{"id":3208,"date":"2011-11-24T19:28:38","date_gmt":"2011-11-24T19:28:38","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=3208"},"modified":"2011-11-24T19:28:38","modified_gmt":"2011-11-24T19:28:38","slug":"guerre-de-lombre-contre-liran","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/guerre-de-lombre-contre-liran\/","title":{"rendered":"Guerre de l\u2019ombre contre l\u2019Iran"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div property=\"dc:description\">\n<p>\n\t\tGuerre de l&#39;ombre contre l&#39;Iran<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tMaxime Perez<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\tT&eacute;h&eacute;ran, le 12 janvier 2010, 8 heures du matin. Massoud Ali Mohammadi quitte son domicile dans le quartier r&eacute;sidentiel de Gheytarieh pour se rendre &agrave; l&rsquo;universit&eacute;. Comme chaque jour, son &eacute;pouse Mansoureh l&rsquo;accompagne jusqu&rsquo;au perron. Elle regarde son mari s&rsquo;approcher de sa Peugeot 405 verte, lui adresse un dernier signe de la main puis referme la porte. L&rsquo;explosion, dans la seconde qui suit, est d&rsquo;une violence inou&iuml;e. La fa&ccedil;ade de la maison est souffl&eacute;e. Massoud Ali Mohammadi est mort. Sa voiture n&rsquo;est plus qu&rsquo;une carcasse fumante. Elle a &eacute;t&eacute; la cible d&rsquo;une moto pi&eacute;g&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t\tLe &ldquo;martyr&rdquo; Massoud Ali Mohammadi, 50 ans, &eacute;tait l&rsquo;un des physiciens nucl&eacute;aires iraniens les plus brillants de sa g&eacute;n&eacute;ration, cadre de l&rsquo;Agence iranienne de l&rsquo;&eacute;nergie atomique, charg&eacute;e de conduire le programme nucl&eacute;aire de l&rsquo;Iran. Son meurtrier pr&eacute;sum&eacute; a &eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute; : Majid Jamali Fashi, un champion de kickboxing. Il reconnut avoir &eacute;t&eacute; recrut&eacute; deux ans plus t&ocirc;t par le Mossad.<\/p>\n<p>\n\t\tIl raconta sa premi&egrave;re convocation &agrave; Istanbul, ses s&eacute;jours furtifs en Azerba&iuml;djan et en Tha&iuml;lande sous couvert de comp&eacute;titions sportives, son passage &agrave; Tel-Aviv, un an plus tard, o&ugrave; il dit avoir appris &agrave; manier les explosifs.<\/p>\n<p>\n\t\tJamali Fashi a &eacute;t&eacute; condamn&eacute; &agrave; la pendaison le 28 ao&ucirc;t dernier. Il aurait fait partie d&rsquo;un r&eacute;seau de dix personnes, toutes arr&ecirc;t&eacute;es en janvier 2011 par le Vevak, le service de contre-espionnage iranien qui a d&eacute;sign&eacute; les commanditaires &ndash; les &Eacute;tats-Unis et Isra&euml;l &ndash; , avouant au passage son impuissance.<\/p>\n<p>\n\t\tDans cette guerre de l&rsquo;ombre, les coups subis par l&rsquo;Iran sont s&eacute;v&egrave;res. Cinq ing&eacute;nieurs atomistes iraniens ont &eacute;t&eacute; brutalement rappel&eacute;s &agrave; Allah, comme Ar deshir Hossein &ldquo;asphyxi&eacute; par gaz&rdquo; en 2007 dans la centrale d&rsquo;Ispahan, ou le dernier en date (le 23 juillet), le professeur Darioush Rezaei-Nejad abattu de cinq balles tir&eacute;es &agrave; bout portant dans son bureau. &laquo; Il s&rsquo;agit de la premi&egrave;re op&eacute;ration dirig&eacute;e par le nouveau chef du Mossad, Tamir Pardo &raquo;, rapporte une source isra&eacute;lienne au magazine allemand Der Spiegel.