{"id":3744,"date":"2012-01-26T20:38:51","date_gmt":"2012-01-26T20:38:51","guid":{"rendered":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/?p=3744"},"modified":"2012-01-26T20:38:51","modified_gmt":"2012-01-26T20:38:51","slug":"maroc-les-immoles-oublies","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/harissa.com\/news-wp\/maroc-les-immoles-oublies\/","title":{"rendered":"Maroc : les immol\u00e9s oubli\u00e9s"},"content":{"rendered":"<p>\n\t&nbsp;<\/p>\n<div>\n<div itemscope=\"\" itemtype=\"http:\/\/data-vocabulary.org\/Breadcrumb\">\n<p>\n\t\t\t<span itemprop=\"title\">Maroc : les immol&eacute;s oubli&eacute;s<\/span><\/p>\n<\/p><\/div>\n<p>\n\t\tD&#39;apparence calme, la jeunesse marocaine est, elle aussi, travers&eacute;e par un profond mal-&ecirc;tre. Enqu&ecirc;te.<\/p>\n<\/div>\n<p>\n\tIl s&#39;appelait Abdelwahab Zeidoun. Titulaire d&#39;un master en documentation de l&#39;universit&eacute; de F&egrave;s, dans le centre du Maroc, il participait depuis deux semaines &agrave; un sit-in dans une annexe du minist&egrave;re de l&#39;&Eacute;ducation &agrave; Rabat. Face au refus des autorit&eacute;s de lui accorder un emploi dans la fonction publique, le jeune ch&ocirc;meur s&#39;est asperg&eacute; d&#39;essence mercredi dernier, avant de s&#39;immoler par le feu. Atteint de br&ucirc;lures au deuxi&egrave;me degr&eacute;, Abdelwahab Zeidoun a succomb&eacute; mardi &agrave; ses blessures.<\/p>\n<p>\n\tPlus d&#39;un an apr&egrave;s la mort, dans des circonstances &eacute;tonnamment semblables, de Mohamed Bouazizi &agrave; Sidi Bouzid, en Tunisie, le Maroc est-il &agrave; son tour en train de vivre les pr&eacute;mices de son Printemps arabe ? &quot;Le cas malheureux d&#39;Abdelwahab Zeidoun n&#39;est pas un fait nouveau au Maroc&quot;, explique Zineb el-Rhazoui, journaliste et militante du Mouvement d&eacute;mocratique et civil du 20 f&eacute;vrier. &quot;Des Marocains ont commenc&eacute; &agrave; s&#39;immoler bien avant la r&eacute;volution tunisienne de janvier 2011.&quot; Depuis la r&eacute;volte populaire du 20 f&eacute;vrier 2011, au moins quinze personnes auraient utilis&eacute; le feu pour mettre fin &agrave; leurs jours.<\/p>\n<p>\n\t&quot;Le contexte marocain est diff&eacute;rent de son voisin tunisien&quot;, souligne Pierre Vermeren*, historien du Maghreb contemporain &agrave; l&#39;universit&eacute; Paris I. &quot;Ce ph&eacute;nom&egrave;ne social r&eacute;current ne devrait pas aboutir &agrave; un bouleversement du pays.&quot; Pour ce sp&eacute;cialiste du Maroc, cet acte d&eacute;sesp&eacute;r&eacute; souligne toutefois l&#39;impact consid&eacute;rable de la crise &eacute;conomique au Maroc. Ils sont ainsi des centaines de &quot;dipl&ocirc;m&eacute;s ch&ocirc;meurs&quot; &agrave; battre le pav&eacute; chaque semaine devant les &eacute;difices publics de Rabat pour r&eacute;clamer un travail dans l&#39;administration, promis par l&#39;&Eacute;tat.<\/p>\n<h2>\n\tLe Maroc n&#39;&eacute;chappe pas &agrave; la crise<\/h2>\n<p>\n\tOfficiellement fix&eacute; &agrave; 9,1 %, le taux de ch&ocirc;mage cache en r&eacute;alit&eacute; des chiffres beaucoup plus alarmants : selon l&#39;agence marocaine pour l&#39;emploi, 27 % des dipl&ocirc;mes de l&#39;universit&eacute; sont sans travail, tandis que 40 000 d&#39;entre eux arrivent chaque ann&eacute;e sur le march&eacute;. D&#39;apr&egrave;s l&#39;&eacute;conomiste Azeddine Akesbi, interrog&eacute; par l&#39;AFP, sur les