{"id":3686,"date":"2012-01-19T20:47:31","date_gmt":"2012-01-19T20:47:31","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=3686"},"modified":"2012-01-19T20:47:31","modified_gmt":"2012-01-19T20:47:31","slug":"cest-un-veritable-conflit-de-civilisation-qui-se-profile","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/cest-un-veritable-conflit-de-civilisation-qui-se-profile\/","title":{"rendered":"\u00ab C\u2019est un v\u00e9ritable conflit de civilisation qui se profile \u00bb"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&laquo; C&rsquo;est un v&eacute;ritable conflit de civilisation qui se profile &raquo;<\/p>\n<div class=\"outils-article\">\n<div class=\"comments-link-article\">\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<div class=\"custom-tweet-btn\" style=\"PADDING-BOTTOM: 0px; PADDING-LEFT: 6px; WIDTH: 95px; PADDING-RIGHT: 0px; HEIGHT: 23px; PADDING-TOP: 3px\">\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<div class=\"digg\">\n\t\t&nbsp;<\/div>\n<div style=\"FLOAT: left\">\n<div class=\"fb-like fb_edge_widget_with_comment fb_iframe_widget\" data-font=\"arial\" data-href=\"http:\/\/www.lenouveleconomiste.fr\/cest-un-veritable-conflit-de-civilisation-qui-se-profile-13423\/\" data-layout=\"button_count\" data-send=\"false\" data-show-faces=\"false\" data-width=\"100\" style=\"MARGIN: 3px 0px 0px 8px; WIDTH: auto\">\n\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/div>\n<p>\n\tArdavan Amir-Aslani, avocat et auteur de &laquo; La Guerre des Dieux &raquo; &ndash; A voix haute\n<\/p>\n<p>\n\tEn f&eacute;vrier dernier, tout le monde y croyait. Le Printemps arabe avait eu raison des dictatures du pass&eacute;. Un formidable &eacute;lan d&eacute;mocratique soufflait sur les pays musulmans. Un an plus tard, Ardavan Amir-Aslani rectifie. Ce n&rsquo;est pas &agrave; &ldquo;plus de d&eacute;mocratie, plus de droits de l&rsquo;homme et plus de la&iuml;cit&eacute;&rdquo; que ces soul&egrave;vements ont abouti, mais bien &ldquo;au mouvement inverse&rdquo;. D&rsquo;o&ugrave; sa suggestion de ne plus qualifier ces &eacute;v&eacute;nements de &ldquo;Printemps&rdquo; mais d&rsquo; &ldquo;Hiver arabe&rdquo;, seule image conforme, selon lui, &agrave; &ldquo;la r&eacute;gression in&eacute;luctable&rdquo; &agrave; laquelle vont mener ces r&eacute;volutions.<\/p>\n<p>\n\tLa vision est s&eacute;v&egrave;re. Le diagnostic, sans appel. C&rsquo;est que, pour l&rsquo;auteur de La Guerre des dieux, la descente du monde arabe dans ce qu&rsquo;il appelle son &ldquo;Moyen Age&rdquo; a d&eacute;j&agrave; commenc&eacute;. Depuis que, par les urnes ou sous couvert de conseils de transition, les islamistes ont remplac&eacute; les dictateurs. Depuis, surtout, que le fait religieux a fait intrusion dans la vie politique. Constat d&rsquo;autant plus inqui&eacute;tant qu&rsquo;il vaudrait pour l&rsquo;ensemble de la plan&egrave;te o&ugrave;, partout, se multiplient les &ldquo;irruptions du fait religieux en politique&rdquo;.<\/p>\n<p>\n\tUne tendance aux effets d&eacute;j&agrave; perceptibles &ndash; repli sur soi, mont&eacute;e des communautarismes, peur de l&rsquo;autre&hellip; &ndash; et qui devrait encore s&rsquo;accentuer avec la mondialisation qui, contrairement &agrave; une autre illusion largement r&eacute;pandue, ne nous m&egrave;nerait pas &ldquo;vers un monde homog&egrave;ne port&eacute; par des valeurs communes&rdquo; mais &ldquo;vers une segmentation de la communaut&eacute; plan&eacute;taire par ethnies et par religions&rdquo;. Seul espoir : voir la France assumer son r&ocirc;le essentiel de &ldquo;lien entre l&rsquo;Orient et l&rsquo;Occident&rdquo; en se souvenant, pendant qu&rsquo;il en est encore temps, de ses convictions r&eacute;publicaines. Celles-l&agrave; m&ecirc;mes qui, il y a plus de deux si&egrave;cles, lui ont permis, pr&eacute;cis&eacute;ment, de s&eacute;parer fait religieux et vie politique.