{"id":3018,"date":"2011-11-03T17:57:20","date_gmt":"2011-11-03T17:57:20","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=3018"},"modified":"2011-11-03T17:57:20","modified_gmt":"2011-11-03T17:57:20","slug":"lart-les-artistes-et-la-revolution-tunisienne-vus-par-adel-megdiche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/lart-les-artistes-et-la-revolution-tunisienne-vus-par-adel-megdiche\/","title":{"rendered":"L\u2019art, les artistes et la r\u00e9volution tunisienne vus par Adel Megdiche"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<h1 class=\"titre_2\" style=\"margin-bottom: 0px;\">\n\tL&rsquo;art, <span class=\"red-style\">les artistes et la r&eacute;volution tunisienne vus par Adel Megdiche<\/span><\/h1>\n<div class=\"bar\">\n<div style=\"clear: both;\">\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/div>\n<div class=\"article\">\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"margin-left: 40px;\">\n\t\tOn s&rsquo;attendait &agrave; une explosion de la sc&egrave;ne artistique nationale qui, d&eacute;barrass&eacute;e de ses cha&icirc;nes, ravirait son public avec des oeuvres qui traduiraient le formidable mouvement de contestation populaire sorti de ses entrailles l&rsquo;hiver dernier. Mais les artistes tunisiens demeurent, &agrave; quelques exceptions pr&egrave;s, &eacute;trangement silencieux. Les festivals d&rsquo;&eacute;t&eacute; n&rsquo;ont accouch&eacute;, dans leur grande majorit&eacute;, que d&rsquo;oeuvres m&eacute;diocres o&ugrave; la pauvret&eacute; des textes s&rsquo;allie &agrave; des interpr&eacute;tations approximatives. Quant aux galeries d&rsquo;art, elles n&rsquo;ont pas encore fait leur r&eacute;volution et le grand rendez-vous ramadanesque des Tunisiens avec leurs fictions t&eacute;l&eacute;visuelles les a laiss&eacute;s sur leur faim.<\/p>\n<p>\t\tNous avons voulu interroger Adel Megdiche, l&rsquo;un des derniers grands monstres sacr&eacute;s de la peinture tunisienne sur cet apparent autisme des artistes tunisiens. Nous avons &eacute;galement voulu conna&icirc;tre le regard que lui, artiste, porte &agrave; cette ann&eacute;e 2011 qui a chang&eacute; &agrave; jamais la face de la Tunisie. Rencontre.<\/p>\n<p>\n\t\tComme tous les Tunisiens, Adel Megdiche est coll&eacute; depuis le d&eacute;but de cette ann&eacute;e 2011 au fil des actualit&eacute;s. &laquo;Ce n&rsquo;est pas moi qui les suis, ce sont elles qui me suivent&raquo;, affirme l&rsquo;artiste qu&rsquo;on aurait pu croire insensible au quotidien de ses semblables tellement l&rsquo;univers qu&rsquo;il repr&eacute;sente semble situ&eacute; dans un espace-temps autre que celui de cette contemporan&eacute;it&eacute; banale. D&rsquo;ailleurs, il suffit de lever les yeux pour admirer ces visages venus d&rsquo;un imaginaire collectif r&ecirc;v&eacute;, cette explosion de couleurs qui ornent les murs de ces lieux o&ugrave; chaque centim&egrave;tre vous invite &agrave; voyager dans l&rsquo;une des toiles du ma&icirc;tre.<\/p>\n<p>\t\tEn sage chinois, avec sa fine barbe d&eacute;sormais blanche et ses lunettes rondes, sa chemise immacul&eacute;e et ses baskets, Adel Megdiche nous fait le tour du propri&eacute;taire dans cet appartement &agrave; El Manar o&ugrave; il partage sa semaine avec sa maison de campagne &agrave; Bir Bouregba. C&rsquo;est l&agrave; que son nouvel atelier est en voie de finalisation et o&ugrave; il se ressource au milieu de ses arbres fruitiers.