{"id":3268,"date":"2011-12-01T04:04:16","date_gmt":"2011-12-01T04:04:16","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=3268"},"modified":"2011-12-01T04:04:16","modified_gmt":"2011-12-01T04:04:16","slug":"tunisie-les-etudiantes-de-lombre","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/tunisie-les-etudiantes-de-lombre\/","title":{"rendered":"Tunisie &#8211; Les \u00e9tudiantes de l\u2019ombre"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<h1>\n\tTunisie &#8211; Les &eacute;tudiantes de l&rsquo;ombre<\/h1>\n<div id=\"cont_param\">\n<div id=\"param\">\n<div class=\"agrandir\" id=\"icon\">\n\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<p>\n\t<br \/>\n\t&laquo; Nous sommes loin des objectifs pour lesquels, les jeunes ont fait leur r&eacute;volution &raquo;. Telles furent les paroles, pleines d&rsquo;amertume, d&rsquo;une &eacute;tudiante qui observe les groupes de jeunes fondamentalistes criant &laquo; Allahou Akbar &raquo; dans l&rsquo;enceinte de l&rsquo;universit&eacute; des Lettres et des Humanit&eacute;s de la Manouba.<br \/>\n\tCette facult&eacute; qui vit des heures graves avec cette sortie d&rsquo;&eacute;tudiantes, toutes de v&ecirc;tues de tenues sombres et sorties d&rsquo;on ne sait comme s&rsquo;il s&rsquo;agissait d&rsquo;une op&eacute;ration de diversion afin de faire de l&rsquo;ombre &agrave; ce qui se passe dans les couloirs de la Constituante o&ugrave; c&rsquo;est l&rsquo;avenir de la Tunisie qui se joue.<\/p>\n<p>\tMatin&eacute;e du lundi 28 novembre, d&eacute;but des examens du premier semestre universitaire. Les &eacute;tudiants et professeurs pressent le pas, direction la facult&eacute; des Lettres et des Humanit&eacute;s de La Manouba. Coup de th&eacute;&acirc;tre : un groupe d&rsquo;&eacute;tudiants bloque le passage et emp&ecirc;che l&rsquo;acc&egrave;s aux salles d&rsquo;examen.<br \/>\n\tRevendications : une salle de pri&egrave;re &agrave; l&rsquo;int&eacute;rieur de l&rsquo;universit&eacute; et l&rsquo;autorisation du port du niqab dans les salles de cours et d&rsquo;examen, du moins, pour la minorit&eacute; d&rsquo;&eacute;tudiantes qui arborent cette tenue noire.<br \/>\n\tCette agression serait survenue suite &agrave; l&rsquo;exclusion d&rsquo;une des &eacute;tudiantes qui portait le niqab, &agrave; laquelle on avait interdit l&rsquo;acc&egrave;s aux salles d&rsquo;examen. Les &eacute;tudiants fondamentalistes, auteurs des revendications, parlent m&ecirc;me &laquo; d&rsquo;agression &agrave; l&rsquo;encontre de ladite &eacute;tudiante et de prof&eacute;ration de propos injurieux &raquo;. D&rsquo;autres &eacute;tudiants affirmeraient, quant &agrave; eux, que ladite &eacute;tudiante aurait &laquo; refus&eacute; de se soumettre au contr&ocirc;le d&rsquo;identit&eacute; (par un membre f&eacute;minin du corpus universitaire) et qu&rsquo;elle avait &eacute;galement refus&eacute; de pr&eacute;senter un document prouvant son identit&eacute; &raquo;.<br \/>\n\tIl est &agrave; rappeler qu&rsquo;au d&eacute;but du mois de novembre, un conseil scientifique a &eacute;t&eacute; tenu au sein de l&rsquo;universit&eacute; des Lettres et des Humanit&eacute;s de la Manouba, suite aux agressions dont a fait l&rsquo;objet un des enseignants. Ce dernier aurait refus&eacute; d&rsquo;assurer le cours &agrave; une personne non identifi&eacute;e. Au terme de ce conseil, les responsables ont d&eacute;cid&eacute; d&rsquo;interdire le port du niqab en classe.<\/p>\n<p>\tA la lumi&egrave;re des derniers &eacute;v&eacute;nements survenus au sein de l&rsquo;universit&eacute;, un autre conseil s&rsquo;est r&eacute;uni mardi 29 novembre, &eacute;mettant la d&eacute;cision de suspendre les cours et les examens pour la journ&eacute;e du mercredi 30, &laquo; dans le but de prot&eacute;ger les &eacute;tudiants de la facult&eacute; &raquo;. Une d&eacute;cision que les &eacute;tudiants sit-inneurs semblent refuser &laquo; afin de ne pas priver les &eacute;tudiants de leurs droit au d&eacute;roulement des cours et des examens &raquo;.<br \/>\n\tLe doyen de l&rsquo;universit&eacute;, Habid Kazdaghli, avait accept&eacute; de rencontrer les repr&eacute;sentants des &eacute;tudiants fondamentalistes et de discuter avec eux, en essayant de les raisonner et de leur expliquer le contenu du communiqu&eacute;, publi&eacute; &agrave; l&rsquo;issue de la r&eacute;union du conseil du mardi 29.