{"id":3464,"date":"2011-12-22T14:57:03","date_gmt":"2011-12-22T14:57:03","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=3464"},"modified":"2011-12-22T14:57:03","modified_gmt":"2011-12-22T14:57:03","slug":"elie-wiesel-ecrivain-qui-transforme-le-desespoir-en-espoir","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/elie-wiesel-ecrivain-qui-transforme-le-desespoir-en-espoir\/","title":{"rendered":"Elie Wiesel, \u00e9crivain qui transforme le d\u00e9sespoir en espoir"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\tElie Wiesel, &eacute;crivain qui transforme le d&eacute;sespoir en espoir<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\tRescap&eacute; de la Shoah, l&#39;&eacute;crivain et prix Nobel de la paix Elie Wiesel a fr&ocirc;l&eacute; une seconde fois la mort lors d&#39;une intervention &agrave; c&oelig;ur ouvert. L&#39;&eacute;v&eacute;nement lui a inspir&eacute; un livre, &quot;C&oelig;ur ouvert&quot;, sorti il y a cinq semaines. Micha&euml;l de Saint-Cheron, sp&eacute;cialiste de l&rsquo;&oelig;uvre de Wiesel, d&eacute;code cette introspection.<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t<strong>1956-2011.<\/strong>&nbsp;Cinquante-cinq ans d&rsquo;&eacute;criture s&eacute;parent les deux livres majeurs d&rsquo;Elie Wiesel, &quot;La Nuit&quot; et &quot;C&oelig;ur ouvert&quot; : toute une vie d&rsquo;&eacute;criture entre la m&eacute;moire de la mort de son peuple et la vie.<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\tDepuis la matz&eacute;va &#8211;&nbsp;pierre tombale en h&eacute;breu &#8211; pour la mort agonique de ses parents, de sa petite s&oelig;ur Tzipora, qu&rsquo;il &eacute;crivit une premi&egrave;re fois en yiddish en 1956 sous le titre &quot;Un di velt hot geshvign&quot; (<em>Et le monde se taisait<\/em>) jusqu&rsquo;&agrave; ce dernier livre qui raconte sa derni&egrave;re approche de la mort, dont il est sorti debout, vivant, avec cette b&eacute;n&eacute;diction pour les m&eacute;decins qui l&rsquo;ont sauv&eacute; comme pour ses plus proches (pour Dieu aussi&nbsp;?), c&rsquo;est une &oelig;uvre hant&eacute;e par la survie, par la c&eacute;l&eacute;bration de la vie et de la m&eacute;moire, qui nous aura nourris.<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t<strong>Le 16 juin 2011,<\/strong>&nbsp;Elie Wiesel, alors &acirc;g&eacute; de 82 ans, doit subir de toute urgence une angioplastie car l&rsquo;une de ses art&egrave;res est bouch&eacute;e. Il risque l&rsquo;infarctus. A peine parvenu aux urgences, qu&rsquo;il est pris en charge et op&eacute;r&eacute;. Sans doute n&rsquo;a-t-il jamais senti davantage la mort d&rsquo;aussi pr&egrave;s depuis sa premi&egrave;re nuit &agrave; Birkenau, celle du 24 au 25 mai 1944.<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\tCette ann&eacute;e 2011 a mal commenc&eacute; pour l&rsquo;&eacute;crivain car en janvier, une double pneumonie est diagnostiqu&eacute;e en Floride. H&ocirc;pital, convalescence longue, &eacute;puisement. Il nous livre ici son inqui&eacute;tude pour ceux qu&rsquo;il aime &agrave; commencer par Marion, sa femme. Ce livre nous plonge dans l&rsquo;introspection d&rsquo;un mystique autant que d&rsquo;un &eacute;crivain. La pens&eacute;e diff&egrave;re encore consid&eacute;rablement lorsque la souffrance est l&agrave;.<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\tDevant &quot;C&oelig;ur ouvert&quot;* comment ne penserai-je pas &agrave; &quot;Lazare&quot;<em>,&nbsp;<\/em>le livre du retour &agrave; la vie de Malraux, &eacute;crit au lendemain de son hospitalisation &agrave; la Salp&ecirc;tri&egrave;re en 1973 (paru en 1974). Peu d&rsquo;&eacute;crivains ont ainsi consacr&eacute; un livre aux menaces vitales qu&rsquo;ils avaient subies par le fait de la maladie.<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t<strong>Je voudrais remarquer que Wiesel comme Malraux<\/strong>&nbsp;auront consacr&eacute; une grande part de leur ouvrage respectif &agrave; la guerre, celle que l&rsquo;on sait pour l&rsquo;&eacute;crivain juif et pour Malraux, la premi&egrave;re partie de son &quot;Lazare&quot; est la reprise du chapitre hallucinant de son dernier roman &quot;Les Noyers de l&rsquo;Altenburg&quot;, chapitre qu&rsquo;il consacra &agrave; la premi&egrave;re attaque de l&rsquo;arm&eacute;e allemande au gaz moutarde sur le front de la Vistule, en 1916. Roman &eacute;crit en 1942 et qui stup&eacute;fia Jorge Sempr&uacute;n par &quot;l&rsquo;intuition, la pr&eacute;monition, l&rsquo;inspiration&quot; de Malraux qui le poussa en pleine apocalypse et guerre contre les juifs, dont il ne pouvait imaginer l&rsquo;ampleur, &agrave; parler des gaz de combat, alors que d&rsquo;autres gaz au m&ecirc;me moment assassinaient des millions d&rsquo;&ecirc;tres sans d&eacute;fense.