{"id":3492,"date":"2016-07-27T00:35:28","date_gmt":"2016-07-27T00:35:28","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=3492"},"modified":"2016-07-26T23:51:56","modified_gmt":"2016-07-26T23:51:56","slug":"jerusalem-ou-le-choc-messianique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/jerusalem-ou-le-choc-messianique\/","title":{"rendered":"J\u00e9rusalem ou le choc messianique"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tJ&eacute;rusalem ou le choc messianique<\/p>\n<h2>\n\t&nbsp;<\/h2>\n<p>\n\tChaque ann&eacute;e, quelques centaines de touristes craquent &agrave; l&#39;&eacute;tranger, incitant certains sp&eacute;cialistes &agrave; parler de &laquo;syndromes du voyageur&raquo; tr&egrave;s contest&eacute;s. Quatri&egrave;me &eacute;tape de notre cartographie de ce ph&eacute;nom&egrave;ne avec les crises mystiques observ&eacute;es en Isra&euml;l.<\/p>\n<p><!--more--><\/p>\n<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\tJ&eacute;rusalem ou le choc messianique<\/p>\n<h2>\n\t&nbsp;<\/h2>\n<p>\n\tChaque ann&eacute;e, quelques centaines de touristes craquent &agrave; l&#39;&eacute;tranger, incitant certains sp&eacute;cialistes &agrave; parler de &laquo;syndromes du voyageur&raquo; tr&egrave;s contest&eacute;s. Quatri&egrave;me &eacute;tape de notre cartographie de ce ph&eacute;nom&egrave;ne avec les crises mystiques observ&eacute;es en Isra&euml;l.<\/p>\n<div id=\"article_text\">\n\t<\/p>\n<p>\n\t\tTouristes&nbsp;pris d&#39;un &eacute;trange acc&egrave;s de folie face &agrave; un tableau de ma&icirc;tre,routards&nbsp;en plein d&eacute;lire mystique sur les routes de l&#39;Inde,&nbsp;Japonais&nbsp;qui d&eacute;priment &agrave; Paris,&nbsp;vagabonds&nbsp;se prenant pour le Messie &agrave; J&eacute;rusalem,Robinsons occidentaux&nbsp;&eacute;chou&eacute;s sur les plages de Tahiti&#8230;&nbsp;Quelques centaines de voyageurs &laquo;d&eacute;compensent&raquo; chaque ann&eacute;e &agrave; divers points du globe au cours de ce que les psychiatres appellent &laquo;voyages pathologiques&raquo;, la grande majorit&eacute; de ces touristes ou expatri&eacute;s souffrant d&eacute;j&agrave; d&#39;un trouble psychiatrique avant leur d&eacute;part. Certains sp&eacute;cialistes font eux l&#39;hypoth&egrave;se de l&#39;existence d&#39;un &laquo;syndrome du voyageur&raquo;. Au-del&agrave; des d&eacute;finitions, une cartographie culturelle se dessine en pointill&eacute;s, comme si &laquo;l&agrave; o&ugrave; l&#39;on allait&raquo; d&eacute;lirer d&eacute;pendait aussi de &laquo;l&agrave; d&#39;o&ugrave; l&#39;on venait&raquo;. Tour du monde en cinq &eacute;tapes.<\/p>\n<div>\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<p>\n\t\tIls comptent parmi les curiosit&eacute;s locales de J&eacute;rusalem. On les croise dans la vieille ville, aux abords du&nbsp;Mur des lamentations&nbsp;et du&nbsp;d&ocirc;me du Rocher. Certains sont accoutr&eacute;s comme J&eacute;sus ou Abraham, portant une toge ou enroul&eacute;s dans des draps piqu&eacute;s &agrave; l&#39;h&ocirc;tel, tra&icirc;nent parfois une croix, tandis que d&#39;autres courent nus dans les rues, sur un mode Adam et &Egrave;ve. Ils errent en pr&ecirc;chant au milieu des touristes et se lancent dans de grands sermons rarement intelligibles, persuad&eacute;s qu&#39;ils sont investis d&#39;une mission divine.