{"id":30410,"date":"2026-09-30T16:55:37","date_gmt":"2026-09-30T16:55:37","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=30410"},"modified":"2026-09-30T16:55:37","modified_gmt":"2026-09-30T16:55:37","slug":"communaute-juive-du-kef-par-bernard-allali","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/communaute-juive-du-kef-par-bernard-allali\/","title":{"rendered":"COMMUNAUTE JUIVE DU KEF, par Bernard Allali"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>  <\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p> <i>Source : Bernard Allali<\/i><\/p>\n<p> Si on pense que l&rsquo;arriv\u00e9e des Juifs en Tunisie remonte \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque carthaginoise ou m\u00eame avant, on ne sait pas quand les premiers isra\u00e9lites s&rsquo;install\u00e8rent au Kef.<br \/> On peut croire cependant que de temps imm\u00e9morial le Kef a \u00e9t\u00e9 un \u00ab\u00a0centre de ralliement\u00a0\u00bb pour les Juifs nomades de la R\u00e9gion, appel\u00e9s <i> Bah\u00fbsiyya<\/i> (de l&rsquo;h\u00e9breu, <i>ba-huts<\/i>=\u00a0\u00bbvenus du dehors\u00a0\u00bb), o\u00f9 l&rsquo;on s&rsquo;accorde \u00e0 voir les vestiges de tribus berb\u00e8res juda\u00efs\u00e9es avant la conqu\u00eate arabe, qui ont conserv\u00e9 leur genre de vie jusqu&rsquo;\u00e0 une \u00e9poque toute proche de la n\u00f4tre <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_Communautes\/Tunisie\/communautejuivedukefallali.htm#bahoussi\">(1)<\/a>. Au d\u00e9but de ce si\u00e8cle encore, c&rsquo;est dans la n\u00e9cropole juive du Kef que les Juifs nomades des environs venaient ensevelir leurs morts. (N. Slouschz, <i> Un voyade d&rsquo;\u00e9tudes juives en Afrique<\/i>, Paris, 1909, pp. 20-21). <\/p>\n<p> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"Collection B. Allali\" height=\"240\" src=\"https:\/\/harissa.com\/D_Communautes\/images\/Al28.jpg\" width=\"400\"\/><\/p>\n<p> On ne sait rien de la communaut\u00e9 isra\u00e9lite du Kef au Moyen-Age. Leur sort \u00e9tait sans doute celui r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 tous les dhimmi (non-musulmans) : imp\u00f4t suppl\u00e9mentaire, interdiction des emplois administratifs, restrictions vestimentaires (interdiction des turbans verts ou blancs, burnous de couleur sombre). Ils s&rsquo;install\u00e8rent dans ce qui deviendra la \u00ab\u00a0Hara el Yahud\u00a0\u00bb, le quartier juif. Situ\u00e9 dans la m\u00e9dina, ce quartier commence \u00e0 la rue Noble pour monter jusqu&rsquo;\u00e0 la synagogue <a href=\"https:\/\/harissa.com\/D_Communautes\/Tunisie\/communautejuivedukefallali.htm#GHRIBA\">(2)<\/a>. La rue la plus basse du quartier \u00e9tait d&rsquo;ailleurs appel\u00e9e Rue des Juifs, la rue commer\u00e7ante \u00e9tait le Souk des Juifs. <\/p>\n<p> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"Collection B. Allali\" height=\"400\" src=\"https:\/\/harissa.com\/D_Communautes\/images\/Al29.jpg\" width=\"259\"\/><\/p>\n<p> A partir du XIXe si\u00e8cle, l&rsquo;existence d&rsquo;une communaut\u00e9 isra\u00e9lite au Kef est attest\u00e9e par plus d&rsquo;un auteur. Vers 1830, selon le consul de Sardaigne L. Filippini, la ville aurait compt\u00e9 six mille \u00e2mes dont deux cents Juifs. (Ch. Monchicourt, Relations in\u00e9dites&#8230;, p. 203). Selon l&rsquo;arch\u00e9ologue fran\u00e7ais V. Gu\u00e9rin, qui visita la Tunisie au cours de l&rsquo;ann\u00e9e 1861, il y avait alors au Kef quelque six cents Juifs.