{"id":3392,"date":"2011-12-13T18:42:24","date_gmt":"2011-12-13T18:42:24","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=3392"},"modified":"2011-12-13T18:42:24","modified_gmt":"2011-12-13T18:42:24","slug":"allocution-du-president-de-la-shjt-claude-nataf","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/allocution-du-president-de-la-shjt-claude-nataf\/","title":{"rendered":"Allocution du Pr\u00e9sident de la SHJT, Claude Nataf"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t<a href=\"http:\/\/www.shjt.fr\/2011\/allocution-du-president-de-la-shjt\/\" title=\"Allocution du Pr\u00e9sident de la SHJT\">Allocution du Pr&eacute;sident de la SHJT<\/a><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div class=\"post-content\">\n<p>\n\t\tDISCOURS PRONONCE LE 11 DECEMBRE 2011 A L&rsquo;OCCASION DE LA CEREMONIE ORGANISEE PAR LA SOCIETE D&rsquo;HISTOIRE DES JUIFS DE TUNISIE AU MEMORIAL DE LA SHOAH A LA MEMOIRE DES JUIFS DE TUNISIE VICTIMES DES NAZIS.<\/p>\n<p>\n\t\tMonsieur le Grand Rabbin de France,<\/p>\n<p>\n\t\tMonsieur le Repr&eacute;sentant de l&rsquo;Ambassadeur d&rsquo;Isra&euml;l emp&ecirc;ch&eacute;,<\/p>\n<p>\n\t\tMonsieur le Conseiller &eacute;conomique &agrave; l&rsquo;Ambassade de Tunisie,<\/p>\n<p>\n\t\tMonsieur le repr&eacute;sentant du Ministre de la D&eacute;fense Nationale et des Anciens Combattants,<\/p>\n<p>\n\t\tMonsieur le repr&eacute;sentant de Monsieur Pierre Lellouche Secr&eacute;taire d&rsquo;Etat au Commerce Ext&eacute;rieur,<\/p>\n<p>\n\t\tMadame Vieu-Charrier Maire-adjoint repr&eacute;sentant Monsieur Delano&euml; Maire de Paris,<\/p>\n<p>\n\t\tMadame Seroussi repr&eacute;sentant Monsieur Pupponi D&eacute;put&eacute;-Maire de Sarcelles,<\/p>\n<p>\n\t\tMadame le Maire du 4<sup>&egrave;me<\/sup> arrondissement de Paris<\/p>\n<p>\n\t\tMesdames et Messieurs les Elus,<\/p>\n<p>\n\t\tMonsieur l&rsquo;Imam<\/p>\n<p>\n\t\tMonsieur l&rsquo;Aum&ocirc;nier g&eacute;n&eacute;ral isra&eacute;lite des Arm&eacute;es,<\/p>\n<p>\n\t\tMessieurs les Rabbins, Madame et Messieurs les Aum&ocirc;niers militaires isra&eacute;lites,<\/p>\n<p>\n\t\tMonsieur le Pr&eacute;sident des Consistoires de France et de Paris,<\/p>\n<p>\n\t\tMonsieur le Repr&eacute;sentant de la Communaut&eacute; juive de Tunisie,<\/p>\n<p>\n\t\tMonsieur le Pr&eacute;sident du Fonds Social Juif Unifi&eacute;,<\/p>\n<p>\n\t\tMonsieur le Vice-pr&eacute;sident du C.R.I.F.,<\/p>\n<p>\n\t\tMessieurs les Pr&eacute;sidents et repr&eacute;sentants des associations d&rsquo;anciens d&eacute;port&eacute;s et d&rsquo;anciens combattants,<\/p>\n<p>\n\t\tMonsieur le Pr&eacute;sident de la F&eacute;d&eacute;ration des associations d&rsquo;originaires de Tunisie, et mesdames et messieurs les pr&eacute;sidents desdites associations,<\/p>\n<p>\n\t\tMadame la Pr&eacute;sidente de la Fondation Aladin ; messieurs les repr&eacute;sentants de la Fondation pour la M&eacute;moire de la Shoah, du M&eacute;morial de la Shoah et de l&rsquo;Amiti&eacute; Jud&eacute;o-musulmane de France,<\/p>\n<p>\n\t\tMessieurs les porte-drapeaux,<\/p>\n<p>\n\t\tMesdames, Messieurs,<\/p>\n<p>\n\t\tEn ce lieu charg&eacute; d&rsquo;&eacute;motion, nous sommes venus pour nous souvenir d&rsquo;une page dramatique de