{"id":30999,"date":"2026-09-30T16:56:28","date_gmt":"2026-09-30T16:56:28","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=30999"},"modified":"2026-09-30T16:56:28","modified_gmt":"2026-09-30T16:56:28","slug":"le-quartier-juif-de-los-angeles-par-guy-milliere","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/le-quartier-juif-de-los-angeles-par-guy-milliere\/","title":{"rendered":"Le quartier juif de Los Angeles, par Guy Milliere"},"content":{"rendered":"<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p><b><\/b><\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<hr\/>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<div>\n<p> <b><em> Voici<\/em><em> un extrait d\u2019un de mes prochains livres. Ce livre l\u00e0 porte sur Los Angeles. Il s\u2019appellera L.A., Sunset. Los Angeles au cr\u00e9puscule.<\/em> <\/b><\/p>\n<p> <b> <em>Cet extrait \u00e9voque le quartier juif de L.A., le Fairfax District, et le restaurant Canter\u2019s.<\/em> <\/b><\/p>\n<p> <b> <em>Guy Milli\u00e8re\u00a0<\/em> <\/b><\/p>\n<p> <b>&#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-\u00a0 <\/b> <\/p>\n<p> <b> Juste un restaurant. Delicatessen. Comme \u00e0\u00a0New York ou en Europe centrale. Pastrami. Gefilte fisch. Apflestrudel. <\/b><\/p>\n<p> <b> <img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" alt=\"canters-deli.jpg\" height=\"294\" src=\"https:\/\/harissa.com\/D_Communautes\/USA\/canters-deli.jpg\" width=\"252\"\/> <\/b><\/p>\n<p> <b> L\u2019\u00e9tablissement est ouvert jour et nuit, chaque jour. Depuis son ouverture en1952. Les jours de shabbat ou celui de Kippour, les serveurs et serveuses qui respectent les pr\u00e9ceptes religieux sont en cong\u00e9. D\u2019autres sont l\u00e0. Les clients, ces jours l\u00e0, ne seront pas juifs, ou pas pratiquants. Mais rien ne s\u2019interrompt. <\/b><\/p>\n<p> <b> Les tables et le d\u00e9cor n\u2019ont pas chang\u00e9, les recettes et la fa\u00e7on de les ex\u00e9cuter non plus. Le temps semble s\u2019\u00eatre arr\u00eat\u00e9. C\u2019est comme cela avec les traditions et, avant d\u2019\u00eatre une tradition dans la Ville, Canter\u2019s pouvait se targuer d\u2019\u00eatre porteur d\u2019une tradition bien plus vaste et bien plus ancienne qui se pr\u00e9serve et se prolonge ici.\u00a0 Une tradition bien plus ancienne que l\u2019Am\u00e9rique, bien plus ancienne que le monde occidental lui-m\u00eame. <\/b><\/p>\n<p> <b> Le calendrier juif indique l\u2019ann\u00e9e 5770 au moment o\u00f9 j\u2019\u00e9cris ces lignes. C\u2019est un calendrier bas\u00e9 sur douze mois lunaires auxquels s\u2019ajoute un treizi\u00e8me mois tous les deux ou trois ans pour tenir compte de l\u2019ann\u00e9e solaire. Chez Canter\u2019s, on suit le calendrier juif. Pas seulement pour le shabbat et pour Kippour, mais aussi pour toutes les f\u00eates du juda\u00efsme\u00a0: Pesach au printemps, Rosh Hashanah pour la nouvelle ann\u00e9e, Shavuot, Hannukah, Purim. <\/b><\/p>\n<p> <b> Los Angeles est une Ville juive aussi. La premi\u00e8re synagogue a \u00e9t\u00e9\u00a0construite en 1873,\u00a0<em>downtown<\/em>, entre Second et Third. Quelques commer\u00e7ants aux racines polonaises et parlant yiddish