<\/p>\n<p> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"Collection B. Allali\" height=\"400\" src=\"https:\/\/harissa.com\/D_Communautes\/images\/Al25.jpg\" width=\"262\"\/><\/p>\n<p> Il \u00e9voque longuement le cimeti\u00e8re juif :<br \/> La n\u00e9cropole des Juifs, \u00e9crit-il, offre cela de curieux que la plupart des pierres s\u00e9pulcrales qui recouvrent les morts ont \u00e9t\u00e9 enlev\u00e9es \u00e0 d&rsquo;anciens tombeaux; plusieurs d&rsquo;entre elles sont encore rev\u00eatues d&rsquo;\u00e9pitaphes latines, mal dissimul\u00e9es sous une couche de chaux, de telle sorte qu&rsquo;au premier abord on se croirait dans un cimeti\u00e8re antique o\u00f9 reposeraient les cendres de colons romains appartenant \u00e0 la vieille cit\u00e9 de Sicca Veneria, tandis qu&rsquo;on a devant soi un cimeti\u00e8re moderne o\u00f9 les isra\u00e9lites actuels du Kef vont ensevelir leurs morts\u00a0\u00bb (V. Gu\u00e9rin, <i>Voyage arch\u00e9ologique dans la R\u00e9gence de Tunis<\/i>, Paris, 1862, t.II, p.56). <\/p>\n<p> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"Collection B. Allali\" height=\"400\" src=\"https:\/\/harissa.com\/D_Communautes\/images\/Al27.jpg\" width=\"270\"\/><\/p>\n<p> Les Juifs du Kef, comme ceux des autres villes, se partageaient entre le commerce et l&rsquo;artisanat, et ils ont continu\u00e9 sous le protectorat \u00e0 se livrer \u00e0 leurs activit\u00e9s traditionnelles. D&rsquo;apr\u00e8s les d\u00e9nombrements de l&rsquo;entre-deux-guerres, leurs effectifs ont \u00e9t\u00e9 successivement : 784 en 1921, 812 en 1926, 897 en 1931 et 807 en 1936. La stabilit\u00e9 relative de ces effectifs porte \u00e0 croire que les nouvelles g\u00e9n\u00e9rations ayant re\u00e7u une instruction moderne ont \u00e9migr\u00e9 vers d&rsquo;autres villes, et entre autres vers la capitale.<br \/> Apr\u00e8s la derni\u00e8re guerre, la population juive du Kef a connu un net fl\u00e9chissement. On a recens\u00e9 en 1946 11246 habitants, dont 9497 Tunisiens musulmans, 1077 Europ\u00e9ens de diverses nationalit\u00e9s et 357 Tunisiens isra\u00e9lites. La population juive, r\u00e9duite \u00e0 un petit nombre de familles, se consacrait au commerce des produits agricoles de la r\u00e9gion -c\u00e9r\u00e9ales, peaux, laines- et des produits manufactur\u00e9s d&rsquo;importation : tissus, chaussures, quincaillerie. Les professions artisanales y \u00e9taient repr\u00e9sent\u00e9es par des tailleurs, des cordonnier et des bourreliers, mais aussi par des forgerons et des mar\u00e9chaux-ferrants. A la veille de l&rsquo;ind\u00e9pendance tunisienne, on recensait encore au Kef en 1956 313 Tunisiens isra\u00e9lites. Le dernier Juif keffois quitta la ville en 1984.<\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p> \u00a0\u00bb Les BAHOUSSI\u00a0\u00bb <\/p>\n<p> Il existe, de par la Tunisie, l\u00e0-bas du c\u00f4t\u00e9 du Kef, en un coin perdu du Sers, une tribu berb\u00e8re exclusivement campagnarde, enti\u00e8rement compos\u00e9e d&rsquo;isra\u00e9lites.<br \/> Ce sont des cultivateurs logeant sous la tente, menant une vie patriarcale \u00e9tonnamment biblique, ne se m\u00e9salliant jamais, et ignorant le bruit des villes. Tels sont les Bahoussi, terme dont l&rsquo;\u00e9tymologie remonte limpidement \u00e0 l&rsquo;h\u00e9breu. La colonie berb\u00e8re juive du Sers comprend cent tentes environ et est tr\u00e8s prolifique.