l&rsquo;histoire des Juifs de Tunisie, pour partager un moment de recueillement, de pri&egrave;re, d&rsquo;esp&eacute;rance. Je remercie Monsieur le Grand Rabbin de France qui pour la deuxi&egrave;me ann&eacute;e cons&eacute;cutive a bien voulu accepter la pr&eacute;sidence de cette c&eacute;r&eacute;monie et lui conf&egrave;re ainsi toute sa signification spirituelle, ainsi que les personnalit&eacute;s qui s&rsquo;y associent par leur pr&eacute;sence ou y associent les gouvernements et institutions qu&rsquo;elles repr&eacute;sentent.<\/p>\n<p>\n\t\tJe ne puis m&rsquo;emp&ecirc;cher en cet instant d&rsquo;&eacute;voquer Jacques Taieb cofondateur de la Soci&eacute;t&eacute; d&rsquo;Histoire des Juifs de Tunisie d&eacute;c&eacute;d&eacute; au mois de mai dernier qui tenait tant &agrave; cette comm&eacute;moration comme historien et comme juif, et le Grand Rabbin de Paris David Messas (z&rsquo;l) d&eacute;c&eacute;d&eacute; il y a trois semaines. Depuis qu&rsquo;en 1997, nous avons repris &agrave; Paris l&rsquo;organisation de cette c&eacute;r&eacute;monie, le Grand Rabbin Messas n&rsquo;y avait pas manqu&eacute; une seule ann&eacute;e. Je saisis cette occasion pour rendre &agrave; sa m&eacute;moire l&rsquo;hommage de notre Association et pour prier Monsieur le Grand Rabbin de France de rapporter &agrave; sa famille l&rsquo;expression de notre compassion attrist&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t\tLe XX&egrave;me si&egrave;cle restera pour l&rsquo;histoire, celui de la plus grande entreprise de destruction de l&rsquo;homme par l&rsquo;homme. D&rsquo;une mani&egrave;re pr&eacute;m&eacute;dit&eacute;e, planifi&eacute;e, organis&eacute;e scientifiquement, avec les techniques les plus &eacute;labor&eacute;es, un Etat europ&eacute;en qui avait atteint l&rsquo;un des plus hauts degr&eacute;s de raffinement et de civilisation, qui avait donn&eacute; &agrave; l&rsquo;humanit&eacute; de grands philosophes, de grands &eacute;crivains, de grands musiciens,, a entrepris de faire dispara&icirc;tre tous les hommes femmes et enfants dont les anc&ecirc;tres avaient proclam&eacute; &laquo;<em>Tu aimeras ton prochain comme toi-m&ecirc;me<\/em> &raquo; et avaient transmis au monde le message du Sina&iuml; repris par les autres religions monoth&eacute;istes.<\/p>\n<p>\n\t\tDepuis la guerre, il y a eu h&eacute;las, d&rsquo;autres ph&eacute;nom&egrave;nes de n&eacute;gation de la condition humaine, souvent sur des fondements raciaux ou ethniques, notamment au Cambodge, au Rwanda, au Kosovo. Mais, ce qui fait la singularit&eacute; et l&rsquo;unicit&eacute; de la Shoa c&rsquo;est qu&rsquo;elle a &eacute;t&eacute; pens&eacute;e pour tous les continents, appliqu&eacute;e &agrave; une population non combattante et non agressive, sur tous les territoires o&ugrave; les nazis ont pris pied fusse ce pour quelques jours comme &agrave; Rhodes ou pour six mois comme en Tunisie.<\/p>\n<p>\n\t\tAlors pourquoi ce silence trop peu souvent rompu sur les Juifs d&rsquo;Afrique du Nord comme s&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas souffert eux aussi des pers&eacute;cutions raciales, comme s&rsquo;ils avaient &eacute;t&eacute; pr&eacute;serv&eacute;s des malheurs de la guerre, en un mot comme s&rsquo;ils avaient surv&eacute;cu &agrave; l&rsquo;&eacute;cart des malheurs de la Shoah ?