{"id":3226,"date":"2011-11-25T19:23:32","date_gmt":"2011-11-25T19:23:32","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=3226"},"modified":"2011-11-25T19:23:32","modified_gmt":"2011-11-25T19:23:32","slug":"dawaha-de-raja-amari-ou-le-charme-secret-des-tunisiennes","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/dawaha-de-raja-amari-ou-le-charme-secret-des-tunisiennes\/","title":{"rendered":"Dawaha de Raja Amari ou le charme secret des Tunisiennes"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<table class=\"contentpaneopen\">\n<tbody>\n<tr>\n<td class=\"contentheading\" width=\"100%\">\n\t\t\t\t&lsquo;&lsquo;Dawaha&rsquo;&rsquo; de Raja Amari ou le charme secret des Tunisiennes<\/td>\n<td align=\"right\" class=\"buttonheading\" width=\"100%\">\n<p>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/td>\n<td align=\"right\" class=\"buttonheading\" width=\"100%\">\n\t\t\t\t&nbsp;<\/td>\n<td align=\"right\" class=\"buttonheading\" width=\"100%\">\n\t\t\t\t&nbsp;<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n<table class=\"contentpaneopen\">\n<tbody>\n<tr>\n<td valign=\"top\">\n<div class=\"jwDisqusArticleCounter\">\n<div class=\"clr\">\n\t\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/p><\/div>\n<p style=\"text-align: center;\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<span style=\"font-family: trebuchet ms,geneva;\">La Tunisie sera pr&eacute;sente au 17e festival du film m&eacute;diterran&eacute;en (Medfilm, 19-27 novembre) avec trois films, dont &lsquo;&lsquo;Dawaha&rsquo;&rsquo;, de Raja Amari, qui avait provoqu&eacute;, &agrave; sa sortie, des vell&eacute;it&eacute;s obscurantistes avant-coureuses. <\/span><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tPar <strong>Mohamed Sadok Lejri <\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<hr style=\"width: 160px;\" width=\"160\" \/>\n<p>\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t&lsquo;&lsquo;Plus jamais peur&rsquo;&rsquo;, documentaire de Mourad Ben Cheikh, introduit le spectateur dans l&rsquo;univers r&eacute;volutionnaire tunisien. &lsquo;&lsquo;Ch&acirc;teau de sable&rsquo;&rsquo; est un court-m&eacute;trage d&rsquo;animation de Mustapha Ta&iuml;eb. Le Re film est le long-m&eacute;trage de Raja Amari, &lsquo;&lsquo;Secrets de femmes&rsquo;&rsquo;, plus connu sous le nom de &lsquo;&lsquo;Dawaha&rsquo;&rsquo; (&ldquo;La berceuse&ldquo;), qui, &agrave; sa sortie il y a un an et demi, a fait couler de la salive et beaucoup d&rsquo;encre.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tEn effet, le dernier film de Raja Amari n&rsquo;a pas laiss&eacute; indiff&eacute;rent. Il a m&ecirc;me provoqu&eacute; une temp&ecirc;te de critique. Les causes qui ont pouss&eacute; certaines personnes &agrave; faire de l&rsquo;esclandre ne portent malheureusement pas sur la qualit&eacute; artistique de l&rsquo;&oelig;uvre. Certains ont dress&eacute; un v&eacute;ritable r&eacute;quisitoire contre ce film qui apporte, pourtant, un grand changement au paysage cin&eacute;matographique tunisien. On pourrait m&ecirc;me dire, en pesant bien les mots, qu&rsquo;il est, par certains aspects, avant-gardiste.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>La femme comme sujet de sa sexualit&eacute;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tBien que l&rsquo;intrigue ne soit pas d&rsquo;une grande originalit&eacute;, ce film rec&egrave;le un message tr&egrave;s audacieux. En effet, Raja Amari, sans &ecirc;tre explicite, aborde un sujet br&ucirc;lant qui soul&egrave;ve les passions : la sexualit&eacute; de la femme tunisienne.