<\/p>\n<p>\n\t<span style=\"PADDING-BOTTOM: 0px; MARGIN: 15px 0px 0px; PADDING-LEFT: 0px; WIDTH: 45px; PADDING-RIGHT: 0px; DISPLAY: block; FONT-FAMILY: serif; FLOAT: left; HEIGHT: 31px; FONT-SIZE: 50px; FONT-WEIGHT: bold; PADDING-TOP: 0px\">&ldquo;<\/span>Il y a un an, tout le monde a voulu voir dans le Printemps arabe une formidable avanc&eacute;e d&eacute;mocratique mais pour moi, c&rsquo;est le mouvement inverse qui s&rsquo;est produit. Loin d&rsquo;avoir l&rsquo;effet escompt&eacute;, ces r&eacute;volutions ont pouss&eacute; le monde arabe vers une r&eacute;gression en permettant l&rsquo;intrusion du fait religieux dans la vie politique. Et malheureusement, c&rsquo;est un constat qui, loin de se limiter &agrave; ces pays, doit &ecirc;tre g&eacute;n&eacute;ralis&eacute; puisque partout dans le monde, les r&eacute;actions et les orientations politiques apparaissent de plus en plus marqu&eacute;es par le fait religieux.<\/p>\n<p>\n\tL&rsquo;Am&eacute;rique &ndash; o&ugrave; l&rsquo;on pourchasse le m&eacute;decin qui pratique l&rsquo;IVG et o&ugrave; de plus en plus de candidats font campagne sur un message ultra-conservateur, &agrave; commencer par Michele Bachmann qui disait son message dict&eacute; par Dieu &ndash; en est un exemple. La Russie o&ugrave; l&rsquo;Eglise orthodoxe est de plus en plus pr&eacute;sente, en est un autre. M&ecirc;me chose en Chine, o&ugrave; le pouvoir s&rsquo;efforce d&rsquo;amoindrir le r&ocirc;le de l&rsquo;Eglise catholique sur place et bien s&ucirc;r en Afrique o&ugrave; le cas de la Libye, entre autres, est particuli&egrave;rement saisissant, les trois premi&egrave;res d&eacute;cisions du CNT ayant eu pour effet de r&eacute;tablir la charia, de l&eacute;galiser la polygamie et d&rsquo;interdire la mixit&eacute; &agrave; l&rsquo;&eacute;cole publique. Ce qui n&rsquo;est pas ce que j&rsquo;appellerais du progr&egrave;s.<\/p>\n<p>\n\t<strong>Religion et vie civile<\/strong><br \/>\n\tAutres exemples de cette pouss&eacute;e religieuse dans la vie civile comme dans le domaine politique : la Syrie, au sujet de laquelle l&rsquo;archev&ecirc;que de Beyrouth avait d&eacute;clar&eacute; : &ldquo;pourvu que Bachar al-Assad ne tombe pas, sinon, cela sera le massacre des chr&eacute;tiens de Syrie&rdquo;, l&rsquo;Egypte, o&ugrave; la minorit&eacute; chr&eacute;tienne fait r&eacute;guli&egrave;rement l&rsquo;objet de massacres, ou encore le Bahre&iuml;n dont personne ne parle parce qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;un royaume plus petit que Manhattan mais qui est le th&eacute;&acirc;tre d&rsquo;une quasi-apartheid. Le pays compte 25 % de sunnites, face &agrave; 75 % de chiites et cette majorit&eacute; fait l&rsquo;objet d&rsquo;un racisme absolu avec interdiction de servir dans l&rsquo;arm&eacute;e, d&rsquo;exercer des fonctions importantes dans la fonction publique, etc.<\/p>\n<p>\n\tEn Pologne, l&rsquo;Eglise est omnipr&eacute;sente sur le dossier de l&rsquo;avortement et en France, on constate quasi quotidiennement cette incursion de plus en plus marqu&eacute;e du religieux dans la vie publique. Que ce soit lorsque les Musulmans de France manifestent autour de la pol&eacute;mique sur le port du voile ou lorsqu&rsquo;une pi&egrave;ce de th&eacute;&acirc;tre d&eacute;cha&icirc;ne la col&egrave;re d&rsquo;extr&eacute;mistes chr&eacute;tiens. Quelle que soit la zone g&eacute;ographique, il suffit de regarder l&rsquo;actualit&eacute; pour constater que le fait religieux est en constante &eacute;ruption.