<\/p>\n<p>\n\t\tCertes, le nombre des victimes est infime par rapport aux pertes subies par le juda&iuml;sme europ&eacute;en. Une occupation courte, de rares d&eacute;portations due en raison de l&rsquo;obligation de les assurer par voie maritime ou a&eacute;rienne, emp&ecirc;chent de comparer la situation tunisienne &agrave; celle des pays occup&eacute;s d&rsquo;Europe Orientale ou Occidentale. Mais la Shoah sous peine d&rsquo;&ecirc;tre banalis&eacute;e ne doit pas &ecirc;tre compt&eacute;e, tron&ccedil;onn&eacute;e, comprise comme une succession de meurtres commis ici ou l&agrave;. La Shoa a &eacute;t&eacute; pens&eacute;e comme la destruction d&rsquo;un ensemble. Ce qui s&rsquo;est pass&eacute; en Tunisie est un &eacute;l&eacute;ment d&rsquo;un plan concert&eacute;, m&eacute;thodique, universel.<\/p>\n<p>\n\t\tVoici pourquoi nous sommes l&agrave;, pour nous souvenir, pour raconter et pour transmettre &agrave; nos enfants afin qu&rsquo;ils transmettent &agrave; leur tour et je me r&eacute;jouis de voir ici avec leurs enseignants les enfants de deux synagogues parisiennes dont celle des Juifs originaires de Djerba.<\/p>\n<p>\n\t\tLe 8 novembre 1942, les troupes anglo-am&eacute;ricaines d&eacute;barquaient en Alg&eacute;rie et au Maroc, heureux pr&eacute;lude &agrave; la lib&eacute;ration de l&rsquo;Europe du joug nazi.<\/p>\n<p>\n\t\tHitler comprit que pour &eacute;viter que les troupes de Rommel qui se battaient en Libye contre le 8<sup>&egrave;me<\/sup> Arm&eacute;e de Montgomery et les Forces Fran&ccedil;aises Libres de Larminat et de Koenig, ne soient prises &agrave; revers, il fallait occuper la Tunisie et diriger ses forces vers l&rsquo;Alg&eacute;rie pour tenter de rejeter les Alli&eacute;s &agrave; la mer et les priver de ces bases de d&eacute;part vers l&rsquo;Europe. Le 10 novembre 1942 les premi&egrave;res troupes allemandes prirent pied en Tunisie. Une campagne de six mois allait s&rsquo;ouvrir sur le sol tunisien, une campagne dure et meurtri&egrave;re, la derni&egrave;re bataille frontale de la seconde guerre mondiale, o&ugrave; la machine ne domine pas encore et o&ugrave; l&rsquo;homme est encore le principal moyen de combattre.<\/p>\n<p>\n\t\tAlors que la situation militaire aurait du retenir toute leur attention, l&agrave; comme partout o&ugrave; ils pass&egrave;rent, &agrave; Tunis, &agrave; Sousse, &agrave; Sfax, &agrave; Nabeul, &agrave; Kairouan, comme &agrave; Paris et &agrave; Varsovie, comme &agrave; Rome et &agrave; Salonique, comme &agrave; Budapest et dans la petite &icirc;le de Rhodes, les Allemands entreprirent de pers&eacute;cuter les Juifs.<\/p>\n<p>\n\t\tA la t&ecirc;te de cette entreprise de pers&eacute;cution le colonel S.S. Walter Rauff. Responsable de l&rsquo;extermination de milliers de juifs d&rsquo;Europe de l&rsquo;Est par les camions &agrave; gaz anc&ecirc;tres des chambres &agrave; gaz, Rauff avait &eacute;t&eacute; envoy&eacute; en 1942 &agrave; Ath&egrave;nes dans la perspective en cas de victoire de l&rsquo;Afrika Korps de liquider les Juifs d&rsquo;Egypte et de Palestine. Serge Klarsfeld a retrouv&eacute; il y a trois ans son ordre de mission. Emp&ecirc;ch&eacute; de la mener &agrave; bien par la r&eacute;sistance des Britanniques, Rauff se propulse &agrave; Tunis sans aucun doute pour y r&eacute;aliser la mission qu&rsquo;il n&rsquo;a pu accomplir ailleurs.