{"id":30591,"date":"2026-09-30T16:55:54","date_gmt":"2026-09-30T16:55:54","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=30591"},"modified":"2026-09-30T16:55:54","modified_gmt":"2026-09-30T16:55:54","slug":"mes-tresors-caches-par-emile-tubiana","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/mes-tresors-caches-par-emile-tubiana\/","title":{"rendered":"Mes Tr\u00e9sors Cach\u00e9s, par Emile Tubiana"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div> <\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<p> <basefont\/> <\/p>\n<p><b><br \/> Lorsque j&rsquo;avais quitt\u00e9 B\u00e9ja, il se faisait un peu tard, le soleil se rapprochait d\u00e9ja de la fin de son parcours, puis, petit-\u00e0-petit il plongeait derri\u00e8re les collines et laissait derri\u00e8re lui une lueur rouge\u00e2tre. Cette couleur \u00e0 l&rsquo;horizon me rappelait les dires de mon p\u00e8re: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Ella Hamret El A&rsquo;chya Hot Ezweilek A&rsquo;lla Coul Etnya.\u00a0\u00bb (Si le ciel est rougeoyant le soir mets tes chevaux sur tous les chemins) et: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Ella Hamret Esbah Hot Ezweilek Ouertah .\u00a0\u00bb (Si le ciel est rougeoyant le matin, attache tes chevaux et repose-toi.) Me basant sur ces proverbes, je pouvais escompter que le lendemain il ferait beau. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;envie de quitter ma ville me manquait, mais quoi faire, j&rsquo;\u00e9tais un invit\u00e9 de Salem et comme je connaissais les r\u00e8gles musulmanes: \u00ab\u00a0Def Enbi Tlata Yem\u00a0\u00bb (L&rsquo;invit\u00e9 du proph\u00e8te c&rsquo;est trois jours) et que mon p\u00e8re disait: \u00ab\u00a0Ela Hlat Qoss\u00a0\u00bb (Quand cela devient agr\u00e9able coupe court), je me pliais donc \u00e0 la loi du proph\u00e8te et aux paroles de mon p\u00e8re et je me disais: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Grand merci \u00e0 Vous, Forces Sacr\u00e9s, Sainte Mulitude, de m&rsquo;avoir donn\u00e9 votre concours miraculeux et de m&rsquo;avoir cr\u00e9\u00e9 les circonstances agr\u00e9ables et fortun\u00e9es de revoir ma ville et le lieu de mon berceau!\u00a0\u00bb et je fis signe \u00e0 Salem de continuer. <br \/> Notre voiture grimpait la route avec un soupire lourd, elle gravit la pente jusqu&rsquo;en haut de la colline, puis elle semblait ralentir et son moteur fit encore un nouveau soupire qui me parraissait alarmant. J&rsquo;avais le sentiment que quelque chose freinait la voiture et voulait me retenir sur cette place. <br \/> Le soleil continuait sa d\u00e9scente. Puis doucement il disparaissait au fur et \u00e0 mesure. Alors on ne voyait que ses lueurs qui laissaient un fond rouge\u00e2tre \u00e0 l&rsquo;horizon. Soudain un sentiment de calme et d&rsquo;une sourde tristesse s&rsquo;installa dans mon \u00e2me, comme lorsque papa nous avait quitt\u00e9s et avant de commencer l&rsquo;\u00e9tape suivante du retour, je priai Salem de carr\u00e9ment s&rsquo;arr\u00eater \u00e0 nouveau, car je voulais jeter encore un regard sur notre ville de ce point bien \u00e9lev\u00e9. De l\u00e0-haut je pouvais voir d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 le paysage silencieux avec ses plaines vertes et ses collines ondul\u00e9es, de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 notre ville avec ses toits rouges et ses terrasses blanches en forme d&rsquo;escaliers qui me paraissaient comme une g\u00e9ante peinture. Puis en un clin d&rsquo;oeil je voyais comme s&rsquo;il y avait un drap blanc \u00e9tal\u00e9 qui couvrait tout ce qui \u00e9tait devant moi jusqu&rsquo;au bas de la colline. L&rsquo;\u00e9glise \u00e9mergeait comme une sentinelle dont la pointe de son \u00e9p\u00e9e \u00e9tait bris\u00e9e par l&rsquo;usure. Je voyais aussi le toit de la maison qui portait le nid des cigognes et o\u00f9 la famille Sabah et la famille Fitoussi avaient habit\u00e9. Je cherchais ma maison de la rue Khaznadar, mais celle-ci se confondait dans le blanc des terrasses et des rues escarp\u00e9es et \u00e9troites de la ville arabe. Ma premi\u00e8re demeure perdait son identit\u00e9 physique mais sa pr\u00e9sence \u00e9mergeait du fond de mon coeur et de ma m\u00e9moire, avec un \u00e9clat brillant qui portait les souvenirs de jadis et tout ce monde voulaient me dire: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Nous sommes encore l\u00e0, ils \u00e9mergeaient d&rsquo;un monde lointain et m&rsquo;envahissaient et me trempaient dans un sentiment vivant et agr\u00e9able qui me passait comme un doux courant \u00e9lectrique. J&rsquo;avais des frissons agr\u00e9ables et continues. Ce sentiment semblait remplir mon corps et mon visage d&rsquo;une douceur que j&rsquo;avais connue lorsque j&rsquo;avais \u00e0 peine six ans. Je n&rsquo;avais plus l&rsquo;envie de bouger de cette place juste pour ne pas perdre ces sentiments. Mais mes yeux regardaient Salem qui \u00e9tait \u00e0 c\u00f4t\u00e9 et me donnait un regard silencieux et voulait peut-\u00eatre me dire: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Je te comprends.\u00a0\u00bb Je ne disais rien et lui non plus. Tout en observant ces maisons je lui disais: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Celles-ci avaient abrit\u00e9 des g\u00e9n\u00e9rations enti\u00e8res. Ah! si elles pouvaient parler, elles nous raconteraient les histoires de chacun, de nos arri\u00e8re-grands-parents et de leurs amis.\u00a0\u00bb Ces pens\u00e9es me parvenaient encore comme un agr\u00e9able parfum, peut-\u00eatre afin que je me souvienne de leur vie avec nous. Et puis tout un monde jaillissait de ces vielles maisons et venait vers moi, des visages que je n&rsquo;avais plus vu depuis tr\u00e8s longtemps se pr\u00e9sentaient \u00e0 moi l&rsquo;un apr\u00e8s l&rsquo;autre, comme s&rsquo;ils voulaient me dire: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0On te conna\u00eet, tu es notre fils\u00a0\u00bb. Sans m\u00eame pouvoir me rappeler de leurs noms, il me semblait qu&rsquo;ils \u00e9taient si familiers et si proches, comme s&rsquo;ils \u00e9taient tous des membres de ma famille. Je me sentais le devoir de rester encore un moment pour qu&rsquo;\u00e0 mon tour je puisse les saluer humblement. De loin on ne voyait que les reflets du soleil qui \u00e9tait de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la montagne. J&rsquo;observais aussi avec beaucoup d&rsquo;amour et un certain chagrin cette ville qui avait \u00e9t\u00e9 une fois le nid de toute ma famille et le berceau de notre jeune \u00e2ge. Tout en regardant ces milliers de visages qui sortaient de ces toits blancs comme des \u00e9tincelles qui montaient continellement vers moi, je disais: <br \/> -\u00ab\u00a0Adieu \u00e0 tous ceux qui avaient v\u00e9cu dans cette adorable ville, quels que soient leurs noms, leurs origines ou leurs religions.\u00a0\u00bb C&rsquo;\u00e9taient eux les principaux acteurs de cette douce et paisible cit\u00e9; c&rsquo;\u00e9taient eux qui animaient notre ville, c&rsquo;\u00e9taient leur \u00e9ducation qui avait fait de nous ceux qui nous sommes. Leur sagesse, leurs conseils et leurs pri\u00e8res nous suivent partout l\u00e0 o\u00f9 nous sommes et nous prot\u00e8gent encore aujourd&rsquo;hui avec leur amour magnanime. Par leur mode de vie et leurs exemples ils nous trac\u00e8rent le chemin qui nous guide encore vers la vie de demain. et par-del\u00e0. De cette haute place je regardais notre humble et paisible cit\u00e9 et comme dans un songe tr\u00e8s vivant et m\u00eame vibrant je revoyais les parachutistes de l&rsquo;avant-garde anglaise qui descendaient et puis, comme la lumi\u00e8re du jour s&rsquo;amenuisait, je jetais encore un regard d&rsquo;aigle sur ce tableau pittoresque qui m&rsquo;annon\u00e7ait la fin du jour et je dis: <br \/> -\u00ab\u00a0Salut \u00e0 nos instituteurs, salut \u00e0 nos rabbins, salut \u00e0 nos cur\u00e9s, salut \u00e0 nos medebs et encore \u00e0 nos chers parents.