<\/p>\n<p>\n\t<strong>&ldquo;Hiver arabe&rdquo;<\/strong><br \/>\n\tCette pouss&eacute;e religieuse est r&eacute;cente. Prenez un Larousse des ann&eacute;es 1977-78 : le terme de fondamentaliste n&rsquo;y figurait pas. Pas plus que celui d&rsquo;islamiste. Ce n&rsquo;est qu&rsquo;au d&eacute;but des ann&eacute;es 80, avec la r&eacute;volution iranienne, que ces termes font leur apparition dans le langage public. Parce que l&rsquo;ayatollah Khomeyni est arriv&eacute; au pouvoir et qu&rsquo;il a instaur&eacute; une th&eacute;ocratie. Pour moi, il est clair que tous les probl&egrave;mes du monde musulman d&eacute;coulent de cet &eacute;v&eacute;nement. La guerre en Iran-Irak, l&rsquo;opposition sunnites-chiites&hellip; Jusqu&rsquo;au Printemps arabe qui devait aboutir &agrave; plus de d&eacute;mocratie, plus de droits de l&rsquo;homme, plus de la&iuml;cit&eacute; mais qui, au final, avec cette nouvelle mixit&eacute; religieux-politique, a d&eacute;bouch&eacute; sur le mouvement inverse. C&rsquo;est pourquoi il faut cesser de parler de Printemps arabe et utiliser l&rsquo;expression ad&eacute;quate pour qualifier ces &eacute;v&eacute;nements.<\/p>\n<p>\n\tEn l&rsquo;occurrence, m&ecirc;me le terme d&rsquo;&ldquo;Automne arabe&rdquo; appara&icirc;t trop optimiste. Seul celui d&rsquo;&ldquo;Hiver arabe&rdquo; refl&egrave;te la r&eacute;alit&eacute; de ce qui va suivre. La r&eacute;gression in&eacute;luctable vers laquelle va mener ces r&eacute;volutions. Ce qui n&rsquo;est en r&eacute;alit&eacute; une surprise pour personne puisque toutes les diff&eacute;rentes dictatures de ces pays n&rsquo;&eacute;taient maintenues au pouvoir qu&rsquo;afin d&rsquo;emp&ecirc;cher la mont&eacute;e de l&rsquo;islamisme. Moubarak le disait : &ldquo;Si ce n&rsquo;est pas moi, ce sera les Fr&egrave;res musulmans.&rdquo; Et la suite a prouv&eacute; qu&rsquo;il avait raison. On a donc mis fin aux dictatures pour voir arriver au pouvoir des gens qui r&eacute;introduisent la charia dans la soci&eacute;t&eacute; civile. Des gens qui prennent par les urnes ou sous couvert de conseils de transition un pouvoir que, bien &eacute;videmment, ils ne restitueront jamais ; si bien qu&rsquo;ils vont d&eacute;truire le sch&eacute;ma d&eacute;mocratique qui les a eux-m&ecirc;mes amen&eacute;s au pouvoir. Et pour l&eacute;gitimer leur action, ils diront tenir leur pouvoir de Dieu.<\/p>\n<p>\n\t<strong>La mont&eacute;e de l&rsquo;islamisme<\/strong><br \/>\n\tC&rsquo;est l&rsquo;un des grands avantages de l&rsquo;islamisme : d&egrave;s lors que vous vous positionnez comme &eacute;tant celui qui mat&eacute;rialise la parole divine sur terre, comme une autorit&eacute; de fait, personne ne peut plus s&rsquo;opposer &agrave; vous. Celui qui le ferait serait un m&eacute;cr&eacute;ant, un infid&egrave;le. Hors de l&rsquo;islam, pas de salut. Voil&agrave; pourquoi cette religion implique forc&eacute;ment une forme pros&eacute;lytisme, de guerre sainte&hellip;<br \/>\n\tL&rsquo;autre atout des islamistes tient &eacute;videmment au fait qu&rsquo;ils sont les seuls &agrave; &ecirc;tre organis&eacute;s et pr&ecirc;ts &agrave; exercer le pouvoir, mais aussi au fait qu&rsquo;ils sont souvent la seule forme de gouvernement qui n&rsquo;a pas encore &eacute;t&eacute; essay&eacute;e par ces pays. Les Irakiens, par exemple, ont essay&eacute; le baasisme, le socialisme, le capitalisme, le sovi&eacute;tisme, l&rsquo;occidentalisme&hellip; et chaque fois, ils ont fini avec la m&ecirc;me corruption, les m&ecirc;mes trag&eacute;dies de soci&eacute;t&eacute;, la m&ecirc;me absence de d&eacute;mocratie. La seule chose qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas essay&eacute;e, c&rsquo;est l&rsquo;islam. Et comme le Coran est cens&eacute; d&eacute;tenir les r&eacute;ponses &agrave; toutes les questions qu&rsquo;on peut se poser, cela appara&icirc;t tr&egrave;s rassurant.