{"id":3696,"date":"2015-05-26T23:13:15","date_gmt":"2015-05-26T23:13:15","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=3696"},"modified":"2015-05-26T23:57:12","modified_gmt":"2015-05-26T23:57:12","slug":"juif-arabe-une-identite-confisquee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/juif-arabe-une-identite-confisquee\/","title":{"rendered":"\u00ab Juif arabe \u00bb: une identit\u00e9 confisqu\u00e9e"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t&laquo; Juif arabe &raquo;: une identit&eacute; confisqu&eacute;e<\/p>\n<p class=\"comments\">\n\t&nbsp;<\/p>\n<div class=\"main\">\n<p>\n\t\tEtre &agrave; la fois juif et arabe: cette identit&eacute; peut para&icirc;tre risible voire totalement d&eacute;nu&eacute;e de sens. Pourtant mes anc&ecirc;tres l&rsquo;ont port&eacute;e sans complexe pendant des si&egrave;cles. Avant qu&rsquo;elle ne soit sacrifi&eacute;e sur l&rsquo;autel du colonialisme europ&eacute;en, du sionisme et du nationalisme arabe. Et pour cause: hormis, quelques centaines de juifs vivant encore &ccedil;a et l&agrave; dans le monde arabe, cette communaut&eacute; tr&egrave;s ancienne a quasiment disparu aujourd&rsquo;hui. Retour sur ce pass&eacute; r&eacute;volu, effac&eacute; de la m&eacute;moire collective en Orient comme en Occident.<\/p>\n<div class=\"mceTemp mceIEcenter\">\n<div class=\"mceTemp mceIEcenter\">\n<div class=\"mceTemp mceIEcenter\">\n<div class=\"wp-caption aligncenter\" id=\"attachment_394\">\n\t\t\t\t\t&nbsp;<\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\tQuoi de plus normal pour un fran&ccedil;ais d&rsquo;origine tunisienne que de se sentir concern&eacute;, affect&eacute;, par les &eacute;v&egrave;nements politiques ayant secou&eacute; la Tunisie ? Si j&rsquo;avais des proches l&agrave; bas, sans doute aurais-je &eacute;t&eacute; pr&eacute;occup&eacute; par leur sort. Sans doute aurais-je ressenti une certaine fiert&eacute; &agrave; l&rsquo;id&eacute;e &ldquo;d&rsquo;appartenir&rdquo; &agrave; ce peuple courageux. Or, si depuis la r&eacute;volution du jasmin, je ressens moi aussi une certaine &eacute;motion, c&rsquo;est pour une raison contraire: le fait de ne pouvoir justement partager ce sentiment alors que toute ma famille est originaire de l&agrave; bas. En effet, mon p&egrave;re est n&eacute; &agrave; Sousse (une des villes frapp&eacute;e par les r&eacute;centes &eacute;meutes), il y a grandi jusqu&rsquo;&agrave; ses vingt ans, avant de quitter le pays dans les ann&eacute;es soixante. Il n&rsquo;a obtenu la nationalit&eacute; fran&ccedil;aise qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;&acirc;ge de quarante ans, lors de son mariage avec ma m&egrave;re, &laquo; soussienne &raquo; comme lui. Pour sa part, elle a quitt&eacute; la Tunisie avec sa famille en 1962, plusieurs ann&eacute;es apr&egrave;s l&rsquo;ind&eacute;pendance du pays.<strong> <\/strong><\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>La faute &agrave; l&rsquo;Histoire<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tAlors pourquoi ma famille, tunisienne &agrave; 100 %,comme moi-m&ecirc;me, ne pouvons ressentir la m&ecirc;me &laquo; implication &eacute;motionnelle &raquo; face aux &eacute;v&egrave;nements en Tunisie? A qui la faute? Je n&rsquo;ai trouv&eacute; qu&rsquo;un seul responsable : l&rsquo;Histoire. Et quelle histoire? Celle des relations riches et complexes entre juifs et arabes en terre d&rsquo;islam. Car en effet, notre seule diff&eacute;rence, face &agrave; une famille tunisienne &laquo; classique &raquo;, (disons arabe, m&ecirc;me si, le terme &laquo; musulmane &raquo; est d&eacute;sormais de rigueur, climat islamophobe oblige), c&rsquo;est que nous sommes juifs. Juifs tunisiens. Ou encore &laquo; tunes &raquo;, dixit le milieu communautaire juif parisien.