<\/p>\n<p>\n\t\tOnze mois avant, dans la petite ville de Wansee, les dirigeants nazis avaient arr&ecirc;t&eacute; leur programme de destruction des Juifs. Et les travaux historiques r&eacute;cents ont mis en &eacute;vidence, que contrairement &agrave; une appr&eacute;ciation ancienne, les Juifs d&rsquo;Afrique du nord avaient &eacute;t&eacute; compris dans le programme de Wansee .<\/p>\n<p>\n\t\tLes m&eacute;moires du diplomate Rahn repr&eacute;sentant le gouvernement allemand en Tunisie nous apprennent que des tentatives furent faites pour inciter la population musulmane &agrave; un v&eacute;ritable pogrom et r&eacute;aliser ainsi une partie du programme d&rsquo;extermination. La sagesse des chefs de la communaut&eacute; musulmane et les liens tiss&eacute;s par la pr&eacute;sence s&eacute;culaire des Juifs en Tunisie emp&ecirc;ch&egrave;rent cet horrible dessein.<\/p>\n<p>\n\t\tAussi le 9 d&eacute;cembre 1942, Rauff et ses S.S. passent eux-m&ecirc;mes &agrave; l&rsquo;action. Ils cernent de bon matin le quartier de la Grande Synagogue, arr&ecirc;tent tous les Juifs qui passent, profanent le Temple, d&eacute;truisent les rouleaux sacr&eacute;s, les livres et les objets de culte, traquent jusque dans les caves o&ugrave; ils croyaient pouvoir se r&eacute;fugier les fid&egrave;les en taleth surpris au moment de la pri&egrave;re, des vieillards, des enfants.<\/p>\n<p>\n\t\tUne rafle similaire eut lieu aux alentours de l&rsquo;&eacute;cole de l&rsquo;Alliance Isra&eacute;lite. Toute la journ&eacute;e plusieurs milliers de juifs furent arr&ecirc;t&eacute;s et achemin&eacute;s &agrave; pied sous la garde de soldats allemands vers des camps de travail qui ne furent connus que plusieurs jours plus tard par la Communaut&eacute;. La premi&egrave;re victime fut un jeune homme de 19 ans, Gilbert Mazouz, qui portant un appareil orthop&eacute;dique tr&eacute;bucha et tomba &eacute;puis&eacute; au bout d&rsquo;une marche de 50 kms, malgr&eacute; tous les efforts de ses compagnons d&rsquo;infortune. Un S.S. le tua d&rsquo;un coup de fusil.<\/p>\n<p>\n\t\tPendant que cent personnalit&eacute;s juives &eacute;taient incarc&eacute;r&eacute;es &agrave; la prison militaire de la Kasbah, promis &agrave; une mort certaine, 5.500 juifs de Tunis furent envoy&eacute;s dans des camps allemands, utilis&eacute;s comme main d&rsquo;&oelig;uvre dans des conditions contraires &agrave; toutes les lois de la guerre et du droit des gens, sous les coups de cravaches de gardiens allemands, victimes de s&eacute;vices, d&rsquo;exactions et parfois h&eacute;las d&rsquo;assassinats.<\/p>\n<p>\n\t\tA Nabeul, &agrave; Kairouan, &agrave; Sfax, &agrave; Sousse les Allemands agissent de m&ecirc;me. Et partout des r&eacute;quisitions mobili&egrave;res, des pillages, des amendes collectives (23 millions &agrave; Tunis, 25 &agrave; Sousse, 20 &agrave; Sfax, la totalit&eacute; des d&eacute;p&ocirc;ts juifs dans les banques &agrave; Gab&egrave;s, 20 kg. d&rsquo;or &agrave; Djerba, des viols m&ecirc;me.