<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\tL&rsquo;autre chose capitale de &quot;Lazare&quot; et qui ne cessa de fasciner Sempr&uacute;n mais aussi Paul Ric&oelig;ur au cours de ses derniers mois de vie, c&rsquo;est l&rsquo;interrogation de Malraux&nbsp;: &quot;Je cherche la part cruciale de l&rsquo;&acirc;me o&ugrave; le Mal absolu s&rsquo;oppose &agrave; la fraternit&eacute;.&quot; Y a-t-il, &agrave; vrai dire, beaucoup de questions au monde qui vaillent plus que celle-ci&nbsp;? Cette qu&ecirc;te, Wiesel la reprend avec ses mots, sa sensibilit&eacute; &agrave; vif, ses angoisses propres&nbsp;?<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\tMais Elie Wiesel parle dans ses quatre-vingts pages de son fils Elisha, de Marion, mais aussi de ses petits-enfants Elijah et Shira &#8211; avec une tendresse rare. C&rsquo;est &agrave; travers Elisha leur p&egrave;re, qu&rsquo;il tisse son r&eacute;cit. Elisha, qui porte aussi le nom de son grand-p&egrave;re Shlomo, assassin&eacute; &agrave; Buchenwald sous les yeux d&rsquo;Elie en 1945, c&rsquo;est la vie qui continue et continuera au-del&agrave; d&rsquo;Elie Wiesel bien s&ucirc;r. C&rsquo;est l&rsquo;assurance d&rsquo;une survie pas seulement physiologique naturellement mais surtout spirituelle, psychologique.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t<strong>Le regard que Wiesel porte sur sa seconde survie,<\/strong>&nbsp;autant que sur le jeune gar&ccedil;on de Sighet qu&rsquo;il fut, le rescap&eacute;, l&rsquo;&eacute;crivain, l&rsquo;enseignant, le p&egrave;re et le grand-p&egrave;re, l&rsquo;homme tout court, se fait plus proche qu&rsquo;auparavant, plus proche encore que dans &quot;La Nuit&quot;<em>.&nbsp;<\/em>Cette &eacute;pure, nous en trouvons le sens secret, le sens profond, dans le chant qu&rsquo;il &eacute;voque et invoque, au c&oelig;ur de son texte, &quot;Ani Maamin<em>&quot;.&nbsp;<\/em>Non pas le chant traditionnel, mais le&nbsp;<em>nigoun<\/em>&nbsp;qu&rsquo;il re&ccedil;ut d&rsquo;un miracul&eacute; d&rsquo;un ghetto de Pologne en 1943 (mais ce miracul&eacute; d&rsquo;un jour r&eacute;chappa-t-il &agrave; la guerre&nbsp;?), qu&rsquo;il ne vit qu&rsquo;une seule fois, &quot;Shabbat Shira&quot;, &agrave; la cour du Rabbi de Wizsnitz. Je l&rsquo;entendis chanter par Elie Wiesel deux fois, notamment lors de ce quasi &quot;miraculeux&quot; colloque de Cerisy que je lui avais consacr&eacute; en juillet 1995 et qu&rsquo;il b&eacute;nit de ses&nbsp;<em>nigounim<\/em>&nbsp;au d&icirc;ner de ce Shabbat&nbsp;<em>Houquat<\/em>, qu&rsquo;il pr&eacute;sida.<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\tCe chant d&rsquo;esp&eacute;rance infinie du peuple juif prend dans ce&nbsp;<em>nigoun<\/em>&nbsp;des accents jamais atteints port&eacute;s par le sentiment &agrave; la fois insignifiant et invuln&eacute;rable d&rsquo;appartenir au &quot;petit reste d&rsquo;Isra&euml;l&quot; &#8211; et ce que cela pouvait signifier au printemps 1943&nbsp;!<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t&quot;Tel est le miracle&nbsp;: une histoire sur le d&eacute;sespoir devenant une histoire contre le d&eacute;sespoir&quot;, &eacute;crit Wiesel &agrave; la fin de son livre. Et un chant sur le d&eacute;sespoir devenant un chant contre le d&eacute;sespoir.<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t<strong>Elie Wiesel nous revient de loin,<\/strong>&nbsp;de si loin, avec un chant terriblement p&eacute;n&eacute;trant et que nous n&rsquo;oublierons pas&hellip; Nous aimons ce livre comme nous aimons son auteur depuis le premier jour de notre rencontre b&eacute;nie, il y a bient&ocirc;t trente ans.<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t&nbsp;<\/p>\n<p style=\"background-color: rgb(252, 252, 232); \">\n\t* &quot;C&oelig;ur ouvert&quot;<em>,&nbsp;<\/em>Flammarion, 10 &euro;.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Elie Wiesel, &eacute;crivain qui transforme le d&eacute;sespoir en espoir &nbsp; Rescap&eacute; de la Shoah, l&#39;&eacute;crivain et prix Nobel de la paix Elie Wiesel a fr&ocirc;l&eacute; une seconde fois la mort lors d&#39;une intervention &agrave; c&oelig;ur ouvert. 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