{"id":32645,"date":"2026-10-01T02:01:40","date_gmt":"2026-10-01T02:01:40","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=32645"},"modified":"2026-10-01T02:01:40","modified_gmt":"2026-10-01T02:01:40","slug":"colloque-international-synthese-par-mr-elia-boccara","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/colloque-international-synthese-par-mr-elia-boccara\/","title":{"rendered":"Colloque International, Synthese par Mr Elia Boccara"},"content":{"rendered":"<h2><\/h2>\n<hr\/>\n<hr\/>\n<p><strong>Universit\u00e9 de Tunis I<\/strong><\/p>\n<p><strong>Facult\u00e9 des Lettres de Manouba<\/strong><\/p>\n<p><strong>Unit\u00e9 de Recherche Histoire et M\u00e9moire<\/strong><\/p>\n<p> <strong>Les Communaut\u00e9s M\u00e9diterran\u00e9ennes de Tunisie<\/strong> <strong>1 &#8211; 4 Mars 2000<\/strong> <\/p>\n<blockquote><\/blockquote>\n<p>Communication pr\u00e9sent\u00e9e par M. Elia Boccara (Italie) sur: <\/p>\n<p> <i><strong>Fid\u00e9lit\u00e9s, solidarit\u00e9s, d\u00e9boires dans la Communaut\u00e9 Juive Portugaise de Tunisie (1710 &#8211; 1944) <\/strong> <\/i><\/p>\n<hr\/>\n<p><strong>Synth\u00e8se<\/strong><\/p>\n<blockquote>\n<p><strong>Cette centaine de Juifs livournais qui cr\u00e9\u00e8rent en 1710 \u00e0 Tunis une nouvelle Communaut\u00e9, s\u00e9par\u00e9e de la grande Communaut\u00e9 Juive Tunisienne, avaient une longue histoire qui s&rsquo;\u00e9tait d\u00e9roul\u00e9e en Espagne et au Portugal. Ici ils n&rsquo;avaient jamais \u00e9t\u00e9 ma\u00eetres chez eux et d\u00e9pendaient enti\u00e8rement de la bienveillance des puissants, ce qui les avait pouss\u00e9s \u00e0 \u00eatre fid\u00e8les \u00e0 leurs protecteurs. Ceux-ci, \u00e0 la fin, les avaient bien mal r\u00e9compens\u00e9s.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pendant la conqu\u00eate arabe de l&rsquo;Espagne ils s&rsquo;\u00e9taient alli\u00e9s aux guerriers de l&rsquo;Islam et avaient combattu \u00e0 leurs c\u00f4t\u00e9s contre leurs persecuteurs Wisigoths. Leur culture s&rsquo;enrichit au contact de ces nouveaux ma\u00eetres du pays: ils pens\u00e8rent et \u00e9crivirent en arabe jusqu&rsquo;au moment o\u00f9, au XII\u00e8me si\u00e8cle, la dynastie des Almohades leur imposa de choisir entre la conversion et la mort.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ils se r\u00e9fugi\u00e8rent alors en grand nombre dans les royaumes de l&rsquo;Espagne chr\u00e9tienne o\u00f9 ils furent, comme on les appela, les \u00ab\u00a0<i>Juifs du roi\u00a0\u00bb<\/i>, car leur statut n&rsquo;\u00e9tait d\u00e9fini que par le rapport personnel qui les liait au souverain.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pratiquant le commerce international sur grande \u00e9chelle, plusieurs devinrent riches, ce qui permettait au roi de percevoir de gros imp\u00f4ts. Ils furent Ministres des Finances, administrateurs du patrimoine royal, percepteurs des imp\u00f4ts, et en m\u00eame temps lettr\u00e9s, philosophes et auteurs de textes religieux.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ils form\u00e8rent une aristocratie marchande tout en demeurant \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart de l&rsquo;Eglise, ce qu&rsquo;on ne leur pardonna pas. Ce furent alors les <i>pogroms<\/i> de 1391 et, \u00e0 la fin, l&rsquo;alternative impos\u00e9e en 1492: la conversion ou l&rsquo;exil. Plusieurs se r\u00e9fugi\u00e8rent au Portugal o\u00f9, en 1497, ils furent tous baptis\u00e9s de force, sans avoir la possibilit\u00e9 de quitter le pays.