<\/p>\n<p>\t\tSur la table du salon, Adel Megdiche scrute, loupe &agrave; la main, la d&eacute;finition du mot r&eacute;volution dans un immense dictionnaire. &laquo;Elle a plusieurs significations&raquo; me dit-il, l&rsquo;air pr&eacute;occup&eacute;. Il en lit une, elle n&rsquo;a pas l&rsquo;air de le satisfaire. &laquo;En tout cas, ajoute-t-il, ce qui s&rsquo;est pass&eacute; en Tunisie, c&rsquo;est juste le d&eacute;clenchement de quelque chose, ce sont les premi&egrave;res touches d&rsquo;un tableau qui reste encore, pour l&rsquo;essentiel, &agrave; faire&raquo;.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\t&laquo;La b&ecirc;te est morte, continue-t-il en allumant une cigarette, mais il y a tellement de charognards qui s&rsquo;acharnent autour d&rsquo;elle, tellement de Che Guevara de la 25&egrave;me heure qui se sont d&eacute;couvert une &acirc;me r&eacute;volutionnaire mais aussi des gens honn&ecirc;tes qui sacrifient beaucoup de leur temps et de leur &eacute;nergie et s&rsquo;exposent &agrave; ces charognards sans vergogne. Il y a trop d&rsquo;opportunistes, de profiteurs et d&rsquo;arrivistes. L&rsquo;espoir d&rsquo;une d&eacute;mocratie n&rsquo;a donn&eacute; lieu jusqu&rsquo;ici qu&rsquo;&agrave; une m&eacute;diocratie. Du coup, plusieurs personnes respectables se tiennent loin. Il faudrait avoir la lucidit&eacute; de sauvegarder ce qui est bon et le courage d&rsquo;enlever les fruits pourris qui risquent de tout contaminer&raquo;.<\/p>\n<p>\t\tC&rsquo;est un constat amer que dresse l&rsquo;artiste qui note que tout br&ucirc;le en Tunisie, les hommes en s&rsquo;immolant par le feu ou en se jetant &agrave; la mer sur des embarcations incertaines mais aussi les for&ecirc;ts, les b&acirc;timents et les commerces. Adel Megdiche trouve qu&rsquo;il y a une telle m&eacute;diocrit&eacute; ambiante qu&rsquo;elle anesth&eacute;sie toute sa capacit&eacute; &agrave; cr&eacute;er et &agrave; produire. Inquiet, angoiss&eacute; m&ecirc;me, il me montre d&rsquo;un geste de la main son coin atelier, o&ugrave; le portrait d&rsquo;une jeune femme pos&eacute; sur un chevalet nous fixe de son regard &eacute;nigmatique.<\/p>\n<p>\t\tIl n&rsquo;a pas pu s&rsquo;en approcher depuis la r&eacute;volution. Tout lui semble encore brouill&eacute; et a besoin d&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;cant&eacute;. La perte des rep&egrave;res serait la cause de ses maux, une perte qui n&rsquo;est pas propre &agrave; la Tunisie, comme il le pr&eacute;cise, mais au monde entier et particuli&egrave;rement dans notre r&eacute;gion du monde o&ugrave; il note les tensions entre nos deux voisins, l&rsquo;Alg&eacute;rie et la Libye, la prise de pouvoir des militaires en Egypte et l&rsquo;OTAN qui se d&eacute;couvre un nouvel humanisme en intervenant militairement dans une r&eacute;volution populaire. &laquo;En m&ecirc;me temps, ajoute-t-il, tout ceci est trop beau pour &ecirc;tre vrai&raquo;.