<br \/>\n\tCependant, le doyen ne c&egrave;de pas. Sa r&eacute;ponse se fait sans d&eacute;tour en faveur d&rsquo;une universit&eacute; neutre, ouverte uniquement aux &eacute;tudiants et enseignants et n&rsquo;acceptant aucune intrusion de personnes &eacute;trang&egrave;res. Le port du niqab dans les salles de cours &eacute;tant &eacute;galement formellement interdit par le r&egrave;glement int&eacute;rieur.<\/p>\n<p>\tLa situation ne cesse de s&rsquo;envenimer. Le doyen, certains fonctionnaires, professeurs et &eacute;tudiants, sont, selon les dires de M. Kazdaghli, pris en otage dans les locaux. Pis encore, les envahisseurs auraient m&ecirc;me ramen&eacute; des matelas pour squatter les lieux, jusqu&rsquo;&agrave; tard dans la soir&eacute;e.<br \/>\n\tJusqu&rsquo;&agrave; la soir&eacute;e d&rsquo;hier, M. Kazdaghli &eacute;tait &laquo; s&eacute;questr&eacute; dans son bureau &raquo;, selon certaines sources qui restent &agrave; v&eacute;rifier, et on nous informe aujourd&rsquo;hui, qu&rsquo;il s&rsquo;est fait agresser. Il d&eacute;clare avoir &eacute;t&eacute; &laquo; pouss&eacute; et jet&eacute; par terre &raquo;, chose que les &eacute;tudiants fondamentalistes d&eacute;mentent. M. Kazdaghli d&eacute;clare &eacute;galement ne pas vouloir faire appel aux forces de l&rsquo;ordre, fier de la suppression des bureaux de police dans l&rsquo;enceinte universitaire, depuis le 14 janvier.<br \/>\n\tUn sc&eacute;nario devenu presque habituel et qui nous rappelle les incidents similaires, survenus, quelques semaines plus t&ocirc;t, dans la facult&eacute; des Lettres de Sousse, pour une m&ecirc;me affaire d&rsquo;interdiction du port du niqab &agrave; une &eacute;tudiante. En novembre, des &eacute;tudiants ont essay&eacute; d&rsquo;interdire la mixit&eacute; &agrave; un restaurant universitaire de Gab&egrave;s.<br \/>\n\tMarques d&rsquo;une impasse persistante et violente &agrave; laquelle fait face l&rsquo;enseignement universitaire depuis peu.<\/p>\n<p>\tPar del&agrave; le port du voile int&eacute;gral, l&rsquo;interdiction de la mixit&eacute; dans les universit&eacute;s ou les restaurants universitaires, certains int&eacute;gristes semblent vouloir, aujourd&rsquo;hui, imposer leur vision du monde et remettre en cause les libert&eacute;s et les acquis modernistes.<\/p>\n<p>\tMais d&rsquo;o&ugrave; vient donc cet habit ? Une tenue qu&rsquo;on n&rsquo;avait, auparavant, jamais remarqu&eacute;e dans nos rues, m&ecirc;me il y a quelques mois d&eacute;j&agrave;.<br \/>\n\tUn habit qui ne fait pas partie des habitudes et coutumes de la soci&eacute;t&eacute; tunisienne et qui a &eacute;t&eacute; emprunt&eacute; &agrave; des populations &eacute;trang&egrave;res et lointaines &agrave; notre culture, par exc&egrave;s de z&egrave;le de certains.<\/p>\n<p>\tLes libert&eacute;s n&rsquo;ont certes rien &agrave; avoir avec les coutumes. Le peuple tunisien, longtemps refoul&eacute;, a ouvert les yeux, pour la premi&egrave;re fois depuis une cinquantaine d&rsquo;ann&eacute;es, sur une nouvelle d&eacute;mocratie fra&icirc;chement acquise qui promet de lui offrir, d&eacute;sormais, toutes les libert&eacute;s d&rsquo;expression et de culte, sans aucune discrimination ni oppression. Du moins en th&eacute;orie&hellip;<br \/>\n\tMais cet habit, pour le moins d&eacute;rangeant, fait-il partie de la libert&eacute; du culte ? Est-ce r&eacute;ellement dict&eacute; par la religion ?<br \/>\n\tPour ne pas sombrer dans des consid&eacute;rations religieuses dont nous ne sommes ni habilit&eacute;s ni &eacute;quip&eacute;s pour en d&eacute;battre, il est tout de m&ecirc;me important de rappeler que, selon la majorit&eacute; des savants de l&rsquo;Islam, le port du voile int&eacute;gral, ainsi que tout habit susceptible de cacher le visage et les mains de la femme, serait interdit lors des rites du p&egrave;lerinage et m&ecirc;me lors de la pri&egrave;re.