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Au XVI\u00e8me et au XVII\u00e8me si\u00e8cle plusieurs de ces <i>Nouveaux Chr\u00e9tiens<\/i> revinrent en Espagne, mais d\u00e9sormais ils furent connus comme les <i>Portugais<\/i> (un nom qu&rsquo;on retrouvera \u00e0 Tunis dans leurs documents communautaires, par ailleurs r\u00e9dig\u00e9s en espagnol). Mais leur conversion, qui n&rsquo;\u00e9tait le plus souvent qu&rsquo;un masque, ne fut qu&rsquo;un refuge illusoire: les b\u00fbchers de l&rsquo;Inquisition les guettaient.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ils s&#8217;embarqu\u00e8rent \u00e0 nouveau par vagues successives et cr\u00e9\u00e8rent des communaut\u00e9s <i>portugaises<\/i> un peu partout dans le monde, forts des capacit\u00e9s accrues et du rang \u00e9lev\u00e9 qu&rsquo;ils avaient acquis comme <i>conversos<\/i>. Leurs centres les plus impor6tants furent Amsterdam et Livourne.<\/strong><\/p>\n<p><strong>A Livourne C\u00f4me III de M\u00e9dicis leur accorda en 1593 de grands privil\u00e8ges pour pouvoir b\u00e9n\u00e9ficier de leur exp\u00e9rience: ce fut le fameux \u00e9dit qu&rsquo;ils appel\u00e8rent affecteueusement <i>La Livornina<\/i>.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Au XVII\u00e8me si\u00e8cle, pour alimenter leurs affaires, quelques-uns d&rsquo;entre eux pass\u00e8rent en Tunisie. <\/strong><\/p>\n<p><strong>C&rsquo;est tout cet h\u00e9ritage ib\u00e9rique et livournais qu&rsquo;ils d\u00e9fendirent \u00e0 Tunis, revendiquant leur ind\u00e9pendance par rapport \u00e0 la Communaut\u00e9 des autochtones dont ils se diff\u00e9renciaient:<\/strong><\/p>\n<\/blockquote>\n<ul>\n<li>\n<p><strong>par leurs langues (espagnol, portugais, un d\u00e9but d&rsquo;italien)<\/strong><\/p>\n<\/li>\n<li><strong>par leur habillement (ils portaient perruque et chapeau rond, comme de bons bourgeois europ\u00e9ens)<\/strong><\/li>\n<li><strong>par le rite synagogal, qui \u00e9tait portugais<\/strong><\/li>\n<li><strong>et par leur l\u00e9gislation, qui \u00e9tait coutumi\u00e8re: ils avaient banni la polygamie, admise par les Tunisiens, et accord\u00e9 davantage de droits \u00e0 la femme, selon la tradition castillane, surtout en mati\u00e8re d&rsquo;h\u00e9ritage.<\/strong><\/li>\n<\/ul>\n<p><strong>Mais ce n&rsquo;\u00e9tait pas l\u00e0 un <i>schisme<\/i>, comme on l&rsquo;a souvent \u00e9crit. Leurs rabbins sortaient d&rsquo;ailleurs de la m\u00eame \u00e9cole: ils en eurent m\u00eame un en commun. L&rsquo;accord de 1741 entre les deux communaut\u00e9s \u00e9quivalut \u00e0 une reconnaissance r\u00e9ciproque. En vertu de cet accord tout Juif nouvellement immigr\u00e9, provenant de pays de religion majoritairement chretienne aurait fait partie de la Communaut\u00e9 Portugaise, tandis qu&rsquo;au cas o\u00f9 l&rsquo;immigr\u00e9 proviendrait de pays \u00e0 majorit\u00e9 musulmane il serait devenu membre de la Communaut\u00e9 Tunisienne.<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00c0 Livourne le mariage entre le Grand-Duc de Toscane et la <i>Nacion Hebrea<\/i> (comme on l&rsquo;appelait alors) fut durable et f\u00e9cond: les deux parties y trouvaient leur avantage. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Mais en 1822 la fid\u00e9lit\u00e9 des Livournais de Tunis \u00e0 leur souverain toscan fut mise \u00e0 dure \u00e9preuve: le Grand-Duc les l\u00e2chait et se mettait d&rsquo;accord avec le Bey pour qu&rsquo;ils deviennent sujets tunisiens. Si quelques-uns bascul\u00e8rent vers une arabisation presque compl\u00e8te, ce furent plut\u00f4t les luttes du <i>Risorgimento <\/i>qui enflamm\u00e8rent bient\u00f4t les esprits.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Avec l&rsquo;Unit\u00e9 de l&rsquo;Italie en 1860, naquit une nouvelle fid\u00e9lit\u00e9: cette fois ce fut un v\u00e9ritable patriotisme. Sans cesser d&rsquo;\u00eatre Juifs les Livournais aim\u00e8rent tendrement le pays qui les avait accept\u00e9s sans faire de diff\u00e9rences. Il y eut entre-temps une nouvelle affluence d&rsquo;immigr\u00e9s Juifs en provenance de Livourne. Ce fut alors le temps de la solidarit\u00e9 vis-\u00e0-vis des deux masses de d\u00e9munis qui vivaient dans des conditions pitoyables: d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9 les coreligionnaires tunisiens qui occupaient \u00e0 Tunis le quartier populeux de la <i>Hara<\/i>; de l&rsquo;autre les nouveaux concitoyens du Sud de l&rsquo;Italie, qui arrivaient par vagues successives, s&rsquo;entassant autour du port de Tunis dans un quartier appel\u00e9 <i>La petite Sicile.<\/i><\/strong><\/p>\n<p><strong>Jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du XIX\u00e8me si\u00e8cle l&rsquo;assistance m\u00e9dicale gratuite aux Juifs tunisiens fut assur\u00e9e par des m\u00e9decins livournais. Mais la philanthropie ne se borna pas \u00e0 faire de la charit\u00e9 (un mot qui, par ailleurs, n&rsquo;est gu\u00e8re employ\u00e9 tel quel dans le Juda\u00efsme: le mot correspondant <i>Tzedak\u00e0<\/i> signifie en effet <i>Justice<\/i>). En 1878 le baron Giacomo Castelnuovo, un patriote juif livournais, r\u00e9ussit apr\u00e8s seize ans de d\u00e9marches \u00e0 ouvrir \u00e0 Tunis une Ecole de l&rsquo;<i>Alliance<\/i> <i>Isra\u00e9lite Universelle<\/i>, une institution qui venait de se cr\u00e9er \u00e0 Paris dans le but, entre autres, de donner une instruction aussi bien juive que moderne aux enfants d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s. C&rsquo;\u00e9tait l\u00e0 une chance de promotion sociale qu&rsquo;on offrait aux enfants de la <i>Hara<\/i>. Dans cette \u00e9cole, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 du fran\u00e7ais et de l&rsquo;arabe, on enseignait l&rsquo;italien. Le Lyc\u00e9e \u00e9tait administr\u00e9 par un Comit\u00e9 mixte dans lequel les Juifs italiens \u00e9taient largement repr\u00e9sent\u00e9s. Cela pouvait favoriser un rapprochement entre les composantes des deux communaut\u00e9s. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Seulement trois ans apr\u00e8s l&rsquo;ouverture des Ecoles de l&rsquo;Alliance, en 1881, l&rsquo;\u00e9tablissement du Protectorat fran\u00e7ais sur la Tunisie d\u00e9truisit ces espoirs, compliquant les rapports internes entre les diff\u00e9rents groupes juifs de Tunisie. Les italiens furent exclus du Comit\u00e9 de l&rsquo;Alliance Isra\u00e9lite, dont la Pr\u00e9sidence fut assum\u00e9e par Raymond Valensi, un ing\u00e9nieur qui faisait partie d&rsquo;une famille juive portugaise au service de la France depuis1790, qui avait obtenu la nationalit\u00e9 fran\u00e7aise en 1848. Et l&rsquo;enseignement de l&rsquo;italien fut supprim\u00e9 dans ces \u00e9coles.