<\/p>\n<p>\t\tEntre l&rsquo;angoisse de cette toile qui demeure vide et la n&eacute;cessit&eacute; de ne pas forcer son pinceau, Adel Megdiche passe des heures dans cette contemplation qui fait son art. L&rsquo;accouchement se fera forc&eacute;ment dans la douleur, une douleur qui n&rsquo;est pas, par contre, exempte de plaisir, celui d&rsquo;&ecirc;tre aux origines, au point z&eacute;ro d&rsquo;un nouveau monde o&ugrave; tout est &agrave; refaire, &agrave; b&acirc;tir avec de nouveaux rep&egrave;res et une nouvelle architecture. Je l&rsquo;ai lu dans les yeux de la belle jeune fille du chevalet, l&rsquo;artiste va encore nous surprendre &hellip;<\/p>\n<p>\t\t<span style=\"color: rgb(128, 0, 0);\"><span style=\"font-size: larger;\"><strong>Quatre questions &agrave; Adel Megdiche &hellip;<\/strong><\/span><\/span><\/p>\n<p>\t\t<span style=\"color: rgb(128, 0, 0);\"><strong>Les Tunisiens sont d&eacute;&ccedil;us par le silence des artistes, comment expliquez-vous l&rsquo;absence d&rsquo;expressions artistiques nouvelles ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>\t\tJe comprends cette d&eacute;ception. Les artistes tunisiens eux-m&ecirc;mes sont d&eacute;&ccedil;us par l&rsquo;absence de production artistique post-r&eacute;volutionnaire mais il faut savoir que l&rsquo;art dans notre pays &eacute;tait &agrave; plat ventre, il faudra du temps pour qu&rsquo;il se remette &agrave; genoux et encore plus pour qu&rsquo;il se rel&egrave;ve. En plus, nous avons les yeux band&eacute;s et sommes incapables de voir au milieu de cette boulimie d&rsquo;informations et d&rsquo;incertitudes quotidiennes. Comment avancer dans ce cas ?<\/p>\n<p>\t\t<span style=\"color: rgb(128, 0, 0);\"><strong>Que pensez-vous de la sc&egrave;ne politique tunisienne d&rsquo;aujourd&rsquo;hui ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>\t\tTout art a cr&eacute;&eacute; des merveilles mais l&rsquo;art de gouverner a cr&eacute;&eacute; des monstres, des menteurs et des hypocrites. Les hommes politiques ne cherchent que le pouvoir et le discours qu&rsquo;ils d&eacute;veloppent est abstrait. Quel que soit le gouvernement qui est, et sera, en poste, j&rsquo;en serai toujours l&rsquo;antith&egrave;se.&nbsp;<\/p>\n<p>\t\tL&rsquo;implication des artistes est essentielle car la mani&egrave;re de faire de la politique a de grandes r&eacute;percussions sur la vie culturelle et &eacute;ducationnelle d&rsquo;une soci&eacute;t&eacute;. Nous sommes pass&eacute;s du bourguibisme au benalisme et maintenant c&rsquo;est une nouvelle g&eacute;n&eacute;ration, celle de la r&eacute;volution, qui doit prendre le pouvoir. Et il ne faudrait surtout pas que l&rsquo;on copie les autres syst&egrave;mes d&eacute;mocratiques qui expriment la mani&egrave;re de voir d&rsquo;autres peuples. Nous devons inventer nos propres structures dans le respect de chacun des citoyens de ce pays.<\/p>\n<p>\t\t<span style=\"color: rgb(128, 0, 0);\"><strong>Comment aider la culture tunisienne &agrave; se relever &agrave; votre avis ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>\t\tJe dois d&rsquo;abord dire que l&rsquo;&eacute;poque de Ben Ali a nui &agrave; tous les secteurs mais que la plupart peuvent &ecirc;tre rafistol&eacute;s rapidement, ce qui n&rsquo;est pas le cas de la culture qui demande des d&eacute;cennies de travail. Avant, tout &eacute;tait suspect. Mes &eacute;tudiants se faisaient arr&ecirc;ter lorsqu&rsquo;ils partaient prendre des photos dans la ville, m&ecirc;me avec des autorisations.<\/p>\n<p>\t\tIl faut savoir que durant les quinze derni&egrave;res ann&eacute;es, nous avons perdu trente grands peintres tunisiens comme Gorgi, Mekki, Z.Turki et tant d&rsquo;autres. Leurs toiles, si elles n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; dilapid&eacute;es, croupissent dans des lieux humides et mal a&eacute;r&eacute;s en attendant d&rsquo;&ecirc;tre accueillies dans un probable mus&eacute;e digne de ce nom. C&rsquo;est &agrave; travers les associations, les unions et les syndicats d&rsquo;artistes que la culture peut se d&eacute;velopper.