<\/p>\n<p>\n\t\tChaque ann&eacute;e, une trentaine de touristes en visite dans la ville trois fois sainte sont hospitalis&eacute;s au&nbsp;Centre psychiatrique de Kfar Shaul,situ&eacute; dans la vieille ville. Le &laquo;syndrome de J&eacute;rusalem&raquo; a &eacute;t&eacute; identifi&eacute; dans les ann&eacute;es 1990 par le psychiatre Ya&iuml;r Bar-El, ancien directeur du Centre, apr&egrave;s avoir vu d&eacute;filer des centaines de patients en proie au m&ecirc;me d&eacute;lire.&nbsp;&laquo;Il s&#39;agit d&#39;un petit nombre de touristes, dont la plupart ont des ant&eacute;c&eacute;dents psychiatriques importants, qui viennent chaque ann&eacute;e &agrave; J&eacute;rusalem et se prennent pour des personnages bibliques ou des messies. Ils utilisent J&eacute;rusalem comme une sc&egrave;ne ou une ar&egrave;ne pour jouer leur r&ocirc;le&raquo;,&nbsp;explique le docteur Moshe Kalian, psychiatre au minist&egrave;re de la Sant&eacute; isra&eacute;lienne et autre sp&eacute;cialiste du syndrome de J&eacute;rusalem.<\/p>\n<p>\n\t\tDeux tiers des victimes sont de confession juive, les autres sont chr&eacute;tiennes. Contact&eacute; afin de savoir si des ressortissants fran&ccedil;ais avaient &eacute;t&eacute; touch&eacute;s par ce syndrome ces derni&egrave;res ann&eacute;es, le consulat g&eacute;n&eacute;ral de France &agrave; J&eacute;rusalem n&#39;a pas souhait&eacute; r&eacute;pondre &agrave; nos questions.<\/p>\n<h3>\n\t\t&laquo;Besoin de chanter des psaumes&raquo;<\/h3>\n<p>\n\t\tContrairement aux psychiatres Graziella Magherini et R&eacute;gis Airault, qui affirment respectivement que&nbsp;le syndrome de Stendhal&nbsp;et&nbsp;le syndrome indien&nbsp;frapperaient des voyageurs en bonne sant&eacute; mentale, Ya&iuml;r Bar-El consid&egrave;re qu&#39;il touche &agrave; la fois des personnes avec et sans ant&eacute;c&eacute;dents psychiatriques. Il a &eacute;tabli une typologie pr&eacute;cise distinguant trois grands profils de victimes: les psychotiques, les personnes pr&eacute;sentant divers troubles mentaux &mdash;le voyage de ces deux cat&eacute;gories de personnes &eacute;tant motiv&eacute; par une conviction d&eacute;lirante ou bizarre&mdash;, et enfin celles qui n&#39;avaient pas de pathologie d&eacute;clar&eacute;e.<\/p>\n<p>\n\t\tCes derni&egrave;res sont rares: selon les r&eacute;sultats de l&#39;&eacute;tude, sur les 470 victimes recens&eacute;es entre 1979 et 1993, seules 42 n&#39;avaient pas d&#39;ant&eacute;c&eacute;dents psychiatriques. La plupart venaient de l&#39;Am&eacute;rique rurale et avaient re&ccedil;u une &eacute;ducation protestante tr&egrave;s stricte. Le psychiatre a donc &eacute;mis l&#39;hypoth&egrave;se que ces personnes auraient eu un choc en arrivant &agrave; J&eacute;rusalem car la ville ne correspondait pas &agrave; la repr&eacute;sentation id&eacute;alis&eacute;e qu&#39;elles en avaient.<\/p>\n<p>\n\t\tSept &eacute;tapes cliniques ont par ailleurs &eacute;t&eacute; identifi&eacute;es, telles que, par exemple,&nbsp;&laquo;l&#39;expression du d&eacute;sir de se d&eacute;tacher du groupe ou de la famille et de visiter J&eacute;rusalem seul&raquo;, &laquo;l&#39;obsession d&#39;&ecirc;tre pur et propre, avec prise de bains et douches, taille compulsive des&nbsp;ongles de mains et de pieds&raquo;&nbsp;ou encore&nbsp;&laquo;le besoin de crier, de hurler ou de chanter &agrave; haute voix des psaumes, des versets de la Bible, des hymnes religieux ou des negro spirituals&raquo;.