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tCertes, notre cin&eacute;ma a maintes fois &eacute;voqu&eacute; cette question. Cependant, la femme intervient fr&eacute;quemment en tant qu&rsquo;objet de convoitise. Cette mani&egrave;re de la repr&eacute;senter sous les traits d&rsquo;un objet qui exhale du charme &agrave; tout-va, r&eacute;duit la gent f&eacute;minine &agrave; sa plus simple expression et, borne celle-ci &agrave; une sorte de r&eacute;ification qui occulte le fait qu&rsquo;une femme puisse &ecirc;tre le support de ses propres exp&eacute;riences sexuelles.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tD&rsquo;ailleurs, en mati&egrave;re de sexualit&eacute;, r&eacute;alisateurs et r&eacute;alisatrices n&rsquo;ont cess&eacute; de projeter sur la figure f&eacute;minine cette repr&eacute;sentation qui &eacute;mane de l&rsquo;imaginaire collectif : celle o&ugrave; la femme est confin&eacute;e au r&ocirc;le du beau sexe qui fait na&icirc;tre le d&eacute;sir.<\/p>\n<p style=\"text-align: center;\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tRaja Amari vient bousculer cette platitude qui s&rsquo;impose depuis la nuit des temps &agrave; l&rsquo;esprit d&rsquo;innombrables personnes, des deux sexes au demeurant, et qui fait de la femme un &ecirc;tre &eacute;tourdi dot&eacute; d&rsquo;attributs d&eacute;sirables, et ce &agrave; l&rsquo;exclusion de toute autre chose.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLa r&eacute;alisatrice vient bousculer ce discours et pr&eacute;sente, pour la premi&egrave;re fois dans le cin&eacute;ma tunisien, la femme comme sujet de sa sexualit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLa r&eacute;alisatrice laisse appara&icirc;tre, implicitement, des femmes lib&eacute;r&eacute;es qui ne soumettent pas au m&acirc;le ce qu&rsquo;elles ont de plus intime.<br \/>\n\t\t\t\t\tCertaines sc&egrave;nes de &lsquo;&lsquo;Secrets&rsquo;&rsquo; rendent compte que la femme aussi, &agrave; l&rsquo;instar de l&rsquo;homme, &eacute;prouve du d&eacute;sir et a besoin de plaire.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLa plus r&eacute;v&eacute;latrice c&rsquo;est celle o&ugrave; la m&egrave;re se brosse les cheveux devant un miroir, en chantonnant et en prenant un air coquet, et que, concomitamment, elle ensevelit ses filles et s&rsquo;ensevelit de surcro&icirc;t, sous un amas d&rsquo;interdits et d&rsquo;inhibitions.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tM&egrave;re et filles, par ailleurs, sont enterr&eacute;es dans une sorte d&rsquo;excavation qui les isole du monde dans lequel elles v&eacute;g&egrave;tent. En enterrant ses filles, au figur&eacute; comme au propre, la m&egrave;re tente de les &eacute;loigner des tentations que leur propose la vie, des tentations d&eacute;fendues par la morale et la religion.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tDans les soci&eacute;t&eacute;s conservatrices, on parle volontiers de sexe. En revanche, dans leurs &oelig;uvres artistiques, elles n&rsquo;osent pas mettre en sc&egrave;ne une vie sexuelle narr&eacute;e par une femme, surtout lorsque celle-ci est active. Cela demeure un sujet tabou. Ce qui d&eacute;range c&rsquo;est le fait de voir une femme &agrave; la sexualit&eacute; active et qui assume son c&ocirc;t&eacute; s&eacute;ducteur.