<\/p>\n<p>\n\t\tSi des films comme la &laquo; V&eacute;rit&eacute; si je mens &raquo; ont popularis&eacute; la culture jud&eacute;o-nord africaine en France (via les clich&eacute;s d&eacute;sormais &eacute;cul&eacute;s sur les juifs du sentier), il faut reconna&icirc;tre que l&rsquo;histoire de mes anc&ecirc;tres est loin d&rsquo;avoir marqu&eacute; la pens&eacute;e occidentale. Et pour cause: comment les &laquo; juifs arabes &raquo;, d&eacute;sign&eacute;s comme &laquo; s&eacute;farades &raquo;, pouvaient parler de leur histoire face &agrave; la pr&eacute;dominance d&rsquo;une culture juive europ&eacute;enne, celle des &laquo; ashk&eacute;nazes &raquo;, inventeurs du yiddish et victimes de la Shoah? Et puis, qui aurait voulu s&rsquo;int&eacute;resser &agrave; ce petit million de gens qui a v&eacute;cu dans le monde arabe jusqu&rsquo;&agrave; la moiti&eacute; du vingti&egrave;me si&egrave;cle: plus de 100 000 en Tunisie ou en Alg&eacute;rie, 250 000 au Maroc, 75 000 en Egypte ou encore 130 000 en Irak, etc.? Dans ce contexte actuel d&rsquo;h&eacute;g&eacute;monie occidentale, il n&rsquo;y avait de la place que pour une seule m&eacute;moire juive.<\/p>\n<div class=\"mceTemp mceIEcenter\">\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t\t&nbsp;<\/p>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\t<strong>Faire table rase du pass&eacute;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tC&rsquo;est d&rsquo;ailleurs pourquoi l&rsquo;&laquo; extinction &raquo; de notre civilisation en quelques d&eacute;cennies &agrave; peine, s&rsquo;est d&eacute;roul&eacute;e dans l&rsquo;indiff&eacute;rence la plus totale. Une histoire que le monde entier semble vouloir oublier, occulter, comme si elle n&rsquo;avait jamais exist&eacute;: aussi bien les arabes, surtout ceux de la jeune g&eacute;n&eacute;ration, que les occidentaux, presque tous ignorants de ce riche pass&eacute;. Sans oublier les juifs orientaux eux m&ecirc;mes enclins &agrave; faire table rase de leur pass&eacute;. En effet, combien d&rsquo;entre eux nient-ils aujourd&rsquo;hui leur arabit&eacute; et par cons&eacute;quent leur propre identit&eacute;? Et surtout, quelle souffrance faut-il ressentir pour tomber dans un tel d&eacute;ni identitaire? Pourtant, l&rsquo;histoire juive arabe est belle et bien termin&eacute;e. Trop tard pour faire machine arri&egrave;re ! Moi-m&ecirc;me, j&rsquo;ai perdu toute &laquo; tunisianit&eacute; &raquo;. On me l&rsquo;a confisqu&eacute;e. Car mes parents n&rsquo;ont pu me la transmettre. Avant leur naissance, elle avait d&eacute;j&agrave; &eacute;t&eacute; sacrifi&eacute;e sur l&rsquo;autel du colonialisme europ&eacute;en, pour &ecirc;tre ensuite pi&eacute;tin&eacute;e par le sionisme et le nationalisme arabe.<\/p>\n<p>\n\t\tFaire fi de cette &laquo; Histoire &raquo;, o&ugrave; plut&ocirc;t tenter de la r&eacute;&eacute;crire, voil&agrave; le cr&eacute;neau de tous ceux qui veulent pr&eacute;senter les juifs et les arabes comme des peuples historiquement ennemis. Mensonges! Le fait m&ecirc;me d&rsquo;opposer ces deux identit&eacute;s a longtemps &eacute;t&eacute; &eacute;tranger au monde arabe.