<\/p>\n<p>\n\t\tEn r&eacute;alit&eacute;, cette guerre secr&egrave;te a commenc&eacute; avec son pr&eacute;d&eacute;cesseur, Meir Dagan, chef du Mossad (les services secrets isra&eacute;liens) entre 2002 et 2010, la b&ecirc;te noire des Iraniens. D&egrave;s sa nomination, ce petit homme corpulent, natif de l&rsquo;ex-URSS, n&rsquo;a qu&rsquo;une obsession : saboter le programme nucl&eacute;aire de l&rsquo;Iran.<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;aggravation de la situation dans les territoires palestiniens (seconde Intifada) puis la guerre contre le Hezbollah, en 2006, l&rsquo;obligent &agrave; revoir ses objectifs. Il reprend ses dossiers en 2007, lorsqu&rsquo;il est reconduit &agrave; la t&ecirc;te du Mossad, pour &eacute;laborer un &ldquo;plan en cinq points&rdquo; pour faire plier la R&eacute;publique islamique. Meir Dagan et son &eacute;quipe jugent insuffisantes les sanctions contre l&rsquo;Iran prises par le Conseil de s&eacute;curit&eacute; de l&rsquo;Onu. Ils doutent aussi de l&rsquo;efficacit&eacute; des frappes pr&eacute;ventives &ldquo;ouvertes&rdquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tLe chef du Mossad pr&eacute;f&egrave;re des &ldquo;mesures clandestines&rdquo;, destin&eacute;es &agrave; retarder les ambitions nucl&eacute;aires des mollahs. Lors d&rsquo;un entretien avec le sous-se cr&eacute;taire d&rsquo;&Eacute;tat am&eacute;ricain Wil liam Burns, relat&eacute; dans un t&eacute; l&eacute;gramme rendu public par WikiLeaks, Dagan lui expose minutieusement sa strat&eacute;gie. La pierre angulaire est le renversement du r&eacute;gime. Il sugg&egrave;re de soutenir l&rsquo;oppo sition iranienne. Ce sera le &ldquo;prin temps 2009&rdquo; de T&eacute;h&eacute;ran, bris&eacute; par une f&eacute;roce r&eacute;pression.<\/p>\n<p>\n\t\tPour mener sa guerre de l&rsquo;ombre, Isra&euml;l b&eacute;n&eacute;ficie de certaines complicit&eacute;s tr&egrave;s utiles : les minorit&eacute;s az&eacute;ries, baloutchies et m&ecirc;me kurdes, arm&eacute;es depuis de nombreuses ann&eacute;es en Irak. Avec le consensus international sur la menace iranienne, il peut aussi compter sur la coop&eacute;ration des services occidentaux. En 2002, le BND allemand (Service f&eacute;d&eacute;ral de renseignement) parvient &agrave; approcher un homme d&rsquo;affaires iranien dont l&rsquo;entreprise participe &agrave; la construction de l&rsquo;usine d&rsquo;enrichissement d&rsquo;uranium de Natanz. Son nom de code est &ldquo;Dauphin&rdquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;Iranien accepte de transmettre des d&eacute;tails sur le site. Il obtient aussi des rapports secrets sur des recherches nucl&eacute;aires militaires. Dauphin esp&egrave;re les monnayer aupr&egrave;s du BND pour obtenir l&rsquo;asile politique, mais il est d&eacute;masqu&eacute; en 2004, avant d&rsquo;&ecirc;tre abattu. Sa femme a le temps de s&rsquo;enfuir en Turquie, avec un &ldquo;tr&eacute;sor&rdquo; : l&rsquo;ordinateur de son mari. Le disque dur contient mille pages de documents. Les services occidentaux vont y d&eacute;couvrir que les Iraniens travaillent &agrave; d&eacute;velopper des ogives nucl&eacute;aires.