<\/p>\n<p>\n\t\tApr&egrave;s une &agrave; deux semaines de traitement, les patients sont en g&eacute;n&eacute;ral capables de rentrer chez eux.&nbsp;&laquo;Le traitement d&eacute;pend de l&#39;&eacute;tat du patient, de son pass&eacute; psychiatrique et de la capacit&eacute; d&#39;&eacute;tablir un contact verbal avec lui&raquo;,&nbsp;explique Moshe Kalian.&nbsp;&laquo;Lorsque ceci est possible, nous essayons toujours de l&#39;aider &agrave; comprendre le contexte ou la raison de ce qu&#39;il lui est arriv&eacute;&raquo;.<\/p>\n<h3>\n\t\tAimant &agrave; fanatiques et excentriques<\/h3>\n<p>\n\t\tMais certains refusent de quitter la ville. Dans&nbsp;un reportage paru dans la revue isra&eacute;lienne&nbsp;Ariel,&nbsp;Leah Abramowitz d&eacute;crit quelques illumin&eacute;s qui se sont install&eacute;s &agrave; J&eacute;rusalem et qu&#39;on croise aux heures tardive aux abords du Mur des lamentations, &agrave; l&#39;instar de Motel&eacute;,&nbsp;&laquo;toujours de blanc v&ecirc;tu, portant barbe fleurie et grisonnante&raquo;:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\t&laquo;Des fois, pour la frime, il se tient sur le toit du grand rabbinat pour vocif&eacute;rer une pri&egrave;re. Les non-initi&eacute;s s&#39;imaginent que c&#39;est une voix c&eacute;leste et on en a vu m&ecirc;me qui s&#39;engagent au repentir, du moins pour la demi-heure qui suit.&raquo;<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\t\tAu cours de ses recherches, Moshe Kalian a trouv&eacute; des&nbsp; premi&egrave;res descriptions du syndrome remontant au 19&egrave;me si&egrave;cle, extraites des m&eacute;moires d&#39;habitants de J&eacute;rusalem et de r&eacute;cits de p&egrave;lerins. Bertha Spafford-Vester, fille de colons am&eacute;ricains &eacute;tablis en Isra&euml;l &agrave; la fin du 19&egrave;me si&egrave;cle, raconte ainsi dans ses m&eacute;moires:<\/p>\n<blockquote>\n<p>\n\t\t\t&laquo;J&eacute;rusalem attire toutes sortes de gens. Des fanatiques religieux et des excentriques d&eacute;rang&eacute;s mentalement &agrave; divers degr&eacute;s, qui semblent &ecirc;tre attir&eacute;s comme par un aimant dans la ville sainte. Certains d&#39;entre-eux&nbsp;[&hellip;]&nbsp;&eacute;taient des hommes et des femmes qui se prenaient pour des saints, des proph&egrave;tes, des pr&ecirc;tes, des messies et des rois.&raquo;<\/p>\n<\/blockquote>\n<p>\n\t\tLa &laquo;capitale &eacute;ternelle&raquo; d&#39;Isra&euml;l semble donc condamn&eacute;e &agrave; continuer d&#39;attirer ann&eacute;e apr&egrave;s ann&eacute;e, parmi le flot ininterrompu de p&egrave;lerins, une poign&eacute;e d&#39;illumin&eacute;s &agrave; la recherche d&#39;un d&eacute;cor &agrave; la hauteur de leur d&eacute;mesure.<\/p>\n<p>\n\t\tAnnabelle Georgen<\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; J&eacute;rusalem ou le choc messianique &nbsp; Chaque ann&eacute;e, quelques centaines de touristes craquent &agrave; l&#39;&eacute;tranger, incitant certains sp&eacute;cialistes &agrave; parler de &laquo;syndromes du voyageur&raquo; tr&egrave;s contest&eacute;s. 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