<\/strong><\/p>\n<p><strong>De son c\u00f4t\u00e9 Gabriel Valensi, p\u00e8re de Raymond, obtint la Pr\u00e9sidence de la Communaut\u00e9 Juive Portugaise.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Entre-temps, depuis l&rsquo;Unit\u00e9 de l&rsquo;Italie, la solidarit\u00e9 juive livournaise se d\u00e9ployait en tous sens, dans les diff\u00e9rentes institutions et associations de la Colonie italienne, qui \u00e9tait majoritairement chr\u00e9tienne: les deux buts principaux des Livournais \u00e9taient d&rsquo;\u00e9lever le niveau socio-culturel des d\u00e9sh\u00e9rit\u00e9s et de rehausser le prestige de l&rsquo;Italie en Tunisie: ils furent pour cette raison une des principales cibles du colonialisme fran\u00e7ais. Pour de nombreux colonialistes provenant de l&rsquo;H\u00e9xagone \u00eatre en m\u00eame temps Juifs et Italien c&rsquo;\u00e9tait concentrer en soi deux raisons valables pour r\u00e9veiller des sentiments malveillants: certains historiens fran\u00e7ais d&rsquo;un certain renom furent contamin\u00e9s par ces phobies: un Ganiage par exemple.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le jeu des fid\u00e9lit\u00e9s se fit alors de plus en plus compliqu\u00e9 au sein de la Communaut\u00e9 Portugaise: les Juifs fran\u00e7ais, minoritaires, mais forts politiquement, et les Juifs italiens \u00e9taient fid\u00e8les \u00e0 leurs patries respectives. Ce qui cr\u00e9ait entre eux des rivalit\u00e9s qui \u00e9taient le reflet de la grande rivalit\u00e9 franco-italienne, \u00e0 propos de la Tunisie, qui devait durer un si\u00e8cle. Or ces dissentiments traversaient les familles, Juifs italiens et Juifs fran\u00e7ais \u00e9tant souvent unis par des liens conjugaux.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Toutefois les deux composantes, italienne et fran\u00e7aise, \u00e9taient solidaires entre elles dans leur fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;h\u00e9ritage ancestral portugo-espagnol filtr\u00e9 \u00e0 travers le s\u00e9jour livournais. C&rsquo;\u00e9tait cet h\u00e9ritage qui courait de temps \u00e0 autre quelque danger, vu la politique annexionniste du Grand-Rabbin tunisien Eliau Borgel. En 1895 les Livournais furent efficacement soutenus par le Grand-Rabbin de France Zadoc Kahn, qui avait \u00e9t\u00e9 sollicit\u00e9 par les deux parties. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Quant aux Juifs tunisiens , tandis que, au point de vue socio-culturel, s&rsquo;estompaient peu \u00e0 peu les diff\u00e9rences entre eux et les Livournais, gr\u00e2ce \u00e0 leur francisation progressive et \u00e0 leur acc\u00e8s \u00e0 la culture europ\u00e9enne, les rivalit\u00e9s franco-italiennes ne firent que raviver les anciennes tensions.