<br \/> Chose curieuse, les Bahoussi ne savent pas lire l&rsquo;h\u00e9breu, et pourtant, ils se transmettent oralement, d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration \u00e0 l&rsquo;autre, la plupart des traditions rituelles accompagnant les diverses circonstances de l&rsquo;existence juive : circoncision \u00e0 l&rsquo;\u00e2ge de huit jours (c&rsquo;est le <i>mohel<\/i> du Kef qui fait cet office); premi\u00e8re communion \u00e0 treize ans; b\u00e9n\u00e9diction nuptiale; pri\u00e8re des morts, etc&#8230;Ils pr\u00eatent serment par <i>Adona\u00ef<\/i>, et savent prononcer le <i> Schema Isra\u00ebl<\/i>.<br \/> Chaque ann\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;occasion du <i>Yom-Kippour<\/i>, solennit\u00e9 du Grand Pardon, lis font \u00e0 pied -et en masses- les quelques vingt-cinq kilom\u00e8tres qui les s\u00e9parent du Kef, o\u00f9 ils se rendent \u00e0 la synagogue. Ne sachant pas lire, ils se contentent d&rsquo;assister aux offices et d&#8217;embrasser \u00e0 sati\u00e9t\u00e9 le <i>Seffer Thora<\/i>. Illetr\u00e9s et ne frayant pas avec leurs coreligionnaires du Kef, ils sont l&rsquo;objet de brocards injustes de ces derniers, dans les bouches desquels le mot Bahoussi a pris le caract\u00e8re d&rsquo;un terme de moquerie.<br \/> Leurs noms ont subi une d\u00e9g\u00e9n\u00e9rescence curieuse. Les femmes s&rsquo;appellent couramment <i>Zahou<\/i>, <i>Reghe\u00efa<\/i>, <i>Oum-el-Ouz<\/i>, etc&#8230; Quant aux patronymes masculins, c&rsquo;est un curieux amalgame de racines juives accommod\u00e9es \u00e0 la fr\u00e9quentation de l&rsquo;ambiance musulmane : <i>Sa\u00fcl<\/i> en <i>Salah<\/i>, <i>Salomon<\/i> en <i>Slimane<\/i>, <i> Jacob<\/i> en <i>Agoub<\/i>, <i>Samuel<\/i> en <i>Chamoul<\/i>, <i>Abraham<\/i> en <i>Brahim<\/i>, <i>Joseph<\/i> en <i>Youcif<\/i>.<br \/> Leur sobri\u00e9t\u00e9 est proverbiale. Ils sont tr\u00e8s bavards, parlant sans discontinuer et r\u00e9p\u00e9tant souvent la m\u00eame phrase, ce qui ne les emp\u00eache cependant pas d&rsquo;observer parfois un surprenant et long mutisme. Ils sont robustes et leur sant\u00e9 ignore les maladies inh\u00e9rentes aux habitants des villes. Leurs femmes et leurs filles, sans \u00eatre belles, ont pourtant un aspect et une gr\u00e2ce qui s\u00e9duisent le voyageur qui va leur rendre visite.<br \/> <i>(article de J.C. GANOUNA in \u00ab\u00a0Le juda\u00efsme Tunisien et Nord-Africain N\u00b04 Novembre 1912 pp. 59-60)<\/i><\/p>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p> LA GHRIBA DU KEF<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/harissa.com\/D_Communautes\/images\/Ghriba1.jpg\" width=\"300\"\/><\/p>\n<p> La synagogue du Kef \u00e9tait l&rsquo;objet d&rsquo;une grande v\u00e9n\u00e9ration, non seulement par les Juifs de la ville, mais aussi par tous ceux de la r\u00e9gion qui s&rsquo;y rendaient en p\u00e8lerinage chaque ann\u00e9e dans la semaine marqu\u00e9e par la f\u00eate de Soukkot, ou f\u00eate des Cabanes.<br \/> Comme la c\u00e9l\u00e8bre synagogue de Hara el-Seghira dans l&rsquo;\u00eele de Djerba, cette synagogue \u00e9tait appel\u00e9e <i>al-Ghriba<\/i> qui veut dire \u00ab\u00a0isol\u00e9ee, \u00ab\u00a0solitaire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0abandonn\u00e9e\u00a0\u00bb, mais aussi \u00ab\u00a0\u00e9trange\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0extraordinaire\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0merveilleuse\u00a0\u00bb. On ne connait pas l&rsquo;origine de cette appellation, et l&rsquo;on ne sait pas pour quelle raison ce lieu de culte est devenu l&rsquo;objet d&rsquo;une v\u00e9n\u00e9ration particuli\u00e8re.