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Le statut de &laquo; dhimmi &raquo;<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tCertes, gare &agrave; l&rsquo;ang&eacute;lisme. Loin de moi la volont&eacute; de dresser un portrait 100 % &eacute;logieux de la condition juive en terre d&rsquo;islam. D&rsquo;ailleurs mes anc&ecirc;tres ne savent que trop bien la complexit&eacute; d&rsquo;avoir v&eacute;cu en minorit&eacute; dans cette r&eacute;gion. Comme ils le r&eacute;p&egrave;tent &agrave; l&rsquo;envie, ils &eacute;taient soumis, &agrave; l&rsquo;instar des chr&eacute;tiens, &agrave; un statut sp&eacute;cifique, celui de &laquo; dhimmis &raquo;. Sa sp&eacute;cificit&eacute;, selon les historiens: accorder au travers d&rsquo;un pacte ou d&rsquo;un contrat &agrave; la fois protection et libert&eacute; religieuses aux &laquo; peuples du livre &raquo; moyennant un panel de restrictions: paiement de la &laquo; jizya &raquo;, un lourd imp&ocirc;t, interdiction de construire de nouveaux lieux de culte, de faire du pros&eacute;lytisme&hellip; Citoyens de seconde zone, les juifs et les chr&eacute;tiens &eacute;taient &eacute;galement soumis &agrave; l&rsquo;arbitraire des dirigeants. Ainsi, les califes les moins tol&eacute;rants pouvaient leur imposer le port de v&ecirc;tements distinctifs, leur interdir de poss&eacute;der un animal ou de se d&eacute;placer avec, etc. Sans oublier les massacres et pogroms &agrave; leur encontre, loin d&rsquo;avoir &eacute;t&eacute; inexistants.<\/p>\n<p>\n\t\tToutefois, nombre de juifs orientaux, &agrave; l&rsquo;instar d&rsquo;essayistes douteux comme la britannique <em>Bat Ye<\/em><em>&lsquo;<\/em><em>or<\/em><em>,<\/em> instrumentalisent ces &eacute;v&egrave;nements pour (se) convaincre du caract&egrave;re 100 % tragique de leur condition pass&eacute;e en terre d&rsquo;islam. Pire, abreuv&eacute;s par l&rsquo;id&eacute;ologie victimaire v&eacute;hicul&eacute;e par l&rsquo;Etat h&eacute;breu, ils vont jusqu&rsquo;&agrave; faire l&rsquo;analogie entre leur histoire et celle des juifs europ&eacute;ens, marqu&eacute;e par un antijuda&iuml;sme et un antis&eacute;mitisme des plus f&eacute;roces. Pourtant, la jud&eacute;ophobie, dans sa forme la plus extr&ecirc;me, ne vient pas des pays arabes. Tous les historiens dignes de ce nom, s&rsquo;accordent aujourd&rsquo;hui sur ce point. En effet, alors que les juifs de l&rsquo;Europe chr&eacute;tienne, d&eacute;sign&eacute;s comme les &laquo; assassins du Christ &raquo;, vivaient au gr&eacute; des croisades, pogroms, expulsions, etc., mes anc&ecirc;tres, eux, ont pu nouer des rapports (relativement) harmonieux avec leurs voisins arabo-musulmans. Une entente pr&eacute;caire, mais propice &agrave; l&rsquo;expansion d&rsquo;une culture jud&eacute;o-arabe originale, bas&eacute;e sur la mixit&eacute; des rites culturels, culinaires, etc.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Un exode in&eacute;luctable <\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tSeul un &eacute;v&eacute;nement suffit pourtant &agrave; sonner le glas de cette civilisation: le colonialisme europ&eacute;en. Comment? En usant d&rsquo;une technique des plus efficaces: celle du diviser pour mieux r&eacute;gner. Comme les m&eacute;tis dans les Antilles, les juifs orientaux, de part leur long pass&eacute; migratoire, constituaient une &laquo; ethnie &raquo; plus h&eacute;t&eacute;rog&egrave;ne que les arabes. D&egrave;s lors, il &eacute;tait facile pour les Europ&eacute;ens de s&rsquo;appuyer sur cette population, plus mixte culturellement, pour implanter leur syst&egrave;me colonial.