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tEn effet, dans ce genre de soci&eacute;t&eacute;s, l&rsquo;image de la femme est circonscrite au r&ocirc;le de m&egrave;re, de s&oelig;ur et d&rsquo;&eacute;pouse ob&eacute;issante. Le c&ocirc;t&eacute; aguicheur de la femme va &agrave; l&rsquo;encontre de la repr&eacute;sentation f&eacute;minine &eacute;voqu&eacute;e &agrave; l&rsquo;instant. Cette derni&egrave;re a tendance &agrave; &ecirc;tre sacralis&eacute;e m&ecirc;me. La coquetterie s&rsquo;inscrit en faux contre la figure de la femme-m&egrave;re (ou de la femme-s&oelig;ur) qui doit &ecirc;tre totalement d&eacute;pourvue de sensualit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tRares sont les films arabes qui parlent de sexualit&eacute; en explorant les profondeurs de cette question sous un angle typiquement f&eacute;minin, et ce au travers du regard d&rsquo;une femme. Certes, certaines r&eacute;alisatrices ont &laquo;os&eacute;&raquo; aborder ce sujet. Il n&rsquo;emp&ecirc;che que Raja Amari a eu le courage de parler du d&eacute;sir sexuel ressenti par la femme et des facteurs sociaux, culturels et psychologiques qui tendent &agrave; l&rsquo;&eacute;touffer, &agrave; l&rsquo;occulter, voire &agrave; nier son existence.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>La violence de l&rsquo;inassouvissement <\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tDans les soci&eacute;t&eacute;s patriarcales, la libido de la femme est ignor&eacute;e. Pour celles-ci, une femme qui songe &agrave; la jouissance suscite le rejet, car cela d&eacute;note la d&eacute;pravation. Sans l&rsquo;exprimer en termes pr&eacute;cis, &lsquo;&lsquo;Dawaha&rsquo;&rsquo; fait comprendre que cette mentalit&eacute; provoque la frustration. La m&egrave;re recluse et ses filles vivent une tension psychologique qui s&rsquo;est exacerb&eacute;e au contact du couple, incarn&eacute; par Rim Benna et Dhafer El Abidine, affranchi des contraintes sociales en mati&egrave;re de m&oelig;urs.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tCe film parle donc de cet inassouvissement qui, tr&egrave;s souvent, envahit un grand nombre de femmes qui vivent dans les soci&eacute;t&eacute;s pudibondes. Cet &eacute;tat inapais&eacute; rec&egrave;le une part de violence. La sc&egrave;ne de la salle de bain admirablement jou&eacute;e par Sondos Belhassen, et o&ugrave; le personnage s&rsquo;adonne &agrave; l&rsquo;onanisme, illustre parfaitement cette douleur sournoise li&eacute;e au sentiment d&rsquo;insatisfaction sexuelle qui touche pas mal de nos femmes.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tEn somme, et par le truchement de ce long-m&eacute;trage, la r&eacute;alisatrice n&rsquo;a fait que placer la libido de la femme sur le m&ecirc;me pied d&rsquo;&eacute;galit&eacute; que celle de l&rsquo;homme. Cette revendication nous rappelle le militantisme des f&eacute;ministes europ&eacute;ennes et am&eacute;ricaines des ann&eacute;es 1960 et 1970. Raja Amari pr&eacute;conise, de mani&egrave;re intelligente, l&rsquo;abolition des contraintes qui emp&ecirc;chent la femme de disposer librement de son corps. En d&rsquo;autres termes, et cr&ucirc;ment dit, la femme, qui aujourd&rsquo;hui est l&rsquo;&eacute;gale de l&rsquo;homme, a le droit de jouir, et pas seulement en passant par la sacro-sainte institution du mariage. En fait, &lsquo;&lsquo;Secrets&rsquo;&rsquo; v&eacute;hicule un message f&eacute;ministe. C&rsquo;est du cin&eacute;ma engag&eacute; in fine.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLes d&eacute;tracteurs de ce film n&rsquo;ont rien compris &agrave; sa subtilit&eacute;. Ils se sont attard&eacute;s sur les deux sc&egrave;nes les plus os&eacute;es du film, afin de le discr&eacute;diter. On a lu quelque part que les deux sc&egrave;nes, qui ont choqu&eacute; la biens&eacute;ance, &eacute;taient de trop. Sans ambages (et avec beaucoup de retard), on a envie de r&eacute;pondre : c&rsquo;est faux !