<\/p>\n<p>\n\tC&rsquo;est pourquoi les pays arabes jusqu&rsquo;alors dot&eacute;s de r&eacute;gimes pro-occidentaux et s&eacute;culiers vont d&eacute;sormais conna&icirc;tre des r&eacute;gimes anti-occidentaux et religieux. Prenez le cas de l&rsquo;Egypte o&ugrave; les chr&eacute;tiens coptes sont pourchass&eacute;s dans les rues d&rsquo;Alexandrie et abattus par dizaines ; prenez celui du Pakistan et de l&rsquo;Afghanistan o&ugrave;, une fois les Am&eacute;ricains partis, les talibans vont revenir&hellip; Il n&rsquo;y a pas un exemple qui aille &agrave; l&rsquo;encontre de cette vision des choses. C&rsquo;est pourquoi j&rsquo;en suis convaincu : exception faite de l&rsquo;Iran qui a &eacute;t&eacute; le premier &agrave; entrer dans l&rsquo;islamisme et sera le premier &agrave; en sortir en grande partie parce que 75 % de sa population a moins de 35 ans et est &agrave; la fois &eacute;duqu&eacute;e et connect&eacute;e, le monde arabe va s&rsquo;orienter vers le fanatisme religieux.<\/p>\n<p>\n\t<strong>La double trag&eacute;die<\/strong><br \/>\n\tA l&rsquo;origine de ce mouvement, il y a la double trag&eacute;die du monde arabe. La premi&egrave;re est une trag&eacute;die philosophique qui tient au fait que l&rsquo;islam a connu sa Renaissance &ndash; avec l&rsquo;astronomie, les grands math&eacute;maticiens&hellip; &ndash; avant de basculer dans le Moyen Age tel qu&rsquo;il s&rsquo;appr&ecirc;te &agrave; le vivre aujourd&rsquo;hui : avec la polygamie, l&rsquo;id&eacute;e qu&rsquo;un homme vaut plus qu&rsquo;une femme et un musulman plus qu&rsquo;un chr&eacute;tien ou un juif, etc. Si bien que contrairement &agrave; l&rsquo;Occident, l&rsquo;&eacute;volution de ces pays prend la forme d&rsquo;une r&eacute;gression. La seconde trag&eacute;die du monde arabe est li&eacute;e au n&eacute;potisme qui a longtemps caract&eacute;ris&eacute; ces diff&eacute;rents Etats. Ben Ali est rest&eacute; au pouvoir 27 ans, Moubarak, 32 ans, Abdallah Saleh, au Yemen, 33 ans, Kadhafi, 42\u2008ans. A cela s&rsquo;ajoute l&rsquo;extr&ecirc;me corruption, dans des pays qui sont riches et dont la population est jeune, &eacute;duqu&eacute;e et sans avenir.<\/p>\n<p>\n\tCe qui explique qu&rsquo;en Alg&eacute;rie et au Maroc, les gens pr&eacute;f&egrave;rent nager &agrave; travers le d&eacute;troit de Gibraltar pour &ecirc;tre ensuite pourchass&eacute;s en Espagne plut&ocirc;t que de rester chez eux. Encore une fois ces pouvoirs-l&agrave; &eacute;taient maintenus par les dirigeants du monde entier pour une unique raison : leur effet stabilisateur. Aujourd&rsquo;hui que l&rsquo;on voit ces r&eacute;gimes dispara&icirc;tre et le changement arriver, &agrave; d&eacute;faut de pouvoir s&rsquo;y opposer, mieux vaut l&rsquo;accompagner dans l&rsquo;espoir de retarder l&rsquo;&eacute;clatement du conflit. Celui-ci aura lieu, c&rsquo;est in&eacute;luctable. Car pendant que le monde arabe va vivre son Moyen\u2008Age, le reste du monde va continuer &agrave; se mondialiser et &agrave; se moderniser si bien que c&rsquo;est un v&eacute;ritable conflit de civilisations qui se profile.