<\/p>\n<p>\n\t\tPuisqu&rsquo;il y a ici des enfants de Djerba, je rappellerai que Rauff et ses commandos arriv&egrave;rent &agrave; Djerba un jour de chabat. Ils exig&egrave;rent la remise de 50 kilos d&rsquo;or et contraignirent le Grand Rabbin &agrave; faire le tour de l&rsquo;&icirc;le en auto ce jour sacr&eacute; entre tous, pour collecter des bijoux destin&eacute;s &agrave; constituer la ran&ccedil;on exig&eacute;e. 20 kgs furent r&eacute;unis en fin de soir&eacute;e. Le commando s&rsquo;en empara et promit de revenir le lendemain pour recevoir le solde. Le lendemain, l&rsquo;&icirc;le &eacute;tait conquise par les forces britanniques.<\/p>\n<p>\n\t\tAu d&eacute;but d&rsquo;avril 1943 commenc&egrave;rent les d&eacute;portations. Un premier contingent partit par avion de Tunis pour l&rsquo;Italie et de l&agrave; vers les camps d&rsquo;Oranienburg, de Mauthausen, d&rsquo;Auschwitz. Heureusement moins d&rsquo;un mois plus tard, le 8 mai 1943, les arm&eacute;es de l&rsquo;Axe prises en tenaille entre les forces Alli&eacute;es venues de Tripolitaine et celles venues d&rsquo;Alg&eacute;rie &eacute;taient contraintes de capituler. Les archives allemandes retrouv&eacute;es tr&egrave;s r&eacute;cemment ont r&eacute;v&eacute;l&eacute;es que les SS avaient pour instruction de fusiller tous les travailleurs des camps si la contre-offensive allemande avait &eacute;t&eacute; victorieuse et si les forces de l&rsquo;Axe avaient pu progresser sur l&rsquo;Alg&eacute;rie.<\/p>\n<p>\n\t\tRaconter l&rsquo;histoire c&rsquo;est aussi rendre hommage &agrave; ceux, musulmans ou chr&eacute;tiens qui ont aid&eacute; les Juifs. Qu&rsquo;il me soit permis de citer simplement le Bey Moncef et les membres de la famille husseinite, les ministres Chenik, Materi, Aziz Djeloulli, Monseigneur Gounod Archev&ecirc;que de Carthage, des fonctionnaires comme Lamotte, Binoche, de Saint-Paul, des m&eacute;decins comme Bouquet et Dubosc.<\/p>\n<p>\n\t\tRaconter l&rsquo;histoire c&rsquo;est aussi rendre hommage aux dirigeants de la Communaut&eacute; et au premier chef le Grand Rabbin Ha&iuml;m Bellaiche et le Pr&eacute;sident Mo&iuml;se Borgel, mais &eacute;galement Paul Ghez, Elie Nataf, L&eacute;on Moatti, David Hassid etc&hellip; Je citerai encore Serge Klarsfeld :<\/p>\n<p>\n\t\t<em>&laquo; Si la situation des Juifs de Tunisie n&rsquo;a pas &eacute;t&eacute; pire encore, ils le doivent &agrave; l&rsquo;intelligence et &agrave; l&rsquo;habilet&eacute; des dirigeants de leur communaut&eacute;, interlocuteurs exclusifs de terrifiants tueurs de juifs, qu&rsquo;ils ont r&eacute;ussi &agrave; man&oelig;uvrer pour le plus grand bien de ceux qu&rsquo;ils repr&eacute;sentaient &raquo;.<\/em><\/p>\n<p>\n\t\tRaconter l&rsquo;histoire c&rsquo;est &eacute;voquer h&eacute;las la collaboration de certains &eacute;mules des nazis mais c&rsquo;est aussi raconter le courage de ceux qui ont dit non : le G&eacute;n&eacute;ral de Gaulle, les Fran&ccedil;ais Libres qui se battaient au m&ecirc;me moment dans les sables de Libye et les r&eacute;sistants de tous bords qui s&rsquo;organisaient et s&rsquo;armaient pour refuser l&rsquo;inacceptable. Parmi des Juifs de Tunisie : Max Guedj, jeune