quelque 350 000 demandeurs d&#39;emploi annuels au Maroc, la moiti&eacute; n&#39;a jamais travaill&eacute;. &quot;Au-del&agrave; des chiffres officiels du ch&ocirc;mage, il existe au Maroc toute une g&eacute;n&eacute;ration de <em>nouveaux pauvres<\/em>, assure Zineb el-Rhazoui. Ces dipl&ocirc;m&eacute;s &agrave; bac + 4 et + 5 passent leur journ&eacute;e &agrave; r&eacute;pondre au t&eacute;l&eacute;phone, dans les services clients fran&ccedil;ais d&eacute;centralis&eacute;s au Maroc, avec un salaire ne d&eacute;passant pas les 250 euros par mois.<\/p>\n<p>\n\tCette m&ecirc;me somme est vers&eacute;e aux 6 000 Marocains qui travaillent dans la nouvelle usine flambant neuve Renault-Nissan, ouverte d&eacute;but janvier &agrave; Tanger. Selon la militante, la cl&eacute; du probl&egrave;me se situerait dans &quot;la gestion de l&#39;&eacute;conomie nationale marocaine, totalement brad&eacute;e et ali&eacute;n&eacute;e aux int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;trangers&quot;. &quot;Il faut aussi poser la question de la juste redistribution des richesses&quot;, souligne, de son c&ocirc;t&eacute;, Jean Zaganiaris, enseignant-chercheur au Centre d&#39;&eacute;tudes et de recherches sur l&#39;Afrique et la M&eacute;diterran&eacute;e (Ceram) &agrave; Rabat. &quot;Le Maroc est un pays o&ugrave; les &eacute;carts entre les gens tr&egrave;s riches et tr&egrave;s pauvres sont immenses : c&#39;est &agrave; ce niveau qu&#39;il s&#39;agit d&#39;op&eacute;rer des r&eacute;ajustements et d&#39;accompagner les emplois de salaires d&eacute;cents.&quot;<\/p>\n<p>\n\tPour contenir le m&eacute;contentement social, l&#39;&Eacute;tat a bien tent&eacute; de soutenir les prix des produits de base en consentant &agrave; un d&eacute;ficit budg&eacute;taire important, mais le fl&eacute;au semble trouver son origine ailleurs. &quot;La crise &eacute;conomique en Europe a des cons&eacute;quences directes au Maroc, affirme Pierre Vermeren. Cela fait vingt ans que le pays b&eacute;n&eacute;ficie des ressources financi&egrave;res des travailleurs marocains &agrave; l&#39;&eacute;tranger. Or les flux migratoires sont d&eacute;sormais invers&eacute;s.&quot; En deux ans, ce sont ainsi plus de 300 000 immigr&eacute;s marocains qui se sont vus dans l&#39;obligation de rentrer d&#39;Espagne. La situation des travailleurs en Italie, en France ou aux Pays-Bas est &agrave; peine plus enviable.<\/p>\n<h2>\n\t&quot;Gouvernement de l&#39;ombre&quot;<\/h2>\n<p>\n\tEn col&egrave;re sur les paliers de l&#39;administration, les nouveaux dipl&ocirc;m&eacute;s l&#39;&eacute;taient &eacute;galement dans les rues du pays, d&egrave;s le 20 f&eacute;vrier dernier, pour r&eacute;clamer de profondes r&eacute;formes socio-politiques. Apr&egrave;s une modification a minima de la Constitution en juillet ainsi que la tenue d&#39;&eacute;lections l&eacute;gislatives anticip&eacute;es en novembre, tous les espoirs se fondent d&eacute;sormais sur les islamistes du Parti justice et d&eacute;veloppement (PJD), grands vainqueurs du scrutin, qui ont fait de la justice sociale et de la lutte contre la corruption leur cheval de bataille. &quot;Le PJD dispose d&#39;une large confiance, car c&#39;est un parti neuf qui b&eacute;n&eacute;ficie de sa virginit&eacute; politique&quot;, analyse Jean-No&euml;l F&eacute;ri&eacute;, directeur de recherche au CNRS &agrave; Rabat.