<\/p>\n<p>\n\t<strong>Conflit de civilisations<\/strong><br \/>\n\tJe crois qu&rsquo;on est parti au moins pour un si&egrave;cle d&rsquo;hostilit&eacute;s. Celles-ci ne devraient pas prendre la forme d&rsquo;une guerre ouverte &ndash; l&rsquo;Occident a aujourd&rsquo;hui encore quelques atouts qui font que la guerre n&rsquo;est pas une option envisageable &ndash; mais plut&ocirc;t d&rsquo;un refus marqu&eacute; de l&rsquo;Occident en Orient et d&rsquo;un nombrilisme croissant en Occident. C&rsquo;est d&eacute;j&agrave; ce que l&rsquo;on voit aux Etats-Unis o&ugrave; les Am&eacute;ricains cherchent aujourd&rsquo;hui &agrave; se replier sur eux-m&ecirc;mes et affichent, dans leurs discours, un certain rejet de l&rsquo;Europe et de ses difficult&eacute;s actuelles. Un redressement &eacute;conomique aurait probablement un effet apaisant, mais il y a d&rsquo;autres crit&egrave;res &agrave; prendre en compte. L&rsquo;argent seul ne suffit pas. Aujourd&rsquo;hui, ce que les gens veulent retrouver en priorit&eacute;, c&rsquo;est leur dignit&eacute;. Cette dignit&eacute; que nous prenons pour un acquis en Occident et qui reste un r&ecirc;ve pour eux. Que la police ne les gifle pas quand ils passent dans la rue, qu&rsquo;elle ne leur fasse pas payer la ran&ccedil;on pour leur commerce&hellip;<\/p>\n<p>\n\tA cette revendication naturelle s&rsquo;ajoute une incapacit&eacute; &agrave; accepter et &agrave; respecter la diff&eacute;rence qui fait que les musulmans entre eux, sur leur propre territoire, ne parviennent pas &agrave; cohabiter. Comment pourraient-ils le faire avec le reste de la plan&egrave;te\u2008?<\/p>\n<p>\n\tDernier &eacute;l&eacute;ment aggravant : le fait que le monde arabe a une revanche &agrave; prendre sur son pass&eacute;. Ces pays ont &eacute;t&eacute; colonis&eacute;s, ils ont &eacute;t&eacute; humili&eacute;s, ils estiment qu&rsquo;ils continuent &agrave; l&rsquo;&ecirc;tre au travers du conflit Isra&euml;l-Palestine. Ils veulent s&rsquo;affirmer. Et aujourd&rsquo;hui, ils le font en rejetant nos valeurs. Le foulard dans les rues de Paris ou dans les rues du Caire, c&rsquo;est bien cela : le rejet patent d&rsquo;une valeur d&rsquo;&eacute;galit&eacute; entre l&rsquo;homme et la femme et, &agrave; travers lui, un d&eacute;ni de l&rsquo;acc&egrave;s de la femme au travail, &agrave; l&rsquo;&eacute;ducation. C&rsquo;est un refus de ce qu&rsquo;est l&rsquo;Occident. Et face &agrave; cela nous ne pouvons rester indiff&eacute;rents.<\/p>\n<p>\n\t<strong>La mondialisation<\/strong><br \/>\n\tEncore une fois cette tendance &agrave; la politisation du fait religieux est g&eacute;n&eacute;rale. Partout dans le monde, la religion entre en politique. Les gens se retranchent. Et loin de freiner cette tendance, la mondialisation a pour effet de l&rsquo;accentuer. Contrairement &agrave; ce qu&rsquo;on pense, on ne va pas vers un monde homog&egrave;ne port&eacute; par des valeurs universelles communes mais vers une segmentation de la communaut&eacute; plan&eacute;taire par ethnies, par religions. Pour moi, cela s&rsquo;explique par le fait que la religion est devenue un &eacute;l&eacute;ment identitaire et que, &agrave; l&rsquo;heure actuelle, on manque d&rsquo;autres &eacute;l&eacute;ments d&rsquo;identification. Le port du voile est un cri identitaire, tout comme la croix visible. Sauf que chez certains, ce n&rsquo;est que cela et chez d&rsquo;autres, c&rsquo;est l&rsquo;&eacute;l&eacute;ment dominant d&rsquo;une personnalit&eacute;, ce qui prime et l&rsquo;emporte sur toutes les valeurs occidentales.