<\/p>\n<p>\n\t\tPour les juifs les plus r&eacute;calcitrants, l&rsquo;adh&eacute;sion au colonialisme s&rsquo;est faite par la contrainte via leur acculturation forc&eacute;e aux modes de vie europ&eacute;ens. Exemple flagrant avec le d&eacute;cret Cr&eacute;mieux qui imposa en 1870 la nationalit&eacute; fran&ccedil;aise aux juifs d&rsquo;Alg&eacute;rie. Un d&eacute;cret appliqu&eacute; partiellement en Tunisie et au Maroc, o&ugrave; les mouvements de r&eacute;sistance &agrave; l&rsquo;occidentalisation furent nombreux. Mais le rouleau compresseur europ&eacute;en a &eacute;t&eacute; plus fort. Et l&rsquo;in&eacute;vitable francisation commen&ccedil;a au Maghreb, o&ugrave; les juifs quitt&egrave;rent peu &agrave; peu leur &laquo; mellah &raquo; ou &laquo; hara &raquo; (vieilles villes juives marocaines et tunisiennes) pour s&rsquo;installer dans les centres villes europ&eacute;anis&eacute;s. Alphab&eacute;tisation, acc&egrave;s aux progr&egrave;s m&eacute;dicaux, adoption des codes vestimentaires occidentaux : en quelques d&eacute;cennies, les juifs sont devenus des &eacute;trangers dans leurs propres pays. Des &laquo; tra&icirc;tres &raquo; qui profitaient du colonialisme alors que la majorit&eacute; arabe, elle, en p&acirc;tissait. L&rsquo;in&eacute;luctable divorce entre les deux communaut&eacute;s s&rsquo;effectuera d&egrave;s l&rsquo;ind&eacute;pendance des pays arabes, &eacute;l&eacute;ment d&eacute;clencheur de l&rsquo;exil des juifs. En Egypte, Syrie et Liban, leur exode aura lieu plus t&ocirc;t encore. D&egrave;s la cr&eacute;ation d&rsquo;Isra&euml;l en 1948, symbole de d&eacute;faite pour ses pays frontaliers, tous les juifs seront contraints de fuir la r&eacute;gion.<\/p>\n<p>\n\t\tAu nombre d&rsquo;un million en 1948, les juifs du monde arabe ne sont plus aujourd&rsquo;hui que quelques centaines. Qu&rsquo;ils aient &eacute;t&eacute; chass&eacute;s ou qu&rsquo;ils soient partis de leur &laquo; plein gr&eacute; &raquo;, ils ont g&eacute;n&eacute;ralement v&eacute;cu cette exp&eacute;rience de fa&ccedil;on traumatisante. D&rsquo;autant que dans la majeure partie des cas, cet exode s&rsquo;est pr&eacute;c&eacute;d&eacute; de discriminations, limogeages, pillages, pogroms (celui de Constantine en 1934, du Farhoud &agrave; Bagdad en 1941, etc.) qui ont peu &agrave; peu conduit les juifs au d&eacute;part. Une spirale de violences d&eacute;clench&eacute;e par un nationalisme arabe, puis musulman des plus exacerb&eacute;s excluant les juifs de la communaut&eacute; nationale, qu&rsquo;elle que soit leur sensibilit&eacute; politique: anticolonialiste, antisioniste, etc.