<\/strong><\/p>\n<p><strong>La mont\u00e9e du Fascisme en Italie n&rsquo;arrangea pas les choses: de larges secteurs du Juda\u00efsme italien, quoique de mani\u00e8re tr\u00e8s nuanc\u00e9e, furent enr\u00f4l\u00e9s au nom du patriotisme. Devant la politique de francisation de l&rsquo;Administration fran\u00e7aise pratiqu\u00e9e de mani\u00e8re massive \u00e0 travers les naturalisations (qui facilitaient l&rsquo;acc\u00e8s des italiens aux postes de travail ou qui leur permettaient d&rsquo;avoir des avancements) il \u00e9tait difficile aux patriotes italiens de r\u00e9sister aux sir\u00e8nes du fascisme, qui semblait prot\u00e9ger l&rsquo;identit\u00e9 italienne.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Mais pour les Juifs italiens les illusions ne dur\u00e8rent que l&rsquo;espace d&rsquo;un matin. A partir de 1938, dans les six ann\u00e9es qui suivirent, tout leur monde, qui repr\u00e9sentait deux mille ans d&rsquo;histoire, bascula: il ne resta plus que les d\u00e9combres de l&rsquo;\u00e9difice commun et les bonnes volont\u00e9s individuelles des rescap\u00e9s.<\/strong><\/p>\n<p><strong>En 1938 les lois raciales antijuives du gouvernement fasciste de Rome les mettaient moralement au ban de la nation, m\u00eame si \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger ces mesures furent appliqu\u00e9es avec m\u00e9nagement.<\/strong><\/p>\n<p><strong>En 1940, quand l&rsquo;Italie d\u00e9clara la guerre \u00e0 la France, cette derni\u00e8re les traita en ennemis et les envoya dans des camps de concentration.<\/strong><\/p>\n<p><strong>En Novembre 1942-Mai 1943, avec l&rsquo;occupation allemande, malgr\u00e9 les protestations du gouvernement de Rome, les allemands proc\u00e9d\u00e8rent \u00e0 la r\u00e9quisition de plusieurs appartements habit\u00e9s par des Juifs italiens, les jetant dans la rue en quelques heures. Ils v\u00e9curent toute cette p\u00e9riode dans l&rsquo;angoisse. Ils \u00e9chapp\u00e8rent au travail obligatoire, impos\u00e9 par les allemands, qui concerna les jeunes Juifs tunisiens ou fran\u00e7ais, gr\u00e2ce \u00e0 la protection du Consulat italien, qui cr\u00e9a un bureau pour le travail des jeunes Juifs italiens, dont le seul but \u00e9tait en r\u00e9alit\u00e9 de d\u00e9livrer \u00e0 ces derniers des laissez-passer.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Le 7 mai, apr\u00e8s la d\u00e9faite allemande et la Lib\u00e9ration de Tunis, les Juifs italiens furent de nouveau trait\u00e9s en ennemis de la France, comme d&rsquo;ailleurs les autres italiens, dont ils partag\u00e8rent le sort. Les mesures que les autorit\u00e9s fran\u00e7aises, qui d\u00e9pendaient du g\u00e9n\u00e9ral De Gaulle, prirent contre eux furent: le travail obligatoire, le s\u00e9questre de tous les biens, les camps de concentration (qui ne concern\u00e8rent qu&rsquo;une partie des hommes, choisis \u00e0 l&rsquo;aveuglette sous pretexte d&rsquo;activit\u00e9s fascistes), des expulsions avec expropriation de tous les biens, la francisation forc\u00e9e par l&rsquo;\u00e9cole \u00e0 la suite de la fermeture de tous les lyc\u00e9es italiens. L&rsquo;appareil bureaucratique qui appliquait ces mesures, qui \u00e9taient officiellement dirig\u00e9es contre la pr\u00e9sence fasciste en Tunisie, \u00e9tait de son c\u00f4t\u00e9 form\u00e9 par les m\u00eames fonctionnaires qui jusqu&rsquo;\u00e0 la veille avaient appliqu\u00e9 avec z\u00e8le la politique du gouvernement de Vichy contre les Juifs et qui avaient collabor\u00e9 avec les Allemands. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Le 17 f\u00e9vrier 1944 la Communaut\u00e9 Juive Portugaise cessa de vivre: un d\u00e9cret imposa son annexion par la Communaut\u00e9 Tunisienne. Le m\u00eame d\u00e9cret \u00f4tait aux Juifs italiens le droit d&rsquo;\u00eatre \u00e9lus conseillers ou d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s. Raymond Valensi, qui avait \u00e9t\u00e9 le dernier Pr\u00e9sident de la Communaut\u00e9 Portugaise, \u00e9tait mort en 1942 \u00e0 96 ans, peu de temps avant l&rsquo;occupation allemande de la Tunisie. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Je voudrais pour conclure dire quelques mots sur les rapports entre Juifs livournais et Juifs tunisiens, \u00e0 propos desquels les historiens ont souvent parl\u00e9 de tensions et de conflits. En r\u00e9alit\u00e9 cette impression g\u00e9n\u00e9rale pourrait cacher des sentiments beaucoup plus complexes et nuanc\u00e9s. Il y eut d&rsquo;abord une forte difficult\u00e9, tout \u00e0 fait compr\u00e9hensible, de la part des Tunisiens \u00e0 s&rsquo;adapter \u00e0 la pr\u00e9sence d&rsquo;un groupe compact de Juifs \u00e9trangers qui refusent de s&rsquo;assimiler, qui peuvent souvent para\u00eetre hautains et qui se pr\u00e9sentent comme des concurrents redoutables en affaires. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Mais le Livournais sera aussi quelqu&rsquo;un qui fascine et auquel, plus ou moins consciemment on tend \u00e0 ressembler. Ce Livournais apportera avec lui tout un bagage de connaissances dans le champ du travail, qui ne pourront que profiter \u00e0 leurs coreligionnaires tunisiens. L&rsquo;historien Benattar affirme: \u00ab\u00a0<i>Gr\u00e2ce \u00e0 eux, le commerce local se d\u00e9veloppa intens\u00e9ment et les Livournais y introduisirent tous les moyens utilis\u00e9s en Europe: comptabilit\u00e9, lettres de change, billets de commerce, obligations notari\u00e9es \u00e0 l&rsquo;ordre, contrats, ventes \u00e0 terme.<\/i>\u00ab\u00a0. Et que pourrait-on dire du chemin parcouru par les Juifs tunisiens vers leur \u00e9mancipation et leur acquisition d&rsquo;une culture europ\u00e9enne, sinon que c&rsquo;est l\u00e0 l&rsquo;accomplissement d&rsquo;un d\u00e9sir secret? Et il n&rsquo;est pas dit que l&rsquo;europ\u00e9anisation des Juifs tunisiens n&rsquo;ait pas comport\u00e9 un apauvrissement et l&rsquo;abandon d&rsquo;une mani\u00e8re de vivre qui faisait le charme d&rsquo;un monde qui avait souvent un attrait que la rigidit\u00e9 et le formalisme des Livournais \u00e9tait bien loin de pr\u00e9senter. Les succ\u00e8s actuels des Juifs tunisiens dans le monde, dans les professions lib\u00e9rales et dans les carri\u00e8res intellectuelles, semblent par ailleurs d\u00e9montrer qu&rsquo;ils font souvent preuve d&rsquo;une souplesse et d&rsquo;un esprit d&rsquo;adaptation que les Livournais n&rsquo;ont pas toujours eus.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Pour revenir au pass\u00e9 on ne peut pas omettre de signaler avec Jean Pierre Filippini \u00ab\u00a0<i>le prestige dont jouissait Livourne aupr\u00e8s des communaut\u00e9s juives d&rsquo;Afrique du Nord\u0085Il y avait avant tout des raisons de caract\u00e8re culturel et religieux. En effet Livourne \u00e9tait en m\u00eame temps un centre important pour la diffusion de la culture juive et l&rsquo;un des plus grands centres pour l\u00a0\u00bb\u00e9dition de textes en h\u00e9breu