<\/p>\n<p>\n\t&quot;Le PJD a ent&eacute;rin&eacute; un faux processus de r&eacute;formes, car il ne joue qu&#39;un r&ocirc;le de figuration, r&eacute;torque Zineb el-Rhazoui. Sa condition pour acc&eacute;der au pouvoir &eacute;tait d&#39;accepter un gouvernement de l&#39;ombre.&quot; Cr&eacute;&eacute; &agrave; la fin des ann&eacute;es 1990, ce parti islamiste est entr&eacute; dans l&#39;opposition politique, &agrave; la condition de reconna&icirc;tre le r&ocirc;le de &quot;commandeur des croyants&quot; du roi. De fait, il ne remet pas en cause la monarchie, comme la totalit&eacute; des partis autoris&eacute;s au Maroc. Lors de la nomination du cabinet minist&eacute;riel, le 4 janvier dernier, le parti islamiste n&#39;a obtenu que 12 minist&egrave;res sur 30, dont ceux des Affaires &eacute;trang&egrave;res et de la Justice. Le minist&egrave;re de l&#39;Int&eacute;rieur, l&#39;arm&eacute;e et la police sont rest&eacute;s, quant &agrave; eux, aux mains des proches du souverain. &quot;Il existe un autre p&ocirc;le de pouvoir que le gouvernement au niveau du palais royal, reconna&icirc;t Pierre Vermeren. Ces conseillers du roi ont un r&ocirc;le tr&egrave;s important dans tous les domaines, notamment dans la gestion des affaires &eacute;conomiques du pays.&quot;<\/p>\n<p>\n\tMais &agrave; la diff&eacute;rence de la Tunisie, o&ugrave; le pouvoir &eacute;tait concentr&eacute; entre les mains de Ben Ali et de son clan, le makhzen (r&eacute;gime) marocain renferme un syst&egrave;me de classe dirigeante beaucoup plus complexe. Au-del&agrave; de Mohammed VI figurent de grandes familles puissantes, des int&eacute;r&ecirc;ts &eacute;conomiques et des forces arm&eacute;es, disposant de relais et d&#39;institutions structur&eacute;es dans tout le pays. &quot;Le r&ocirc;le du roi &agrave; la t&ecirc;te de l&#39;&Eacute;tat fait consensus au Maroc, rappelle Jean-No&euml;l F&eacute;ri&eacute;. Les revendications sociales n&#39;ont rien &agrave; voir avec la remise en cause de la monarchie.&quot; Celle-ci n&#39;en tol&egrave;re pas moins les critiques. Plusieurs journaux ont &eacute;t&eacute; r&eacute;cemment ferm&eacute;s. Des journalistes ont &eacute;t&eacute; arr&ecirc;t&eacute;s.<\/p>\n<p>\n\t&quot;Le mur de la peur est tomb&eacute;&quot;, pr&eacute;vient Zineb el-Rhazoui. &quot;Si les Marocains ne peuvent pas s&#39;exprimer dans les m&eacute;dias, ils disent ce qu&#39;ils pensent du roi dans les r&eacute;seaux sociaux et la rue.&quot; La militante donne d&#39;ores et d&eacute;j&agrave; rendez-vous &agrave; son peuple les 19 et 20 f&eacute;vrier prochains, dates d&#39;une grande manifestation et d&#39;une journ&eacute;e de gr&egrave;ve g&eacute;n&eacute;rale, en comm&eacute;moration de la premi&egrave;re r&eacute;volte.<\/p>\n<p>\n\t<a href=\"http:\/\/ad.fr.doubleclick.net\/click;h=v8\/3c08\/0\/0\/%2a\/y;44306;0-0;0;28114002;1007-190\/60;0\/0\/0;;~sscs=%3f\" target=\"_blank\"><img decoding=\"async\" alt=\"Click here to find out more!\" border=\"0\" src=\"http:\/\/s0.2mdn.net\/viewad\/817-grey.gif\" \/><\/a><\/p>\n<div>\n\tPar <strong>Armin Arefi<\/strong><\/div>\n<div>\n\t&nbsp;<\/div>\n<p>\n\t*Auteur du livre <em>Le Maroc de Mohammed VI : la transition inachev&eacute;e<\/em> (La D&eacute;couverte-Poche)<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>&nbsp; Maroc : les immol&eacute;s oubli&eacute;s D&#39;apparence calme, la jeunesse marocaine est, elle aussi, travers&eacute;e par un profond mal-&ecirc;tre. 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