s\u2019\u00e9taient arr\u00eat\u00e9s bri\u00e8vement \u00e0 New York, puis avaient tent\u00e9 l\u2019aventure, la travers\u00e9e du continent. <\/b><\/p>\n<p> <b> Avec le cin\u00e9ma sont arriv\u00e9s des entrepreneurs qui avaient r\u00e9ussi \u00e0\u00a0l\u2019Est et qui voulaient cr\u00e9er une industrie \u00e0 partir de ce qui n\u2019\u00e9tait qu\u2019un artisanat pr\u00e9caire. Ce fut l\u2019oeuvre de Samuel Goldwyn, venu de Pologne sans un sou, et d\u2019Adolph Zukor, n\u00e9 en Hongrie et qui a commenc\u00e9 sa vie adulte comme ouvrier \u00e9b\u00e9niste \u00e0 New York, la MGM de Louis B. Mayer o\u00f9 on retrouva Goldwyn encore, les studios Universal de Carl Laemmle, la Fox fond\u00e9e par Wilhelm Fried qui am\u00e9ricanisa son nom en William Fox, la Columbia cr\u00e9\u00e9e par Harry Cohn. Ce sont eux qui ont cr\u00e9\u00e9 les majors, des studios qui ont pris la dimension de villes dans la ville qui sont toutes consacr\u00e9es au cin\u00e9ma. Si Paramount est sur Melrose et Universal sur les collines de Hollywood, la Fox et Columbia sont plus \u00e0 l\u2019Ouest, \u00e0 Culver City, la MGM et d\u2019autres studios tels que Disney ont choisi Burbank, entre les Hollywood Hills et la San Fernando Valley. Ce\u00a0 sont desgens comme Sam Goldwyn ou William Fox qui ont d\u00e9cid\u00e9 de faire construire des d\u00e9cors permanents permettant que, dans un studio, on peut en quelques dizaines de m\u00e8tres passer d\u2019une rue de Florence au qunzi\u00e8me si\u00e8cle \u00e0 une rue de New York en 1960, puis \u00e0 une rue de Paris 1930. Ce sont eux qui ont cr\u00e9\u00e9 le star system, les grands genres, peplum,\u00a0<em>slapstick<\/em>, film d\u2019aventures&#8230; Ce sont eux qui firent venir des metteurs en sc\u00e8ne du monde entier, de la Scandinavie \u00e0 l\u2019Argentine, des acteurs aussi. Sans eux, Greta Garbo n\u2019aurait pas quitt\u00e9 la Su\u00e8de, Rodolfo di Valentina d&rsquo;Antoguolla ne serait pas devenu Rudolf Valentino, Detlef Sierk n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 Douglas Sirk, Fritz Lang n\u2019aurait pas fait carri\u00e8re apr\u00e8s l\u2019arriv\u00e9e des nazis au pouvoir en Allemagne ou, pour le moins pas la m\u00eame carri\u00e8re. Ce qu\u2019ils ont b\u00e2ti est un empire immat\u00e9riel plan\u00e9taire qui n\u2019a cess\u00e9 de se diss\u00e9miner dans l\u2019imaginaire de centaines de millions d\u2019\u00eatres humains sur toute la plan\u00e8te. D\u2019autres sont venus \u00e0 leur suite, et ont travaill\u00e9 dans les arts, la musique\u2026 <\/b><\/p>\n<p> <b> Plus de cinq cent mille juifs vivent aujourd\u2019hui dans la Ville. Ils sont install\u00e9s, plut\u00f4t, dans la Vall\u00e9e, \u00e0 l\u2019Est du c\u00f4t\u00e9 de Covina, au Nord \u00e0 Tarzana. Il y a des restaurants juifs \u00e0 Glendale, sur Pico, pr\u00e8s de Westwood, sur Melrose ou sur Alvarado, pr\u00e8s du MacArthur Park. A l\u2019angle de West Pico et de Doheny Drive, il y a le Milky Way que tient toujours Leah Adler, la m\u00e8re de Steven Spielberg, qui viendra pr\u00e8s de votre table vous parler de son fils tandis que vous go\u00fbterezles meilleurs\u00a0<em>cheese blintzes<\/em>\u00a0de la Ville. Mais