<br \/>\n\tLe port du voile int&eacute;gral, vu par certains comme une libert&eacute;, est consid&eacute;r&eacute; par d&rsquo;autres comme une interpr&eacute;tation misogyne des textes sacr&eacute;s, auxquels on peut faire dire tout et son contraire. Ceci dit, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;islam ou la libert&eacute; du culte qui est vis&eacute;e dans ce d&eacute;bat.<br \/>\n\tFaire dispara&icirc;tre les femmes du paysage n&rsquo;implique-t-il pas une totale red&eacute;finition des r&egrave;gles de notre soci&eacute;t&eacute; ?<br \/>\n\tUne femme dont le visage est &laquo; masqu&eacute; &raquo; peut-elle toujours avoir les m&ecirc;mes droits &eacute;l&eacute;mentaires que d&rsquo;aller chercher ses enfants &agrave; l&rsquo;&eacute;cole, sans &ecirc;tre prise pour un kidnappeur, ou de se pr&eacute;senter &agrave; un guichet bancaire, sans pour autant, &ecirc;tre une menace de fraude.<br \/>\n\tEst-ce que le droit &agrave; l&rsquo;identit&eacute; est n&eacute;gociable ? Faut-il &eacute;tablir une loi qui emp&ecirc;che le visage des femmes de disparaitre ?<br \/>\n\tIl y a l&agrave; lieu de s&rsquo;interroger s&eacute;rieusement sur une l&eacute;galisation aussi d&eacute;licate. A-t-on le droit, au nom de la libert&eacute;, d&rsquo;assi&eacute;ger une universit&eacute; et de prendre en otage ses occupants ?<br \/>\n\tAutres questions suscitant l&rsquo;int&eacute;r&ecirc;t : La priorit&eacute; est-elle &agrave; la s&eacute;curit&eacute; ou &agrave; la libert&eacute; des cultes et de l&rsquo;expression ?<br \/>\n\tUne s&eacute;curit&eacute; que certains voient comme un &laquo; pr&eacute;texte &raquo;, invoqu&eacute; par certains pour imposer la la&iuml;cit&eacute; &agrave; une soci&eacute;t&eacute; qui vient d&rsquo;opter pour un mouvement islamiste et une relative charisation des lois et des r&egrave;gles.<br \/>\n\tTous s&rsquo;accordent &agrave; dire, cependant, que la violence, quelle que soit sa forme, est nulle et non avenue dans une soci&eacute;t&eacute; en plein d&eacute;sarroi, qui cherche encore ses rep&egrave;res.<\/p>\n<p>\tA l&rsquo;heure o&ugrave; nous statuons sur des consid&eacute;rations et des questions aussi &laquo; existentielles &raquo;, une nouvelle constitution est en train de voir le jour. Ce d&eacute;bat instrumentalis&eacute; et sorti de son contexte, survient &agrave; un moment o&ugrave; l&rsquo;actualit&eacute; majeure est l&rsquo;&eacute;dification de la deuxi&egrave;me r&eacute;publique.<br \/>\n\tVoil&agrave; que l&rsquo;opinion publique est, encore une fois, d&eacute;tourn&eacute;e au profit d&rsquo;une probl&eacute;matique, qui n&rsquo;avait auparavant jamais &eacute;t&eacute; pos&eacute;e dans le pays. Cette histoire ne serait-elle pas un simple leurre cachant des manipulations de politique politicienne, plut&ocirc;t subtiles ? Les femmes de l&rsquo;ombre veulent-elles sortir &agrave; la lumi&egrave;re et voir tous les regards braqu&eacute;s sur elles ?<br \/>\n\tEn attendant, les forces politiques qui s&rsquo;appr&ecirc;tent &agrave; gouverner le pays demeurent &eacute;trangement muettes face &agrave; ces &eacute;pisodes pour le moins inqui&eacute;tant&hellip;<font class=\"auteur\">Synda TAJINE<\/font><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Tunisie &#8211; Les &eacute;tudiantes de l&rsquo;ombre &nbsp; &laquo; Nous sommes loin des objectifs pour lesquels, les jeunes ont fait leur r&eacute;volution &raquo;. Telles furent les paroles, pleines d&rsquo;amertume, d&rsquo;une &eacute;tudiante qui observe les groupes de jeunes fondamentalistes criant &laquo; Allahou Akbar &raquo; dans l&rsquo;enceinte de l&rsquo;universit&eacute; des Lettres et des Humanit&eacute;s de la Manouba.&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":16478,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[9,1],"tags":[],"class_list":["post-3268","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-tunisie","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3268","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3268"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3268\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16478"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3268"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3268"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3268"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}