\u00a0\u00bb Puis j&rsquo;observais les lueurs rouges qui s&rsquo;amoidrissaient et se confondaient avec l&rsquo;obscurit\u00e9 qui venait les relever. <br \/> -\u00ab\u00a0Vous \u00eates les h\u00e9ros, vous avez su nous inculquer l&rsquo;amour, le respect et la tol\u00e9rance envers nos prochains, vous nous avez enseign\u00e9 l&rsquo;accueil et l&rsquo;hospitalit\u00e9 envers l&rsquo;\u00e9tranger et enfin vous avez ancr\u00e9 en nous le courage et l&rsquo;audace pour les devoirs de demain.\u00a0\u00bb Ces sentiments que je ressentais m&rsquo;avaient frein\u00e9. <br \/> Encore de l\u00e0-haut et d&rsquo;un regard solennel j&#8217;embrassais et je remerciais toutes les femmes de B\u00e9ja, vieilles et jeunes pour tout l&rsquo;amour dont elles nous ont envelopp\u00e9s depuis notre tendre \u00e2ge avec des mots simples comme: <br \/> -\u00ab\u00a0I A&rsquo;yech Weldi\u00a0\u00bb (Que Dieu te garde, mon enfant) \u00ab\u00a0Smalla alik\u00a0\u00bb (que le nom de Dieu soit avec toi) Ces mots sortait naturellement de la bouche de chaque maman. Elles nous avaient vou\u00e9 \u00e0 une vie simple, saine et limpide. Elles avaient jou\u00e9 un r\u00f4le important et d\u00e9terminant dans la formation de notre caract\u00e8re et de notre sant\u00e9, elles avaient su nous apprendre le respect des p\u00e8res, des personnes plus ag\u00e9es et des voisins. Ce sont encore elles qui avaient adouci nos impulsions juv\u00e9niles et nous avaient enseign\u00e9 la patience par leurs exemples. Elles nous disaient souvent: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Bessiassa Ya Weldi\u00a0\u00bb (Avec sagesse et avec du calme, mon fils.) Ou alors elles nous disaient: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Sa&rsquo;ed Nefsek\u00a0\u00bb (Sois bon avec toi-m\u00ea me), ou encore: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Allah Yehdik\u00a0\u00bb (Que Dieu te calme). Etions-nous conscients de ces belles paroles ? Calme, patience, s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 et pardon (savoir pardonner), ne sont-ils pas les paroles de sagesse de la vie? Par leur silence et leur calme elles ont essay\u00e9 de nous rendre conscients de la force latente qui est en nous et qui \u00e9volue avec notre \u00e2ge et nos exp\u00e9riences. Elles nous disaient aussi: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Esbar, Allah kabir.\u00a0\u00bb (Patience, Dieu est grand) qui veut dire, aie confiance au lendemain. Elles savaient nous habituer \u00e0 garder constamment notre espoir vivant en l&rsquo;avenir. En quelque sorte elles ont ancr\u00e9 la foi dans notre coeur et le devoir du travail quotidien. Elles disaient: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Peu importe le travail que l&rsquo;on fait, l&rsquo;essentiel est de le faire avec amour et conscience.\u00a0\u00bb En effet, que le salaire soit gros ou petit ne compte pas, car le travail en lui-m\u00eame forge notre esprit endormi. Elles disaient aussi: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Akhdem Berial Ou Hasseb El Batal\u00a0\u00bb (Travaille pour un rial et compare-toi au ch\u00f4meur.) \u00c0 travers les bons plats qu&rsquo;elles nous offraient, elles ont su nous initier avec beaucoup de soin et de gentillesse au go\u00fbt et \u00e0 la valeur de la vie. Elles savaient nous \u00e9couter avec beaucoup de patience, sans nous interrompre et par ce simple fait seulement, elle nous avaient appris l&rsquo;amour et le respect de la femme. C&rsquo;est \u00e0 travers nos mamans que nous voyons nos femmes. Elles nous ont enseign\u00e9 le pardon avec le simple mot: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Samhou Ya Weldi\u00a0\u00bb (pardonne-lui, mon fils), ou alors: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Esmah \u00a0\u00bb (pardonne). Peut-on encore oublier nos grand-m\u00e8res et toutes les vieilles dames qui vivaient parmi nous et dans nos familles ? Elles avaient aussi leur petit mot \u00e0 dire. Ce sont elles qui intervenaient pour r\u00e9tablir l&rsquo;ordre si celui-ci \u00e9tait perturb\u00e9 pour une raison ou pour une autre. Elles prenaient sur elles la responsabilit\u00e9 d&rsquo;une action qui d\u00e9plaisait \u00e0 nos parents pour nous