m&ecirc;me s&#39;il &eacute;tait d&eacute;sol&eacute;, vraiment profond&eacute;ment d&eacute;sol&eacute; de nous abandonner. Il a commenc&eacute; ses adieux et je l&#39;ai stopp&eacute;. J&#39;ai dit : &quot;Attends. J&#39;arrive. Je suis dans un taxi pour l&#39;a&eacute;roport. Je serai l&agrave;.&quot; &quot;Ma douce, je te dis &ccedil;a maintenant parce que j&#39;ai peur que tu n&#39;arrives pas &agrave; temps.&quot;<\/p>\n<p>\n\t\tQuand je suis arriv&eacute;, Laurene et lui plaisantaient comme des associ&eacute;s qui avaient v&eacute;cu et travaill&eacute; ensemble chaque jour de leur vie. Il regardait ses enfants au fond des yeux, comme s&#39;il ne pouvait en d&eacute;tacher son regard. Jusqu&#39;&agrave; deux heures de l&#39;apr&egrave;s-midi, sa femme a r&eacute;ussi &agrave; le tenir &eacute;veill&eacute; pour qu&#39;il parle &agrave; ses amis d&#39;Apple. Puis il devint clair qu&#39;il ne sentait plus notre pr&eacute;sence. Sa respiration a chang&eacute;. Elle est devenue difficile, calcul&eacute;e, d&eacute;termin&eacute;e. Je pouvais le sentir compter de nouveau ses pas, en voulant aller plus loin. C&#39;est ce que j&#39;ai appris : il travaillait &agrave; cela aussi. La mort n&#39;a pas frapp&eacute; Steve, il est all&eacute; vers elle.<\/p>\n<p>\n\t\t<b>&quot;On aurait dit qu&#39;il escaladait&quot;<\/b><\/p>\n<p>\n\t\tEn me disant adieu et &agrave; quel point il &eacute;tait d&eacute;sol&eacute;, tellement d&eacute;sol&eacute; &agrave; l&#39;id&eacute;e que nous ne vieillissions pas ensemble comme nous l&#39;avions toujours pr&eacute;vu, il a &eacute;galement soutenu qu&#39;il s&#39;en allait pour un endroit meilleur. Le Dr Fischer lui donnait une chance sur deux de passer la nuit. Il a pass&eacute; la nuit. Laurene, assoupie &agrave; c&ocirc;t&eacute; de lui sur le lit, sursautait quand il y avait de plus longues pauses entre ses respirations. Elle et moi nous regardions, puis il reprenait une grande respiration, et &ccedil;a recommen&ccedil;ait. Il fallait que cela arrive. M&ecirc;me &agrave; cet instant, il avait un profil grave, toujours tr&egrave;s beau, le profil d&#39;un absolutiste, d&#39;un romantique. Son souffle indiquait un voyage p&eacute;nible, un chemin raide, l&#39;altitude&#8230; On aurait dit qu&#39;il escaladait.<\/p>\n<p>\n\t\tMais derri&egrave;re cette volont&eacute;, cette &eacute;thique de travail, cette force, existaient une merveilleuse capacit&eacute; d&#39;&eacute;merveillement, une croyance de l&#39;artiste dans un id&eacute;al, un apr&egrave;s encore plus beau. Les derniers mots de Steve, plusieurs heures auparavant, &eacute;taient des monosyllabes, r&eacute;p&eacute;t&eacute;es trois fois. Avant de s&#39;envoler, il a regard&eacute; sa soeur Patty, puis pendant longtemps ses trois enfants, puis la partenaire de sa vie, Laurene, puis encore au-dessus de leurs &eacute;paules, au loin. Les derniers mots de Steve furent : &quot;Oh wow, oh wow, oh wow.&quot;<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Steve Jobs racont&eacute; par sa petite soeur &nbsp; EXCLUSIF. Mona Simpson a rendu un hommage tr&egrave;s personnel au cr&eacute;ateur d&#39;Apple r&eacute;cemment disparu. Le Point.fr vous en propose la traduction. Steve Jobs n&#39;est pas Dieu, loin s&#39;en faut. Mais parmi les nombreux hommages qui ont &eacute;t&eacute; rendus apr&egrave;s sa mort, celui de sa soeur m&eacute;rite l&#39;int&eacute;r&ecirc;t.&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":16370,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[88,26,1,31],"tags":[],"class_list":["post-3002","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-new-york-times","category-syrie","category-uncategorized","category-usa"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3002","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3002"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3002\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16370"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3002"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3002"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3002"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}