<\/p>\n<p>\n\tSi bien qu&rsquo;on ne va pas vers un melting-pot mais vers des s&eacute;parations de plus en plus marqu&eacute;es, avec tous les risques que cela comporte en mati&egrave;re de mont&eacute;e des communautarismes et l&rsquo;&eacute;ventualit&eacute; d&rsquo;aboutir &agrave; une situation o&ugrave; les gens ne s&rsquo;identifient que par leur communaut&eacute; religieuse. Pour l&rsquo;heure, la position europ&eacute;enne face &agrave; ces mutations est teint&eacute;e d&rsquo;ang&eacute;lisme. C&rsquo;est pourquoi il faut se ressaisir : penser aux droits de l&rsquo;homme, &agrave; la r&eacute;publique, aux valeurs de la r&eacute;volution qui ont permis de s&eacute;parer gouvernance politique et fait religieux\u2008; et parall&egrave;lement, &ecirc;tre conscient d&rsquo;un monde qui change et dans lequel on n&rsquo;est plus les premiers. Puisque quand on en est &agrave; envisager de faire appel &agrave; la Chine pour renflouer les banques europ&eacute;ennes, on cesse d&rsquo;&ecirc;tre cr&eacute;dible et on ne peut plus vivre sur la gloire du pass&eacute;.<\/p>\n<p>\n\t<strong>L&rsquo;exclusion<\/strong><br \/>\n\tDans ce contexte les sentiments s&rsquo;exacerbent. C&rsquo;est pour cela qu&rsquo;on voit resurgir les m&ecirc;mes th&egrave;ses suppos&eacute;ment rassurantes et port&eacute;es par le m&ecirc;me discours anti-immigration, s&eacute;curit&eacute;&hellip; Il faut bien comprendre qu&rsquo;aujourd&rsquo;hui, les craintes des gens ne se limitent pas &agrave; &ecirc;tre exclus du droit au travail. Cette peur-l&agrave;, on vit avec depuis 30 ans. Ce qu&rsquo;ils redoutent, c&rsquo;est l&rsquo;exclusion du droit au logement, du droit au soin, du droit &agrave; l&rsquo;&eacute;ducation. Il y a 40 ans, lorsqu&rsquo;on disait &ldquo;exclu&rdquo; on pensait &ldquo;ch&ocirc;meur&rdquo;. Aujourd&rsquo;hui, on pense &ldquo;SDF&rdquo;, ce qui montre bien &agrave; quel point le malaise social s&rsquo;est aggrav&eacute;. On n&rsquo;est plus seulement dans le &ldquo;je n&rsquo;ai pas de boulot&rdquo;, on est dans &ldquo;j&rsquo;ai mal&rdquo;.<\/p>\n<p>\n\tA l&rsquo;origine de tout cela il y a certes des facteurs &eacute;conomiques mais aussi cette incursion du religieux en politique et dans la vie civile qui g&eacute;n&egrave;re une peur de l&rsquo;autre. C&rsquo;est cette peur qui nous alimente l&rsquo;absence de dialogue et, insidieusement, nous m&egrave;ne au conflit.<\/p>\n<p>\n\t<strong>Le r&ocirc;le de la France<\/strong><br \/>\n\tEn d&eacute;pit de cette peur rampante, la France reste sans doute le seul pays, avec les Etats-Unis, &agrave; pouvoir s&rsquo;enorgueillir de porter le message universel, r&eacute;publicain et la&iuml;c. Ce qui explique qu&rsquo;elle a un r&ocirc;le majeur &agrave; jouer dans le contexte actuel : elle doit &ecirc;tre un lien entre l&rsquo;Orient et l&rsquo;Occident, entre l&rsquo;Est et l&rsquo;Ouest, comme elle l&rsquo;a d&rsquo;ailleurs toujours &eacute;t&eacute;. Et pourtant, elle semble absente. D&eacute;tach&eacute;e des enjeux du moment. Sa politique &eacute;trang&egrave;re est int&eacute;gralement calqu&eacute;e sur celle des Etats-Unis et pendant ce temps, le vide qu&rsquo;elle laisse n&rsquo;est pas combl&eacute;. C&rsquo;est dans cet espace laiss&eacute; vacant, dans cette absence de lien avec l&rsquo;Occident et ses valeurs que s&rsquo;engouffrent les islamistes et que le ressentiment enfle. Et que se passe-t-il lorsque les v&eacute;hicules de transmission de valeurs cessent d&rsquo;&ecirc;tre pr&eacute;sents ? On s&rsquo;enracine chez soi et on regarde l&rsquo;autre en face avec envie.