Canter\u2019s reste un endroit pr\u00e9cieux, particulier. L\u2019enseigne de n\u00e9on rouge et vert est devenu un\u00a0<em>landmark<\/em>, un monument, comme l\u2019\u00e9tablissement et sa cuisine. Un grand mur peint, du c\u00f4t\u00e9 Sud, d\u00e9crit en brun et beige le quartier tel qu\u2019il \u00e9tait il y a cinquante ans, et retrace l\u2019histoire juive de la Ville. Seules les voitures le long des rues ont chang\u00e9 depuis, mais si on sort de Canter\u2019s et qu\u2019on regarde autour de soi, si on s\u2019\u00e9loigne du mur peint et qu\u2019on arpente cette portion de Fairfax, on voit qu\u2019alentour, c\u2019est le m\u00eame entrelacs de boucheries cacher, de boulangeries traditionnelles, de librairies o\u00f9 l\u2019on vend la Torah et le Talmud, en anglais, en h\u00e9breu, de boutiques o\u00f9 se procurer talit, t\u00e9filines et chandeliers. Des vieillards aux allures de sage, cheveux blancs et longue barbe, parlent passionn\u00e9ment sur le trottoir, des hommes plus jeunes en costume traditionnel noir se pressent vers les yeshivas dans les rues adjacentes. Des banderolles parlent des f\u00eates quand c\u2019est le moment. Il y a quelques commerces arabes, mais on se tol\u00e8re, on coexiste, on fait des affaires. On se respecte. <\/b><\/p>\n<p> <b> \u00ab\u00a0Ici\u00a0\u00bb, m\u2019a dit un ami juif au bar de Canter\u2019s, \u00ab\u00a0il n\u2019y a pas eu d\u2019antis\u00e9mitisme. Il n\u2019y en a pas. Il n\u2019y en aura pas, ou tr\u00e8s marginalement. Cela ne signifie pasqu\u2019il ne faut pas \u00eatre vigilant, il faut l\u2019\u00eatre, au contraire, et nous le sommes. Mais New York perdrait son \u00e2me sans l\u2019\u00e2me juive et ne serait plus gu\u00e8re que l\u2019ombre p\u00e2le d\u2019elle-m\u00eame. A L.A., c\u2019est la m\u00eame chose. L\u2019\u00e2me juive ici est partout. Dans les images qu\u2019on regarde et les sons qu\u2019on entend, dans l\u2019air qu\u2019on respire et dans chacun des quartiers de la Ville. C\u2019est la m\u00eame chose, oui. En plus tropical qu\u2019\u00e0 New York. En plus relax\u00e9. En moins strict\u00a0\u00bb.\u00a0 <\/b> <\/p>\n<p> <b> \u00ab\u00a0<em>It\u2019s California, man\u00a0<\/em>\u00bb, me d\u00e9clarait voici quelques mois le barman de la Kibitz Room, le bar du Canter\u2019s. Il venait me servir et, \u00e0 la table voisine, il y avait Billy Crystal et Jack Nicholson. <\/b><\/p>\n<p> <b> La Ville change. Ce qu\u2019elle f\u00fbt se perd quelquefois, se d\u00e9fait, se redessine. Les majors ne sont plus ce qu\u2019elles furent au temps de leur cr\u00e9ation. On ne produit plus des films comme en 1920 ou 1930. La t\u00e9l\u00e9vision a pris son essor et, aujourd\u2019hui, le net. Les majors sont toujours l\u00e0 n\u00e9anmoins. Leur nom fait toujours r\u00eaver ou \u00e9voque, pour le moins, toutes les \u00e9motions qui font rire ou pleurer les \u00eatres humains sur toute la terre. <\/b><\/p>\n<p> <b> On oublie parfois ce qui les a fait na\u00eetre et ce qu\u2019elles ont d\u00fb \u00e0 des gens qui, au d\u00e9part, vendaient du tissu, de la fourrure, des meubles de bois et qui, parce qu\u2019ils r\u00eavaient eux-m\u00eames ont fait du r\u00eave une r\u00e9alit\u00e9 