de l&rsquo;aire m\u00e9diterran\u00e9enne<\/i>\u00ab\u00a0: c&rsquo;est bien l\u00e0 que furent imprim\u00e9s tous les livres en langue h\u00e9braique utilis\u00e9s par les Juifs tunisiens. Les portes des mariages mixtes <i>grana-tunisiens <\/i>\u00e9taient par ailleurs ouvertes: ces mariages avaient lieu g\u00e9n\u00e9ralement entre personnes de conditions sociales semblables. Filippini nous enseigne qu&rsquo;\u00e0 Livourne \u00ab\u00a0<i>les immigr\u00e9s nord-africains r\u00e9ussissaient \u00e0 s&rsquo;int\u00e9grer facilement dans la Communauit\u00e9 livournaise gr\u00e2ce aux mariages<\/i>\u00ab\u00a0. N&rsquo;oublions pas que le couscous fut introduit \u00e0 Livourne au XVII\u00e8me si\u00e8cle, d&rsquo;autres plats tunisiens dont une variante de la <i>b&rsquo;kheila<\/i> suivirent. Des Juifs d&rsquo;Afrique du Nord venaient \u00e0 Livourne pour y \u00eatre <i>ballott\u00e9s<\/i> (c&rsquo;est \u00e0 dire: entrer de plein droit dans la Communaut\u00e9 livournaise, ce qui \u00e0 la longue comportait une adaptation aux coutumes locales): plusieurs d&rsquo;entre eux s&rsquo;int\u00e9gr\u00e8rent parfaitementet eurent acc\u00e8s aux hautes charges. Quelques-uns revenaient en Tunisie, o\u00f9 \u00ab\u00a0<i>comme Juifs europ\u00e9ens, ils auront de bonnes possibilit\u00e9s d<\/i>&lsquo;<i>\u00eatre trait\u00e9s avec davantage d&rsquo;\u00e9gards<\/i>\u00a0\u00bb (Filippini); d&rsquo;autres enfin, qui ne r\u00e9sidaient que temporairement, ne parlaient et n&rsquo;\u00e9crivaient qu&rsquo;en arabe, ou m\u00eame en jud\u00e9o-arabe, ce qui contribuait \u00e0 faire de Livourne une ville cosmopolite o\u00f9 tout le monde \u00e9tait chez soi. <\/strong><\/p>\n<p> <strong>\u00ab\u00a0Elia Boccara\u00a0\u00bb <a href=\"mailto:eliaboc@tin.it\">eliaboc@tin.it<\/a> <\/strong><\/p>\n<hr\/>\n<blockquote>\n<blockquote><\/blockquote>\n<\/blockquote>\n<h6><\/h6>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Universit\u00e9 de Tunis I Facult\u00e9 des Lettres de Manouba Unit\u00e9 de Recherche Histoire et M\u00e9moire Les Communaut\u00e9s M\u00e9diterran\u00e9ennes de Tunisie 1 &#8211; 4 Mars 2000 Communication pr\u00e9sent\u00e9e par M. Elia Boccara (Italie) sur: Fid\u00e9lit\u00e9s, solidarit\u00e9s, d\u00e9boires dans la Communaut\u00e9 Juive Portugaise de Tunisie (1710 &#8211; 1944) Synth\u00e8se Cette centaine de Juifs livournais qui cr\u00e9\u00e8rent en&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":0,"featured_media":32708,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","footnotes":""},"categories":[275],"tags":[],"class_list":["post-32645","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-genealogie"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32645","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=32645"}],"version-history":[{"count":1,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32645\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":32677,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/32645\/revisions\/32677"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/32708"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=32645"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=32645"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=32645"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}