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Citoyens de seconde zone<\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tRappelons le, l&rsquo;id&eacute;ologie sioniste a longtemps &eacute;t&eacute; &eacute;trang&egrave;re aux juifs du monde arabe. Ce r&ecirc;ve de cr&eacute;ation d&rsquo;un foyer national en Palestine n&rsquo;&eacute;tait pas le leur, mais bien celui de leurs correl&eacute;gionnaires europ&eacute;ens. Aussi, il faudra attendre la fin de la d&eacute;colonisation avant qu&rsquo;ils d&eacute;cident de faire leur &laquo; aliyah &raquo; (&laquo; retour en Isra&euml;l &raquo;). Mais une fois sur place, ce fut la d&eacute;sillusion pour la majorit&eacute; d&rsquo;entre eux. Consid&eacute;r&eacute;s par les isra&eacute;liens (&agrave; majorit&eacute;, de culture occidentale), comme des citoyens de seconde zone, ces juifs au physique d&rsquo;arabe seront souvent trait&eacute;s comme du b&eacute;tail. D&rsquo;ailleurs, dans son tr&egrave;s beau film les &laquo; 12 enfants du rabbin &raquo;, Ya&euml;l Bitton raconte avec &eacute;moi comment sa famille, originaire du Maroc, est tomb&eacute;e en d&eacute;su&eacute;tude une fois immigr&eacute;e en Isra&euml;l. En effet, comme nombre de juifs arabes, ils ont &eacute;t&eacute; parqu&eacute;s, d&egrave;s leur arriv&eacute;e, dans des cit&eacute;s dortoirs. Pire, dans certains cas, les enfants seront s&eacute;par&eacute;s de leurs parents, afin d&rsquo;&ecirc;tre &laquo; r&eacute;&eacute;duqu&eacute;s&raquo; &agrave; l&rsquo;isra&eacute;lienne. Cantonn&eacute;s aux m&eacute;tiers les plus fastidieux, ils ne b&eacute;n&eacute;ficieront de perspective d&rsquo;&eacute;volution en Isra&euml;l qu&rsquo;&agrave; partir des ann&eacute;es 90.<\/p>\n<p>\n\t\tMais &agrave; quel prix? D&eacute;racin&eacute;s, humili&eacute;s, combien d&rsquo;entre eux ont du gommer leur origine pour se conformer au mod&egrave;le dominant? Combien adoptent aujourd&rsquo;hui m&ecirc;me les costumes en noirs des &laquo; haredim &raquo; (juifs orthodoxes d&rsquo;Europe de l&rsquo;Est) pour justifier leur appartenance au &laquo; peuple d&rsquo;Isra&euml;l &raquo;? Au final, ils ont &eacute;t&eacute; d&eacute;poss&eacute;d&eacute;s de leurs racines par le m&ecirc;me processus historique que celui qui a spoli&eacute; les Palestiniens: la haine de l&rsquo;arabe. Une spoliation identitaire qui s&rsquo;est renforc&eacute;e au fil des guerres au Proche Orient. A tel point que les juifs arabes ont d&ucirc;, en Isra&euml;l comme ailleurs, se fa&ccedil;onner une autre image : celle du sioniste pur et dur, d&eacute;sormais hostile aux Palestiniens desquels il faut se distinguer. M&ecirc;me en France, combien accordent-ils d&eacute;sormais un soutien aveugle, inconditionnel, &agrave; l&rsquo;Etat h&eacute;breu, et de fait, &agrave; sa politique ultra r&eacute;pressive? Il faut voir ces fran&ccedil;ais &laquo; s&eacute;farades &raquo; plein d&rsquo;affect d&egrave;s qu&rsquo;on leur parle du soldat Shalit, emprisonn&eacute; par le Hamas entre 2006 et 2011. Mais remplis de ressentiment d&egrave;s qu&rsquo;on leur met en &eacute;vidence les souffrances endur&eacute;es par les enfants palestiniens.<\/p>\n<p>\n\t\tA une &eacute;poque o&ugrave; il est fortement d&eacute;conseill&eacute; d&rsquo;&ecirc;tre &agrave; la fois juif et arabe, ma &laquo; communaut&eacute; &raquo; a d&ucirc; faire un choix. Choisir d&rsquo;&ecirc;tre juive &agrave; la mani&egrave;re dont l&rsquo;Etat d&rsquo;Isra&euml;l l&rsquo;impose. Une r&eacute;alit&eacute; &agrave; laquelle j&rsquo;ai bien du mal &agrave; me r&eacute;soudre. Alors parfois, j&rsquo;ose imaginer un autre d&eacute;nouement. Celui o&ugrave; les juifs arabes auraient &eacute;t&eacute; assez forts pour ne pas se laisser manipuler par les id&eacute;ologies nationalistes des uns et des autres. O&ugrave; ils lutteraient, aujourd&rsquo;hui encore, contre cette opposition binaire entre jud&eacute;&iuml;t&eacute; et arabit&eacute; qui ne laisse aucune place aux identit&eacute;s complexes. Et qui entrave surtout toute perspective de paix au Proche Orient.