<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLa premi&egrave;re, celle o&ugrave; Sondos Belhassen est toute seule dans la salle de bain, rec&egrave;le la quintessence du message revendicatif de Raja Amari.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tLa seconde, o&ugrave; Rim Benna appara&icirc;t en tenue d&rsquo;Eve en compagnie de Sondos Belhassen, lui faisant prendre un bain, n&rsquo;est pas aussi anodine que cela puisse para&icirc;tre. En effet, la r&eacute;alisatrice insinue que les femmes peuvent se pr&eacute;senter, entre elles, dans un &eacute;tat de nudit&eacute; compl&egrave;te sans qu&rsquo;il y ait d&rsquo;arri&egrave;res pens&eacute;es comportant une connotation sexuelle.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\t<strong>Des vell&eacute;it&eacute;s obscurantistes avant-coureuses <\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tDes journalistes, principalement de journaux arabophones, se sont acharn&eacute;s sur ce film courageux, et ce en prenant un malin plaisir &agrave; le d&eacute;nigrer. Mais ce qui fut vraiment affligeant, c&rsquo;est cette animosit&eacute; due &agrave; la sc&egrave;ne os&eacute;e susmentionn&eacute;e et interpr&eacute;t&eacute;e par Rim Benna. Cette histoire prit une dimension inqui&eacute;tante, puisque on mena&ccedil;a l&rsquo;actrice de mort. Ces vell&eacute;it&eacute;s obscurantistes ont annonc&eacute;, en r&eacute;alit&eacute;, le climat d&rsquo;ins&eacute;curit&eacute; et les actes de violence perp&eacute;tr&eacute;s ult&eacute;rieurement, c&rsquo;est-&agrave;-dire apr&egrave;s le 14 janvier 2011.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tIl est essentiel de rappeler que notre cin&eacute;ma est un cin&eacute;ma d&rsquo;auteur. Celui-ci se distingue du cin&eacute;ma commercial par sa fa&ccedil;on d&rsquo;exceller sur le plan intellectuel. Autant dire que les moralisateurs et les &laquo;bondieusards&raquo; (passez-moi ce n&eacute;ologisme) n&rsquo;ont pas vraiment leur mot &agrave; dire sur ce point. Leur d&eacute;phasage et leur inculture ne le leur permettent point. De plus, l&rsquo;art, le cin&eacute;ma notamment, est par d&eacute;finition amoral. Je dis bien amoral et non immoral.<\/p>\n<p>\n\t\t\t\t\tAlors appr&eacute;cions le courage de nos actrices &agrave; sa juste valeur. Car, pour une artiste tunisienne, il n&rsquo;est pas facile de s&rsquo;attirer les foudres des bigots et des &laquo;bondieusards&raquo;. Nos actrices sont de splendides cr&eacute;atures qui m&eacute;ritent d&rsquo;&ecirc;tre contempl&eacute;e. Pour ceux et celles qui n&rsquo;ont pas encore vu ce long-m&eacute;trage, d&eacute;gotez-le et admirez la perfection du corps de notre Marianne nationale, Rim Benna, qui pourrait ais&eacute;ment incarner le charme tunisien&hellip;<\/p>\n<\/td>\n<\/tr>\n<\/tbody>\n<\/table>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &lsquo;&lsquo;Dawaha&rsquo;&rsquo; de Raja Amari ou le charme secret des Tunisiennes &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; La Tunisie sera pr&eacute;sente au 17e festival du film m&eacute;diterran&eacute;en (Medfilm, 19-27 novembre) avec trois films, dont &lsquo;&lsquo;Dawaha&rsquo;&rsquo;, de Raja Amari, qui avait provoqu&eacute;, &agrave; sa sortie, des vell&eacute;it&eacute;s obscurantistes avant-coureuses. 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