<\/p>\n<p>\n\t<strong>Politique &eacute;trang&egrave;re<\/strong><br \/>\n\tLe malaise est encore accentu&eacute; par le fait que la politique &eacute;trang&egrave;re de la France sur le Moyen-Orient et sur le monde musulman dans son ensemble est une politique marqu&eacute;e dont les entreprises fran&ccedil;aises paient le prix. Car il est bien clair que, pour elles, l&rsquo;obtention de grands contrats au sein de ces pays du monde arabe est associ&eacute;e &agrave; l&rsquo;image de la France l&agrave;-bas. Ce qui fait du choix d&rsquo;une entreprise fran&ccedil;aise un choix politique autant qu&rsquo;&eacute;conomique. Or certaines positions politiques de la France sont per&ccedil;ues comme injustes ou excessives. Comme le fait que le gouvernement fran&ccedil;ais ait pu &ecirc;tre proche de Ben Ali et totalement oppos&eacute; &agrave; Ahmadinejad. Ou encore que Kadhafi, qui &eacute;tait un fou furieux, ait &eacute;t&eacute; re&ccedil;u &agrave; Paris et ait pu planter sa tente dans les jardins de l&rsquo;Elys&eacute;e alors que, parall&egrave;lement, ce m&ecirc;me gouvernement fran&ccedil;ais appelle au boycott de la Banque centrale iranienne. Pourquoi composer avec certaines dictatures et se montrer inflexibles avec d&rsquo;autres ? C&rsquo;est ce qui, pour beaucoup, reste difficile &agrave; comprendre.<\/p>\n<p>\n\t<strong>Repli sur soi<\/strong><br \/>\n\tPour toutes ces raisons, j&rsquo;ai du mal &agrave; croire en un avenir proche apais&eacute; entre Orient et Occident ; en une cohabitation sereine et respectueuse des diff&eacute;rences de chacun. Ce que je vois se profiler, en revanche, c&rsquo;est un monde occidental repli&eacute; sur lui-m&ecirc;me avec des &eacute;changes extr&ecirc;mement difficiles avec le monde musulman. Les visas vont &ecirc;tre de plus en plus rares et le dialogue de plus en plus t&eacute;nu. Tant sur le plan culturel que militaire, parce que toute la communaut&eacute; &eacute;duqu&eacute;e de ces pays voudra fuir et que, bien &eacute;videmment, l&rsquo;Europe ne pourra accueillir tout le monde. Et c&rsquo;est pourquoi le r&eacute;veil pour tous ces pays qui croyaient avoir gagn&eacute; leur libert&eacute; promet d&rsquo;&ecirc;tre brutal. Lorsque les gens r&eacute;aliseront que les bouleversements r&eacute;cents ont entra&icirc;n&eacute; une forte diminution de la manne que repr&eacute;sentait pour eux le tourisme, lorsqu&rsquo;ils prendront conscience de qui d&eacute;tient d&eacute;sormais le pouvoir et des effets induits sur la vie civile et que, au final, ils se retrouveront encore plus d&eacute;munis aujourd&rsquo;hui, dans cette soi-disant libert&eacute;, qu&rsquo;il y a un an. Pire que tout, les gens vont constater &ndash; beaucoup l&rsquo;ont d&rsquo;ailleurs d&eacute;j&agrave; fait &ndash; que les dictateurs sont peut-&ecirc;tre partis, mais que les dictatures demeurent. Via ce qui reste de leur gouvernement, de leur arm&eacute;e ou via les islamistes.<span style=\"PADDING-BOTTOM: 0px; MARGIN: 15px 0px 0px; PADDING-LEFT: 0px; PADDING-RIGHT: 0px; DISPLAY: block; FONT-FAMILY: serif; FLOAT: right; FONT-SIZE: 50px; FONT-WEIGHT: bold; PADDING-TOP: 0px\">&rdquo;<\/span><\/p>\n<div style=\"PADDING-BOTTOM: 0px; PADDING-LEFT: 0px; PADDING-RIGHT: 0px; BORDER-TOP: #727272 4px solid; PADDING-TOP: 10px\">\n<p>\n\t\t<span style=\"COLOR: #2a2a2a; FONT-SIZE: 18px; FONT-WEIGHT: bold\">Bio express<\/span><br \/>\n\t\t<span style=\"DISPLAY: block; FONT-WEIGHT: bold\">Sp&eacute;cialiste en droit et en dieux <\/span><\/p>\n<p>\n\t\tSp&eacute;cialiste de droit public international, conseil aupr&egrave;s des Etats en investissements &eacute;trangers et finance islamique, expert en r&eacute;flexion strat&eacute;gique &agrave; l&rsquo;&eacute;chelle