prodigieuse dont \u00e9manent sans cesse des millions et des milliards de r\u00eaves. <\/b><\/p>\n<p> <b> Le Jewish District sur Fairfax est minuscule \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de la Ville, \u00e0 peine dessinable sur une carte de g\u00e9ographie. Trois blocs de Fairfax Avenue. Entre Clinton Street et Beverly Boulevard. Mais il est grand et profond aussi. Grand et profond comme cinq mille ans d\u2019histoire, de fid\u00e9lit\u00e9. Au Solomon\u2019s Bookstore, on trouve des rayonnages entiers de livres en h\u00e9breu ou en yiddish, la Torah sous de multiples formes et des \u00e9tudes talmudiques. Des signes d\u2019humour aussi\u00a0: une affiche pr\u00e9sente un\u00a0<em>Superman<\/em>\u00a0renomm\u00e9\u00a0<em>Superjew<\/em>\u00a0et pr\u00eat \u00e0 triompher de toutes les \u00e9preuves. Jerry Siegel et Joe Shuster, les cr\u00e9ateurs de\u00a0<em>Superman,<\/em>\u00a0\u00e9taient juifs eux-m\u00eame, \u00e9migrants pauvres qui, dans les ann\u00e9es des pires \u00e9preuves, du nazisme, de la guerre mondiale, de la\u00a0<em>shoah<\/em>, ont cr\u00e9\u00e9 un h\u00e9ros invincible \u00e0 m\u00eame de donner du courage.  <\/b> <\/p>\n<p> <b> Mike m\u2019avait conduit l\u00e0, sur Fairfax, une premi\u00e8re fois, en 1978. <\/b><\/p>\n<p> <b> Je reviens depuis, comme on revient \u00e0\u00a0la source. Comme pour me retrouver moi-m\u00eame. Comme pour renouer avec l\u2019\u00e2me de la Ville, car je sais que l\u2019\u00e2me de la Ville est, pour une part primordiale et trop oubli\u00e9e d\u2019elle-m\u00eame, l\u00e0, humble, discr\u00e8te, impalpable, douce et d\u00e9chirante comme un violon de musique klezmer. <\/b><\/p>\n<p> <b> C\u2019\u00e9tait un simple concert de rue, un samedi apr\u00e8s la tomb\u00e9e de la nuit, apr\u00e8s shabbat. Un concert comme il y en a en une infinit\u00e9 de points de la Ville. Des musiciens qui jouent pour cinquante mille personnes au Hollywood Bowl, ou pour eux-m\u00eames \u00e0 l\u2019angle d\u2019une rue. Ce soir-l\u00e0, c\u2019\u00e9taient un violoniste et un guitariste qui chantait d\u2019une voix rauque, grave, un peu gutturale. Je me suis arr\u00eat\u00e9 dix minutes pour les \u00e9couter. J\u2019ai eu du mal \u00e0 partir, m\u00eame si je le devais. <\/b><\/p>\n<p> <b> Je suis rentr\u00e9 chez Mike, loin, sur les hauteurs, entre Glendale et Pasadena. J\u2019ai parcouru des rues et des avenues. Je n\u2019ai, dans ma voiture, rien \u00e9cout\u00e9 d\u2019autre. Tout \u00e9tait dans mon c\u0153ur. Tout \u00e9tait dans ma t\u00eate\u2026 <\/b><\/p>\n<p> <b> <em>It\u2019s the Jewish District, man.<\/em> <\/b><\/p>\n<p> <b> C\u2019est le quartier juif, mec\u2026 <\/b><\/p>\n<p> <b> Guy Milli\u00e8re <\/b> <\/p>\n<\/div><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Voici un extrait d\u2019un de mes prochains livres. Ce livre l\u00e0 porte sur Los Angeles. Il s\u2019appellera L.A., Sunset. Los Angeles au cr\u00e9puscule. Cet extrait \u00e9voque le quartier juif de L.A., le Fairfax District, et le restaurant Canter\u2019s. Guy Milli\u00e8re\u00a0 &#8212;&#8212;&#8212;&#8212;-\u00a0 Juste un restaurant. Delicatessen. 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