<\/p>\n<p>\n\t\tDepuis cette affaire, Isra&euml;l n&rsquo;a pas cess&eacute; de poursuivre son objectif : emp&ecirc;cher l&rsquo;Iran d&rsquo;acqu&eacute;rir l&rsquo;arme nucl&eacute;aire. Avant m&ecirc;me d&rsquo;envoyer au combat son unit&eacute; sp&eacute;ciale &ldquo;Kidon&rdquo;, charg&eacute;e d&rsquo;organiser les assassinats de scientifiques, le Mossad avait choisi d&rsquo;infiltrer l&rsquo;appareil s&eacute;curitaire iranien, au plus haut niveau. D&egrave;s la fin des ann&eacute;es 1980, les Isra&eacute;liens pistent le g&eacute;n&eacute;ral Ali Reza Asghari, coordonnateur des activit&eacute;s des gardiens de la r&eacute;volution au Liban. Son profil et ses liens &eacute;troits avec le Hezbollah en font une cible de choix. Son ascension est fulgurante. En 1997, il entre au cabinet du pr&eacute;sident r&eacute;formateur Mohammad Khatami, comme vice-ministre de la D&eacute;fense.<\/p>\n<p>\n\t\t&Agrave; l&rsquo;&eacute;t&eacute; 2003, le Mossad entre en action, lors d&rsquo;un voyage &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger du g&eacute;n&eacute;ral iranien. Asghari est approch&eacute; par un juif am&eacute;ricain qui se fait passer pour un responsable de la CIA. Son message est clair : &laquo; Apr&egrave;s l&rsquo;Irak, l&rsquo;Iran est le prochain pays sur notre liste. Pr&eacute;parez votre avenir si vous ne voulez pas finir comme Saddam. &raquo; Les &eacute;v&eacute;nements se pr&eacute;cipitent avec l&rsquo;&eacute;lection de Mahmoud Ahma dinejad (2005). Ali Reza Asghari est en effet &eacute;cart&eacute; du pouvoir. Aigri, il bascule. Le Mossad referme son pi&egrave;ge. Asghari va livrer des cartes militaires, des informations sur les livraisons d&rsquo;armes au Hezbollah et &agrave; des factions palestiniennes, des d&eacute;tails sur le fonctionnement de plusieurs sites nucl&eacute;aires.<\/p>\n<p>\n\t\tD&eacute;masqu&eacute; par le Vevak en 2007, Asghari fuit vers la Turquie, via Damas, o&ugrave; vivent ses proches. Le 7 f&eacute;vrier 2007, le Mossad organise son exfiltration d&rsquo;Istanbul, prenant le soin de brouiller les pistes en r&eacute;servant plusieurs chambres d&rsquo;h&ocirc;tel au nom d&rsquo;Asghari. Sa &ldquo;disparition&rdquo; est un coup s&eacute;v&egrave;re pour les mollahs et leurs alli&eacute;s. Est-ce un hasard ? En septembre 2007, l&rsquo;aviation isra&eacute;lienne d&eacute;truit le r&eacute;acteur syrien d&rsquo;Al-Kibar, construit secr&egrave;tement par la Cor&eacute;e du Nord. Un an plus tard, Imad Mugnieh, chef de la branche militaire du Hezbollah, est tu&eacute; dans un attentat &agrave; la voiture pi&eacute;g&eacute;e &agrave; Damas. Le r&eacute;gime iranien voit la main des services isra&eacute;liens partout, comme dans une s&eacute;rie d&rsquo;accidents d&rsquo;avion. Entre f&eacute;vrier 2006 et mars 2007, trois appareils appartenant aux gardiens de la r&eacute;volution s&rsquo;&eacute;crasent dans les montagnes iraniennes. &Agrave; bord, &agrave; chaque fois, des personnels charg&eacute;s du programme nucl&eacute;aire iranien. Ahmad Kazemi, le commandant des forces terrestres des pasdaran est tu&eacute; dans un de ces crashs, avec douze membres de son &eacute;tat-major. Le 20 juin dernier encore, cinq scientifiques russes d&eacute;tach&eacute;s &agrave; la centrale de Bushehr meurent lors de l&rsquo;atterrissage d&rsquo;urgence de leur Tupolev-134.