prot\u00e9ger. Et quand nous \u00e9tions malades c&rsquo;\u00e9taient encore ces vieilles femmes qui restaient assises aux pieds de notre lit sans dire un mot. Rien que leur pr\u00e9sence, sans savoir pourquoi et comment, nous gu\u00e9rissait. Voil\u00e0 encore un t\u00e9moignage de notre mode de vie que nous aimions. Ce sont peut-\u00eatre leurs pri\u00e8res silencieuses qui dirigeaient et attiraient la force de l&rsquo;amour vers nous. Je pensais \u00e0 mes cousins, \u00e0 mes cousines et \u00e0 mes amis qui sont dispers\u00e9s un peu partout dans le monde, puis, je priais dans mon for int\u00e9rieur, pour les parents, qui nous avaient quitt\u00e9s. Ensuite je songeais avec appr\u00e9ciation \u00e0 tous les B\u00e9jaois, sans oublier les B\u00e9douins qui animaient notre ville les jours de f\u00eate et les jours de march\u00e9. Ces B\u00e9douins repr\u00e9sentaient la base de l&rsquo;\u00e9conomie de notre ville et ils faisaient en m\u00eame temps partie de notre enfance. Leur pr\u00e9sence les jours de march\u00e9 cr\u00e9ait une ambiance humaine dans nos rues. Certes ces braves gens \u00e9taient simples, mais ils renfermaient en eux une innocence pieuse. Ils n&rsquo;avaient jamais quitt\u00e9 notre sol natal malgr\u00e9 toutes les conqu\u00eates de diff\u00e9rentes forces \u00e9trang\u00e8res, dont certaines avaient laiss\u00e9 leurs empreintes physiques sur eux, mais n&rsquo;avaient jamais r\u00e9ussi \u00e0 les convertir ni \u00e0 les transformer, puisqu&rsquo;ils sont rest\u00e9s les b\u00e9douins fid\u00e8les \u00e0 notre terre. A eux j&rsquo;adressais un m\u00e9ssage tout particulier et bien chaleureux: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Vous \u00eates les vaillants gardiens de notre terre. Vous avez fid\u00e8lement veill\u00e9 notre berceau et nos merveilleuses demeures. On vous trouve partout, sur les collines, dans les champs et aux alentours de notre ville. Ni les conqu\u00e9rants, ni les religions ne vous ont d\u00e9tourn\u00e9 de vos devoirs, vous avez r\u00e9sist\u00e9 depuis des si\u00e8cles. Ni la pluie, ni la neige, ni le vent, ni le froid, ni toutes les temp\u00eates, ni votre peau br\u00fbl\u00e9e par le soleil ne vous ont emp\u00each\u00e9s de labourer et de cultiver notre terre depuis des si\u00e8cles. Vous avez pass\u00e9 \u00e0 vos descendants de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration vos principes et vos lois, qui ne respectent que l&rsquo;homme lui-m\u00eame; vous avez m\u00e9rit\u00e9 notre respect et notre admiration. H\u00e9las, parmi tous les r\u00e9gimes qui pass\u00e8rent par notre pays, personne ne vous avait demand\u00e9 votre avis, vous \u00eates l\u00e0, toujours fid\u00e8les \u00e0 la terre de nos anc\u00eatres.\u00a0\u00bb <br \/> Je restais immobile et en silence pour un bon moment, je rendais ainsi hommage \u00e0 tout ce monde d&rsquo;alors et \u00e0 tous les enfants de B\u00e9ja l\u00e0 o\u00f9 ils se trouvent. L&rsquo;odeur des classes et des jeunes enfants innocents m\u00e9lang\u00e9e \u00e0 celle des ruelles me parvenait du centre du Rebat, de Bab El Ein, de Ein Esemch, de Sidi Frej. Ces quartiers englobaient alors des g\u00e9n\u00e9rations. Ils englobaient un monde entier. Des diverses ethnies vivaient en harmonie dans ses vieux murs. Ces souvenirs tr\u00e8s vivants alimentent encore mon \u00e2me et mon esprit d&rsquo;une chaleur et d&rsquo;une douceur de vie que je ressens de temps \u00e0 autre \u00e0 travers les ann\u00e9es et \u00e0 travers les distances incommensurables. Combien de m\u00e9moires sont rest\u00e9es isol\u00e9es et \u00e9parpill\u00e9es \u00e0 travers le monde comme des \u00e2mes perdues dans les t\u00e9n\u00e8bres, mais dont les rayons d&rsquo;une lumi\u00e8re \u00e9blouissante nous parviennent de tr\u00e8s loin pour nous dire: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Ne m&rsquo;oubliez pas, Ana Baji, Ana Bajia, Ana Khoukem, Ana Ekhtkoum\u00a0\u00bb (je suis B\u00e9jaois, je suis B\u00e9jaoise, je suis votre fr\u00e8re, je suis votre soeur). Ces sentiments et ces m\u00e9moires s&rsquo;unissent