internationale &ndash; notamment en mati&egrave;re de r&eacute;cup&eacute;ration d&rsquo;actifs d&eacute;tourn&eacute;s, de recouvrement de jumbo-cr&eacute;ances et de corruption d&rsquo;agents publics -, Ardavan Amir-Aslani, docteur en droit et avocat au barreau de Paris, a d&rsquo;abord us&eacute; de son expertise en droit public international pour s&rsquo;en b&acirc;tir une autre, plus large, dans le domaine de la g&eacute;o-politique et des relations internationale. A 46 ans, cet Iranien d&rsquo;origine aujourd&rsquo;hui associ&eacute; au sein d&rsquo;un grand cabinet de l&rsquo;avenue Montaigne est d&eacute;sormais sp&eacute;cialiste en g&eacute;ostrat&eacute;gie du Proche-Orient et en th&eacute;ologie compar&eacute;e. Statut qui lui vaut d&rsquo;&ecirc;tre r&eacute;guli&egrave;rement consult&eacute; par des commissions parlementaires et militaires, en France comme &agrave; l&rsquo;&eacute;tranger, sur les enjeux politiques et g&eacute;ostrat&eacute;giques du Moyen-Orient.<\/p>\n<p>\n\t\tNomm&eacute; &agrave; l&rsquo;Institut des hautes &eacute;tudes de d&eacute;fense nationale en juin 2000, fondateur de l&rsquo;Association des orientalistes de France et pr&eacute;sident de la chambre de commerce France-Azerba&iuml;djan, il est l&rsquo;auteur de plusieurs ouvrages portant sur les relations internationales. Dernier en date : La Guerre des dieux, G&eacute;opolitique de la spiritualit&eacute;, paru en 2011 aux &eacute;ditions Nouveau Monde, pr&eacute;sente la religion comme le nouveau facteur d&eacute;terminant dans la qu&ecirc;te identitaire des nations et dans la construction &agrave; venir des relations internationales.<\/p>\n<\/div>\n<p>\n\t<em>Par Caroline Castets<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &laquo; C&rsquo;est un v&eacute;ritable conflit de civilisation qui se profile &raquo; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; Ardavan Amir-Aslani, avocat et auteur de &laquo; La Guerre des Dieux &raquo; &ndash; A voix haute En f&eacute;vrier dernier, tout le monde y croyait. Le Printemps arabe avait eu raison des dictatures du pass&eacute;. Un formidable &eacute;lan d&eacute;mocratique soufflait&hellip;&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":16668,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"neve_meta_sidebar":"","neve_meta_container":"","neve_meta_enable_content_width":"","neve_meta_content_width":0,"neve_meta_title_alignment":"","neve_meta_author_avatar":"","neve_post_elements_order":"","neve_meta_disable_header":"","neve_meta_disable_footer":"","neve_meta_disable_title":"","_themeisle_gutenberg_block_has_review":false,"footnotes":""},"categories":[53,24,116,70,30,21,10,32,42,36,11,14,44,26,1],"tags":[],"class_list":["post-3686","post","type-post","status-publish","format-standard","has-post-thumbnail","hentry","category-afrique","category-ben-ali","category-beyrouth","category-chine","category-egypte","category-etats-unis","category-france","category-iran","category-iraq","category-libye","category-moyen-orient","category-paris","category-russie","category-syrie","category-uncategorized"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3686","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=3686"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/3686\/revisions"}],"wp:featuredmedia":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media\/16668"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=3686"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=3686"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=3686"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}