<\/p>\n<p>\t\tC&rsquo;est en injectant de l&rsquo;argent dans ces structures flexibles, plus proches du peuple, dont les membres sont des passionn&eacute;s qui ne cherchent ni le pouvoir ni ses fauteuils, qu&rsquo;il est possible de d&eacute;velopper la cr&eacute;ation artistique. Aux Etats-Unis d&rsquo;Am&eacute;rique, il n&rsquo;y a pas de minist&egrave;re de la Culture, l&rsquo;argent public est inject&eacute; directement dans les associations alors que chez nous, le minist&egrave;re de la Culture s&rsquo;apparente &agrave; une grosse t&ecirc;te sur un corps rachitique.<\/p>\n<p>\t\t<span style=\"color: rgb(128, 0, 0);\"><strong>Que pensez-vous des nouvelles formes d&rsquo;art populaire qui se d&eacute;veloppent, notamment les arts de la rue ?<\/strong><\/span><\/p>\n<p>\t\tC&rsquo;est une &eacute;volution naturelle des choses. Dans tous les domaines, nous voyons que le mouvement n&rsquo;est plus descendant, du haut vers le bas, mais ascendant, de la rue vers les sph&egrave;res sup&eacute;rieures habituelles du pouvoir et de la d&eacute;cision. Ainsi, la haute couture s&rsquo;impr&egrave;gne du pr&ecirc;t-&agrave;-porter, les joueurs de basket-ball, sport n&eacute; dans la rue, deviennent millionnaires et certaines danses de rue deviennent des arts majeurs.<\/p>\n<p>\t\tLe m&ecirc;me ph&eacute;nom&egrave;ne peut &ecirc;tre observ&eacute; en politique o&ugrave; l&rsquo;on assiste, actuellement, m&ecirc;me dans des pays traditionnellement d&eacute;mocratiques, &agrave; une prise de pouvoir de la rue qui conteste mais aussi pense et propose. La force des puissances occidentales, c&rsquo;est leur capacit&eacute; &agrave; r&eacute;cup&eacute;rer cette &eacute;nergie populaire et &agrave; l&rsquo;int&eacute;grer pour renforcer le syst&egrave;me lui-m&ecirc;me qui se nourrit, ainsi, des forces qui s&rsquo;opposent &agrave; lui. Aux Etats-Unis, certains artistes, qui d&eacute;non&ccedil;aient avec v&eacute;h&eacute;mence le capitalisme, n&rsquo;ont pas &eacute;t&eacute; mis en prison mais le syst&egrave;me capitaliste les a attir&eacute;s dans son giron en leur demandant de produire encore plus de disques. Devenus riches, ils ont ainsi profit&eacute; du syst&egrave;me tout en le critiquant.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\t\t<strong>A.B.H.<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<a href=\"http:\/\/www.leaders.com.tn\/article\/l-art-les-artistes-et-la-revolution-tunisienne-vus-par-adel-megdiche?id=6841\" style=\"color: rgb(102, 102, 102); text-decoration: underline; outline-style: none; outline-width: initial; outline-color: initial; \">L&rsquo;art,&nbsp;<span class=\"red-style\">les artistes et la r&eacute;volution tunisienne vus par Adel Megdiche<\/span><\/a><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; L&rsquo;art, les artistes et la r&eacute;volution tunisienne vus par Adel Megdiche &nbsp; &nbsp; On s&rsquo;attendait &agrave; une explosion de la sc&egrave;ne artistique nationale qui, d&eacute;barrass&eacute;e de ses cha&icirc;nes, ravirait son public avec des oeuvres qui traduiraient le formidable mouvement de contestation populaire sorti de ses entrailles l&rsquo;hiver dernier. 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