<\/p>\n<p>\n\t\t&nbsp;<\/p>\n<p>\n\t\t<strong>Zoom: La m&eacute;moire de la Shoah, marqueur identitaire des juifs arabes <\/strong><\/p>\n<p>\n\t\tEn imposant l&rsquo;id&eacute;ologie sioniste aux juifs arabes, leurs correl&eacute;gionnaires europ&eacute;ens leur ont aussi transmis un autre marqueur identitaire, et pas des moindres: la m&eacute;moire (parfois excessive?) de la Shoah. En effet, si les juifs &laquo; s&eacute;farades &raquo; montent souvent au cr&eacute;neau d&egrave;s qu&rsquo;on aborde le conflit au Proche Orient, ils affichent &eacute;galement une sensibilit&eacute; &agrave; fleur de peau d&egrave;s que la Shoah est mise sur le tapis.<\/p>\n<p>\n\t\tAlors bien s&ucirc;r, quoi de plus normal pour un &ecirc;tre humain, juif de surcro&icirc;t, de manifester une certaine &eacute;motion face &agrave; l&rsquo;horreur de l&rsquo;extermination nazie? Cette r&eacute;action concerne toute personne dot&eacute;e d&rsquo;une once d&rsquo;humanit&eacute;, juifs de culture arabe inclus, dont la grande majorit&eacute; n&rsquo;a pas souffert du g&eacute;nocide. M&ecirc;me s&rsquo;il faut rappeler qu&rsquo;en France notamment, plusieurs milliers d&rsquo;entre eux, ayant immigr&eacute; dans les ann&eacute;es 30, ont partag&eacute; le m&ecirc;me destin tragique que les juifs europ&eacute;ens. Sans oublier l&rsquo;application des lois antis&eacute;mites de Vichy jusqu&rsquo;au Maghreb (renforc&eacute;es, en 1943 par l&rsquo;occupation nazie de la Tunisie), qui sont loin d&rsquo;avoir &eacute;pargn&eacute;es les juifs locaux.<\/p>\n<p>\n\t\tMais d&egrave;s lors que les &laquo; s&eacute;farades &raquo; n&rsquo;ont pas, pour la grande majorit&eacute;, subi de plein fouet les affres du nazisme, ne peut-on pas s&rsquo;&eacute;tonner de leur r&eacute;action ultra affective en la mati&egrave;re? Pour comprendre un tel comportement, l&agrave; encore, il faut revenir sur la spoliation identitaire qu&rsquo;ils ont subi. Car en Occident comme en Isra&euml;l, &ecirc;tre juif aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est avoir forc&eacute;ment souffert de la Shoah, ou avoir des anc&ecirc;tres qui en ont &eacute;t&eacute; victimes. Impossible de sortir de cette vision monolithique. Alors dans ces conditions, comment les juifs de culture arabe, d&eacute;barqu&eacute;s en masse en Europe dans les ann&eacute;es 60, auraient-ils pu clamer: &laquo; Notre histoire, ce n&rsquo;est pas la Shoah. Nous n&rsquo;avons pas v&eacute;cu ce g&eacute;nocide. Par contre, nous avons subi un autre ch&acirc;timent, un &eacute;thnocide qui a conduit &agrave; la destruction de notre identit&eacute; et de notre culture&raquo;?<\/p>\n<p>\n\t\t<b>Charles Cohen<\/b><\/p>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; &laquo; Juif arabe &raquo;: une identit&eacute; confisqu&eacute;e &nbsp; Etre &agrave; la fois juif et arabe: cette identit&eacute; peut para&icirc;tre risible voire totalement d&eacute;nu&eacute;e de sens. Pourtant mes anc&ecirc;tres l&rsquo;ont port&eacute;e sans complexe pendant des si&egrave;cles. Avant qu&rsquo;elle ne soit sacrifi&eacute;e sur l&rsquo;autel du colonialisme europ&eacute;en, du sionisme et du nationalisme arabe. 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