<br \/> Selon les Juifs du Kef, leur synagogue devrait sa saintet\u00e9 au fait qu&rsquo;elle aurait \u00e9t\u00e9 \u00e9lev\u00e9e au-dessus de la tombe d&rsquo;une femme d&rsquo;une vertu et d&rsquo;une pi\u00e9t\u00e9 exemplaire (d&rsquo;apr\u00e8s des renseignements recueillis aupr\u00e8s de Mme Suzette Chemama).<br \/> Pour le savant Nahum Slouschz, la synagogue du Kef devrait sa saintet\u00e9 au fait qu&rsquo;elle \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;origine situ\u00e9e non loin du cimeti\u00e8re o\u00f9 les Juifs nomades de la r\u00e9gion venaient enterrer leurs morts (N. Slouschz, <i>Un voyade d&rsquo;\u00e9tudes&#8230;<\/i>, pp. 20-21).<br \/> La l\u00e9gende, quant \u00e0 elle, raconte l&rsquo;histoire de trois orphelines qui se seraient s\u00e9par\u00e9es et auraient fond\u00e9 les trois Ghriba : B\u00f4ne (Annaba) en Alg\u00e9rie, le Kef et Djerba. On d\u00e9nombre deux autres Ghriba en Tunisie : A l&rsquo;Ariana, Ghribet Riana et \u00e0 Tunis, Ghribet El Hafsia dite \u00ab\u00a0Lem Mdafa\u00a0\u00bb.<br \/> On a pour coutume d&rsquo;y pratiquer une \u00ab\u00a0S\u00e9ouda\u00a0\u00bb ou p\u00e8lerinage annuel. Au Kef, cette S\u00e9ouda se r\u00e9alisait entre les f\u00eates de la P\u00e2que juive dite \u00ab\u00a0A\u00efd El Ftira\u00a0\u00bb et Chavouot. Elle durait jusqu&rsquo;\u00e0 trois ou quatre jours. On y apportait un veau que l&rsquo;on promenait en ville, orn\u00e9 de foulards ou de mouchoirs et de colliers divers. Il \u00e9tait ensuite tu\u00e9 et on offrait l&rsquo;arri\u00e8re de la b\u00eate aux notables. On pr\u00e9parait un couscous g\u00e9ant mijaut\u00e9 au feu de bois pour toute la communaut\u00e9 et les amis. Les fid\u00e8les faisaient des dons de viande et de semoule pour subvenir aux frais de la f\u00eate et la nourriture \u00e9tait distribu\u00e9e gratuitement.<br \/> Tout cela s&rsquo;est \u00e9teint dans les ann\u00e9es 80 avec le d\u00e9part progressif des Juifs keffois. Le dernier Juif keffois quitta la ville en 1984, en remettant les cl\u00e9s de la synagogue \u00e0 l&rsquo;ASM (Association de Sauvegarde de la Medina). Celle-ci sera restaur\u00e9e dix ans plus tard par les autorit\u00e9s tunisiennes et ouverte au public le 13 Avril 1994.<\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/harissa.com\/D_Communautes\/images\/Ghriba5.jpg\" width=\"300\"\/><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/harissa.com\/D_Communautes\/images\/Ghriba7.jpg\" width=\"300\"\/><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/harissa.com\/D_Communautes\/images\/Ghriba3.jpg\" width=\"300\"\/><\/p>\n<p><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/harissa.com\/D_Communautes\/images\/Ghriba41.jpg\" width=\"200\"\/><\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Source : Bernard Allali Si on pense que l&rsquo;arriv\u00e9e des Juifs en Tunisie remonte \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque carthaginoise ou m\u00eame avant, on ne sait pas quand les premiers isra\u00e9lites s&rsquo;install\u00e8rent au Kef. 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