<\/p>\n<p>\n\t\tGarde pr&eacute;torienne du r&eacute;gime, les pasdaran ont subi de s&eacute;rieux revers. Le 12 octobre 2010, une triple explosion ravage leur base Imam Ali, &agrave; l&rsquo;ouest de l&rsquo;Iran, un vaste complexe de galeries souterraines abritant des rampes de lancement de missiles Shahab-3 (capables d&rsquo;atteindre Isra&euml;l). Un an plus tard, ce 12 novembre, un entrep&ocirc;t de missiles balistiques situ&eacute; &agrave; une vingtaine de kilom&egrave;tres de T&eacute;h&eacute;ran explose. Parmi les victimes, le g&eacute;n&eacute;ral Hassan Moqadam, p&egrave;re du programme des missiles iraniens, un prot&eacute;g&eacute; de l&rsquo;ayatollah Ali Khamenei, le guide supr&ecirc;me de la R&eacute;publique islamique.<\/p>\n<p>\n\t\tL&rsquo;&Eacute;tat h&eacute;breu a aussi cr&eacute;&eacute; des dizaines de soci&eacute;t&eacute;s sp&eacute;cialis&eacute;es dans la fourniture de mat&eacute;riels informatiques, souvent &agrave; double usage &ndash; civil et militaire &ndash; pour faciliter leur vente. Achet&eacute;s par l&rsquo;Iran, ces &eacute;quipements pi&eacute;g&eacute;s ont d&eacute;j&agrave; provoqu&eacute; des d&eacute;g&acirc;ts en cha&icirc;ne ou de graves accidents de travail dans les centrales iraniennes.<\/p>\n<p>\n\t\tLe Mossad recourt aussi aux attaques cybern&eacute;tiques, pro bablement associ&eacute; &agrave; l&rsquo;uni t&eacute; 8200 de l&rsquo;Aman (renseignements militaires). Les deux services auraient mis au point le programme &ldquo;Stuxnet&rdquo;, un virus intelligent capable de progresser dans un syst&egrave;me informatique pour le &ldquo;pourrir&rdquo;. En juin 2010, Stuxnet infesta des milliers de serveurs du programme nucl&eacute;aire iranien. Sur le seul site de Natanz, le virus neutralisa mille centrifugeuses en diminuant brutalement leur syst&egrave;me de rotation.<\/p>\n<p>\n\t\tEn quittant ses fonctions en janvier dernier, Meir Dagan souligna son bilan devant la Knesset, en l&eacute;g&egrave;re contradiction avec les estimations plus alarmistes du gouvernement : &laquo; L&rsquo;Iran ne sera pas en mesure d&rsquo;obtenir la bombe nucl&eacute;aire avant 2015. &raquo; Hostile aux frappes pr&eacute;ventives, Dagan veut qu&rsquo;Isra&euml;l poursuive sa guerre secr&egrave;te. &laquo; &Agrave; la fin des ann&eacute;es 1970, le Mossad avait lanc&eacute; une impressionnante s&eacute;rie d&rsquo;op&eacute;rations clandestines visant &agrave; retarder le programme nucl&eacute;aire irakien, rappelle Ronen Bergman, sp&eacute;cialiste de la question iranienne. Pourtant, en 1981, Isra&euml;l arriva &agrave; la conclusion qu&rsquo;il n&rsquo;y avait plus d&rsquo;autre choix que de bombarder la centrale d&rsquo;Osirak. &raquo; <strong>Maxime Perez<\/strong><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Guerre de l&#39;ombre contre l&#39;Iran &nbsp; Maxime Perez &nbsp; &nbsp; T&eacute;h&eacute;ran, le 12 janvier 2010, 8 heures du matin. Massoud Ali Mohammadi quitte son domicile dans le quartier r&eacute;sidentiel de Gheytarieh pour se rendre &agrave; l&rsquo;universit&eacute;. Comme chaque jour, son &eacute;pouse Mansoureh l&rsquo;accompagne jusqu&rsquo;au perron. 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