ensemble pour cr\u00e9er la beaut\u00e9 de ma ville et de ses enfants. Les m\u00e9moires et les souvenirs qu&rsquo;elle renferme sont ses tr\u00e9sors cach\u00e9s. Cette beaut\u00e9 appartient aussi \u00e0 l&rsquo;enfance qui fait jaillir de nous-m\u00eames un flot de bont\u00e9, qui fait vibrer nos sens. Elle nous adoucit et nous agr\u00e9mente notre vie tout le long de notre chemin. C&rsquo;est bien notre terre qui nous unit et nous d\u00e9voile \u00e0 nous-m\u00eames et \u00e0 tout le monde, c&rsquo;est bien cette cit\u00e9 qui est la source de notre m\u00e9moire qui nous rapproche de notre conscience et nous reconduit \u00e0 nous-m\u00eames au moment du r\u00e9veil. Amen! Aux noms de nos p\u00e8res. Je disais dans mon coeur: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Yerh am Hem.\u00a0\u00bb (Que Dieu b\u00e9nisse leurs \u00e2mes). <br \/> C&rsquo;est alors que je fis signe \u00e0 Salem de continuer le chemin et je lui dis: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0Allez-y! On continue vers Tunis\u00a0\u00bb Il me regarda calmement comme si je sortais d&rsquo;un lieu saint ou d&rsquo;un temple sacr\u00e9. Son regard \u00e9tait constamment dirig\u00e9 vers mes yeux comme s&rsquo;il d\u00e9tectait quelque chose de nouveau dans mon visage, puis il me dit: <br \/> &#8211; \u00ab\u00a0\u00c7a va? Voulez-vous boire quelque chose?\u00a0\u00bb Je me sentais en effet comme si je me r\u00e9veillais d&rsquo;un profond r\u00eave, qui me remplissait d&rsquo;une nouvelle \u00e9nergie d&rsquo;amour due \u00e0 tout ce que je venais de vivre et de sentir, mais en r\u00e9alit\u00e9 je n&rsquo;\u00e9tais pas dans un r\u00eave, j&rsquo;avais senti ce que j&rsquo;avais v\u00e9cu lorsque j&rsquo;habitais ici. Cependant je ne pouvais pas le dire \u00e0 Salem, puisque c&rsquo;\u00e9taient mes propres sentiments que je venais de saisir et c&rsquo;\u00e9taient mes exp\u00e9riences que je venais de contempler. Tous les \u00eatres que j&rsquo;avais laiss\u00e9s en quittant cette ville \u00e9taient l\u00e0 vivants en moi. Tous ces \u00eatres que nous avons vus et qui avaient v\u00e9cu avec nous sont l\u00e0 avec nous et en nous pour toujours. Notre ville est aussi en nous et dans n&rsquo;importe quel pays que nous serions elle sera toujours avec nous et nous accompagnera le long de la vie. En fait c&rsquo;est une partie de nos exp\u00e9riences, nous les avons v\u00e9cues. Nous sommes les seuls \u00e0 les voir et \u00e0 les sentir Tout ce que nous passons dans la vie devient nos exp\u00e9riences, elles sont les seules qui comptent. Nous pouvons \u00e9videmment lire sur les exp\u00e9riences des autres mais seules les n\u00f4tres peuvent nous aider dans la vie.<\/b><\/p>\n<p><b>Emile Tubiana<\/b><\/p>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsque j&rsquo;avais quitt\u00e9 B\u00e9ja, il se faisait un peu tard, le soleil se rapprochait d\u00e9ja de la fin de son parcours, puis, petit-\u00e0-petit il plongeait derri\u00e8re les collines et laissait derri\u00e8re lui une lueur rouge\u00e2tre. Cette couleur \u00e0 l&rsquo;horizon me rappelait les dires de mon p\u00e8re: &#8211; \u00ab\u00a0Ella Hamret El A&rsquo;chya Hot Ezweilek A&rsquo;lla Coul&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":0,"featured_media":23297,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[494,9],"tags":[],"class_list":["post-30591","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-communautes","category-tunisie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30591","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=30591"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30591\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":31234,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/30591\/revisions\/31234"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/23297"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=30591"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=30591"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=30591"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}