avocat natif de Sousse dont Pierre Clostermann a dit qu&rsquo;il &eacute;tait le plus grand des h&eacute;ros de l&rsquo;Aviation Fran&ccedil;aise Libres, Compagnon de la Lib&eacute;ration, cit&eacute; par le G&eacute;n&eacute;ral de Gaulle dans ses m&eacute;moires ; Alfred Rossi &eacute;galement avocat, militant du Betar qui apr&egrave;s avoir avec son r&eacute;seau sabot&eacute; des navires italiens, menac&eacute; d&rsquo;arrestation r&eacute;ussit &agrave; s&rsquo;enfuir &agrave; Malte et de l&agrave; &agrave; Londres. Devenu agent du B.C.R.A. il devait p&eacute;rir fusill&eacute; par les fascistes lors d&rsquo;une mission clandestine en Sicile ; Victor Attias &eacute;galement &eacute;vad&eacute; d&rsquo;Allemagne, un tant affect&eacute; au cabinet du G&eacute;n&eacute;ral de Gaulle &agrave; Londres avant de rejoindre comme pilote, le Groupe Lorraine avec Saint-Exup&eacute;ry ; les courageux Ankri et Maurice Taieb qui n&rsquo;h&eacute;sit&egrave;rent pas alors qu&rsquo;ils &eacute;taient dans un camp de travail &agrave; poursuivre leur travail de sabotage ce qui leur valut la d&eacute;portation.<\/p>\n<p>\n\t\tJe salue leur m&eacute;moire comme je salue celle de tous ceux qui combattirent pour la chute du nazisme et la libert&eacute; : les engag&eacute;s volontaires juifs tunisiens, les combattants des campagnes de Tunisie, d&rsquo;Italie, de France et d&rsquo;Allemagne, les r&eacute;sistants. Les noms de ceux qui sont tomb&eacute;s pour la d&eacute;fense et la sauvegarde de la libert&eacute; seront unis dans quelques instants au nom de ceux qui sont morts assassin&eacute;s par les ennemis de cette libert&eacute;.<\/p>\n<h1>\n\t\tX X X<\/h1>\n<p>\n\t\tSe souvenir c&rsquo;est aussi s&rsquo;engager. Il ne s&rsquo;agit pas en effet d&rsquo;&eacute;voquer seulement ces disparus innocents. Il ne s&rsquo;agit pas seulement de partager ensemble un moment d&rsquo;&eacute;motion et de tristesse. Le drame de la Shoah ne nous quitte pas. Il nous cr&eacute;e des obligations. Le souvenir de nos morts nous appelle &agrave; l&rsquo;incessant combat pour la dignit&eacute; et la libert&eacute; de l&rsquo;homme. Renoncer sous pr&eacute;texte que l&rsquo;on ne peut rien, renoncer sous pr&eacute;texte que l&rsquo;homme est toujours victime de ses d&eacute;mons, de ses instincts, c&rsquo;est reconna&icirc;tre que nos morts sont morts pour rien ! Combattre en rappelant les m&eacute;faits du racisme, c&rsquo;est honorer leur m&eacute;moire.<\/p>\n<p>\n\t\tEn France le racisme ne doit pas avoir de place. On ne saura jamais assez ce que repr&eacute;sentait en ces temps l&agrave;, pour tant d&rsquo;&acirc;mes juives la France. On se r&eacute;p&eacute;tait que la R&eacute;volution Fran&ccedil;aise, pour la 1<sup>&egrave;re<\/sup> fois dans la monde avait fait des Juifs des citoyens libres et &eacute;gaux en droit, que ses soldats avaient cass&eacute; les cha&icirc;nes des ghettos partout o&ugrave; ils avaient port&eacute; le drapeau tricolore. Et c&rsquo;est cette id&eacute;e de la France que les responsables de Vichy reniaient comme ils avaient reni&eacute; la R&eacute;publique. Et aujourd&rsquo;hui, nous aimons la France, nous l&rsquo;aimons au point de la vouloir elle-m&ecirc;me, fid&egrave;le aux principes de 1789, aux principes d&rsquo;&eacute;galit&eacute; et de libert&eacute;, ouverte et accueillante &agrave; tous, fid&egrave;le &agrave; l&rsquo;esprit de Voltaire d&eacute;fendant le protestant Callas, de Victor Hugo luttant pour les Juifs Russes, de Zola, d&rsquo;Anatole France, de Clemenceau luttant pour Dreyfus.<\/p>\n<p>\n\t\tEmile Fackenheim a parl&eacute; de la voix prescriptive d&rsquo;Auschwitz. Cette voix nous commande de travailler au r&egrave;gne de la justice, de la fraternit&eacute; et de la paix et de la d&eacute;mocratie.<\/p>\n<p>\n\t\tParti de Tunis, nous avons vu au d&eacute;but de cette ann&eacute;e un formidable mouvement de jeunes qui manifestaient &agrave; Tunis, &agrave; Tripoli, au Caire, &agrave; Damas et ailleurs au nom de la D&eacute;mocratie. Ces jeunes ne criaient pas &laquo; A bas l&rsquo;Occident &raquo;, &laquo; A bas Isra&euml;l &raquo;, &laquo; A bas les Juifs &raquo;, non, ils r&eacute;clamaient la d&eacute;mocratie, la libert&eacute;, le respect des droits de l&rsquo;homme, la transparence. Si la d&eacute;mocratie triomphe comme ces jeunes le voulaient, si ce mouvement n&rsquo;est pas confisqu&eacute;, il sera l&rsquo;aube de la paix au Ponant comme au Levant.<\/p>\n<p>\n\t\tUne c&eacute;r&eacute;monie comme celle d&rsquo;aujourd&rsquo;hui en nous rappelant les noms de nos martyrs n&rsquo;a de sens que si nous demeurons fid&egrave;les &agrave; leur m&eacute;moire en luttant toujours, partout contre tous les racismes , contre toutes les exclusions, contre toutes les atteintes &agrave; la dignit&eacute; humaine. Elle requiert de nous, exigence, fid&eacute;lit&eacute;, pour que tout homme soit trait&eacute; comme homme non comme un animal, pour qu&rsquo;il n&rsquo;y ait plus jamais d&rsquo;Auschwitz.<\/p>\n<p>\n\t\tLa m&eacute;moire des morts de la Shoah m&rsquo;appelle &agrave; agir, sinon pourquoi d&eacute;plorais-je qu&rsquo;ils sont morts ? La t&acirc;che est difficile, elle est immense et la marge de chacun infinit&eacute;simale. Mais changer les choses de fa&ccedil;on infinit&eacute;simale c&rsquo;est d&eacute;j&agrave; contribuer &agrave; changer l&rsquo;ordre du monde. Renoncer sous pr&eacute;texte que l&rsquo;on ne peut rien, c&rsquo;est oublier ceux qui sont morts, c&rsquo;est donner &agrave; Hitler une victoire posthume.<\/p>\n<p>\n\t\tQue le rappel des souffrances et des combats qui nous r&eacute;unit aujourd&rsquo;hui soit le souffle du r&ecirc;ve de fraternit&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t\tLa flamme de l &lsquo;ossuaire qui brille dans cette crypte comme un d&eacute;fi &agrave; la nuit, laisse &eacute;chapper comme l&rsquo;&eacute;crit Ch&acirc;teaubriant dans les M&eacute;moires d&rsquo;Outre-tombe, une large fum&eacute;e blanche, et cette fum&eacute;e blanche c&rsquo;est la lueur de l&rsquo;esp&eacute;rance.<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Allocution du Pr&eacute;sident de la SHJT &nbsp; DISCOURS PRONONCE LE 11 DECEMBRE 2011 A L&rsquo;OCCASION DE LA CEREMONIE ORGANISEE PAR LA SOCIETE D&rsquo;HISTOIRE DES JUIFS DE TUNISIE AU MEMORIAL DE LA SHOAH A LA MEMOIRE DES JUIFS DE TUNISIE VICTIMES DES NAZIS. 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